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Levrat Christian · Nationalrat · 2006-09-26

Levrat Christian · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-09-26

Wortprotokoll

Le peuple a été régulièrement appelé à se prononcer durant les dernières années en matière de politique des transports. A chaque fois, il a donné raison à ceux qui voulaient promouvoir les transports publics, à ceux qui voulaient encourager le transfert de la route au rail. La dernière fois, c'était lors de la votation sur l'initiative Avanti, un projet routier rejeté très clairement par le peuple et tous les cantons. Il s'agissait ici du dernier avatar d'un affrontement entre le rail et la route, du dernier avatar d'une bataille idéologique dans laquelle les pragmatiques sont exclus. La droite, ou certains à droite, se comportent comme si tous leurs électeurs se déplaçaient exclusivement en voiture privée - je veux bien admettre que certains, à gauche, semblent considérer que nos sympathisants ne circulent pas sur les routes!

Dans ce climat tendu où deux camps semblent hérissés l'un face à l'autre, le fonds d'infrastructure sonne comme un miracle. Le projet du Conseil fédéral, légèrement adapté par le Conseil des Etats, a fait l'unanimité lors de son examen par nos pairs. Un équilibre a été trouvé entre les crédits routiers, d'une part, et les investissements dans les agglomérations, en premier lieu dans les transports publics, d'autre part. Ce miracle, cet équilibre est mis en danger par la majorité de la commission. Certains, dans cette salle - nous en avons entendu l'un ou l'autre -, semblent à l'évidence regretter les affrontements stériles qui opposent le rail à la route. Sous la pression du lobby routier, ils tentent de rallumer la guerre des transports, alors qu'un compromis est à portée de main.

Chères et chers collègues, je vous demande ici de ne pas jouer les incendiaires, de ne pas surcharger le projet du Conseil des Etats, de ne pas rompre l'équilibre délicat qui a été atteint. Ce fonds d'infrastructure est une percée majeure. Parce que trois quarts de notre population vivent en agglomération, nous avons une responsabilité particulière. Parce que nous vivons dans une société de la mobilité, il y a urgence à agir. Hier, en votation populaire, le peuple du canton de Fribourg a soutenu à plus de 80 pour cent la construction du pont de la Poya, l'un des 17 projets urgents du fonds d'infrastructure. C'est un signe clair; c'est le signe que nous ne pouvons plus nous permettre de repousser les investissements nécessaires dans les agglomérations.

Il ne s'agit toutefois pas, à gauche, de tomber dans une extase béate face à ce fonds. Les 5,5 milliards de francs consacrés à la levée des goulets d'étranglement sur les autoroutes ne permettront pas, à notre sens, de régler vraiment les problèmes de mobilité car, dans la plupart des cas, ces problèmes de mobilité ne peuvent pas être résolus par une extension du réseau routier, mais bien par un transfert modal. Par souci de compromis, nous sommes toutefois prêts à avaler cette pilule, mais lorsque la majorité de la commission propose de rajouter 3 milliards de francs, d'augmenter d'autant l'endettement de la Confédération ou de prolonger la durée du fonds, celle-ci exagère. Cette majorité de la commission menace l'équilibre du projet. Elle court le risque de provoquer un référendum. Elle prend le risque de retarder encore le projet CEVA de Genève, la gare traversante de Zurich ou le pont de la Poya à Fribourg, parmi d'autres projets. Cette surenchère est dangereuse.

Par conséquent, je vous invite à entrer en matière sur le projet et à soutenir la version du Conseil des Etats. Nous n'entendons pas ici rallumer la guerre des transports; nous n'entendons pas ici jouer les incendiaires; nous avons une responsabilité par rapport à la population qui, aujourd'hui, vit majoritairement dans les agglomérations de ce pays.