Mugny Patrice · Nationalrat · 2000-06-16
Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-06-16
Wortprotokoll
Il n'y a pas très longtemps, lors de la session de décembre 1999, le Conseil national a accepté d'octroyer à Expo.02 une subvention supplémentaire de 250 millions de francs qui, comme vous le savez, s'ajoutait à une enveloppe de 130 millions de francs déjà votée précédemment. Nous en étions donc à 380 millions de francs. Je me souviens très clairement qu'il n'était pas question, alors, de cette garantie de déficit, laquelle s'élève donc à 338 millions de francs.
Je suis totalement convaincu que cette garantie est d'ores et déjà comprise de fait dans le budget d'Expo.02 comme une somme dépensée. Nous en sommes donc déjà à quelque 720 millions de francs. Mais, contrairement à ce que les responsables veulent laisser croire, ce n'est pas tout. Suite aux questions posées par Mme Teuscher, on sait que plusieurs secteurs de l'Etat fédéral injecteront eux aussi dans cette affaire des montants non négligeables: ça va de 600 000 francs de l'Office fédéral des assurances sociales à 12 millions de francs - vous avez bien entendu: 12 millions! - de l'Office fédéral de l'agriculture. L'Office fédéral des routes ne mettra, lui, "que" 3 millions de francs. Et il y a de très nombreux offices qui, comme l'Office fédéral du sport, n'ont pas encore décidé du montant de la facture.
Partant des chiffres en notre possession à l'heure actuelle, on peut sans exagérer parler de dizaines de millions supplémentaires qui seront ainsi versés par les contribuables en sus des 720 millions de francs. Et je ne parle que du niveau fédéral, parce qu'il y a encore les cantons et les communes qui sont sollicités. Aux dernières nouvelles, et bon nombre de chiffres ne sont pas encore connus, les cantons verseront quelque 65 millions de francs, et les communes 21 millions de francs. Faites le calcul, nous ne sommes plus très loin des 900 millions de francs, quasiment du milliard.
Je pose alors la question: est-ce qu'on nous prend pour des imbéciles complets? Alors, qu'on nous le dise! Car il devient évident que cette Expo.02 coûtera au bout du compte aux contribuables plus que le milliard. Lorsque le Conseil fédéral ose écrire en substance qu'il fait confiance au comité directeur de l'Association Exposition nationale dont le but déclaré est de réaliser l'exposition nationale dans les limites réduites du budget d'Expo.02, sans solliciter la garantie en cas de déficit, je me dis que j'ai la réponse à ma question: on nous prend pour des imbéciles!
Car comment faire confiance à un comité qui parvient à revenir deux fois devant notre Conseil en moins de six mois, la première fois pour demander 250 millions de francs, la fois suivante pour en redemander 338 supplémentaires? Je vous invite à lire attentivement les documents remis par ces gens-là. Leurs prévisions, tant à propos des recettes devant provenir des milieux privés que de celles découlant de la fréquentation de cette exposition, sont très optimistes. Ils prévoient environ cinq millions de visiteurs: ils devraient s'intéresser à ce qui se passe à Hanovre, où se tient l'Exposition universelle. Les responsables avaient prévu 40 millions d'entrées, soit une moyenne de 260 000 visiteurs par jour. Or, ils n'atteignent pas, certains jours, le dixième de la fréquentation prévue. Ils ont déjà dû licencier des centaines d'employés, c'est un véritable bide financier.
Mais évidemment, pour en revenir à Expo.02, notre Conseil et le Conseil des Etats passeront à la caisse au moment voulu, même s'il faut payer encore plus que les montants [PAGE 702] versés et ceux qui auront été garantis. Pourquoi? Parce qu'on ne lâche pas les petits copains: tous ces gens si prompts, si rapides à fustiger l'Etat dépensier lorsqu'il s'agit de dépenses sociales et qui vantent les mérites gestionnaires de la droite; de M. Franz Steinegger, président de ce Parti radical-démocratique si arrogant lorsqu'il s'agit de donner des leçons de gestion aux autres; de cet autre radical, un certain Pascal Couchepin, M. Suisse SA, qui vénère des organisations comme l'OMC. Dans une interview donnée le 16 octobre dernier, M. Steinegger, justifiant la demande de 250 millions de francs, déclarait péremptoirement: "Je n'ai qu'une seule certitude, il est exclu de venir réclamer 300 millions de francs après la manifestation." Il avait raison, il vient demander 338 millions de francs supplémentaires avant la manifestation. Je suis certain qu'il n'hésitera pas à revenir après la manifestation demander, si c'est nécessaire, bien plus de 300 millions de francs.
M. Couchepin, conseiller fédéral, était tout de même un peu plus franc lorsqu'il disait: "De toutes les connaissances acquises depuis le début de l'année 1999 du fonctionnement de l'Expo, à plusieurs reprises, ses responsables m'ont dit qu'il y avait du retard dans le sponsoring, mais que tout serait réglé dans les quinze jours, que ce n'était surtout pas le moment de leur tirer dans le dos." Trois semaines plus tard, c'est toujours M. Couchepin qui parle: "On me répétait la même chose. Un certain nombre de faits m'ont fait constater que l'espoir, souvent, l'a emporté sur une analyse réaliste."
J'espère aujourd'hui que l'analyse réaliste l'emportera, et que notre Conseil refusera clairement d'accorder la garantie de déficit demandée en n'entrant pas en matière. Si le Conseil décidait tout de même ladite entrée en matière, nous espérons au moins que les exigences posées par le Gouvernement précédemment, et qui ne sont toujours pas réalisées, seront au minimum remplies, notamment la participation du privé où il manque toujours 70 millions de francs.
Nous voulons que le Conseil fédéral nous dise comment il financera le scénario le plus catastrophique au cas, le plus probable, où cette Expo s'avérait au bout du compte être un fiasco financier complet. Pour les socialistes, je ne pense pas que 30 millions de francs de contenu sur plus de 1000 millions de francs de dépenses vont donner tout à coup une justification à cette exposition.