Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion CVP/EVP/glp · 2008-09-30
Wortprotokoll
Par ma proposition de minorité, je considère que les six autres conditions mentionnées à l'article 6 définissent déjà un cadre cohérent, en insistant, d'une part, sur l'intérêt de l'oeuvre pour l'ensemble de la Suisse dans sa diversité et, d'autre part, sur la qualité de l'oeuvre. Qu'est-ce que le caractère novateur d'un projet vient faire là-dedans? Comme chacune des six autres conditions est suffisante, peut-on considérer la condition novatrice comme tout aussi suffisante? Suffit-il que ce soit nouveau pour que la Confédération le soutienne, même si ce n'est pas bon et si cela n'a pas de sens au point de vue national?
Le danger est grand que ce genre de critère devienne nécessaire. Combien de projets ont été refusés par Pro Helvetia ou par l'Office fédéral de la culture au motif que ce n'était pas novateur? Pour quelqu'un comme votre serviteur qui oeuvre dans le domaine culturel, l'obsession de la nouveauté fausse actuellement la politique des organes de la Confédération. [PAGE 1411] Il suffit que quelque chose soit classique pour que cela soit refusé. A titre d'exemple: une tournée à l'étranger de "Jeanne au bûcher" - cantate d'Arthur Honegger, compositeur suisse s'il en est, oeuvre majeure du siècle passé, trop rarement jouée par suite de moyens nécessaires - a été privée de subsides par Pro Helvetia au seul motif qu'elle n'était pas récente et donc pas novatrice.
L'article 6 est et sera utilisé pour priver de soutien ce qui n'est pas nouveau, même si c'est bon. Le critère de la création novatrice est une béquille pour des décideurs qui ne parviennent pas à décider de la qualité d'un projet et qui se réfugient dans son caractère provocateur, aberrant ou déjanté. Pro Helvetia a soutenu la manifestation Hirschhorn en 2004 dont la seule singularité était de représenter un acteur simulant un chien urinant sur le portrait d'un conseiller fédéral. Ah oui, c'était nouveau! Mais c'était médiocre, vulgaire et insignifiant.
Ne donnez pas aux décideurs de la politique culturelle cette arme redoutable qui leur permet d'écarter ce qui est bon pour ce qui est simplement nouveau. Soutenez la minorité si vous avez un minimum de goût artistique, de mémoire et de bon sens. Ne donnez pas le pouvoir à une clique de snobs déphasés par rapport aux véritables amateurs d'art.