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Tschopp Jean · Nationalrat · 2026-03-04

Tschopp Jean · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-03-04

Wortprotokoll

Nous vivons dans un contexte géopolitique très instable. La semaine dernière, le Pakistan a attaqué l'Afghanistan. Le lendemain, les États-Unis et Israël ont bombardé l'Iran. En représailles, le régime des mollahs a frappé Israël, les Émirats ou encore le Qatar pour les mettre sous pression. Poutine est entré dans la cinquième année de sa guerre d'agression contre l'Ukraine. Quant à Gaza, le cessez-le-feu, encore fragile, ne signifie pas que la guerre a pris fin. Au début de ma thèse en droit international au Graduate Institute, mes professeurs disaient que les guerres dites traditionnelles entre États appartenaient au passé. Une dizaine d'années plus tard, elles sont omniprésentes. Dans ce contexte, il faut redire la chance que nous avons en Suisse de vivre en paix et de la cultiver jusque dans cet hémicycle où l'on peut se parler sans être du même avis. Les ressortissants suisses sans possibilité de vol de retour dans des pays bombardés en font l'amère expérience et nous avons une pensée pour eux.

La neutralité contribue à la paix, bien entendu. La question n'est pas de savoir si nous sommes pour ou contre la neutralité. Je suis pour la neutralité de la Suisse. C'est sans doute le cas de l'immense majorité des 86 intervenants de la liste - il vous faudra d'ailleurs peut-être encore quelques cafés, Monsieur le conseiller fédéral, pour en venir à bout. Non[NB]: la question est de savoir si notre pays a intérêt à se compliquer la vie. L'initiative que nous avons sous les yeux s'intitule "Sauvegarder la neutralité". Notre neutralité n'est pas en danger. Elle est permanente. C'est d'abord une neutralité de fait depuis 500 ans, depuis la défaite de Marignan en 1515. C'est ensuite une neutralité conventionnelle que consacre l'acte du Congrès de Vienne en 1815 et la Convention de La Haye, notamment. C'est une obligation pour la Suisse de ne pas participer à un conflit entre États et pour les États parties à ces conventions de secourir la Suisse en cas d'attaque. C'est une neutralité constitutionnelle, comme l'a dit le rapporteur Laurent Wehrli, inscrite aux articles 173 et 185. La neutralité, et c'est l'élément le plus important, est à mettre en perspective avec les engagements qui sont ceux de la Suisse en matière d'affaires étrangères et qui sont également inscrits dans notre Constitution[NB]: coexistence pacifique entre[NB]les[NB]peuples,[NB]respect[NB]du droit international, promotion des droits humains et soulagement des populations dans le besoin.

C'est sur le terrain des sanctions que cette initiative UDC veut nous lier les mains. Nous ne mangeons pas de ce pain-là. Oui, le Conseil fédéral a eu raison de reprendre les trains de sanctions économiques de l'Union européenne contre Poutine. Si vous ne l'aviez pas fait, Monsieur le conseiller fédéral, nous l'aurions réclamé. Pas par goût du ressentiment, mais parce que, pour rester crédible, la Suisse doit s'assurer que l'argent qu'abritent les banques de ce pays ne finance pas les guerres. Parce que, sans cela, la crédibilité de la Suisse serait entachée. Parce qu'être neutre, c'est aussi s'engager pour la paix. La neutralité, ce n'est pas permettre aux autocrates de commercer en toute impunité en fermant les yeux sur leur exaction. La neutralité, c'est aussi une vigilance. La neutralité ne doit pas être convoquée pour servir de voile et faire des affaires avec les tyrans. Cela a pu être le cas par le passé, comme avec le régime de l'apartheid en Afrique du Sud.

La tentative de contre-projet entretient cet empêchement de sanctions contre les autocrates. Défendre la Suisse dans ce monde tourmenté, c'est agir pour la paix sans compromission. Recommandons de refuser cette initiative poudre aux yeux.