Perrin Yvan · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2008-10-01
Wortprotokoll
D'après le "Petit Larousse", une réforme est un changement de caractère profond, radical - apporté à quelque chose, en particulier à une institution - en vue d'une amélioration. Dans sa formulation même, la réforme implique une ambition certaine, une ambition qui nécessite donc des moyens. Nous portons tous, ici même, une importante responsabilité dans la situation dont nous débattons urgemment aujourd'hui.
Nous avons lancé la réforme Armée XXI dans le but d'adapter notre armée aux changements que notre monde a connus. But louable, s'il n'avait pas été accompagné d'une diminution drastique des crédits accordés à l'institution. Si des économies étaient prévisibles à terme, nous aurions dû néanmoins accorder à l'armée les moyens nécessaires pour négocier le virage que l'histoire lui imposait. Nous avons fait l'inverse: nous avons imposé réformes et économies simultanément. Pareille collision rendait tout succès improbable, voire impossible.
Aujourd'hui, le constat est sans appel. Cela a été dit, on le dira sans doute encore aujourd'hui, l'armée vit des heures turbulentes. L'encadrement a été fortement déstabilisé par le rythme infernal qui prévaut dans le processus de réforme. [PAGE 1430] Nous avons pris des décisions dont nous avons sous-estimé les effets sur le terrain. Nombreux sont ceux qui ont baissé les bras, ajoutant aux difficultés de ceux qui restaient: plus de travail, moins de bras, moins de moyens, avenir incertain. Cette situation a bien entendu des conséquences. Les instructeurs sont surchargés et ne sont plus à même de former puis de suivre les cadres et les soldats avec l'attention nécessaire. L'intérêt pour la carrière militaire diminue et nourrit la pénurie. Pour pallier ces difficultés, on recourt volontiers à des sous-officiers et officiers qui n'ont pas eu le temps d'acquérir les connaissances nécessaires à la conduite des hommes. Les capacités, la motivation de ces jeunes gens ne sont pas en cause, ce sont simplement les nouvelles procédures qui ne permettent plus une formation suffisante.
Au final, professionnels surmenés et cadres de milice novices assument la conduite de la troupe. Cette évolution a des conséquences dramatiques. De nombreux jeunes hommes ont payé de leur vie la situation que nous avons contribué à créer. Permettez-moi de remettre en mémoire cette macabre série.
Le 22 juin 2007, un accident de char coûte la vie à l'un de nos soldats au Kosovo. Le 12 juillet 2007, une avalanche emporte six jeunes militaires sur les pentes de la Jungfrau. Plus d'une année plus tard, on attend toujours les conclusions de la justice militaire. On ne peut que s'interroger sur la durée de cette enquête. Faut-il y voir le manque de moyens dont disposent les enquêteurs? S'agit-il d'une volonté délibérée de faire traîner les choses, dans la mesure où le résultat des investigations ne plaiderait pas en faveur de l'institution? Cette passivité laisse planer le doute, cette passivité doit cesser! La décence, le respect dû aux familles nous imposent de faire la lumière sur cette tragique issue. Quelles que soient les responsabilités, elles doivent être établies et assumées.
Cette lenteur menace la justice militaire elle-même, qui est volontiers soupçonnée de partialité, et ce n'est sans doute pas un hasard si c'est maintenant qu'une initiative populaire visant à sa suppression arrive.
J'en reviens à cette triste liste. Le 23 janvier 2008, une recrue chute d'un véhicule à Effretikon et meurt écrasée par la remorque et une voiture qui suivait le convoi. Le 12 juin dernier, c'est sur la Kander que cinq soldats perdent la vie; le dernier corps n'a toujours pas été retrouvé. Lors de votre déclaration sur cet accident, vous avez affirmé, Monsieur le conseiller fédéral: "Les enquêteurs de la justice militaire mettront en lumière aussi rapidement que possible les circonstances exactes de ce drame." J'ose espérer que vos propos ont valeur d'ordre et non de voeu pieux, comme pour la Jungfrau.
Un certain nombre de corrections prendront du temps. Il y en a néanmoins une que vous pouvez entreprendre tout de suite: je parle ici de la garde armée avec la cartouche dans la chambre. Nous avons pour l'heure déjà compté six départs de coup intempestifs depuis le début de l'année. On s'en tire relativement bien: il n'y a pour l'heure que des égratignures à déplorer et peut-être un pneu crevé - on peut se féliciter que le coup soit parti dans un véhicule non blindé; dans le cas contraire, les ricochets auraient sans doute touché quelqu'un.
Monsieur le conseiller fédéral, il y a déjà eu six cas. Vous nous avez dit que chaque cas était étudié. Fort bien! Mais cette pratique continue. Monsieur le conseiller fédéral, vous pouvez tout de suite corriger quelque chose d'extrêmement dangereux, car maintenant, avec six cas en quelques mois, on ne peut pas dire qu'on ne sait pas.