Huguenin Marianne · Nationalrat · 2006-12-14
Huguenin Marianne · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2006-12-14
Wortprotokoll
"A gauche toute!/Links!" votera la révision partielle de la loi sur les stupéfiants, parce que c'est une base légale pour la politique des quatre piliers et pour la prévention. Nous la voterons en étant conscients que cette révision partielle n'est pas la solution à la problématique du cannabis, que la pénalisation de cette consommation n'est pas non plus la solution et que cette dernière viendra avec l'initiative populaire "pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse". Nous voterons cette révision partielle en étant conscients qu'il est illogique de laisser, à l'article 8, l'héroïne dans la liste des substances interdites, alors que la distribution d'héroïne sur prescription médicale est remboursée par les caisses-maladie.
Cette révision partielle est nécessaire. C'est un pas en avant pragmatique dans la politique en matière de stupéfiants. Ce pragmatisme est à opposer à la vision idéologique de ceux qui persistent à penser que l'abstinence est la solution au problème de la consommation de drogue, qu'elle peut se trouver dans la loi, et qui voient l'aide à la survie et la réduction des risques comme un pacte avec le diable. C'est ce pragmatisme aussi, contre toute approche idéologique, qui a amené des praticiens, dans les années 1970, à réfléchir, à avancer, à changer parfois leur vision et leur approche de la question de la consommation de drogue.
J'ai reçu, comme vous, comme lors du débat de 2004, ces multiples appels d'associations qui luttent contre la drogue, de parents d'ex-toxicomanes, qui appellent à l'abstinence, au refus de la drogue, comme une sorte d'incantation. Les mêmes étaient opposés à la distribution de seringues, et même opposés à ce que l'on explique clairement comment stériliser une seringue, comment faire une injection proprement. Ils étaient opposés - et ils le sont toujours - aux programmes de distribution de méthadone, et ils sont maintenant opposés à ce que l'on inscrive dans la loi les programmes de prescription médicalisée d'héroïne. Ils ont toujours l'illusion de savoir mieux que tout le monde comment lutter contre la drogue et la tentation d'imposer leur vision à tous: soignants, praticiens qui oeuvrent sur le terrain.
Comme jeune médecin au début des années 1980, quand l'accès aux programmes de méthadone était limité, je n'ai que trop connu le fait d'être réduite à l'impuissance et de voir évoluer les toxicomanes vers le sida, vers l'hépatite, vers la déchéance et l'exclusion, sans avoir aucun autre outil à leur proposer qu'un sevrage, que l'énorme majorité d'entre eux refusait. J'ai trop vécu cela pour accepter cette intrusion idéologique, cette pseudo-toute-puissance dans le débat sur les toxicomanies.
Monsieur Waber, si on savait comment faire pour prévenir, soigner les toxicomanies, comment faire pour que les jeunes restent abstinents ou consommateurs occasionnels de substances engendrant une dépendance, y compris d'alcool, on le ferait. J'aimerais rappeler à ce propos qu'une étude récente de l'ISPA à Lausanne, menée sur 7000 jeunes, montre que l'abus d'alcool est responsable de la majorité des actes de violence et de vandalisme commis par des adolescents. Si on savait comment faire pour éviter cela, on le ferait. Il n'est pas pertinent de comparer des proportions de personnes qui guérissent ou qui deviennent abstinentes après avoir suivi des programmes basés sur l'abstinence, avec les proportions de celles qui le deviennent en étant intégrées dans des programmes de distribution d'héroïne. On compare là des populations différentes à des moments différents de leur existence.
Alors, s'il vous plaît, arrêtons de focaliser le débat sur les substances. Arrêtons, comme les toxicomanes d'ailleurs, de ne parler que des produits - héroïne ou cannabis. Cessons de mélanger politique et traitement. Donnons, en tant que politiques, un cadre aux professionnels pour prévenir, aider, traiter. Donnons-leur la possibilité d'offrir un traitement individualisé, personnalisé aux personnes concernées, conditions qui n'existent pas à l'heure actuelle d'ailleurs, ni pour les programmes basés sur l'abstinence - qui sont nécessaires, que je respecte et qui doivent être soutenus -, ni pour les programmes de substitution.
Efforçons-nous, en tant que politiciens, de réfléchir aux causes de la consommation abusive de stupéfiants, de substances qui rendent dépendant - comme l'alcool; réfléchissons au lien entre l'augmentation des toxicomanies et la compétitivité de notre société. Pour ma part, je suis persuadée que cette compétitivité, qui pousse à être toujours plus riche, plus beau et plus fort, faute de quoi tu crèves ou tu es exclu, joue un rôle dans cette société où il faut se battre pour faire sa place et où l'avenir paraît sans issue. Alors, efforçons-nous, en tant que politiciens, de discuter des causes et de parler de formation, de politique d'accès à l'emploi, de culture, de politique d'aide à la famille.