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AB 377570

Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-17

Wortprotokoll

Même si elle donne bonne conscience, l'idée qu'une consommation modérée d'alcool serait bénéfique pour la santé des personnes de plus de 40 ans est un mythe hérité du Moyen-Âge[NB]! Toutes les études récentes recensées par la Commission fédérale pour les questions liées aux addictions et à la prévention des maladies non transmissibles le démontrent. Composée d'experts indépendants, cette commission arrive à la conclusion qu'il n'existe pas de seuil de consommation d'alcool sans risque pour la santé. Évidemment, cette conclusion basée sur des résultats scientifiques ne plaît pas à l'auteur de la motion et à une majorité de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique de notre conseil, qui brandissent la liberté individuelle. Prétendre que l'OMS poursuit une stratégie "zéro alcool", comme ils le font, est inexact[NB]: l'OMS évolue juste vers une position plus stricte, dans le but de sensibiliser pour renforcer la prévention.

Du point de vue de la minorité, cette motion est une tactique dilatoire visant uniquement à retarder l'adoption d'éventuelles nouvelles recommandations sur la consommation modérée d'alcool.

L'étude Unati, dont la motion demande d'attendre les résultats, n'est pas représentative de la population, puisqu'elle ne porte que sur les personnes entre 50 et 75 ans et est réalisée uniquement en Espagne. À ce stade, il n'y a donc aucune raison d'attendre ces résultats.

Les autres études citées par l'auteur de la motion ne sont pas plus pertinentes[NB]: celle de The Lancet montre que les éventuels bénéfices d'une consommation modérée d'alcool ne concernent que les personnes de plus de 40 ans, uniquement en cas de maladie cardiovasculaire ou de diabète de type 2 et uniquement en l'absence de toute forte consommation ponctuelle. Or la forte consommation est très vite atteinte, puisqu'on y est en cinq boissons par soirée. Ce que la motion passe sous silence, c'est que l'étude de suivi a établi qu'il n'existe pas de seuil pour le risque de cancer, qui est présent dès une consommation très faible d'alcool. D'ailleurs, dans la recherche médicale, la distinction entre consommation et surconsommation d'alcool n'existe pas[NB]: il n'y a quasiment pas de cas de figure où l'alcool est bénéfique pour la santé. Cela fait plus de dix ans que le corps médical souligne le risque pour la santé, dès le premier verre.

Certes, l'alcool reste solidement ancré dans la culture helvétique, mais il fait aussi des ravages et engendre beaucoup de souffrance au niveau individuel. Addiction Suisse estime que 16 pour cent de la population présente une consommation à risque moyen à élevé pour la santé, que ce soit de manière chronique ou ponctuelle, lors de certaines occasions. Chaque année, plus de 1700 nouveau-nés sont concernés par des troubles liés à l'alcoolisation foetale. De plus, les coûts sociaux liés à l'alcool s'élèvent à 2,8 milliards de francs par an, principalement sous forme de perte de productivité. Aussi, l'alcool est intrinsèquement lié aux violences - que ce soient des violences domestiques ou dans l'espace public -, d'où la nécessité de renforcer la prévention.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que nous ne voulons pas interdire la consommation d'alcool ou soutenir une tolérance zéro. Mais nous estimons qu'il faut simplement reconnaître les évidences scientifiques et remettre en cause l'image de l'alcool, encore très majoritairement positive dans notre pays, pour éviter de perpétuer des croyances que les bases scientifiques les plus récentes infirment. Ce déni de réalité contribue à ralentir les mesures de prévention auxquelles nous consacrons d'importants moyens publics. En fin de compte, il s'agit aussi de se conformer au mandat donné par l'article 105 de notre Constitution, qui mentionne qu'il faut tenir compte des effets nocifs de la consommation d'alcool.

Les recommandations ont pour but d'informer les citoyennes et les citoyens des risques pour la santé selon l'état actuel des connaissances. Seule une information transparente leur permet de prendre des décisions éclairées pour leur santé.

Il est aussi important de rappeler que les stratégies actuelles en matière d'addiction restent en vigueur jusqu'en 2028. Le Conseil fédéral n'a nullement l'intention dans un avenir proche d'adapter cette stratégie. Par conséquent, je ne comprends pas du tout toute cette agitation autour de ces recommandations.

La motion que nous traitons est donc superflue. Je vous invite à soutenir ma minorité, soit à rejeter la motion.