AB 371191
Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-03-11
Wortprotokoll
La réhabilitation des Suissesses et des Suisses qui ont combattu la dictature nazie-fasciste au sein des résistances italienne et française s'est fait attendre - les rapporteurs l'ont indiqué. Elle est aussi une étape importante dans un cycle de réflexions que les institutions suisses ont ouvert dans les années 1990. C'était évidemment une démarche qui a été souvent imposée de l'extérieur à la suite de l'affaire des fonds en déshérence et qui a amené notamment la mise en place de la Commission Bergier et également l'excuse qui a été présentée au nom de la Suisse par Kaspar Villiger en 1995, du fait que les autorités suisses avaient apposé un tampon d'infamie, le tampon "J", sur le passeport des personnes de confession juive qui fuyaient les persécutions nazies.
Ce travail mémoriel a été rendu possible, cela a également été dit, du fait d'un travail historique qui a été mené sur cette période de l'histoire et sur la participation des résistants à ces mobilisations qui ont été si fortes en Italie et en France. Le débat est donc aujourd'hui mûr pour cette réhabilitation.
Le premier point le plus important est de pouvoir réhabiliter les 466 personnes qui ont été victimes d'un traitement injuste de la part de la Confédération, en relevant aussi que ce sont des personnes qui se sont engagées avec une conscience très aiguë de ce qui se jouait alors, qui n'était rien moins que la dignité humaine. La dignité humaine étant la base de la société, elle méritait que ces personnes s'engagent au péril de leur vie. Ce que montrent aussi ces études, c'est qu'il y a eu une poignée d'élus qui n'ont pas abandonné leurs convictions internationalistes et humaines, notamment le conseiller d'État Guglielmo Canevascini, qui a fait un travail extraordinaire à l'époque.
Le groupe socialiste salue la mémoire de ces personnes qui n'ont pas failli et qui ont gardé à l'esprit qu'il existe des principes supérieurs d'humanité et de solidarité et que ces principes doivent parfois primer la loi lorsque l'application stricte et bête de la loi aboutit à des situations insupportables. Ce devoir de mémoire éclaire aussi le parti pris des autorités de l'époque. Tandis que les tribunaux imposaient de lourdes peines à ces résistants engagés contre les fascistes, ils se sont montrés particulièrement complaisants avec ceux qui soutenaient les régimes fascistes. D'autres études qui ont été publiées montrent, notamment dans le rapport Bergier, qu'une partie des élites politiques et économiques suisses avait en commun avec les régimes nazis-fascistes une détestation du communisme. C'est cela qui explique sans doute cette discrépance. Un exemple très marquant a fait l'objet d'une étude récente, à savoir la manière dont les tribunaux suisses ont traité le cas du major Corrodi, un officier supérieur suisse qui a déserté l'armée suisse alors qu'il était mobilisé, qui a rejoint la Waffen-SS avec un grade supérieur et qui a participé aux exactions sur le front de l'Est avant de revenir en Italie combattre, notamment, les résistants suisses en Italie.
Cette personne a été condamnée à 2 ans et demi de prison, malgré la gravité de ses actes.
Le devoir de mémoire, c'est aussi et surtout un temps d'arrêt pour questionner la manière dont agissent aujourd'hui l'État fédéral et les institutions de la Confédération. Et là, on doit faire un lien[NB]: le trait saillant de la dictature nazie-fasciste, c'est son opposition aux principes des Lumières, à la République, sa conception petite bourgeoise que certaines personnes sont faites pour dominer le monde et d'autres pour être exploitées. C'est une idéologie particulièrement répugnante qui considère que, pour des motifs de couleur de peau, d'origine sociale, de croyances politiques ou religieuses, des pans entiers de la population peuvent être traités comme de simples objets et mis à mort au bon vouloir des personnes qui seraient la race des seigneurs. Or, 80 ans après la Deuxième Guerre mondiale, on doit constater qu'il y a des camps qui sont réapparus en Europe. Ce ne sont évidemment pas les mêmes que les camps de concentration nazis, mais ces camps sont quand même une flétrissure pour nos démocraties, parce qu'ils servent à priver de liberté des personnes dont le seul comportement reproché consiste à vouloir sauver leur vie ou celle de leurs proches de la guerre ou de la misère. Ces camps sont un des aspects d'une forme de violence qui se réinscrit dans l'Union européenne et en Suisse et qui est institutionnalisée et placée au coeur de la politique migratoire.
Aujourd'hui, on doit se rappeler quelle est la voie qui a été portée il y a 80 ans par les personnes qu'on réhabilite aujourd'hui[NB]: c'est que les principes d'égalité, de dignité humaine et de solidarité doivent rester le fondement de la vie en société et que les lois qui s'y opposent doivent être combattues. C'est ce message que ces personnes, aujourd'hui à 80 ans d'écart, doivent porter devant notre Parlement et qui doit dicter nos choix en matière de politique migratoire.