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Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2005-06-01

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2005-06-01

Wortprotokoll

Décidément, le groupe UDC a l'art de semer l'effroi dans le petit monde culturel helvétique. On dirait qu'à peine nos collègues posent les yeux sur le budget de l'encouragement à la culture qu'aussitôt le branle-bas de combat est déclenché. Ce n'est donc pas la première fois que nous devons voler au secours des créateurs, des artistes, ou des conservateurs du patrimoine, ou que sais-je, pour les sauver de la Bérézina.

Trêve de plaisanterie, nous n'aimerions pas nous payer deux fois par année un psychodrame du genre de celui de décembre 2004, autour de Pro Helvetia et de Thomas Hirschhorn. A la vengeance rageuse de l'époque succède aujourd'hui l'acte gratuit: on coupe à l'aveugle. C'est ravageur, parce que tout le monde se sent menacé et personne ne sait exactement où le trou va se creuser et qui va tomber dedans.

C'est d'ailleurs un acte quasi masochiste, puisque ceux qui s'expriment à ce sujet tiennent à dire combien cela leur fait mal de trancher dans le budget de la culture. En effet, comme Monsieur Rutschmann vient de le dire tout à l'heure, c'est au nom de la symétrie des sacrifices que nos collègues de la minorité sont allés débusquer ces économies-là, dans un domaine que le Conseil fédéral avait miraculeusement épargné, comme s'il fallait absolument que rien n'échappe au rabotage.

Il y a quelque chose de mécanique dans cette proposition, car on aligne des chiffres comme des noix sur un bâton, apparemment sans se soucier de savoir comment l'Office fédéral de la culture va gérer ce manque à gagner de presque un tiers de son budget. La minorité prend bien soin de souligner qu'elle ne coupe rien, mais qu'elle ne fait que renoncer aux augmentations prévues. Oui, mais ces augmentations correspondent à des crédits déjà engagés, notamment pour la restauration du Musée national de Zurich. Quelqu'un d'autre va donc faire les frais de cette coupe. Mais qui, ou quoi? Les avant-gardistes de l'art contemporain? le cinéma? la musique? la formation artistique? ou les fanfares de village? Nul ne le sait et tout le monde a peur. Et dans ce monde-là, la peur ne stimule pas la créativité, l'ouverture ou l'échange. Elle engendre au contraire un climat de concurrence, chacun jouant des coudes pour s'emparer de ce qui reste du gâteau.

Il ne faudrait pas qu'à périodes fixes, la culture devienne un terrain d'affrontements. Il ne faudrait pas que les créateurs soient les otages d'une guerre de clans ou de basses querelles politiques. La culture, c'est notre énergie vitale, c'est le socle de notre identité. C'est aussi la condition de notre survie en tant que société multiculturelle. Si la droite de cette assemblée s'énerve chaque fois qu'il est question d'exporter non pas des produits de consommation, mais quelque chose de nous qui rayonne et qui offre de la pensée et de l'émotion, eh bien, c'est que notre pays a perdu confiance en lui-même et en ses valeurs.

Finalement, dans de telles conditions, l'exercice d'allègement budgétaire qui nous est soumis risque bien de devenir un exercice d'allègement de nous-mêmes, un exercice d'automutilation. Les caisses de la Confédération seront peut-être un peu mieux remplies, mais nous, nous nous serons vidés de l'intérieur.

C'est pourquoi, au nom du groupe des Verts, je vous prie de repousser la proposition de la minorité Rutschmann.