Nordmann Roger · Nationalrat · 2006-06-15
Nordmann Roger · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-06-15
Wortprotokoll
Beaucoup d'entre nous font du sport ou aiment le sport. On a vu que certains d'entre vous sont même allés jusqu'à Stuttgart mardi soir. Tant mieux, parce que cela nous aide à compenser les aspects stressants de l'activité parlementaire.
Tous les sportifs et les amateurs de sport parmi nous savent qu'au fil des années le corps et l'esprit évoluent. Grosso modo, à 18 ans on est meilleur pour établir des pics de performance, mais on s'épuise plus vite et on a moins de résistance psychique. En prenant un peu de bouteille - au sens figuré s'entend -, l'endurance s'améliore et on gère mieux l'effort. Les marathons, les courses cyclistes, c'est plutôt vers 30 ans qu'on les gagne et le footballeur le plus talentueux ne sera pas capitaine ou entraîneur à 18 ans parce que la stratégie s'affine avec le temps.
La question que nous avons à trancher aujourd'hui est un peu la même, mais elle concerne les apprentis et les jeunes, justement ceux dont nous espérons qu'ils réaliseront demain des performances de pointe. Vous avez tous été jeunes et certains d'entre vous le sont encore. La sortie de l'adolescence, c'est naturellement l'âge des sentiments forts, l'âge où on teste ses limites, l'âge où on prend parfois des risques excessifs, par exemple sur la route, à la montagne, en fêtant jusqu'au bout de la nuit tous les week-ends, en accompagnant ses excès par la consommation d'alcool. C'est aussi [PAGE 936] l'âge où le corps finit sa transformation. Enfin, c'est un âge exigeant. Comme apprenti, on doit simultanément apprendre à travailler et à acquérir de nombreuses connaissances théoriques soumises à examen.
Vouloir faire travailler les jeunes et les apprentis la nuit, c'est-à-dire après 22 heures, c'est exagérer dans la superposition des défis. Nous connaissons tous les problèmes des jeunes sportifs d'élite qui grillent leurs ressources en un ou deux ans, puis retombent ensuite dans l'anonymat par épuisement physique, par blessure ou par démotivation. Pour contourner cet écueil, il faut accompagner les jeunes sportifs afin que leur talent puisse s'épanouir.
On ne lâche pas un néoprofessionnel de 20 ans dans le Tour de France, ou alors seulement pour quelques étapes au début. Le problème est le même pour l'entrée des jeunes dans la vie professionnelle. Je ne crois pas que ce soit faire preuve de paternalisme que de vouloir maintenir une protection minimale des jeunes au moment délicat de leur entrée dans la vie professionnelle. Il s'agit tout simplement d'être prudent avec la relève, pour ne pas la "griller", si vous me passez l'expression. Il leur restera aussi 44 ou 45 ans de carrière professionnelle à tenir et ils auront amplement l'occasion de travailler la nuit si nécessaire.
Dans le dépliant, vous avez le choix. Ma préférence et celle du groupe socialiste va au statu quo: 19 ans pour l'âge de protection légal et 20 pour ceux qui sont en apprentissage. Mais si vous entrez en matière, la minorité propose un compromis que je vous recommande de suivre, car il sauve l'essentiel, en maintenant à 20 ans l'âge de protection légal pour ceux qui sont en apprentissage et qui doivent encore réussir le défi de passer des examens.