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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2004-09-21

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2004-09-21

Wortprotokoll

Nous adhérons tous à l'idée que la culture est un élément important de la société actuelle. Elle est probablement encore plus importante dans un Etat démocratique comme le nôtre qui, au XIXe siècle, a eu l'ambition d'étendre les droits populaires et de confier à chaque citoyen des responsabilités qui ne sont que partiellement exercées de manière directe dans d'autres pays. Dans un pays comme le nôtre où chacun a la possibilité de s'exprimer, il faut attribuer encore plus d'importance à la culture que dans d'autres où il y aurait un système représentatif, où on pense que le citoyen ne peut pas s'exprimer sur tout.

L'éducation et la culture sont à la base de notre société, pas seulement pour les raisons que j'évoque maintenant pour des motifs, j'allais dire de philosophie politique, mais tout simplement en fonction de notre conception de l'homme. L'homme a aussi besoin de culture. Il n'y a pas de véritable vie humaine sans intérêt culturel. Le problème est de savoir comment on peut favoriser des choix culturels sans les imposer.

La Constitution a fixé les règles du jeu en ce qui concerne notre pays. La Confédération a un rôle subsidiaire général en matière de promotion de la culture et un rôle prioritaire pour ce qui concerne la promotion du cinéma. C'est ainsi que l'a voulu le législateur. Nous prenons acte de cette volonté et c'est dans ce cadre que nous travaillons.

Mais l'histoire a aussi développé des institutions culturelles: je pense à Pro Helvetia qui est née, beaucoup de gens l'oublient, de la période de la lutte pour le maintien et le développement de l'identité suisse. Depuis lors, Pro Helvetia a évolué et elle s'est adaptée aux nouvelles conditions internationales et à l'évolution de la philosophie des choses. Pro Helvetia joue, je crois, un rôle important et, en tout cas à mon niveau, il n'est pas question de la supprimer. Il n'est pas question de renoncer à la liberté de Pro Helvetia. Par contre, il est souhaitable que Pro Helvetia puisse poursuivre sa réforme déjà entreprise sous la conduite de sa présidente. La loi sur la promotion de la culture devrait donner un cadre permettant de poursuivre cette réforme.

Il y a d'autres institutions plus modestes qui sont nées. Je pense au centre de compétence du Département fédéral des affaires étrangères. Je crois que là, il faut garder la mesure et maintenir le leadership naturel du Département fédéral de l'intérieur. Mais une collaboration saine doit être établie en dehors des inévitables petits combats [PAGE 473] occasionnels qui sont des moments plus drôles qu'importants; mais il faut dépasser ces combats et trouver une solution qui permette de collaborer d'une manière efficace, sans risquer de compromettre l'ensemble. Je crois qu'il y a toujours eu le besoin d'une coordination avec le Département fédéral des affaires étrangères. A certains moments, la coordination fait l'objet de discussions dans le public; à d'autres moments, elle se passe tout naturellement. Je crois qu'il n'y a pas là beaucoup d'inquiétude à avoir, à condition que l'on reste dans une certaine mesure et que l'on reconnaisse qu'il faut un leadership.

La Direction du développement et de la coopération (DDC) a aussi une activité culturelle. Je crois qu'elle est incontestée dès qu'il s'agit de l'appui à la culture dans les pays qui sont des champs d'action de la DDC. J'ai par contre plus de réserves lorsque la DDC décide d'accorder son appui à certaines institutions culturelles en Suisse. Je vois bien la logique qu'il y a derrière cette intervention, notamment la possibilité donnée à des artistes du tiers monde d'être présents ici, de maintenir l'intérêt pour les cultures du tiers monde en Suisse, mais je crois qu'il y a là des limites et la DDC le dit. C'est l'opinion du Conseil fédéral, bien que nous n'ayons pas eu de discussion de détail là-dessus: la DDC ne peut pas chercher à orienter la politique culturelle de ce pays en intervenant de manière massive dans certaines institutions. Ce serait faux et ce serait contraire à la philosophie générale qui est de ne pas avoir d'objectif politique dans la promotion de la culture, sinon l'objectif général de la promotion de la culture en soi. A travers la culture, on ne fait pas passer un message politique, on promeut la culture en général. Libre ensuite aux citoyens d'y ajouter leur conception de la culture et les valeurs politiques qui peuvent être sans reproche.

Présence Suisse, au fond, n'est pas une institution culturelle d'abord, c'est une institution qui a été créée, comme vous le savez, à la suite des difficultés dans le règlement de la question des fonds en déshérence. Son but, c'est plutôt des relations publiques. Il y a aussi un élément culturel dans la promotion de l'image de la Suisse, mais le but premier et prioritaire de Présence Suisse n'est pas culturel, c'est davantage l'amélioration de l'image de ce pays.

La discussion est relativement simple. Par contre, là aussi, c'est l'application qui est difficile, tout d'abord parce qu'on n'a pas beaucoup d'argent. La loi sur la promotion de la culture prévoyait, dans les projets qui m'ont été soumis, le subventionnement des institutions phares, les "Leuchttürme". Je crois qu'une trentaine de millions de francs étaient prévus. Je vous avoue que j'ai les plus grands doutes quant au maintien de cet article parce que, d'abord, les sommes à disposition sont relativement faibles et, ensuite, si on doit commencer à désigner les institutions phares du pays, on en voit bien une ou deux. Alors, dire: "Vous êtes une institution phare, vous méritez l'appui de la Confédération; vous n'êtes pas une institution phare" signifie s'engager dans une bataille qui aboutira à répartir les faibles moyens à disposition de manière extrêmement critiquable.

D'autre part, faisons un rapport entre les subsides qui peuvent être accordés et le budget des grandes institutions - prenons l'une des plus grandes, l'Opéra de Zurich, 120 millions de francs: si on avait 30 millions de francs à disposition pour les institutions phares, combien pourrait-on donner à l'Opéra de Zurich pour parler d'une institution qui est incontestablement une institution phare du pays? 4 ou 5 millions de francs? On commencerait par donner 5 millions de francs et, au bout de quelques années, on nous dirait: "Une institution aussi remarquable que celle-là ne peut pas tenir le coup sans que vous doubliez la subvention." Très rapidement, la Confédération serait rendue responsable de la survie d'une institution pour quelques millions de francs de plus ou de moins qui, au fond, ne devraient pas être décisifs par rapport à l'ensemble du budget. Je vois bien l'intérêt qu'il y aurait à le faire et Dieu sait si j'aimerais pouvoir le faire, mais je crois que le système nous conduirait vers de graves difficultés.

Par contre, si vous prenez l'évolution de la vie culturelle au cours de ces dernières années - je ne crois pas qu'on ait des statistiques en Suisse, mais on en dispose sur l'Allemagne et d'autres pays -, vous voyez que l'offre culturelle au cours de ces vingt ou trente dernières années s'est développée de manière extraordinaire. C'est aussi la conviction que l'on a: il suffit de voir le nombre de musées qu'a cité Monsieur Stadler, le nombre de théâtres, le nombre d'orchestres, le nombre de groupes de danse! Bref, l'offre culturelle s'est développée de manière extraordinaire au cours de ces dernières années. Par contre, la demande n'a pas crû en proportion. Je cite de mémoire: 5 pour cent des gens se rendent régulièrement à des événements culturels, 40 pour cent s'y rendent irrégulièrement et 50 pour cent ne s'y rendent jamais. Mais c'est plus vite dit que fait. Une des ambitions de la loi sur la promotion de la culture devrait être de favoriser la demande. Si on arrivait par miracle à trouver un système, une méthode permettant d'augmenter de 5 ou 10 pour cent la demande culturelle, probablement qu'on aurait plus fait pour la promotion de la vie culturelle qu'en augmentant de quelques millions de francs les subsides à des organisations qui ont déjà un certain public. Si l'on arrivait à faire passer de 45 à 60 pour cent le nombre des gens qui visitent régulièrement ou irrégulièrement des expositions, vont au concert ou au théâtre, vivent aussi de la culture à titre spirituel, à titre personnel, je crois qu'on aurait fait beaucoup de chose.

Les événements de cet été - comme les qualifie pudiquement Monsieur Bieri - ont eu un grand avantage, c'est qu'il y a eu une discussion sur la culture pour la première fois depuis longtemps. Je dois dire que j'ai été parfois un peu surpris par les préjugés exprimés dans certains articles et même par l'arrogance de tel ou tel intervenant, mais dans l'ensemble cela m'a beaucoup intéressé, beaucoup appris. Le débat se poursuit aujourd'hui à travers le postulat Bieri 04.3343 et l'intervention de Monsieur Stadler.

Nous n'allons pas clore le chapitre, même si nous allons accepter le postulat que nous propose Monsieur Bieri. Le chapitre est au contraire ouvert, et il est heureux que la culture fasse l'objet de débats publics en Suisse. Espérons qu'ils se passent de manière respectueuse, sans a priori, et sans mépris basé sur des préjugés.