Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion CVP/EVP/glp · 2008-09-30
Wortprotokoll
La sécurité sociale des artistes est la grande absente de cette loi, qui traite par ailleurs de sujets aussi excentriques que les gens du voyage et les illettrés, et l'on ne voit pas très bien pourquoi ils sont mentionnés dans ce texte de loi. En revanche, il n'est point de culture sans artistes et il n'est point d'artistes capables de se consacrer à leur oeuvre s'ils ne disposent pas de ressources pour assurer leur entretien durant leur vie active et puis durant leur retraite.
Le refus d'entrer en matière de la Confédération est significatif. La culture est donc considérée comme une activité de luxe, superfétatoire, propre à amuser des amateurs et à occuper quelques marginaux. La misère des artistes et leur abandon au moment de la vieillesse sont considérés comme des conditions favorables à la créativité: c'est parce qu'il était pauvre que Mozart a composé de la bonne musique, que Van Gogh a peint de beaux tableaux et que Rousseau a écrit de grandes oeuvres. Etrange conception de la culture qui condamne une société égoïste et aveugle.
Tout autre chose: l'administration en charge de la sécurité sociale a fait remarquer à la commission que les artistes ne sont pas les seuls travailleurs atypiques et qu'il n'est pas possible de s'occuper d'eux si on ne s'occupe pas des autres. Alors, c'est compliqué et c'est fatigant, je l'admets.
Certains artistes, comme les musiciens d'un orchestre ou les danseurs d'un ballet, tombent dans les catégories normales de travailleurs munis d'un contrat à durée indéterminée, et ils ne posent pas de problème. Mais que dire des comédiens qui errent de théâtre en théâtre avec des périodes presque obligées de chômage? Comment constituer une pension, d'autant plus que les salaires sont, sauf exception, minimaux? J'en sais quelque chose: quand j'ai joué comme comédien, le salaire standard était de 4000 francs par mois. Que dire encore des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des compositeurs soumis aux aléas d'un marché incertain, de mandats précaires et de droits d'auteur médiocres?
Alors d'accord, c'est compliqué, mais c'est nécessaire. Un jour, on ne se souviendra plus du nom des conseillers fédéraux - sauf naturellement de celui de Pascal Couchepin -, mais certains artistes comme Hodler ou Dürrenmatt seront appréciés à travers les siècles. Laissons une trace dans l'histoire et soutenons la proposition de la minorité II à cet article 8a qui ne résout pas le problème, car cette loi n'est pas le lieu de le faire, mais qui fonde au moins l'obligation de la Confédération de s'en occuper sérieusement.