Bourgeois Jacques · Nationalrat · 2008-06-12
Bourgeois Jacques · Nationalrat · Freiburg · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2008-06-12
Wortprotokoll
La récente flambée des prix des denrées alimentaires sur le plan mondial prend des dimensions inquiétantes pour les plus démunis de cette planète, qui consacrent près de 80 pour cent de leur budget à leur alimentation. Si ce problème ne trouve pas de solution, il pourrait déclencher une réaction en chaîne affectant le commerce international, la croissance économique, le progrès social et même la sécurité politique dans le monde entier.
Il y a presque un milliard de personnes qui n'ont pas un accès adéquat à la nourriture. L'actuelle augmentation des prix des denrées alimentaires résulte de différentes causes: spéculations sur les marchés financiers, changements des modes de consommation dans les pays émergents, changements climatiques, flambées des prix du pétrole et boom des énergies renouvelables que l'on substitue aux énergies fossiles.
Une cause qui n'a pas suscité autant d'attention que les autres, car ses effets ne se voient pas à court terme, est l'investissement dans la recherche et le développement agricole. Celui-ci a diminué constamment au cours de ces vingt dernières années. Or, cet investissement est d'une importance fondamentale. La Banque mondiale note dans son rapport qu'un tel investissement a un taux interne de rendement de 43 pour cent en moyenne. Face à cette situation, quelles sont les mesures à prendre?
La souveraineté alimentaire et la possibilité pour un pays d'être maître de ses priorités en termes de politique agricole et d'approvisionnement alimentaire doivent être reconnues, notamment au sein de l'Organisation mondiale du commerce. Il est regrettable que les dirigeants de cette planète, réunis la semaine dernière à Rome dans le cadre de la FAO, n'aient pas reconnu ces principes fondamentaux. Les dernières pénuries alimentaires ont démontré qu'une ouverture pure et simple des marchés ne fonctionnait pas. Les subventions à l'exportation, nuisibles pour ces pays, doivent être supprimées le plus rapidement possible. Le ciblage précis des aides octroyées devrait être réévalué. Les aides au développement doivent être réorientées vers les cultures vivrières. En ce qui concerne les pays industrialisés, il est impératif que le rôle multifonctionnel de l'agriculture soit reconnu.
Pour résoudre en profondeur la question de la faim dans le monde, il est essentiel que chaque pays optimise l'utilisation de ses ressources potentielles et améliore ses rendements. Il faudra en effet doubler la production alimentaire pour nourrir une population mondiale qui, de 6 milliards d'habitants actuellement, atteindra 9 milliards d'êtres humains à l'horizon 2050. Mais le secteur agricole ne se réformera pas du jour au lendemain. Pour cette raison, la Suisse doit continuer de façon déterminée d'axer sa politique agricole sur la durabilité. Elle doit veiller à optimiser, voire à renforcer son degré d'autoapprovisionnement en positionnant ses produits aussi bien sur le marché intérieur qu'extérieur, notamment au sein de l'Union européenne. Pour rappel, la production indigène ne couvre que 55 à 60 pour cent de nos besoins alimentaires. Dans ce contexte, maintenir une surface exploitée et productive suffisante relève de la plus haute priorité. Ce sera un des enjeux de la révision de la loi sur l'aménagement du territoire, que nous aurons à traiter au cours de cette législature.
Répondant aux attentes et aux exigences des consommateurs, les matières premières indigènes devront être rémunérées de façon à ce que les familles paysannes puissent en dégager un revenu décent. Nous disposons dans notre pays d'un fort pouvoir d'achat. Je donne un exemple pour illustrer mes propos: alors que seulement 7 minutes de travail suffisent à Genève pour s'acheter 1 kilo de pain, il faut travailler 2,5 fois plus longtemps à Paris, soit 17 minutes, pour acquérir le même produit.
Sur le plan politique, il faudra également veiller, en vertu du principe du "Cassis de Dijon" et des accords bilatéraux conclus avec l'Union européenne, à préserver une déclaration sans faille de l'origine des matières premières agricoles: les consommateurs doivent pouvoir faire leur choix en toute [PAGE 926] connaissance de cause. Je suis convaincu que nous devrons donner une réponse forte à ce défi gigantesque, tant sur le plan international que dans notre pays.
Veillons au cours de cette législature à prendre les bonnes décisions qui permettront de maintenir en Suisse une agriculture de proximité forte, productive et diversifiée.