Schmied Walter · Nationalrat · 2000-10-03
Schmied Walter · Nationalrat · Bern · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2000-10-03
Wortprotokoll
Je rêve d'une Suisse qui reste ouverte, courageuse, empreinte de fermeté, d'une Suisse qui ose défendre le plus faible dans l'exercice de ses droits les plus élémentaires, d'une Suisse indépendante et imaginative sachant aussi prendre à contre-pied la communauté internationale lorsqu'il le faut.
Ces vertus se trouvent en effet être à l'origine du respect revenant à notre pays. Osons, une fois n'est pas coutume, admettre les faits. Je citerai un seul exemple pour preuve, celui de l'action Focus née dans la discrétion grâce à l'engagement et à l'imagination efficace des diplomates suisses lors de la guerre des Balkans. Le respect des droits de l'homme est fort simple quant à son principe d'application. "Aimez votre prochain comme vous-même" ou encore "Ne faites pas aux autres ce que vous ne souhaitez pas que l'on vous fasse". Ce principe est biblique et, comme les Saintes Ecritures elles-mêmes, il n'a rien perdu de son actualité au début de ce IIIe millénaire.
Les droits de l'homme et les libertés fondamentales sont inhérents à tout être humain. Il doit en être ainsi, quels que soient l'origine, la couleur, le niveau social ou la position politique de l'individu. Le texte adopté en 1993 par la Conférence mondiale sur les droits de l'homme innove. Il introduit des droits élémentaires au niveau de la personne individuelle. Cette innovation est synonyme de révolution à l'échelle de la pensée humaine. Si les droits de l'homme sont bien ancrés dans leur principe, je crois cependant qu'il y a nécessité d'en préciser le cadre d'application. A titre d'exemple, j'affirme que la Suisse, pays neutre, n'a pas le droit de faire dépendre son aide humanitaire de conditions relevant de la situation politique qui prévaut dans les pays en question. Il convient de ne pas succomber à la tentation d'imiter d'autres pays dans la prise de sanctions contre les gouvernements, lorsque les mesures à prendre vont défavoriser la population civile. Je citerai ici le cas de l'Irak et de la République fédérale de Yougoslavie. On pourrait en citer d'autres également.
Nous devons aujourd'hui faire preuve de courage et redéfinir, ou pour le moins réorienter, notre politique des droits de l'homme, car nous assistons au cours de ces derniers temps à un phénomène jusqu'alors inconnu, à savoir l'exploitation des droits de l'homme et l'attribution de l'aide humanitaire à des fins politiques. La Suisse doit prendre conscience d'un tel danger et réagir finement afin de résister aux tendances supranationales en cours.
Une politique des droits de l'homme crédible doit reposer de surcroît sur des informations factuelles objectives, sûres et détaillées, ce qui nécessite la prise en compte de sources diverses et dignes de foi. La Suisse se doit, de par sa vocation et précisément en raison de sa petitesse, d'agir vite, de prendre des décisions cohérentes, parfois en marge des grandes nations pour être présente immédiatement au front, là où règnent les plus grandes difficultés et les plus grands dangers.
J'aborderai encore un autre volet, celui de l'efficacité. L'histoire, même récente, démontre si besoin est la nécessité d'agir en fonction d'une certaine discrétion, si l'on veut atteindre le but fixé. J'invite le chef du DFAE avec toute son équipe, ainsi que le Conseil fédéral, à poursuivre dans sa voie, et ce indépendamment des pressions politiques de notre Parlement, qui trop souvent vise en priorité la publicité des actions, tout en encourant le risque de torpiller ces actions.
Le nombre des exemples négatifs n'est pas en reste; aussi je ne citerai que celui de la visite en Suisse du numéro un chinois Jiang Zemin l'année dernière. M. Fehr Mario condamnait ici l'action de M. Ogi, président de la Confédération, récemment en visite en Chine. Je dois lui rappeler que la Suisse a usé d'un langage ferme, dur contre Jiang Zemin l'année dernière, et que c'était, Monsieur le Conseiller fédéral, une femme qui présidait la Confédération. Ce langage-là n'a pas porté davantage, Monsieur Fehr. Donc admettez que le dialogue doit se chercher là où il peut être mené.
Je reviens à l'échelle internationale du débat et conclurai malheureusement sur une note négative. Je suis peiné face au sort de tant de femmes à travers le monde, face au sort de celles qui se voient privées des droits les plus élémentaires tel que le droit à la scolarisation, à la formation, ou simplement celui de s'exprimer ou d'avoir des relations normales avec leurs semblables. J'ose lancer le défi à certains pays fermés sur eux-mêmes et qui sont dirigés par des hommes considérant la femme comme étant une créature de deuxième ordre. C'est ici que le vocabulaire prend toute son importance. Peut-être le temps est venu d'adapter notre langage universel et de l'enrichir par la notion de "droits de la femme", par les droits de celles qui ne connaissent rien à l'existence même des "droits de l'homme". Osons faire preuve de courage et allons au but de notre action!