Lombardi Filippo · Ständerat · 2006-09-20
Lombardi Filippo · Ständerat · Tessin · Christlichdemokratische Fraktion · 2006-09-20
Wortprotokoll
Je soutiendrai aussi la motion Langenberger, surtout pour que ce pays puisse toujours croire aux promesses que le Conseil fédéral nous avait faites en 2003 de fixer une priorité claire dans les tâches de l'Etat. Fixer des priorités signifie que certaines doivent peut-être être réduites, d'autres doivent être maintenues à leur niveau actuel et d'autres encore, dont celles-ci, doivent et peuvent être augmentées. Mais justement, il faut voir l'exercice dans son ensemble et, comme l'a rappelé de façon pointue Monsieur Bürgi, il ne s'agit pas simplement de penser qu'une seule source de financement permettra de compenser ce qu'on veut augmenter là.
Naturellement, la motion qui nous demande de porter à 6 pour cent l'augmentation annuelle des crédits par rapport aux 4,5 pour cent proposés par le Conseil fédéral signifie que, sur quatre ans, nous allons évidemment mettre à disposition un milliard de francs de plus pour le secteur de la formation et de la recherche. C'est bien, mais il faut aussi savoir ce que cela signifie pour l'ensemble des comptes de la Confédération.
Maintenant, au terme de cette discussion, il est difficile de ne pas ressentir un certain malaise. Nous avons quand même entendu voler des chiffres: plus 4,5 pour cent, plus 6 pour cent, plus 8 pour cent, plus 10 pour cent, qui dit mieux? On a quand même un peu l'impression que, pour finir, ce discours - ne disons pas de marchands de tapis, mais quand même! - essentiellement financier semble cacher malgré tout un certain manque de volonté d'approfondir la question suivante: à quoi doivent être destinés les moyens supplémentaires que nous voulons mettre à disposition?
Certes, plusieurs collègues ont donné leur avis sur les priorités qu'il s'agit de privilégier. Je souligne en particulier l'intervention de Monsieur Bieri, qui demande au Conseil fédéral de prendre position sur la direction stratégique à donner à la formation et à la recherche dans notre pays. Certes, le moment d'en débattre viendra plus tard, lorsque nous discuterons du message sur la formation, la recherche et l'innovation, mais il est bien de rappeler ici aussi que non seulement l'argent ne fait pas le bonheur, mais qu'il ne fait pas non plus à lui tout seul le bien et l'avenir de la formation et de la recherche de notre pays. La nécessité d'avoir une stratégie claire sur ce qui est utile pour l'ensemble du pays se fait de plus en plus sentir.
Quel est donc l'orientation que le Conseil fédéral désire donner à l'avenir de notre FRI? Tout d'abord, pourquoi avoir - c'est peut-être seulement une question sémantique, Monsieur le conseiller fédéral - biffé de l'acronyme traditionnel le "T" pour "technologie" et l'avoir remplacé par un "I" pour "innovation"? C'est certes bien, l'innovation comprend certainement aussi la technologie, mais n'oublions pas que notre pays est peut-être en train de se désindustrialiser et de se "détechnologiser" à une vitesse excessive. Il faudrait refaire une réflexion là-dessus, surtout lorsque l'on pense aux écoles polytechniques fédérales qui, évidemment, se développent avec bonheur dans le secteur des sciences de la vie, qui peuvent peut-être acquérir quelques prix Nobel, qui se placent très avantageusement dans les classements internationaux des hautes écoles, mais qui donnent un peu l'impression de le faire aux dépens de ce qui était leur tâche traditionnelle fondamentale qui est la formation des élites techniques, des ingénieurs nécessaires à la croissance de la Suisse, à toute son économie, à ses emplois et même au rôle qu'elle peut jouer au niveau international avec une aide au développement qui ne soit pas seulement financière, mais qui soit aussi technique et adaptée aux besoins concrets et réels des populations qu'elle veut aider.
Quelle est donc cette orientation que le Conseil fédéral désire donner? Est-ce que l'augmentation que nous postulons ira effectivement à la mise en oeuvre des décisions que nous avons prises, décisions qui touchent les hautes écoles spécialisées qui ont une fonction très importante pour l'avenir de la population de l'ensemble de ce pays? Ou bien ira-t-elle dans la direction postulée par le manifeste qui vient d'être publié par 76 personnalités du monde de la science et des universités, signé par ailleurs par les présidents des écoles polytechniques et du Conseil des écoles polytechniques fédérales? Ce manifeste postule la distribution à l'avenir de l'argent aux universités non plus de façon générale sur l'ensemble du territoire ("flächendeckend"), en fonction de ce qu'elles font pour l'instruction et la formation des jeunes de ce pays, mais bien en fonction de l'excellence des projets de recherche qu'elles vont lancer. Alors, il est bon de pousser à l'excellence et à la qualité des projets de recherche dans notre pays, mais faut-il le faire aux dépens de la formation que nous voulons assurer à l'ensemble des cadres du pays, à l'ensemble des étudiants qui vont faire l'avenir de notre Confédération?
Quelle est aussi la direction que nous voulons donner à la recherche? Nous avons tous reçu un tableau ce matin, duquel il résulte évidemment que l'augmentation de 6 pour cent, que nous allons soutenir dans un moment en adoptant [PAGE 691] la motion Langenberger, est tout à fait insuffisante et que même une augmentation de 8 pour cent ne permettrait que de façon très limitée ("sehr beschränkt") d'atteindre certains objectifs que seule une augmentation de 10 pour cent permettrait d'atteindre. Le document est signé par notre collègue et néanmoins ami Monsieur le conseiller national Randegger, mais il pose quand même quelques questions.
A mon avis, ce sont des évaluations à l'emporte-pièce ("pauschale Beurteilungen") qui sont difficiles à soutenir. Comment peut-on mettre de cette façon un carré noir sur une feuille qui nous a été distribuée et présumer qu'une augmentation de 6 pour cent par année, qu'un milliard de francs de plus que nous allons donner - ce qui veut dire que dans quatre ans nous nous trouverions à 26 pour cent de plus qu'actuellement, et évidemment l'augmentation se poursuivrait à partir de ce niveau - ne nous permettra de toute façon pas d'atteindre la plupart des objectifs qui sont fixés dans ce tableau? Je crois qu'il s'agit là d'une vision un peu particulière.
Si c'est la recherche qui préoccupe ceux qui ont établi ce tableau, je pose alors une question fondamentale. J'aimerais aussi savoir si le Conseil fédéral y a réfléchi. Quand on parle de l'augmentation des moyens à la disposition de la recherche en Suisse, et on fait régulièrement la comparaison avec les autres pays, on parle de la somme des moyens privés et publics qui sont mis à disposition. Le Conseil fédéral n'a-t-il pas l'impression que de grandes entreprises privées ont une certaine tendance à limiter d'une certaine façon leurs investissements dans cette recherche qui n'est pas toujours nécessairement payante? Pour une recherche qui aboutit, il y en a plusieurs qui n'aboutissent pas et cela coûte, ce qui peut peut-être faire baisser les cours boursiers des actions. N'a-t-on pas une certaine tendance à limiter les investissements privés et à considérer que c'est la collectivité, la Confédération qui doit combler les insuffisances, qui doit faire des investissements en endossant les risques, pour qu'ensuite les groupes privés puissent choisir les projets qui ont réussi et les développer en en tirant les bénéfices attendus? C'est une question qu'il faudrait aussi se poser une fois, parce que ce n'est pas suffisant de sauter sur sa chaise en criant: "La recherche, la recherche, la recherche!", sans savoir où l'on va dans ce pays.
Je saurais gré au Conseil fédéral de répondre à ces interrogations, tout en soutenant, bien évidemment, la motion Langenberger.