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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2006-12-12

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2006-12-12

Wortprotokoll

Vous vous apprêtez à voter un crédit d'une certaine importance: il représente plus de six pour cent de l'ensemble du crédit qui vous sera demandé pour la recherche et la formation. Je crois qu'un des thèmes récurrents durant ce débat est celui de l'articulation entre ce crédit pour la coopération européenne et le grand crédit sur la recherche et la formation en Suisse, qui sera présenté et voté l'an prochain.

Pourquoi est-ce que ces deux crédits ne sont pas présentés en même temps - ce qui serait d'une certaine manière logique: que l'on commence par le grand crédit et ensuite que l'on définisse le crédit particulier, celui sur la coopération européenne? Tout simplement parce que les périodes que couvrent ces crédits ne sont pas les mêmes. Le crédit "suisse", celui qui sera présenté l'an prochain, couvre la période 2008-2011, alors que le crédit que nous vous proposons aujourd'hui est une participation à des programmes européens qui couvre la période 2007-2013.

Du côté de la minorité Pfister Theophil, on en appelle au renvoi de la discussion en attendant que le crédit principal soit voté. Cela aurait un effet très simple: notre participation aux programmes de recherche de l'Union européenne ne serait plus fondée sur une disposition légale au 1er janvier 2007. Les programmes commenceraient sans nous. Or nous savons que si nous ne sommes pas présents dès le départ à une opération collective comme celle-ci, nous sommes [PAGE 1799] pratiquement exclus d'une bonne partie des discussions qui ont lieu.

J'ai dit en souriant l'autre jour à la commission: "Tous ceux qui ont fait du service militaire savent que si l'on n'est pas là le premier jour, les meilleures positions ou celles qui sont les plus agréables sont déjà prises. Si l'on arrive avec trois jours de retard, on n'a plus qu'à prendre ce qui reste, aussi bien pour les gardes que pour tout le reste." Je crois que c'est une comparaison que les membres du groupe UDC peuvent comprendre avec une certaine sensibilité.

Il faut donc que les chercheurs suisses soient présents dès le départ de l'opération, sinon ils seront désavantagés. Ils le seront d'autant plus qu'ils participent aux sixièmes programmes-cadres de recherche de l'Union européenne à part entière depuis que la Suisse a signé l'accord pertinent, soit depuis le début de 2004. Ils participent et ils ont pris des habitudes de collaboration avec des partenaires qu'ils connaissent. Si vous interrompez les programmes de recherche, une partie des acquis qui auront été obtenus au cours de ces dernières années seront perdus, ou en tout cas la Suisse sera jugée comme un partenaire moins fiable.

Je le répète, ce crédit fait partie du grand crédit qui vous sera proposé l'an prochain. La participation suisse à l'ensemble du crédit pour les programmes de recherche de l'Union européenne est légèrement plus faible que la participation aux programmes européens durant la dernière période. Et cela découle naturellement du fait de l'augmentation du montant mis à disposition pour la recherche en Suisse.

Durant la période 2004-2007, la participation suisse aux programmes européens représentait 6,4 pour cent de l'ensemble du crédit de recherche et d'après nos calculs, la participation aux programmes européens représentera pour la période 2008-2011 6,3 pour cent de l'ensemble du crédit pour la recherche et la formation. En chiffres absolus, il y a une augmentation de 6 pour cent du crédit de la recherche, mais en chiffres relatifs on est plutôt légèrement en baisse - disons qu'on est stable - puisqu'il s'agit de 6,4 et 6,3 pour cent. Donc voilà pourquoi l'articulation entre ce crédit et le grand crédit de la formation et de la recherche appelle une réponse circonstanciée et une explication.

La deuxième question qui a été soulevée, c'est l'articulation entre la recherche nationale et la recherche internationale. Je crois qu'il faut le dire: il n'y a pas de recherche nationale, il n'y a pas de science suisse! Il y a de temps en temps des régimes, souvent totalitaires, qui ont voulu faire une science nationale. En général, c'était catastrophique: on finissait par planter du blé dans des plaines qui n'étaient pas faites pour cela - rappelez-vous Lyssenko - et cela finissait très mal! Non, il n'y a pas de recherche nationale suisse, au sens étroit et nationaliste du terme. Il n'y a qu'une science internationale, une science sans frontières. Certes, il y a par contre une place de recherche suisse, il y a des universités, des centres de recherche, des chercheurs de nationalité suisse et notre premier souci est de faire que naturellement cette place de recherche soit reconnue à l'échelle internationale et puisse y collaborer. Mais nous sommes conscients et nous répétons que le but de tout cela, ce n'est pas une espèce de but altruiste et idéal.

A la fin, nous voulons que la recherche serve à la prospérité du pays, à la capacité de l'économie de créer sans cesse des places de travail à haute valeur ajoutée pour remplacer celles qui disparaissent du fait de la mondialisation ou de l'évolution technologique.

Notre place de recherche suisse est déjà internationale. Il suffit de voir le pourcentage de professeurs étrangers dans nos universités et celui de doctorants étrangers - c'est l'élite du point de vue des étudiants. Nous avons une place de recherche internationale ouverte.

Il existe une certaine compétition pour obtenir les meilleurs professeurs, les meilleurs doctorants, mais il existe aussi une coopération. Compétition et coopération, ce sont deux termes qui définissent bien l'attitude des chercheurs, des universités, des centres de recherche dans cette poursuite globalisée du succès scientifique.

La logique, toute simple, veut qu'on collabore d'abord avec ceux qui nous sont les plus proches. Il y a quelques années, quand j'étais encore au Département fédéral de l'économie, j'avais été très frappé par un chiffre qui était celui des échanges entre la Suisse et le Bade-Wurtemberg. A ce moment-là - je n'ai pas vérifié si ce chiffre est encore valable -, le commerce entre la Suisse et le Bade-Wurtemberg était aussi important que le commerce entre la Suisse et les Etats-Unis. Cela signifie qu'une communauté, qu'elle soit économique ou de chercheurs, a tout naturellement des liens plus étroits avec ceux qui sont proches, surtout si les plus proches partagent une même culture, une même langue - et nous partageons trois langues qui sont des langues européennes, ainsi qu'une même vision de la science et de la recherche. Il est donc tout naturel de collaborer en priorité avec l'Union européenne, sans négliger pour autant - mais c'est moins facile géographiquement - la coopération avec d'autres grandes puissances scientifiques dans le monde: les Etats-Unis d'abord, la Chine depuis peu encore davantage, le Japon depuis toujours, Singapour, l'Inde maintenant, et d'autres places de recherche dans le monde.

La participation suisse à ce programme dépend du volume des crédits alloués à la recherche par l'Union européenne. Nous avons eu connaissance de ces chiffres dans le courant de l'année passée. A partir du chiffre global, on connaît le montant de la participation suisse, qui est un pourcentage fixé en fonction du produit intérieur brut de notre pays. Nous avons prévu un montant de réserve pour l'évolution du taux de change.

On a dit et redit que le retour financier était excellent pour tous ces programmes, notamment pour le programme qui est en voie d'achèvement. Je dirais presque, avec une volonté de choquer un peu, que même si le retour financier n'était pas excellent, il serait bon de participer à ces programmes, parce que cela nous démontrerait que l'on a un effort à faire. C'est une sorte de thermomètre. Si le retour financier est excellent, cela signifie qu'on a été assez efficaces et que notre science est d'un bon niveau compétitif. Mais, même si par hasard, à Dieu ne plaise, le retour financier était moins bon, il serait encore utile d'y participer, parce qu'au moins on saurait qu'on est en train de perdre pied dans certains domaines, soit parce qu'on est mal positionnés dans notre pays pour participer à ces programmes, soit parce que la science elle-même n'a plus le même dynamisme que par le passé. Mais pour l'instant, les choses se passent bien. Le retour financier est excellent et on a la confirmation de la qualité de la place de la recherche suisse.

Ce programme est un programme global. On ne peut pas faire de sélections. C'est la raison pour laquelle il n'est pas pensable de soutenir la proposition du groupe des Verts qui souhaiterait exclure une partie du programme, notamment tout ce qui a trait à la recherche sur l'énergie atomique, toute la filière de cette énergie, y compris le traitement des déchets, qui est un problème qui préoccupe la population et qui nous intéresse aussi de manière importante.

Cadarache, c'est la fusion nucléaire, c'est un grand espoir de l'humanité en matière énergétique. C'est un espoir que certains considèrent comme illusoire. Je ne suis pas en mesure d'en démontrer l'intérêt, mais ceux qui se sont penchés sur cette question disent que, si l'on aboutit à la fusion, on aura résolu, pour un certain nombre d'années en tout cas, une grande partie de nos problèmes énergétiques. Même si cet espoir reste comme un horizon, c'est-à-dire qu'il recule au fur et à mesure qu'on avance, pendant un certain nombre d'années, il est utile de participer à ce programme, parce qu'il y a toute une série de retombées positives qui sont obtenues grâce à la recherche dans ce domaine.

Je crois qu'on ne réinvente pas Internet tous les dix ans. Mais Internet a été le fruit de la coopération internationale au CERN. Et certainement qu'avec un programme comme celui de Cadarache, il y aura des retombées positives, même si les résultats ne seront pas immédiats, et ce d'autant plus que Cadarache est au bout de l'axe qu'on peut imaginer, qui serait Cadarache-Grenoble-Genève-Lausanne-Zurich, en passant par Berne et Bâle. C'est une [PAGE 1800] colonne vertébrale de la science et de l'intelligence, qui se solidifie avec cet investissement. C'est une chance pour notre pays d'être ainsi au centre d'un des dispositifs de concentration d'efforts de recherche et d'expériences absolument unique dans le monde.

Je vous remercie d'entrer en matière et de repousser les propositions de renvoi, qui aboutiraient à ce qu'on perde pied dans la coopération européenne et à ce qu'on donne une fausse image de ce que sont la science et la recherche, qui sont par définition compétition et coopération. Par le biais de ce programme, on peut obtenir ce que l'on souhaite, soit non seulement une bonne coopération avec nos voisins les plus proches, mais aussi une saine compétition avec ceux qui sont aussi, d'une certaine manière, nos concurrents, mais dans un sens positif.