Perrin Yvan · Nationalrat · 2007-12-05
Perrin Yvan · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2007-12-05
Wortprotokoll
Le débat concernant la drogue et l'usage qui peut en être fait est vieux comme le monde. Aux temps anciens, déjà, les produits modifiant l'état de conscience étaient réservés aux initiés, sorciers, chamanes, qui puisaient dans ces substances de quoi répondre aux questions de leurs contemporains. Coca, peyotl, haschisch, khat, alcool, tabac sont étroitement liés à l'histoire et aux différentes cultures humaines. Plus près de nous dans le temps, nombreux sont les poètes qui puisèrent dans ces substances de quoi faire le bonheur de leurs lecteurs. Il en va malheureusement tout autrement aujourd'hui: de source d'inspiration, d'expérience mystique ou artistique, le cannabis est devenu un fléau. Cette drogue n'est plus l'apanage des artistes ou des guides spirituels, mais touche maintenant une toute autre clientèle particulièrement vulnérable: la jeunesse.
Désireux de fidéliser les consommateurs, les producteurs ont entrepris d'améliorer les propriétés des plantes, augmentant régulièrement le taux de THC, qui atteint ou dépasse parfois 25 pour cent, chose inimaginable il y a encore quelques années. Il est évident que pareille drogue n'a plus rien à voir avec ce qui faisait le bonheur des beatniks sur la route de Katmandou. Comme le disait Paracelse, ce qui fait le poison, c'est la dose. L'homme parlait d'or, et c'est précisément le problème: les taux de THC actuels rendent bien dérisoire le subtil distinguo entre drogue douce et drogue dure. Il n'y a plus de drogues douces, il n'y a que des drogues, et toutes les drogues sont dangereuses. Les effets sont d'autant plus ravageurs que les consommateurs sont de plus en plus jeunes à une époque où leur personnalité se construit. Comment ne pas s'en inquiéter, au moment où nombreux sont les adolescents qui passent de l'école aux services sociaux ou à l'AI suite à des problèmes psychiques. Si le cannabis n'est certes pas l'unique cause, il joue souvent un rôle important.
Malgré ce constat sans appel, on nous propose de libéraliser le chanvre. Cela permettrait de lutter contre le trafic, nous dit-on. Optimisme ou naïveté, chacun jugera, mais on peut d'ores et déjà affirmer qu'il n'en sera rien. Plusieurs possibilités s'offrent à nous: chacun cultive ce que bon lui semble, et on admet la circulation de cannabis à 25 pour cent de THC ou, au contraire, on fixe une limite supérieure. Cela reviendrait à exiger d'un amateur de pur malt de se contenter de boire une bière.
L'acceptation de cette initiative populaire reviendrait en pratique à flanquer le marché illégal d'une filière légale qui ne satisferait que les néophytes, mais qui leur montrerait le chemin vers les produits aux dosages plus "vigoureux". Cette situation aurait naturellement une influence néfaste sur le travail de la police. Avant l'ouverture de toute enquête, il conviendrait de déterminer en face de quel chanvre nous nous trouvons, légal ou illégal. Ce ne serait possible qu'au prix d'analyses coûteuses auxquelles les magistrats renonceront vite. Un boulevard serait ainsi ouvert aux dealers de tous poils.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la plupart des producteurs encore illégaux excipent d'une prochaine libéralisation du marché pour expliquer leur activité. Pour prévenir un pareil risque, on insiste sur l'amélioration de la prévention. Il faudra vraiment être souple, car cela représente plus qu'un grand écart. Nous nous apprêtons à dire à la jeunesse: "Voici un nouveau poison à votre disposition, vous y avez désormais accès sans problème, mais c'est très dangereux, il ne faut pas y toucher." Quand on voit avec quel succès les campagnes de prévention dissuadent les jeunes fêtards de faire des cuites express, on ne peut que craindre le pire. Un mot à ce propos. Il est vrai que le tabac et l'alcool sont en vente libre. Faut-il néanmoins lâcher un nouveau poison dans la nature simplement parce que d'autres y circulent déjà?
Nous avons toutes et tous une responsabilité devant notre population. Notre rôle consiste à offrir un avenir à la jeunesse, et non pas à lui permettre d'oublier son présent. Il convient donc de dire non à cette initiative populaire.