Baettig Dominique · Nationalrat · 2007-12-05
Baettig Dominique · Nationalrat · Jura · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2007-12-05
Wortprotokoll
Je me permets de prendre position sur l'initiative populaire "pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse" en tant que psychiatre, donc en tant que praticien confronté tous les jours à des clients qui consomment des substances psychoactives.
Pendant longtemps la consommation de chanvre a été considérée comme une manière douce - "cool", comme on dit aujourd'hui - de contester les valeurs de consommation ou le stress de la compétition sociale. Les psychiatres l'ont considérée comme un problème relativement dénué d'intérêt et ne se sont pas donné la peine de proposer des stratégies thérapeutiques de sevrage, des traitements médicamenteux ou des alternatives crédibles. On a même été jusqu'à nier l'existence d'une dépendance physique, ce qui est bien sûr faux. Ce n'est pas parce que les symptômes de sevrage sont plus doux qu'ils n'existent pas.
Or, il est clair aujourd'hui que le chanvre est emblématique des valeurs dominantes "cool": attitude passive de consommateurs jouisseurs, démotivation, désengagement des valeurs sociales et civiques, indifférence, refus de prise de position, refus des conflits structurants, refus du stress du monde du travail. La consommation de chanvre révèle et amplifie les pathologies asociales de l'individualiste hédoniste et le refus des valeurs de responsabilité, de respect de soi et d'autrui avec, comme conséquence, la création massive de handicapés relationnels, de handicapés sociaux qui ne rentreront qu'avec peine ou jamais dans la vie réelle et active, le monde du travail, l'indépendance, l'autonomie, devenant dépendant des prestations de l'AI.
En plus, pour les praticiens qui s'occupent de jeunes adultes souffrant de psychoses, le traitement d'un jeune adulte consommant du chanvre devient un véritable casse-tête, puisque le chanvre annule les effets du traitement [PAGE 1812] médicamenteux. Et bien sûr, il y a le risque de développer des psychoses, ce que des études récentes démontrent. J'ai vu en particulier une méta-analyse de 35 études qui constate l'augmentation de 14 pour cent des psychoses. Ce qui confirme ainsi le vécu et l'expérience des praticiens et des cliniciens.
Il y a aussi dans la consommation de chanvre une envie de transgresser les interdits qui n'est pas remplaçable par un suivi éducatif étatique de type social, psychologique ou de type grand frère, qui construit une nouvelle codépendance. Il n'est pas non plus cohérent, alors qu'on investit massivement dans la prévention et les soins des pathologies de l'alcool, du tabac et des drogues d'agrément de donner aux jeunes un signal ambigu de dépénalisation et d'accompagnement complaisant ou tolérant par des psycho-socio-éducateurs.
La loi n'a pas d'utilité scientifique en soi: elle sert à diffuser un message clair sur ce qui est interdit et elle indique les sanctions encourues par ceux qui la transgressent; elle sert aussi à protéger les plus vulnérables - ceux qui ne sont pas capables de consommer raisonnablement -, des risques de désinsertion sociale et d'invalidité.
C'est la raison pour laquelle je vous recommande de rejeter cette initiative populaire.