Recordon Luc · Nationalrat · 2005-06-16
Recordon Luc · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2005-06-16
Wortprotokoll
Je n'ai pas la prétention de vous délivrer ici un point de vue objectif. Je suis beaucoup trop impliqué affectivement dans ce que je vais vous dire pour pouvoir le faire. Mais je crois qu'un témoignage mérite tout de même d'être donné ici.
Je suis né avec un handicap congénital très lourd. J'ai eu énormément de chance, parce que j'ai été extrêmement entouré par des parents responsables et aimants qui se sont engagés avec détermination pour que je puisse développer mes activités et ma personnalité. Mais je pense que c'est une chance rare, et j'ai vu beaucoup de gens dans les hôpitaux, dans des centres de rééducation en Suisse et en Allemagne notamment, aux Etats-Unis aussi, qui n'ont pas eu cette chance, qui n'ont pas eu non plus la force morale de résister au handicap, qui les a écrasés. Je crois que lorsqu'on lit, sous la plume de certaines organisations de handicapés, qu'accepter le diagnostic préimplantatoire, c'est mépriser le handicap et le handicapé, je crois profondément que c'est tout à fait le contraire. C'est parce qu'on doit reconnaître que c'est quelque chose d'humainement très lourd et que c'est une malchance, une infortune terrible pour la plupart de ceux qui la subissent, qu'il faut savoir, avec sens des responsabilités, avec sens du devoir, pour les parents prendre toutes les précautions utiles, pour, dans les cas lourds - ceux qui ont été cités par Madame Huguenin ou bien d'autres; dans mon cas le syndrome de Holt-Oram -, décider à un certain moment que l'on n'aura pas d'enfant.
Je suis un peu agacé d'entendre poser la question: y a-t-il un droit à un enfant sain? Il n'est pas question qu'il y ait de droit à un enfant. Un parent a-t-il droit à un enfant? Un être humain peut-il avoir un droit à la vie d'un autre être humain, même si c'est dans le sens positif de donner la vie? J'espère bien que non! Faire un enfant, c'est prendre une terrible responsabilité; et ne pas tout faire pour que cet enfant ait toutes les chances de son côté, c'est une terrible façon de ne pas assumer ses responsabilités.
Alors je ne méconnais pas qu'il y a des risques dans le sens de l'eugénisme: je les pondère, ils sont lourds - c'est sûr -, et il faudra prendre toutes les précautions.
J'en appelle à vous, au nom de ces enfants qui, comme moi, auraient préféré, si cela avait été possible, ne pas naître plutôt que de naître lourdement handicapés - avec une petite probabilité de bien pouvoir se développer -, pour que le diagnostic préimplantatoire puisse être accepté au sens de la commission et de Monsieur Gutzwiller. (Applaudissements partiels)