Beck Serge · Nationalrat · 2005-06-14
Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2005-06-14
Wortprotokoll
Je tiens tout d'abord à décliner mes intérêts. Je suis encore un peu agriculteur, un agriculteur qui a déjà demandé, il y a huit ou dix ans, à son meunier de bien vouloir lui certifier que les mélanges fourragers qu'il lui fournissait étaient exempts d'OGM. Je refuse d'utiliser sur mon domaine de tels produits, tant parce que j'estime que le recul dans le temps n'est pas suffisant pour juger d'éventuels effets néfastes sur la santé humaine, que parce que je refuse - ce qui devrait être le cas de tout agriculteur "génétiquement non modifié" - d'utiliser des semences dont je ne pourrai pas, pour des raisons techniques ou légales, utiliser les graines pour réensemencer. Je refuse la dépendance à l'égard de groupes agroalimentaires multinationaux. Je refuse l'appauvrissement de la biodiversité par la généralisation à grande échelle d'espèces génétiquement modifiées.
A partir de cette situation, je refuse également de transformer mes doutes en peurs - ou pire, en angoisses - me rappelant que la plupart des progrès technologiques ont suscité des appréhensions qui allaient parfois jusqu'à l'hystérie:- souvenez-vous du passage des premiers trains à vapeur dans les tunnels! Il nous appartient, il appartient à chacun de nos concitoyens de choisir librement s'il veut utiliser en tant que cultivateur ou consommateur des produits génétiquement modifiés.
La vraie bataille démocratique n'est pas là où les auteurs de l'initiative l'ont placée. Elle est dans l'instauration de l'information, de la transparence sur les modes de production. Reconnaissons que dans ce domaine, comme dans le domaine général du contrôle des denrées alimentaires, la Confédération est faible; et malgré les rappels de la Commission de gestion, elle ne fait pas les efforts nécessaires dans ce domaine. Et ce n'est sans doute pas le principe du "Cassis de Dijon" qui va améliorer les choses.
La vraie question que nous avons à nous poser n'est pas de savoir quelle agriculture, mais quelle alimentation nous voulons. Nos concitoyens attendent de l'Etat la possibilité d'exercer leur liberté et leur responsabilité et non pas la prescription d'un menu uniforme administré et légalisé. Il appartient au citoyen d'assumer au quotidien, dans ses habitudes de consommateur ou de producteur - et, dans ce sens-là, le problème de la cohabitation doit être réglé -, ses responsabilités, et de démontrer au quotidien son acceptation ou son refus de produits génétiquement modifiés. Espérons qu'il saura le faire, qu'il aura davantage de cohérence que dans la problématique des poules pondeuses au sol!
C'est là que je ne peux pas comprendre les milieux agricoles qui soutiennent cette initiative. Le texte qui nous est soumis n'interdit pas l'importation de produits alimentaires avec des matières premières génétiquement modifiées et, tous tant que nous sommes dans cette salle, nous consommons pratiquement quotidiennement des produits alimentaires importés de l'étranger, contenant à plus ou moins haute dose des intrants génétiquement modifiés.
Alors, que l'on ne cesse de nous répéter que notre agriculture n'est pas assez concurrentielle - ce que par ailleurs je conteste; nous demanderions nous-mêmes, agriculteurs, des entraves législatives interdisant l'emploi de plantes génétiquement modifiées, alors que nos concurrents en useraient à loisir?
L'agriculture a raison de ne pas vouloir utiliser des OGM. C'est le choix d'un label de qualité qu'elle veut offrir aux consommateurs. Elle a tort de vouloir demander l'interdiction légale pour cinq ans de ces modes de production, dans la mesure où elle ne peut déterminer à l'avance la sensibilité des consommateurs au créneau "qualité naturelle" qu'elle a raison de vouloir défendre. Comme dans le domaine des poules pondeuses au sol, l'agriculture s'exposerait à l'incohérence des citoyens consommateurs et se priverait de marge d'adaptation. Monsieur Hämmerle, Madame Savary, ce n'est pas dans les réunions politiques que l'on voit si le consommateur rejette ou accepte les produits génétiquement modifiés, c'est dans les commerces, devant les rayons qui proposent les produits alimentaires!
D'autres ont développé les conséquences économiques de l'initiative, en particulier sur la recherche et donc la place économique. J'aimerais pour ma part souligner les affirmations hystériques de certains opposants aux plants génétiquement modifiés, qui affirment, par exemple pour le maïs, que la cohabitation n'est pas possible sans séparation de plusieurs centaines de mètres, voire de plusieurs kilomètres: les dernières recherches dans le cadre de l'Union européenne ont établi cette distance à une trentaine de mètres. Et il n'y a pas là de surprise, sinon pourquoi les producteurs de semences de maïs s'acharneraient-ils à alterner tous les 4 ou 5 mètres des lignées de maïs différents pour assurer la fertilisation des plantes?
Je crois que, par rapport aux progrès technologiques, porteurs de risques et de chances, il n'y a pas lieu d'avoir une attitude fermée obscurantiste. Devrions-nous déclarer un moratoire sur Internet dans notre pays jusqu'à ce que la prolifération des virus informatiques et les dangers croissants qu'ils représentent pour notre société soient maîtrisés? Tout le monde reconnaîtrait que ce n'est pas sérieux.
Je vous invite donc à avoir une attitude ouverte et prudente, pragmatique, favorisant la liberté et la responsabilité des partenaires, et donc à soutenir la proposition de renvoi Randegger.