Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-12-08
Wortprotokoll
Depuis l'émergence brutale, il y a vingt ans, de la remise en cause de l'Etat social, les citoyens de notre pays ont vu les idéologues du néolibéralisme et du capitalisme financier à la tribune du World Economic Forum et des assemblées des actionnaires, mais aussi à celle du Parlement, par la voix de leurs relais politiques. Ceux-ci réclamaient la réduction du rôle de l'Etat et favorisaient le capital au détriment du travail, c'est-à-dire des travailleurs de ce pays.
C'est avec la même assurance que les tenants du discours du libre marché et de l'autorégulation se retournent comme une crêpe et appuient aujourd'hui, sans état d'âme, l'intervention massive de l'Etat pour sauver l'UBS. Cette volte-face des élus bourgeois n'est que l'exécution zélée des devoirs d'élèves sponsorisés par les grandes banques.
Mais rappelons ici que ceux qui demandent le contrôle étroit par l'Etat des personnes bénéficiaires de prestations des assurances sociales et réclament des performances de tout instant à l'Etat sont les mêmes qui ont refusé, pendant des années, le contrôle des activités bancaires et toute réglementation contre le cannibalisme financier des systèmes de bonus. Or l'absence de contrôle et le système des bonus sont les causes de la crise du système financier. Les turpitudes des dirigeants de l'UBS justifieraient un refus de voir l'Etat s'engager. La responsabilité des dirigeants et le remboursement jusqu'au dernier franc de leurs biens doivent concrètement avoir lieu.
Cela étant, les socialistes, engagés aux côtés des salariés, des locataires et des PME de ce pays, savent quel est le rôle de cet institut bancaire pour notre tissu économique. Une faillite coûterait certainement beaucoup plus que le sauvetage de la banque. Certes, il est plus que pénible de prendre des mesures en faveur du liquidateur de Swissair ou de la pompe à finances d'une caste de privilégiés, mais la préservation de milliers d'emplois le justifie, fût-ce en se pinçant le nez, tant l'air sent mauvais.
Mais les dérives du plan et l'absence de garanties pour le contribuable sont inacceptables et justifient le rejet final des mesures. On se demandera en particulier si l'esprit du Conseil fédéral et de la BNS n'est pas profondément corrompu par l'idéologie du capitalisme financier, dès lors qu'ils ne voient aucun problème à passer par des paradis fiscaux - d'abord les îles Caïmans, et maintenant Jersey -, et cela en contournant des lois démocratiquement votées par ce Parlement et auxquelles se soumettent et doivent se soumettre tous les citoyens de ce pays.
Enfin, permettez-moi encore de souligner que les locataires de ce pays attendent du Conseil fédéral aussi, en parallèle, des mesures de protection de leur pouvoir d'achat et un plan de relance de l'économie. Une première mesure consiste en la réduction des taux hypothécaires par la contraction obligatoire des marges de refinancement. Une seconde relève du soutien aux projets immobiliers en difficultés. Le rejet par le Conseil fédéral des deux motions du groupe socialiste 08.3700 et 08.3701 sollicitant ces mesures, au motif que le marché régulera, est inacceptable, alors que l'échec du marché est à l'origine de la crise actuelle. Enfin, troisième volet, un plan massif d'assainissement énergétique des immeubles permettrait simultanément de relancer l'emploi, de favoriser l'investissement privé et de contribuer aux objectifs de développement durable. C'est dans ce sens qu'il convient donc d'aller.