Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2000-06-07
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2000-06-07
Wortprotokoll
Je trouve extraordinaire la capacité qu'on a, dans ce pays, de se faire une chimère de nos relations avec autrui, et en l'occurrence avec l'Union européenne. Dans la réalité, l'Europe n'est ni le paradis ni l'enfer, elle est imparfaite, comme nous le sommes nous-mêmes aussi. Elle est imparfaite comme la vie, mais elle vit, elle avance, pas plus, pas moins.
Par certains aspects, l'Union européenne est peu attirante à nos yeux: par ses options économiques néolibérales, par ses camions, par son obsession de la sécurité, par sa TVA. Mais par d'autres aspects, elle nous plaît davantage: quand elle se veut sociale, quand elle entend travailler pour la paix, quand elle veut lutter contre la fraude fiscale et, oui, contre le secret bancaire.
Mais définitivement, l'adhésion n'est pas un aboutissement, une fin en soi. Contrairement à d'autres, Monsieur le [PAGE 561] Conseiller fédéral, j'ai beaucoup apprécié vos propos disant qu'il ne s'agissait pas d'un "objectif stratégique", mais d'un processus et d'un projet en cours. Le journal qui traduisait vos propos parlait même d'une "fatalité historique", ce qui me paraît un peu négatif! Non, l'Union européenne n'est pas un but, c'est un moyen, un outil pour construire un pôle politique face au pôle économique; un outil pour n'avoir pas à se plier à la seule volonté des Etats-Unis; un moyen de chercher des solutions internationales à des problèmes supranationaux, notamment dans le domaine de l'environnement; une occasion de s'ouvrir, une opportunité de revisiter et de revitaliser nos institutions, notre neutralité, notre fédéralisme.
J'ai été impressionnée, en lisant le rapport du Bureau de l'intégration, de constater à quel rythme l'Union européenne avance, pas dans un sens qui m'enchante toujours, mais d'une façon qui me fait dire qu'il est temps qu'on s'en occupe. Sinon l'Europe s'occupera de nous! Ce rapport montre aussi de manière déterminante qu'on n'ira pas beaucoup plus loin avec les bilatérales et qu'il n'y aura pas, pour la Suisse, d'Europe à la carte. Il montre encore que l'Europe n'a pas que cela à faire, qu'il y a déjà treize pays candidats, que plus on attend, plus ce sera difficile.
Je m'explique mal ces attitudes de diva que prennent certains face à une Union européenne qui n'en a rien à faire de nos états d'âme, qui travaille et qui avance. Ceci dit aussi par rapport à ce que nous disait M. Frey tout à l'heure, qui voudrait non seulement attendre de voir ce qui va se passer en Suisse avec les accords bilatéraux, mais, en plus, qui voudrait voir ce qui se passe en Europe. Et là, j'ai envie de vous dire: est-ce qu'on n'est pas prétentieux? pour qui nous prenons-nous?
Après la votation du 21 mai dernier, qui, quoi qu'on en pense, a traduit un certain élan populaire, les querelles, les atermoiements de ces derniers temps, les marchandages m'ont paru indignes, pas à la hauteur de ce projet, pas à la hauteur de notre pays qui devrait avoir plus confiance en soi, plus de respect de soi.
Quant à ceux qui refusent l'initiative populaire et tout contre-projet, ils se fourvoient et compromettent l'avenir de notre pays. Mais, en plus, ils donnent l'image d'un certain mépris. Mépris vis-à-vis des pays de l'Union européenne, mépris vis-à-vis de tous les citoyens et citoyennes qui ont accepté les accords bilatéraux, parce que derrière l'Europe économique, ils voyaient l'Europe politique en construction. Et c'est aussi une forme de mépris vis-à-vis des citoyens qui transparaît derrière le discrédit que d'aucuns tentent de porter contre les auteurs de l'initiative: par exemple, M. le président du Parti radical-démocratique qui, dans un journal, parlait de ces gens qui "se sont permis la bêtise de 'lancer' une telle initiative". Et ce matin, M. Kofmel disait encore que l'idée est bien saugrenue de prendre un arrêté pour présenter un contre-projet. C'est peut-être vrai, mais le signe qui est ainsi donné est tout à fait défavorable. Est-là la leçon de démocratie que la Suisse entend donner à l'Union européenne?
On peut comprendre qu'il faille souhaiter que l'initiative populaire soit retirée en faveur d'un contre-projet acceptable. Mais toute tentative de confisquer au peuple, sinon le vote, à ce stade, du moins le débat démocratique, paraît hautement suspecte et finalement contreproductive.
Je vous invite donc à voter oui à l'initiative populaire et oui au contre-projet de la minorité, c'est-à-dire le plus rapide.