Lexipedia

Dupraz John · Nationalrat · 2005-09-29

Dupraz John · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2005-09-29

Wortprotokoll

Tout d'abord, je constate que la plupart des représentants des groupes qui se sont exprimés accueillent favorablement ce rapport, avec quelques remarques critiques.

En ce qui concerne le troisième point que j'ai développé, les défis actuels pour la politique d'accueil de la Suisse à l'égard des organisations internationales, Monsieur Eggly s'est exprimé avec certaines craintes et a proposé certains aménagements et certaines lignes à suivre. Je ne peux que confirmer ce qu'il a dit, parce que la commission est consciente des défis que la Suisse doit relever à ce propos, afin que notre pays surtout, et Genève subsidiairement, conservent leur attractivité comme plates-formes de qualité pour les organisations internationales. Il faut effectuer des investissements importants dans l'infrastructure. Les exigences accrues en termes de sécurité posent également un problème important, surtout en ce qui concerne le Palais des Nations, et les organisations onusiennes, ainsi que l'OMC. Selon la pratique internationale, l'Etat hôte est en effet tenu de prendre les mesures qui s'imposent pour assurer la protection en dehors du périmètre des bâtiments. L'effort supplémentaire que la Suisse doit consentir dans ce domaine aura des conséquences financières que le Conseil fédéral soumettra en temps voulu au Parlement. Des négociations sont en cours entre la Confédération et le canton de Genève au sujet du partage du fardeau, que j'espère le plus léger possible pour mon canton.

Un autre défi consiste à éviter que les réformes de l'ONU ne se traduisent par un transfert du siège d'organes spécialisés de Genève à New York ou dans d'autres villes. Ceci s'applique tout particulièrement au nouveau Conseil des droits humains, qui doit remplacer la Commission des droits de l'homme. Je dois vous dire que nous sommes en compétition, sur le continent européen, avec Madrid, Lisbonne, Vienne et Bonn. Il ne faut pas croire qu'on vient s'installer ou qu'on reste à Genève parce que c'est Genève. Ces organisations sont d'abord en Suisse. C'est un élément important de notre politique étrangère et si on veut garder cette place internationale suisse à Genève, il faudra qu'on s'engage davantage politiquement et financièrement.

Quant aux critiques de Monsieur Wobmann concernant l'activité du Conseil fédéral et de notre pays à l'ONU, je dois vous dire, Monsieur Wobmann, que vos propos sont ceux d'un antipatriote, car je crois que la Suisse est très active, très constructive, et lorsque vous dites que vous auriez proposé de réformer le Conseil de sécurité, je vous signale que pour faire de telles propositions, il faudrait qu'elles aient une chance d'aboutir et la vôtre ne dépasse pas les limites de votre parti politique! Vous êtes le seul à les partager, donc c'est non avenu, incongru et ça ne sert à rien. Je ne m'étendrai pas plus là-dessus.

J'aimerais encore dire que certains se sont félicités de la radiation de la dette des pays les plus pauvres. Je prétends que c'est un échec d'une politique qui était menée par les pays occidentaux et par les organisations internationales [PAGE 1299] car, lorsqu'on prête de l'argent à un pays en voie de développement, il devrait pouvoir se développer et rembourser. Or nous avons agi en colonisateurs et pas en gens qui veulent aider ces pays; il faut changer cette mentalité.

Je dirai que si l'on est arrivé à cette situation dramatique où l'on doit effacer la dette, c'est qu'il y a un manque flagrant de coordination entre les politiques menées par la Banque mondiale, le FMI et l'OMC par rapport aux objectifs que fixe l'ONU. Je vais vous citer un exemple.

Au Ghana, grâce aux règles de l'OMC, le Brésil et l'Union européenne ont exporté des poulets congelés à des prix de dumping, selon les règles du libre-échangisme international préconisé et mis en place par l'OMC. Eh bien, ces importations ont détruit la filière volaille que ces pays avaient mise en place!

Or la grande majorité des pauvres vivent en milieu rural, et si on ne donne pas au milieu rural l'occasion de se développer, si on le maintient dans la dépendance par des importations à des prix de dumping, on peut faire tout ce qu'on veut au niveau de l'aide au développement, nous ferons chou blanc. Et ça, il faut que vous en ayez conscience: le Parlement ghanéen a voulu mettre en place une protection à la frontière, mais le président n'a jamais signé le décret d'application de la loi sur pression du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui, au nom du libéralisme économique, estimaient que c'était une mesure protectionniste.

Si on ne donne pas l'occasion aux gens des pays les plus pauvres de développer leur activité primaire, on va toujours les maintenir dans la dépendance, et on pourra faire tous les projets qu'on veut, on n'y arrivera pas.

C'est très bien d'avoir fixé les Objectifs du Millénaire, mais on les a fixés un peu dans une euphorie générale, sans s'en donner les moyens. Et les moyens, c'est premièrement la coordination des politiques que je viens d'évoquer; et c'est, deuxièmement, des moyens financiers. Il serait quand même un peu piquant que notre pays, qui est un des plus riches du monde, n'atteigne pas prochainement ce 0,7 pour cent du revenu national brut d'aide aux pays en voie de développement.

Donc il faudra aussi des nouvelles ressources. Je regrette que le Conseil fédéral, pour le moment, soit si timide dans l'étude de ces nouvelles ressources pour atteindre le 0,7 pour cent.

Voilà dans quel esprit la commission a travaillé. Nous sommes satisfaits de voir que vous partagez les préoccupations de la majorité de la commission. Je vous invite à prendre acte de ce rapport.