Ruey Claude · Nationalrat · 2006-05-09
Ruey Claude · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2006-05-09
Wortprotokoll
Le hasard a fait que j'étais tout à l'heure en séance avec le secrétaire de la Ligue romanche qui prépare la session des Chambres fédérales qui aura lieu à Flims, à laquelle les Romanches ont à coeur de nous écouter et de nous accueillir le mieux possible. A cet égard, il m'a dit - et je partage ce point de vue, comme Madame Simoneschi aussi sans doute - que la question des langues en Suisse, ce n'est pas, contrairement à ce qu'on croit, seulement une question de langues ou de traduction, mais la question des cultures qui accompagnent les langues. La langue n'est que l'émanation de la culture, donc d'une Weltanschauung, d'une conception du monde différente que l'on peut avoir suivant de quelle culture on vient et quelle langue on parle.
C'est ce dont la majorité linguistique de ce pays doit se rendre compte parce que lorsque nous travaillons ensemble - et nous sommes fiers de travailler ensemble dans un pays quadrilingue et pluriculturel -, nous ne le faisons pas seulement avec nos langues, mais avec nos approches, nos conceptions du monde différentes, qui font la richesse de la Suisse, qui font la créativité de nos solutions parce qu'elles sont le fait de plusieurs cultures. Alors si je salue les "instructions du Conseil fédéral concernant la promotion du plurilinguisme dans l'administration fédérale" - c'est là peut-être que la chatte a mal aux pieds -, je constate qu'elles sont loin d'être respectées complètement, d'avoir la force contraignante que l'on aimerait qu'elles aient. Leur application est loin d'être surveillée et contrôlée comme on le voudrait par les différents départements.
Je me souviens que, pour les 25 ans d'Helvetia Latina, j'ai dit au représentant du Conseil fédéral présent: "Nous voulons des chefs, Madame et Messieurs les conseillers fédéraux, pour faire appliquer les 'instructions concernant le plurilinguisme'." On le constate, ce n'est pas le cas, il s'en faut de beaucoup.
Aujourd'hui, la plupart des projets sont préparés en une seule langue - je n'ai pas besoin de vous dire laquelle -, ce qui est une erreur magistrale! Au Canada par exemple, tous les projets de loi sont préparés simultanément dans les deux langues, article par article, précisément pour avoir une vision plus stéréoscopique et plus complète des choses.
Si nous saluons les instructions du Conseil fédéral, nous constatons qu'elles doivent être renforcées. Dans ce sens, les motions Studer Jean 05.3174 et Berberat 05.3152 y contribuent. Nous avons pu voir - et nous en parlerons sans doute demain - que le Conseil fédéral a proposé de rejeter la motion 05.3750 qu'Helvetia Latina a déposée par mon intermédiaire, motion qui veut que les hauts fonctionnaires, les cadres supérieurs de l'administration fédérale soient capables de maîtriser les langues nationales officielles. Il n'en veut pas en disant que les "instructions concernant le plurilinguisme" sont suffisantes. Or ce n'est pas le cas: plus de 90 pour cent des traductions se font de l'allemand vers le français et l'italien. Cela montre bien qu'on est loin du compte.
Il ne s'agit pas pour nous, encore une fois, de nous plaindre, de gémir, "kein Jammertal in diesem Saal", mais il s'agit de dire: "Enrichissons-nous mutuellement et n'ayons pas le regret d'avoir tué, par des soucis d'économies mal placés, ce qui fait la richesse et la créativité de ce pays, au moment d'élaborer des lois, des projets, et de trouver des solutions." A cet égard, Madame la chancelière de la Confédération, merci pour les "instructions concernant la promotion du plurilinguisme dans l'administration fédérale", merci pour les efforts que vous faites pour qu'elles soient respectées, mais je crois qu'il va falloir les renforcer si l'on veut, et nous en avons de nombreux exemples, éviter qu'une seule langue devienne la langue de travail et que, par conséquent, cela "aplatisse", "écrase" la créativité de ce pays.