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Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2026-06-09

Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2026-06-09

Wortprotokoll

À ce stade du débat, beaucoup d'arguments ont déjà été soulevés dans cette salle. Nous en sommes au cinquantième orateur et je propose de ne pas répéter ce qui a déjà été dit, mais de vous demander de faire un petit effort d'imagination. Imaginons deux secondes[NB]: nous sommes en 2030 en Suisse et, grâce à des décisions ambitieuses et visionnaires, nous avons réussi à faire en sorte que l'approvisionnement en électricité en Suisse soit garanti par des sources renouvelables. Parfois, durant certaines périodes de l'année, nous devons recourir aux importations de l'électricité à partir d'autres pays européens - par exemple des pays du nord qui ont d'autres types de sources d'approvisionnement en électricité -, des parcs éoliens offshore ou même de l'éolien tout court. Toutefois, nous sommes dans un pays où tout est assuré grâce aux énergies renouvelables, moyennant bien sûr quelques systèmes de stockage de l'électricité - pompage, turbinage et autres installations nécessaires pour ce stockage. C'est une image qui ferait envie, êtes-vous d'accord[NB]? En tout cas, c'est mon souhait pour la Suisse.

Dans un tel contexte, dans lequel la technologie nucléaire n'est absolument pas connue - cela fait partie aussi de l'exercice de fiction que je vous demande de faire -, un expert viendrait nous trouver et dirait à la Suisse[NB]: "Vous savez quoi, j'ai une idée, je vous propose de faire de la recherche et d'imaginer passer à une autre source de production d'énergie électrique, qui s'appelle l'énergie nucléaire. C'est un système un peu compliqué. Il s'agirait de bousculer des atomes avec des neutrons pour provoquer une réaction qui dégage beaucoup d'énergie. Cela se fait dans des centrales et permet de produire de l'électricité en grande quantité." En Suisse, on se dirait[NB]: "On va y réfléchir, mais pourquoi pas[NB]?" Néanmoins, évidemment, on voudrait en savoir un peu plus avant de se lancer dans une nouvelle technologie, alors on poserait des questions à cet expert. On lui dirait[NB]: "Cher Monsieur l'expert ou chère Madame l'experte, on est assez satisfaits de notre système, entièrement renouvelable, mais on est prêts à se laisser surprendre s'il y a mieux." Alors, on lui poserait quelques questions. D'abord, on demanderait[NB]: "Ce système permettrait-il de produire de l'électricité moins chère[NB]?" Alors là, l'expert se contorsionnerait un peu sur sa chaise et répondrait[NB]: "Je n'en suis vraiment pas sûr, parce que de telles centrales nécessitent des investissements colossaux. Je ne suis pas franchement sûr que la rentabilité soit un avantage. Du côté des coûts, il faudrait être très prudent avec les pronostics que l'on peut faire."

Ensuite, on lui demanderait[NB]: "Si la question du coût n'est pas un avantage, alors, au moins, on aurait une source d'énergie qui ne pose aucun problème du point de vue de l'environnement ou, en d'autres termes, une source d'énergie totalement propre, n'est-ce pas[NB]?" Là encore, l'expert se trémousserait sur sa chaise et dirait[NB]:"Très franchement, là aussi, j'ai quand même un certain nombre de doutes. Je dois vous le dire avec honnêteté, car, d'abord, on doit extraire de l'uranium, c'est-à-dire le combustible nécessaire à la réaction chimique. En plus, on doit le transporter, et il y a évidemment le problème des déchets, c'est-à-dire qu'on sait que cette réaction produit des déchets et on ne sait pas très bien comment on pourra les stocker, parce que ces déchets demeurent radioactifs longtemps." Les représentants de la Suisse regarderaient l'expert en lui disant[NB]: "Quand même, sur ce plan-là, on a des doutes que ce soit un véritable avantage." Alors, ils viendraient avec une nouvelle question[NB]: "Peut-être que l'avantage de cette nouvelle technologie, ce serait de nous garantir une forme d'indépendance et de nous permettre d'être totalement indépendants, par exemple, des importations de courants renouvelables de l'étranger dans certaines périodes de l'année, n'est-ce pas[NB]?" Là, l'expert, encore plus mal à l'aise, tournerait sa langue plusieurs fois dans sa bouche avant de répondre[NB]: "Non, très franchement, car la question de l'indépendance est très délicate avec le nucléaire, parce que nous sommes forcés d'importer ce fameux combustible nucléaire de certains États de l'autre bout de la planète, parfois gouvernés par des régimes qui ne sont pas très démocratiques, du moins de ce que j'en sais. L'uranium ne pourrait pas être extrait en Suisse, donc nous allons - je dois vous le dire en toute honnêteté - nous rendre dépendants de certains autres pays pour la production d'énergie nucléaire."

Les représentants de la Suisse commenceraient à se dire qu'ils sont pris un peu pour des idiots avec cette proposition. Ils poseraient une dernière question[NB]: "Cela nous permettrait-il de développer une production d'électricité plus démocratique, en quelque sorte, plus décentralisée, car chacun pourrait avoir sa petite centrale nucléaire dans son jardin[NB]?" Alors là, la discussion prendrait fin, car l'expert répondrait[NB]: "Forcément non, car ce sont des centrales grosses, coûteuses, des investissements massifs qui sont faits à un endroit, donc il n'y a pas de possibilité de rendre les choses plus démocratiques."

Chers et chers collègues, vous avez compris à travers cette métaphore que, très franchement, si on fait l'exercice jusqu'au bout, on se rend compte que ce qu'on nous promet en réalité, c'est un miroir aux alouettes[NB]; c'est un mirage. Le dogmatisme est du côté de ceux qui veulent rouvrir la porte à cette technologie, qui n'apportera strictement rien et qui entravera la voie vers le tout renouvelable, que nous souhaitons atteindre le plus vite possible.