Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2005-12-14
Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2005-12-14
Wortprotokoll
Le projet que viennent de défendre ici nos collègues Vaudroz, Gadient, Darbellay et Fässler est sympathique et il a certainement du sens. Cette image de la Suisse comme château d'eau de l'Europe et du partage des eaux dans le massif du Gothard, c'est vrai, a une portée quasi mythique. Il est vrai que c'est un territoire qui mérite certainement une protection et une valorisation. Mais ce territoire est déjà en partie préservé, y compris le magnifique paysage que Monsieur Darbellay nous a présenté. A ma connaissance, il n'est pas question de détruire ce paysage par des constructions. Je ne vois pas en quoi il serait mieux protégé s'il avait le label "Parc". Et, d'ailleurs, peut-être qu'il pourra l'avoir effectivement.
Je crois que, malgré le côté sympathique de ce projet - je ne crois pas, j'en suis sûre! -, les Verts ne voteront pas les propositions déposées en faveur de la création de parcs fluviaux, et ceci pour les raisons suivantes.
Tout d'abord, je viens d'ailleurs de le dire, nous croyons qu'il n'est pas nécessaire de créer une nouvelle catégorie de parc pour réaliser un parc naturel dans la région du Gothard. Ce qui me trouble particulièrement, c'est que tout se passe comme si les auteurs de ces propositions se sentaient le devoir de généraliser leur concept afin de légitimer les intérêts particuliers qu'ils défendent: ceux d'une région, ceux d'une fondation, voire ceux d'une entreprise de transport, puisque eux-mêmes ont fait allusion au Glacier Express.
De plus, les arguments apportés à l'appui de cette idée ne nous paraissent ni déterminants ni convaincants. Monsieur Vaudroz, vouloir un parc "eau" parce qu'on a déjà un parc "terre", excusez-moi, mais ça me paraît un peu tiré par les cheveux. A quand un parc aérien? Je veux dire, comme il y a quatre éléments, continuons!
Evidemment, même si ces arguments nous paraissent un peu opportunistes, c'est vrai que l'argument financier est martelé avec une certaine force. C'est vrai que c'est un avantage de pouvoir bénéficier des redevances hydrauliques pour réaliser ce projet, mais pourquoi vouloir généraliser ici aussi? A notre avis, cela risquerait d'avoir des effets pervers en mettant en concurrence les autres parcs qui ne disposeraient pas de telles ressources et qui devraient faire appel à des fonds publics. Pourquoi vouloir faire de ce financement un principe général qui figurerait à l'article 23jbis, alors que cet article a été si difficile à obtenir? La modification de l'article 49 de la loi sur l'utilisation des forces hydrauliques peut aussi se réaliser le cas échéant sans que cela doive figurer dans la loi sur la protection de la nature et du paysage.
Mais là où cette proposition est la plus problématique, c'est à l'article 23hbis selon la proposition Gadient, qui voudrait qu'un parc fluvial soit composé, selon son expression, "de plusieurs paysages fluviaux qui s'étendent sur différentes régions, par exemple dans les Alpes, sur le Plateau ou dans le Jura".
Ce concept de parc éclaté en plusieurs morceaux ne correspond pas du tout au concept des parcs voulu par cette loi. Il est de nature à compliquer les procédures, à rendre difficile leur mise en oeuvre et leur gestion. Et puis, le morcellement n'est pas en accord avec le principe de territorialité prévu par la loi. Il peut aussi constituer un obstacle à cette chère démocratie participative dont on se réclame à grand cri et qu'on appelle le fonctionnement "bottom-up".
A l'avenir, le groupe des Verts sera heureux que des régions alluviales ou fluviales deviennent des parcs, si elles sont en conformité avec les standards des labels. Effectivement, dans ces standards et ces critères, pourquoi ne pas rediscuter le principe des 100 kilomètres carrés? Mais je ne voudrais laisser dire à personne que ces critères sont n'importe quoi, comme cela a été dit. Je ne vois pas non plus pourquoi on dit que c'est une lacune dans la loi que de ne pas avoir prévu des parcs fluviaux.
Donc, nous estimons que le concept présenté ici bouscule une loi dont la gestation n'a pas été des plus faciles. C'est pourquoi nous vous invitons à en rester au projet du Conseil fédéral.