John-Calame Francine · Nationalrat · 2006-12-18
John-Calame Francine · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2006-12-18
Wortprotokoll
Voilà quatre ans que la Suisse est membre de l'Organisation des Nations Unies et l'activité qu'elle y déploie est inversement proportionnelle à la taille de son territoire. La création du Conseil des droits de l'homme est à n'en pas douter un succès important obtenu par la diplomatie suisse, qui concrétise de manière remarquable la politique étrangère de notre pays.
Le groupe des Verts salue cette avancée qui a déjà permis le développement de nouvelles normes internationales telles la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées et la Déclaration sur les droits des peuples autochtones qui ont été adoptées à une large majorité.
Le Conseil des droits de l'homme, dans lequel la Suisse a obtenu un siège pour trois ans, devra encore prouver sa crédibilité et son efficacité à faire respecter les droits de l'homme. Ainsi, les intentions et les discours, aussi louables soient-ils, devront devenir réalité et se solder par des mesures concrètes.
Il est en effet de notoriété publique que certains pays qui siègent en son sein ne respectent pas ces droits élémentaires. La responsabilité de ce nouveau conseil est immense, car il devra être capable de mener à bien l'évaluation périodique universelle des Etats quant à leur respect des obligations en matière de droits humains. En cas de violations graves et systématiques de ces droits, un Etat pourra être suspendu par une majorité des deux tiers de l'Assemblée générale.
Le fait que ce conseil ait pu tenir plusieurs sessions extraordinaires pour traiter de la situation des droits de l'homme en Palestine, au Liban et au Darfour laisse augurer d'un avenir prometteur, construit sur une base plus coopérative et plus dynamique que l'ancienne Commission des droits de l'homme. Pourtant, nous attendons davantage de ce conseil que l'envoi de missions pour établir les faits, alors que dans ces régions, et depuis plusieurs années déjà, des ONG telles qu'Human Rights Watch ou Amnesty International témoignent et dénoncent les massacres et autres violations massives qui sont perpétrés.
Il y a aussi le regain de nationalisme et la montée de xénophobie en Russie qui nous préoccupent. Certains groupes néonazis n'hésitent pas à chasser, voire à tuer les étrangers établis en Carélie ou à Saint-Pétersbourg sous prétexte que la Russie doit rester aux Russes. Ils revendiquent clairement le meurtre d'étudiants étrangers venus d'Afrique, d'Asie ou du Caucase. Ils ont même reconnu avoir tué une petite fille tadjike de huit ans. Ces faits nous rappellent un pan de notre histoire que nous n'aimerions pas voir se répéter.
Ce sont les raisons pour lesquelles le groupe des Verts souhaite que la Suisse s'investisse aussi davantage pour aider à résoudre les problèmes liés aux migrations qui sont souvent la source des poussées de xénophobie.
Les migrations sont un sujet d'actualité principalement lié à l'extrême pauvreté qui règne dans certains pays, et qui nous interpelle en tant que Verts suite aux résultats des votations du 24 septembre dernier. Le respect des droits humains ne peut s'implanter que dans des pays pacifiés ayant acquis une certaine autonomie économique. Le travail reste donc immense pour atteindre de tels objectifs. Seule une aide au développement massive permettrait d'endiguer le flux de ces personnes qui cherchent un avenir meilleur chez nous. Les Verts pensent que la Suisse peut jouer un rôle majeur dans ce dossier difficile grâce à ses relations internationales privilégiées.
Les problèmes liés au terrorisme sont aussi, à n'en pas douter, d'une grande actualité, et le seront longtemps encore. Tant que nous, pays occidentaux, continuerons à nier les droits fondamentaux de certaines catégories de population ou tant que nous nous ferons complices des décisions de certaines grandes puissances, nous contribuerons à alimenter les réseaux terroristes. Notre collaboration et notre engagement en faveur des populations défavorisées restent nos meilleurs moyens de prévention dans ce domaine. Ce n'est pas une vue angélique que nous souhaitons vous faire partager, mais bien une prise de conscience: les humiliations, la non-reconnaissance du droit à une existence digne renforcent le sentiment d'exclusion, qui peut conduire à des actes insensés, comme les attentats suicides.
Certaines populations ont besoin de la reconnaissance de la communauté internationale pour envisager un avenir plus serein. Si la Suisse arrive à faire partager sa vision au sein des Nations Unies et continue à s'engager comme elle l'a fait pour la feuille de route pour le Proche-Orient, elle aura gagné un grand défi et prouvé ses compétences diplomatiques en matière de résolution des conflits par la négociation plutôt que par les armes.
En conclusion, les Verts ont pris connaissance du rapport et souhaitent que la Suisse continue sur sa lancée, afin de mettre en place une politique dynamique et concrète, de faire avancer les droits humains dans le monde, de s'engager dans des actions de promotion de la paix et d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement.