Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2000-06-07
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-06-07
Wortprotokoll
Effectivement je serai bref, car je ne vais évidemment pas répondre aux 70 orateurs qui se sont exprimés aujourd'hui. Je crois que ça n'apporterait pas grand-chose et que ça nous prendrait trop de temps. Mais avant d'en venir à quelques considérations générales, j'aimerais tout de même répliquer à trois d'entre eux.
Tout d'abord, à l'intention de M. Fischer: même si sa proposition laisse formellement ouvertes toutes les options, fondamentalement elle vise à privilégier la voie soit de bilatérales bis, soit d'un Espace économique européen bis, et je crois que ces deux voies sont illusoires. D'abord, parce que le prix à payer pour la Suisse serait trop élevé: les concessions que nous devrions faire seraient trop importantes. Ensuite, parce que l'Union européenne qui est aujourd'hui engagée dans un important processus de réforme intérieure, mais qui est aussi confrontée à toute la problématique de l'élargissement général, a d'autres chats à fouetter que d'ouvrir de nouvelles négociations bilatérales avec la Suisse.
Maintenant, à l'intention de M. Schlüer qui a joué sur une corde sensible, celle du chômage: c'est vrai, M. Schlüer a raison de dire que, dans la plupart des pays de l'Union européenne, le chômage est encore aujourd'hui plus important qu'en Suisse. Mais ce que M. Schlüer aurait aussi pu ajouter, c'est que, au cours des années nonante, la croissance du produit intérieur brut a été de 7 pour cent en Suisse, mais de 20 pour cent au niveau de l'Union européenne, c'est-à-dire trois fois plus. Durant la même période, la hausse des salaires réels a été de 1,5 pour cent en Suisse, mais de 14 pour cent au niveau de l'Union européenne. Evidemment, cela ne signifie pas que la majorité des Européens aujourd'hui gagnent plus que les Suisses.
J'aimerais ajouter qu'en 1957, au moment de la signature du Traité de Rome, le pouvoir d'achat des Suisses était le double de celui des autres Européens. Aujourd'hui, le différentiel n'est plus que de 30 pour cent. Ce qui signifie que si nous persistons à ne pas vouloir faire des pas supplémentaires, eh bien, un jour, nous serons à la traîne de l'Europe, avec toutes les conséquences économiques et sociales qui en résulteront.
Ma dernière remarque personnelle s'adresse à M. Frey Claude: je suis d'accord avec M. Frey pour dire que la crise autrichienne n'est pas ce qui s'est passé de mieux depuis longtemps en Europe. Mais cela n'autorise pas un homme politique à s'inspirer du célèbre slogan de "Paris Match", "le poids des mots, le choc des photos", pour faire une analyse. Lorsque M. Frey affirme que les mesures prises par les 14 autres pays de l'Union européenne à l'encontre de l'Autriche relèvent de la doctrine Brejnev, il fait injure à toutes celles et à tous ceux qui ont souffert sous Brejnev.
J'en viens à quelques considérations plus générales.
On nous a dit que l'Union traverse des crises et est souvent en crise, c'est vrai, mais l'histoire nous montre aussi que toutes ces crises, et même celles qui avaient été provoquées par la politique de la chaise vide pratiquée par le général de Gaulle, ont permis par la suite de faire de nouveaux bonds qualitatifs et quantitatifs dans l'intégration européenne. Cela confirme ce que disait un jour Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne: "La construction européenne n'a jamais été, ne sera jamais un long fleuve tranquille."
On nous a dit aussi qu'on trompait le peuple parce que, avant le 21 mai dernier, on lui avait promis que les accords bilatéraux n'avaient rien à voir avec l'adhésion, qu'ils [PAGE 585] n'étaient pas une étape vers l'adhésion à l'Union. C'est vrai que durant la campagne certains ont dit cela, mais ce qui est tout aussi vrai, c'est que d'autres, dont je faisais partie, ont dit exactement le contraire. De ce fait, je crois que sur ce point nous sommes quittes.
Enfin, d'aucuns prétendent que ceux qui souhaitent opposer un contre-projet indirect à l'initiative bafouent les droits du peuple. Je pense que cette affirmation est totalement erronée et même mensongère, car en fait les partisans d'un contre-projet indirect ne veulent qu'une chose, permettre aux citoyennes et aux citoyens de se prononcer non pas sur une idée abstraite, mais sur un paquet négocié et en connaissance de l'ensemble des réformes intérieures et des mesures d'accompagnement supplémentaires qui seront rendues nécessaires par l'adhésion à l'Union. Mais au-delà de toutes ces considérations, je crois que l'élément essentiel de cette journée, c'est que ce débat a montré, et j'espère que les votes de tout à l'heure le confirmeront, qu'il existe au sein de notre Conseil une majorité favorable à l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne. Cela montre que le Parlement est aussi capable de dynamisme et d'ouverture. Cela aura, j'en suis convaincu, des répercussions positives à l'intérieur du pays. Mais cela aura aussi, j'en suis tout aussi convaincu, des répercussions positives pour la Suisse dans l'ensemble de l'Europe.
Vu ce qui précède, je vous recommande toujours de soutenir les propositions de la majorité de la commission.
Mais, personnellement, je ne perdrai pas un seul cheveu si vous adoptez un contre-projet légèrement moins offensif que le nôtre, car, au-delà des nuances, ce qui compte en définitive, aujourd'hui, c'est de rassembler une majorité sur un objectif politique clair qui s'appelle à terme adhésion de la Suisse à l'Union européenne.