Kolly Nicolas · Nationalrat · 2026-06-08
Kolly Nicolas · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2026-06-08
Wortprotokoll
L'électricité est aujourd'hui indispensable au fonctionnement de notre société et une interruption de quelques jours, voire de quelques heures, aurait des conséquences humaines, économiques et environnementales gravissimes. Notre pays présente déjà aujourd'hui une grande fragilité pour son approvisionnement hivernal, et ce déficit augmentera encore d'année en année. Pourquoi[NB]? Tout simplement parce que, d'un côté, la population suisse ne cesse d'augmenter - et il faut bien constater qu'à l'exception de l'UDC, aucune volonté politique sérieuse n'existe pour freiner cette croissance -, et d'un autre côté, notre population consomme toujours davantage d'électricité, notamment afin de remplacer les énergies fossiles[NB]; pompes à chaleur, voitures électriques, électrification des transports publics ou encore développement de l'intelligence artificielle.
Notre pays consomme environ 57 térawattheures d'électricité par année. Si nous voulons remplacer à la fois la production nucléaire et les énergies fossiles tout en absorbant l'augmentation de la consommation, ce sont environ 60 térawattheures de production supplémentaire qu'il faudra atteindre au cours des 25 prochaines années, dont la moitié en tout cas pour les mois d'hiver. Alors, que représentent ces 30 térawattheures qu'il nous manquera en hiver[NB]? À titre de comparaison, les 16 projets hydroélectriques d'importance nationale issus de la table ronde du "Mantelerlass" pourraient permettre - pour autant qu'ils soient tous réalisés d'ici à 2050, ce qui est loin d'être garanti - de produire 2 térawattheures supplémentaires. Il en manquera 28.
L'éolien constitue un apport bienvenu pour la production hivernale, mais là encore, si on regarde les chiffres, nous sommes très loin du compte[NB]: si on extrapole la production de l'énergie éolienne actuelle, il en faudrait 13[NB]000, et ce, pour autant qu'elles produisent toutes en hiver, ce qui est impossible. Aujourd'hui déjà, l'électricité manque. Aujourd'hui déjà, l'électricité coûte cher.
Quant à la fameuse stratégie énergétique 2050, avec la promesse d'un coût de la transition de seulement 40 francs par année par ménage avancé par le Conseil fédéral d'alors, elle apparaît désormais comme un lointain rêve. Aujourd'hui, soit la Suisse continue de dépendre du nucléaire étranger pour se donner bonne conscience, avec les risques importants de pénurie et de rupture d'approvisionnement que cela implique, soit elle décide de mettre en oeuvre la seule transition énergétique réellement crédible, celle qui associe le développement des énergies renouvelables, en particulier de l'hydraulique, qui constitue la colonne vertébrale de notre système électrique, à une production nucléaire propre, pilotable et suffisante, nécessaire à notre approvisionnement durant l'hiver.
Notre pays doit être ouvert aux avancées technologiques et aux solutions de demain. On entend souvent que le problème des déchets nucléaires serait insoluble[NB]; et pourtant, là encore, la réalité est inverse. Les déchets nucléaires sont des déchets industriels, dont nous connaissons précisément le volume, l'emplacement, le coût de gestion et la solution de stockage à long terme. Par ailleurs, des solutions de recyclage toujours plus efficaces sont développées. Certains invoquent les accidents nucléaires pour affirmer qu'il faudrait renoncer à ces technologies[NB]; mais là encore, si l'on examine objectivement les chiffres mondiaux, le nucléaire figure parmi les sources d'électricité les plus sûres jamais développées. Le charbon provoque environ 25 décès par térawattheure produit. L'hydroélectricité, environ un décès par térawattheure produit, tandis que le nucléaire se situe seulement autour de 0,0 décès par térawattheure, et ce même si on prend en compte les tragiques accidents de Tchernobyl ou de Fukushima.
Personne ne demanderait aujourd'hui à la Suisse de démanteler ses barrages hydroélectriques en raison de la rupture du barrage de Banqiao en Chine en 1975, qui a pourtant provoqué des dizaines, voire des centaines de milliers de morts. Pourquoi[NB]? Parce que nous savons faire la différence entre une catastrophe particulière et une technologie dans son ensemble. La question n'est pas de savoir s'il existe un risque théorique - il existe pour chaque producteur d'électricité -, mais si les bénéfices justifient un risque maîtrisé. Les chiffres démontrent que tel est le cas.
Alors, dans l'intérêt de notre économie, de notre population, de son pouvoir d'achat, dans l'intérêt de notre climat et de notre environnement, je dis oui à un retour du nucléaire aujourd'hui, afin que nous puissions demain renouveler notre parc nucléaire. Avec la décision émotionnelle et rétrospectivement mauvaise prise par le Conseil fédéral en 2011, nous avons perdu déjà 15 ans[NB]; nous ne devons pas perdre davantage de temps.