AB 39464
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2003-12-16
Wortprotokoll
Je crois que, dans cette affaire, il faut essayer de dépasser l'émotion et aussi de répondre à trois questions.
La première question est simple: y a-t-il eu génocide? La communauté scientifique internationale a clairement répondu par l'affirmative à cette question. Les historiens sont unanimes pour dire qu'entre 1915 et 1918 plus d'un million d'Arméniennes et d'Arméniens sont tombés, victimes de mesures systématiques planifiées et exécutées par le pouvoir politique de l'époque. Les faits sont là et, comme disait l'autre, les faits sont têtus. Il serait donc absurde de nier l'évidence.
Deuxième question: faut-il reconnaître le génocide arménien? Dans la mesure où les faits sont établis, il me paraît qu'il serait tout aussi absurde de ne pas reconnaître le génocide arménien. En effet, refuser de reconnaître ce génocide reviendrait en quelque sorte à faire un véritable pied de nez à l'histoire. Pis encore, refuser de reconnaître le génocide arménien équivaudrait en quelque sorte à emboucher les trompettes d'un certain Jean-Marie Le Pen, président du Front national, qui a dit un jour que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire. Je vous rappelle à ce sujet que Monsieur Le Pen s'est fait condamner pour avoir tenu de tels propos.
La troisième question est peut-être la plus importante pour tous ceux et celles qui sont inquiets dans cette salle: une reconnaissance du génocide arménien est-elle de nature à porter préjudice à la diplomatie helvétique et aux relations que la Suisse entretient avec la Turquie? Il est évident que si nous décidons aujourd'hui de reconnaître ce génocide, le gouvernement turc ne nous enverra pas un bouquet de fleurs demain matin. Je vous rappelle toutefois que le génocide des Arméniens a été reconnu en 1985 par l'ONU, organisation dont nous faisons partie. Il y aurait donc une certaine cohérence à ce que la Suisse adopte sur ce sujet la même position que l'ONU. On peut aussi noter au passage que cette reconnaissance n'a pas incité la Turquie à quitter l'Organisation des Nations Unies.
J'aimerais aussi souligner qu'à ce jour, 13 parlements nationaux ont déjà reconnu le génocide des Arméniens. Et parmi ceux-ci, il y a notamment les parlements d'un certain nombre d'Etats qui jouent un rôle important, et dans certains cas fondamental, sur la scène internationale et qui n'ont pas toujours, et de loin, les mêmes points de vue. Je pense notamment aux Etats-Unis, à la Russie, au Canada, à l'Italie ou encore à la France. Or, à ma connaissance, la Turquie n'a pas rompu ses relations diplomatiques avec ces Etats et ceux-ci entretiennent toujours, Monsieur Schneider, d'importantes relations économiques et commerciales avec la Turquie. Le temps de l'émotion passé, il n'y a aucune raison pour qu'il n'en aille pas de même pour la Suisse.
Pour toutes ces raisons, je vous invite donc à soutenir le postulat Vaudroz Jean-Claude repris par M. de Buman et à faire ainsi de la morale historique l'un des fondements de notre politique extérieure.