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Levrat Christian · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-05-10

Wortprotokoll

Je renonce d'entrée de cause à déclarer mes intérêts: Monsieur Pelli l'a fait à ma place. En remerciement, je lui donnerai un petit conseil: je ne suis pas sûr que sa cage à oiseaux lui permette d'attraper beaucoup d'électeurs; il devrait, par contre, être prudent pour ne pas attraper - lui et ses collègues - la grippe aviaire!

De quoi parlons-nous aujourd'hui? Nous parlons d'abord de la privatisation de Swisscom, du marché des télécommunications. Derrière cette privatisation, pourtant, se profilent d'autres projets. Certains ont déjà été déposés sur la table du Conseil fédéral: il s'agit de la privatisation de la Poste aujourd'hui, des CFF demain, des entreprises électriques, peut-être, ou des hôpitaux après-demain.

Dans ces conditions, face à ce programme qui constitue un véritable démantèlement du service public, le référendum qu'ont annoncé les syndicats et la gauche en cas de privatisation de Swisscom, pour le cas où nous devrions être minorisés aujourd'hui, constitue simplement une arme de légitime défense pour la population; une arme de légitime défense qui doit permettre de dire si les bénéfices de l'entreprise doivent, comme jusqu'à présent, bénéficier à l'Etat, aux collectivités, ou si, au contraire, ces bénéfices doivent être attribués à des actionnaires privés, anonymes, étrangers probablement. La privatisation de Swisscom signifie en effet simplement la reprise de l'entreprise par un groupe étranger, dans le meilleur des cas un groupe de télécommunications actif sur le marché européen.

On pourrait, Mesdames et Messieurs des groupes radical-libéral et UDC, vous soupçonner de vouloir vendre Swisscom à Deutsche Telekom! La réalité, malheureusement, pourrait être pire dans la mesure où ce n'est pas un groupe d'investisseurs du marché des télécommunications, mais un groupe de spéculateurs internationaux qui prendra le contrôle de Swisscom. Pourquoi cette crainte? D'abord parce que l'entreprise est extraordinairement attractive: elle a versé 2 milliards de francs par année à ses actionnaires depuis sa création. Ensuite parce que nous n'avons pas en Suisse d'investisseurs stratégiques actifs dans le domaine des télécommunications: nous n'avons personne, en Suisse, qui puisse reprendre et conduire l'entreprise, hormis la Confédération. Enfin parce que les expériences réalisées jusqu'à ce jour nous montrent que c'est la réalité à laquelle nous sommes confrontés: Cablecom a été vendue trois fois en trois ans; elle appartient aujourd'hui à un groupe d'investisseurs américains qui a annoncé la suppression de 15 pour cent des emplois en Suisse, quatre jours après avoir pris le contrôle de l'entreprise!

Monsieur Föhn a cité l'exemple du Danemark. C'est un exemple qui est souvent donné par la droite au Parlement pour justifier la privatisation. Aujourd'hui, TDC, la maison mère de Sunrise, l'opérateur historique danois, a été reprise par un groupe de spéculateurs internationaux basé aux Etats-Unis. Sur les 10 milliards de francs qu'a coûtés cette acquisition, 6 ont été portés à la charge de l'entreprise elle-même qui a ainsi financé son propre rachat! TDC aujourd'hui est étouffée financièrement, handicapée sur le marché et les politiciens danois regrettent amèrement cette privatisation. Le porte-parole du Parti populaire danois, qu'on ne saurait soupçonner d'être un gauchiste, "regrette l'aveuglement des politiciens dans cette affaire".

Mesdames et Messieurs des groupes UDC et radical-libéral, voulez-vous vous excuser auprès de la population dans trois, quatre ou cinq ans, comme le font aujourd'hui les politiciens danois, pour l'avenir de Swisscom? Voulez-vous vraiment vous excuser d'avoir transformé Swisscom en objet de spéculation boursière internationale? Voulez-vous vraiment affaiblir le service public en Suisse?

Cette vente à l'étranger ne serait finalement pas si grave, si ce n'était que la population en payera le prix par une baisse des prestations, par une augmentation des tarifs, par une [PAGE 628] desserte moins bonne dans les régions périphériques. Je dois vous dire que, vue de Boston, de Philadelphie, de Denver, là où ces groupes ont leur siège, c'est toute la Suisse qui est une région périphérique, comparée à la France, à la région de Berlin ou à la Ruhr. C'est le service public dans toute la Suisse qui serait affaibli par cette démarche.

La vente de Swisscom à l'étranger affaiblirait le service public en Suisse, supprimerait des milliers d'emplois, les projets sociaux qui sont aujourd'hui initiés par l'entreprise - "Internet à l'école", ce sont 700 000 élèves qui bénéficient de cette offre en Suisse - ainsi que l'ensemble des projets menés aujourd'hui par Swisscom au bénéfice de la population. Cette vente entraînerait également le transfert à des actionnaires privés à l'étranger des milliards de francs versés chaque année actuellement dans les caisses de la Confédération.

Dans ces conditions, annoncer le référendum, ce n'est pas faire pression sur nos débats, ce n'est pas dire que la population devra vous surveiller parce que nous ne faisons pas confiance, c'est simplement un instrument de légitime défense.

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