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Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2009-03-18

Wortprotokoll

Je ferai d'abord une première remarque préliminaire: Monsieur Reimann m'a interpellé sur l'intervention d'une commission extraparlementaire chargée de conseiller le Conseil fédéral, et qui s'oppose au point de vue du Conseil fédéral sur un point de détail. Vous savez, il est écrit dans les Ecritures - mais je crois qu'on n'a plus le droit de citer les Ecritures sous prétexte que c'est "rechtskonservativ"! - que tout royaume divisé se détruit par lui-même. Il ne faut donc pas exagérer dans les contradictions à l'intérieur de l'administration, mais on peut supporter quand même que Madame Zapfl - la bien nommée! - propose quelque chose de contraire au point de vue du Conseil fédéral. Ce n'est pas quelque chose d'essentiel qui va mettre l'Etat en péril. Par contre, ça devrait être relativement rare. Fort heureusement, c'est le cas.

Une deuxième remarque préliminaire: mes collaborateurs, que j'ai interpellés au sujet de la dispute Bieri/Lombardi relative à la portée de la proposition de la majorité, me disent que, selon eux, la majorité veut une interdiction uniquement pour la télévision et que la radio continuerait à avoir la possibilité de faire de la publicité. L'administration est d'avis que c'est le point de vue de Monsieur Lombardi qui est le plus correct juridiquement sur ce point. Il est aussi le plus correct aux yeux du Conseil fédéral sur le point essentiel, puisque Monsieur Lombardi défend la solution du Conseil fédéral! Il faut d'ailleurs répéter que c'est un combat symbolique, qu'il ne s'agit pas de quelque chose de vraiment décisif.

La solution que préconise le Conseil fédéral est une solution que je qualifierai de solution ouverte. Celle que préconise la majorité est quant à elle une solution que je qualifierai de fermée. Mais, quand on regarde de plus près, on voit que la solution du Conseil fédéral n'est pas si ouverte que ça, et celle de la majorité pas si fermée que ça non plus.

La solution du Conseil fédéral, dite ouverte, est tout de même limitée: il n'y aura pas beaucoup de publicité pour l'alcool à la télévision nationale, vu le coût. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle vous avez séparé, en son temps, le cas de la télévision nationale et celui des télévisions locales; on voulait donner l'accès, par les émetteurs locaux, aux petits producteurs. Au niveau suisse, relativement peu de producteurs feront de la publicité par le biais de la télévision nationale, pour des raisons de coût, et les grandes marques de bière et d'alcool ont trouvé d'autres moyens pour défendre et promouvoir leurs produits.

La solution ouverte est donc déjà limitée par le coût et l'est aussi dans le temps: la tendance lourde est en effet d'aller vers une restriction à l'échelle européenne de la publicité pour l'alcool dans les médias électroniques, et la Suisse s'y ralliera très rapidement.

La solution dite fermée est elle aussi très relative. Tous les arguments ont été donnés dans ce sens: on reçoit des émissions télévisées de l'étranger qui comportent de la publicité pour l'alcool, et les fenêtres publicitaires dirigées vers la Suisse ne sont qu'un instant dans un programme plus large. L'influence de la publicité en faveur des boissons sans alcool, qui ont toutefois le même design de marque et la même bouteille que les boissons alcoolisées, limite aussi la portée d'une interdiction.

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C'est donc une affaire de cohérence et de bon sens. Le Conseil fédéral est arrivé à la conclusion que dans un petit pays comme la Suisse, noyé - dans le bon sens du terme - dans des cultures plus vastes, une solution strictement suisse n'aurait pas une grande efficacité et comporterait plus de désavantages que d'avantages. Cela ne signifie pas que l'on abandonne notre lutte pour la prévention, cela ne signifie pas que l'on va encourager la consommation d'alcool, mais cela signifie simplement que l'on considère qu'il faut raison garder et avoir un certain sens de la relativité des choses.

Plus je m'intéresse à ces questions de prévention et de santé publique, plus je me dis qu'il faut faire un certain nombre de choses - nous présenterons une loi sur la prévention -, mais sans essayer de moraliser absolument l'être humain pour en faire un être parfait. De temps en temps, je dis que face aux vices et aux faiblesses, l'être humain est comme une vessie pleine d'eau: vous décidez de pousser, de mettre le doigt sur un point, et vous faites bomber une autre partie de la vessie. Finalement je ne crois pas, contrairement à la tendance actuelle, que l'on puisse par la loi rendre l'être humain parfait. C'est la raison pour laquelle je crois qu'en matière de prévention, il faut recourir non aux symboles mais à des mesures réelles, qui font prendre conscience aux gens des risques, notamment liés à la consommation d'alcool.

Comme je viens depuis quelques années dans cette salle, parfois je contemple la fresque qui est en face de moi et je constate qu'un jour les partisans des mesures symboliques devront prier la jeune fille d'interrompre la distribution du verre de vin qui se passe à l'extrémité droite de la scène, qui est un véritable scandale pour le peuple suisse qui lutte contre les dangers! Il n'y a pas une seule boisson distribuée, à l'exception du verre de vin offert aux braves citoyens-soldats. Tous les autres ont une vision compassée, absolument hiératique: ce sont des citoyens parfaits, des capucins parfaits, des juges parfaits, et uniquement dans le coin se trouve un peu de vie: c'est l'heure de l'apéritif, et les soldats sont les seuls qui paraissent quelque peu heureux sur cette fresque. (Hilarité) Je vous recommande de faire supprimer cette fresque qui est symboliquement très dangereuse pour la jeunesse de ce pays. (Hilarité)

Pour le surplus: évitez les dispositions symboliques et votez comme le proposent le Conseil fédéral et la minorité.