Tschopp Jean · Nationalrat · 2026-06-09
Tschopp Jean · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-09
Wortprotokoll
Cinq ans, c'est le temps qu'il aura fallu aux initiants pour remettre en cause la stratégie énergétique 2050, plébiscitée en 2017 et entrée en vigueur en 2018, qui devait durer plus de trente ans. En 2023 démarrait la collecte de signatures pour l'initiative Stop au blackout. Voulez-vous éviter un blackout[NB]? C'est sous ces airs de fin du monde anxiogène que le sujet a été amené. Dans le canton de Vaud, plusieurs personnes m'ont approché pour me dire qu'elles n'avaient pas compris l'enjeu de cette initiative, s'en voulant d'avoir signé un texte face à des collecteurs qui les avaient induites en erreur. Vous connaissez le problème de ces collecteurs payés à la signature, prêts à tout pour obtenir des paraphes coûte que coûte. La population doit pouvoir se prononcer en connaissance de cause. La politique énergétique mérite mieux que des peurs qu'on agite. La politique environnementale mérite mieux que des approximations.
L'initiative Stop au blackout vise à autoriser la construction de nouvelles centrales nucléaires. Comment en arrive-t-on à imposer l'idée que le nucléaire serait la seule voie envisageable pour répondre à une hypothétique pénurie d'énergie[NB]? Les organisations du secteur économique, BKW en tête, soutiennent, contre l'avis des organisations environnementales, un contre-projet levant l'interdiction du nucléaire. Les intérêts financiers à l'oeuvre tendent vers cet objectif. Il faut vingt-cinq à trente ans pour construire une nouvelle centrale nucléaire. Est-ce que la stratégie énergétique 2050 commencera à déployer ses effets en 2060[NB]? Je n'ai entendu aucune ville, aucun village, aucun canton, ni aucun propriétaire réclamer la construction d'une centrale nucléaire sur son territoire. En Suisse, il y a des droits d'opposition, des droits populaires, des tribunaux. Dans ce pays, il y a des procédures pour protéger les personnes lésées. L'atome n'a rien d'un long fleuve tranquille. Là où il suffit de quelques mois pour la pose de panneaux solaires ou pour l'installation de géothermie pour de nouveaux immeubles, il faudrait plusieurs dizaines d'années pour la construction d'une centrale nucléaire que tout le monde voudrait tenir à distance. Pourquoi cette précipitation[NB]?
Depuis plus de vingt-cinq ans, la production d'électricité issue de sources renouvelables, hors énergie hydraulique, est en hausse constante. Selon le rapport de monitoring 2024, la production issue d'énergies renouvelables avoisinait 6800 gigawattheures en 2023, soit 10,2 pour cent de l'ensemble de la production d'électricité. En 2023, l'énergie solaire a augmenté de 800 gigawattheures. Nous ne manquons pas de soleil. Au cours des dernières décennies, la durée d'ensoleillement et le rayonnement ont augmenté. À l'avenir, la hausse du rayonnement en été accentuera les capacités de stockage. Quant à l'énergie hydraulique, sa production a progressé depuis 2012. La consommation d'énergie est stable malgré l'augmentation de la population. Se lancer tête baissée dans la voie hasardeuse du nucléaire servira d'oreiller de paresse à des promoteurs, en nous détournant des énergies renouvelables.
La sûreté nucléaire est un oxymore. Le nucléaire est un danger qui flotte au-dessus de nos têtes. L'atome est fait d'accidents aux conséquences désastreuses[NB]: les radiations, les cancers, les sols contaminés, des familles sacrifiées et des enfants aussi. Tchernobyl, Fukushima ou plus près de nous, Lucens, ces drames hantent notre mémoire collective. Nous vivons dans un contexte géopolitique très instable, fait de guerres jusqu'en Europe. Le 31 mai 2026, en pleine guerre d'agression de Poutine, la plus grande centrale nucléaire d'Europe à Zaporijia en Ukraine était la cible d'une attaque de drones. Heureusement, les niveaux de radiation sont restés normaux. Cependant, cet épisode nous rappelle que le nucléaire comporte toujours un risque. L'initiative constitue un retour en arrière dangereux qui tourne le dos à une politique tournée vers les énergies renouvelables. Recommandons de la rejeter.
Quant au contre-projet du Conseil fédéral, il supprime l'interdiction d'autorisation générale pour les constructions de centrales nucléaires. Ce serait une régression s'aventurant sur le terrain radioactif de l'initiative que nous combattrons jusqu'au référendum, s'il le faut.
J'ai une pensée pour Doris Leuthard, l'une des actrices clés de la sortie du nucléaire qui a résisté aux pressions insistantes du lobby pronucléaire. Quand des progrès sont décidés, le mouvement de l'histoire est fait de tentatives de retour en arrière. Gardons notre ligne pour un avenir durable, respectueux de l'environnement, fait d'énergies renouvelables et propres, sans nucléaire.