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John-Calame Francine · Nationalrat · 2005-09-29

John-Calame Francine · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2005-09-29

Wortprotokoll

Lors du sommet du Millénaire des Nations Unies, qui s'est tenu en septembre 2000, 189 chefs d'Etat et de gouvernement ont adopté huit objectifs pour le développement pour le nouveau millénaire. Ces différents pays, dont la Suisse, se sont engagés à mettre en oeuvre d'ici 2015 tout un ensemble de mesures pour atteindre ces buts ambitieux, notamment celui qui consiste à diminuer la pauvreté de moitié par rapport à 1990.

Au tiers de la période de mise en place, il s'agit d'effectuer un premier bilan permettant d'évaluer les premiers résultats obtenus, de revoir la pertinence de certaines décisions, d'élaborer un nouveau train de mesures et un calendrier permettant d'atteindre les buts fixés dans le temps imparti.

Notre pays a décidé de se concentrer plus spécifiquement sur les objectifs concernant la lutte contre la faim et la pauvreté, ainsi que sur la réorganisation des Nations Unies par le biais de la création d'un Conseil des droits humains.

Il ne fait aucun doute qu'en Afrique, comme dans certains autres pays du tiers monde, la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement reste hypothétique, voire même utopique. En effet, la situation des populations africaines se dégrade de jour en jour du fait de la démission et du manque de volonté politique des gouvernements, qui sont souvent corrompus et/ou de type dictatorial, et parce que ces gouvernements sont souvent empêtrés dans des crises politiques importantes les empêchant de mettre en place les structures de gouvernance pour que l'aide soit efficace.

De plus, la conjoncture internationale, avec la hausse du prix du pétrole et la forte baisse du prix des matières premières exportées par ces pays, ne va malheureusement pas arranger leur sort. Heureusement, le poids de leur dette va diminuer grâce à la proposition du G8 d'abolir la dette des 18 pays les plus pauvres auprès du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, pour un montant de 40 milliards de dollars. Il est même envisagé d'abandonner la dette de 20 pays supplémentaires pour un montant total qui atteindra alors 57 milliards de dollars.

Cinq ans après avoir pris ces bonnes résolutions, le bilan des actions menées par les gouvernements qui soutiennent [PAGE 1294] cette démarche est affligeant. Les chiffres s'avèrent inquiétants: un milliard d'êtres humains vivent toujours avec moins d'un dollar par jour; 300 000 décès par semaine sont liés à la pauvreté; un être humain sur quatre n'a pas accès à l'eau potable; 114 millions d'enfants ne vont toujours pas à l'école primaire; 584 millions de femmes sont analphabètes; 11 millions d'enfants meurent chaque année. De plus, au titre des maladies, on enregistre 400 millions de cas de malaria; cette maladie tue un million de personnes par an dont 75 pour cent sont des enfants de moins de 5 ans vivant en Afrique. Et nous n'avons pas encore parlé de la pandémie du sida qui a contaminé dans certains pays jusqu'à 50 pour cent de la population.

Pour être efficace, l'aide au développement ne doit pas servir à payer les honoraires du personnel administratif chargé d'évaluer les projets pour en proposer de nouveaux, mais bien à faire en sorte que les pays les plus pauvres s'approprient les projets de lutte contre la pauvreté et mobilisent leurs moyens internes et externes pour satisfaire les besoins élémentaires de leur population. C'est en permettant aux citoyennes et aux citoyens de ces pays extrêmement pauvres de devenir des acteurs de leur propre développement plutôt que des consommateurs d'aide que nous gagnerons ce pari difficile.

Vu ce constat peu glorieux, les Verts demandent que le Conseil fédéral redouble d'efforts et "mette le turbo" - venant des Verts, vous conviendrez que c'est un comble!

Les Verts attendent aussi du Conseil fédéral qu'il s'engage aux côtés des pays de l'Union européenne et augmente sa participation au programme d'aide au développement, qui se situe actuellement à 0,41 pour cent de notre PIB, de manière à atteindre 0,56 pour cent en 2010 et 0,7 pour cent en 2015. Ils ne sauraient tolérer que les contributions de la Suisse au fonds de cohésion de l'Union européenne soient prélevées dans le budget de l'aide au développement.

Les Verts demandent que la Confédération participe à l'abandon de la dette auprès du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, non seulement pour les 18 pays les plus pauvres, mais aussi pour 20 pays supplémentaires.

Les Verts insistent pour que le Conseil fédéral s'engage auprès de l'OMC afin que tous les pays puissent maintenir leur souveraineté alimentaire, favorisant ainsi l'exploitation des sols par des petits paysans en respectant les règles du développement durable. Il faut donc laisser à ces populations le soin de définir et de maîtriser leur politique agricole, gage d'une production de proximité et de qualité.

Les Verts souhaitent que la Confédération s'investisse davantage pour favoriser et soutenir des élections libres et transparentes dans les pays en voie de démocratisation.

Les Verts exigent de la Confédération qu'elle garantisse une meilleure sécurité des populations menacées par la guerre ou par des conflits civils, notamment en revoyant ses critères de vente de matériel militaire.

Il est en effet inadmissible que des chars aient été vendus au Maroc alors que la situation du Sahara-Occidental n'est pas résolue, que d'autres soient partis au Pakistan qui n'a pas réglé son différend avec l'Inde en ce qui concerne le Cachemire et que d'autres aient risqué de parvenir en Irak où la paix n'est de loin pas encore rétablie.

Nous demandons aussi que le Conseil fédéral s'investisse à fond auprès des grandes firmes pharmaceutiques pour obtenir des prix corrects pour les médicaments exportés dans le tiers monde. Il a pu décrocher une telle baisse pour la population suisse; cela devrait aussi marcher pour les pays les plus pauvres.

Nous attendons aussi de la Confédération un engagement sans faille en ce qui concerne le développement durable, notamment dans le domaine énergétique - l'énergie solaire est une richesse de l'Afrique qui n'est guère exploitée -, de la gestion de l'eau et des forêts, ainsi que de la qualité de l'air, du maintien de la biodiversité et de l'usage parcimonieux du sol pour la construction.

En conclusion, aux yeux des Verts, le bilan de la Suisse est bien maigre. Pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, nous attendons que des actions soient mieux coordonnées, mieux ciblées et menées avec plus de détermination et de rapidité.

C'est dans cette optique que le groupe des Verts prendra acte de ce rapport.