Rey Jean-Noël · Nationalrat · 2006-05-10
Rey Jean-Noël · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-05-10
Wortprotokoll
Mon opposition au projet de privatisation de Swisscom ne relève pas de l'idéologie, mais résulte d'une analyse pragmatique de la situation. Le Conseil fédéral le dit lui-même à la page 3656 de son message: "Il est d'une importance capitale pour l'économie de pouvoir disposer de services de télécommunication fonctionnels, de qualité supérieure et avantageux." L'infrastructure des télécommunications fait partie des conditions-cadres de notre économie. Il faut donc en garder la maîtrise. Il faut garder en Suisse le pouvoir de décision sur une industrie de pointe, une industrie qui offre des emplois à haute valeur ajoutée. A l'ère de la globalisation, ce sont les emplois dont nous avons besoin. La Suisse ne peut se transformer en désert industriel.
J'en ai fait moi-même l'expérience. Il est plus facile de convaincre une entreprise comme Alcan de maintenir des emplois en Suisse quand le pouvoir de décision est à Zurich, plutôt qu'à Montréal où il se situe maintenant depuis que l'entreprise a été démantelée par Monsieur Blocher - et compagnie - qui aujourd'hui, étant au Conseil fédéral, veut appliquer à Swisscom la même méthode qu'il a appliquée à Alcan/Alusuisse en Valais. On connaît les conséquences de cette politique!
La lecture du message du Conseil fédéral m'a conforté dans mon opinion. Ce message est le reflet de l'absence de stratégie économique du Conseil fédéral pour ses entreprises. Dans son message, le Conseil fédéral énumère les risque financiers et oublie les chances et les opportunités économiques de l'entreprise Swisscom. Il oublie surtout les risques économiques, notamment pour les régions périphériques, de sa politique. Le Conseil fédéral recherche le risque zéro: aurait-il oublié qu'un homme politique doit aussi prendre certains risques, même quand il est au Conseil fédéral, alors que, par son comportement, il fait courir des risques inconsidérés à Swisscom et participe au démontage de son management et à la destruction de la valeur d'une entreprise performante?
A ce sujet, Monsieur Kaufmann, tout à l'heure, a démontré le vrai visage des "privatisateurs" qui sont prêts à utiliser tous les moyens pour diffamer Swisscom au service de leurs intérêts particuliers. L'UDC s'inquiète des optimisations fiscales de Swisscom alors que les orateurs membres du groupe réclamaient hier encore dans cette salle la suppression de tout impôt fédéral sur le capital et le bénéfice des entreprises privées. L'UDC dénonce les pertes à l'étranger et oublie les milliards de francs économisés par Swisscom grâce à une politique mesurée en matière de technique UMTS. L'UDC oublie aussi, en dénonçant les pertes à l'étranger, son rôle d'alors, lorsqu'il y avait encore les PTT, quand elle a fait pression pour que Swisscom vende ses participations dans Cesky Telecom à un très mauvais moment, alors qu'aujourd'hui, on serait content d'avoir ces participations.
On cherche en vain des raisons économiques à la privatisation. D'ailleurs le Conseil fédéral, au chiffre 1.6 de son message, montre l'absence de stratégie de mise en oeuvre d'une éventuelle privatisation. Il propose une large [PAGE 642] dispersion des actions, ce qui signifie le démontage de Swisscom et la soumission de celle-ci aux contraintes de la Bourse.
Or, une entreprise de télécommunication a besoin d'une stratégie économique et pas d'une stratégie financière, et pour avoir une stratégie économique, Swisscom a besoin d'un investisseur stratégique. Or, aujourd'hui, cet investisseur stratégique, c'est la Confédération. L'exemple Cablecom démontre qu'il n'y a pas d'investisseur stratégique en Suisse dans ce domaine outre la Confédération. Alors, on a déjà vendu Cablecom à des caisses de pension américaines. Est-ce qu'on veut, aujourd'hui, vendre aussi Swisscom à ce genre d'investisseurs? Non. Donc, il faut que le Conseil fédéral ait une stratégie économique pour le secteur des télécommunications, et en particulier pour Swisscom.
Au lieu de se battre autour de la dépouille de Swisscom, il faut définir une véritable stratégie industrielle de "cluster" technologique pour la télécommunication. C'est l'une des dernières branches qui est encore en Suisse. C'est une industrie de pointe. Il faut que la Confédération s'investisse pour assurer les emplois, pour assurer le développement d'une entreprise et d'un secteur de pointe.
C'est la raison pour laquelle il ne faut pas entrer en matière sur le projet unilatéral du Conseil fédéral.