Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2006-12-14
Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-12-14
Wortprotokoll
Il y a une très belle chanson d'Anne Sylvestre qui s'intitule, oserai-je le dire, "Une sorcière comme les autres", et dont le refrain dit: "S'il vous plaît, faites-vous léger, moi je ne veux plus bouger." Je trouve que ces paroles correspondent à ce qu'on peut ressentir en reprenant ce dossier. Ce n'est pas pour rien que ce projet a été baptisé "light". Il serait bien qu'il reste "light", qu'il soit un projet pour sortir de l'ornière des précédents refus, un projet pour avancer.
A la suite de notre deuxième décision de non-entrée en matière de 2004, le Conseil fédéral a estimé qu'il ne pouvait plus rien pour nous, si j'ose dire. Alors nous sommes quelques-uns à nous être attelés à la tâche. Nous avons rangé nos certitudes au vestiaire; nous avons cherché une voie acceptable. La sous-commission, puis la commission ont fait le reste. Peut-être que des esprits chagrins jugeront que le projet de loi qui est ressorti de ces travaux est le sommet de la lâcheté puisqu'il évite soigneusement les questions qui fâchent. D'autres, dont les Verts font partie, estimeront que le résultat ne correspond pas à ce que nous aurions souhaité. Mais, dans l'ensemble, cette démarche procède d'un esprit constructif, le même que celui qui a présidé depuis une quinzaine d'années à l'élaboration de notre politique en matière de drogue: pragmatique, ouvert et non dépourvu d'une certaine humilité.
Mais en observant la situation actuelle, je me dis cependant qu'il n'est pas exclu que cette retenue ait des effets pervers. On dirait en effet que ceux qui veulent absolument en découdre avec la politique en matière de drogue et qui n'ont plus le prétexte du cannabis pour le faire, cherchent et trouvent maintenant d'autres chevaux de bataille à enfourcher. En tout cas, si j'en crois les nombreux courriels que nous recevons, je vois que les polémiques sont à deux doigts de repartir de plus belle, et c'est pourquoi je dis: "S'il vous plaît, faites-vous légers."
Mais je ne quitte pas non plus du regard la pile des lettres de soutien à ce projet que nous avons reçues. Il y a celles des médecins de l'addiction: Collège romand de médecine de l'addiction, Société suisse des médecins de l'addiction (FMH); celle du Dachverband abstinenzorientierter Drogenpolitik; celle du Conseil suisse des activités de jeunesse; celle de la Fédération suisse des fonctionnaires de police; celle du Dachverband Schweizer Lehrerinnen und Lehrer; celle des parents de personnes toxicodépendantes; et j'en passe.
Je suis convaincue qu'une large majorité d'entre vous va voter ce projet pour enfin inscrire dans la loi le principe des quatre piliers de notre politique en matière de drogue.
"Maintenant, on ne meurt plus de drogue", c'est ce qu'écrivait le journal italien "La Repubblica", le 16 juin dernier, à propos des expériences suisses. Autre citation: "Les locaux d'injection en Suisse montrent le chemin", affirmait BBC News, le 23 mai 2006. Oui, il est vrai que notre politique a eu de bons résultats et qu'elle attire les regards intéressés, souvent même approbateurs, de l'étranger. Mais rien n'est acquis! Un certain nombre de jeunes sont en danger: leurs modes de consommation sont préoccupants; les drogues dites festives accompagnent les grands rassemblements; la cocaïne est à prix cassé; le cannabis est frelaté; les héroïnomanes vieillissent; et les institutions de prise en charge n'ont plus d'argent.
Cette loi, nous en avons besoin pour consolider l'acquis, renforcer la prévention, assurer les traitements, donner des moyens aux institutions qui les prennent en charge, nous rapprocher davantage de ceux qui sont marginalisés ou en grand danger de l'être et aller les chercher là où ils sont. Nous en avons besoin aussi pour renforcer les compétences et la formation des professionnels du terrain. Nous en avons besoin enfin pour développer nos connaissances dans ce domaine et lancer des recherches.
Nous voterons cette loi parce que nous voulons croire qu'ainsi nous aurons la possibilité de poursuivre, de conduire une politique intelligente ou simplement déjà raisonnable et réaliste.