Steiert Jean-François · Nationalrat · 2009-04-28
Steiert Jean-François · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-04-28
Wortprotokoll
Le groupe socialiste salue le projet qui nous est soumis aujourd'hui et qui constitue un contre-projet presque valable à l'initiative populaire "Eaux vivantes".
L'initiative populaire à l'origine de l'élaboration du contre-projet que nous avons soutenu vise à surmonter une situation que nous considérons comme intolérable, notamment en ce qui concerne les eaux résiduelles, les endiguements et la disparition d'une très grande partie des cours d'eau naturels dans notre pays. Citons enfin les fluctuations des débits, qui transforment certains de nos cours d'eau en paysages subsahariens, du moins par moments. Je ne suis pas sûr que ces paysages subsahariens, n'en déplaise à Monsieur Leutenegger, soient le facteur de développement économique le plus efficace qui puisse exister pour notre tourisme national.
L'initiative populaire a toutefois l'inconvénient majeur de présupposer non seulement un vote populaire - ce qui est tout à fait envisageable pour les initiants, qui ont par ailleurs de bonnes chances de convaincre la population -, mais surtout l'élaboration d'une législation d'application qui peut faire perdre de nombreuses années sans aucun résultat concret. C'est pourquoi, en vue d'une réalisation rapide des mesures les plus urgentes en faveur de la protection des eaux, nous soutenons le contre-projet tel qu'il est ressorti des délibérations du Conseil des Etats, avec un certain nombre de propositions d'amélioration.
Institutionnellement, la possibilité du retrait conditionnel d'une initiative populaire - une possibilité induite par le projet que nous discutons aujourd'hui - constitue une innovation intéressante dans la mesure où elle permet de créer un climat de confiance propice au changement politique bien étayé. Par les différentes propositions de minorité que nous défendrons ou soutiendrons, nous espérons que cette possibilité formelle soit aussi rendue possible sur le fond, à savoir que le résultat de nos délibérations puisse conduire le comité d'initiative à considérer notre contre-projet indirect comme une solution suffisamment forte et efficace pour la préférer aux aléas d'un article constitutionnel, tant en ce qui concerne une éventuelle campagne de votation que, surtout, la mise en oeuvre dudit article au niveau législatif.
A Monsieur Leutenegger, qui qualifie tous les supporters de la présente solution d'irresponsables en matière de politique financière, je rétorquerai que les quelques dizaines de millions qu'il a évoqués pour arriver au chiffre de 130 millions de francs sont une goutte d'eau dans l'océan par rapport aux exercices de vidange réguliers de la caisse fédérale auxquels nous a habitués son parti. Nous atteignons, tout bien calculé, tout juste 3 pour cent du total représenté par les exercices d'assèchement des caisses publiques proposés par le parti dont Monsieur Leutenegger est membre. Alors il faut un minimum de cohérence: s'il vous plaît, ne passez pas vos jours à vider nos caisses pour, le jour où on nous demande aussi un tout petit quelque chose pour une cause qui, d'autre part, sert à soutenir l'économie régionale, devenir tout à coup un fondamentaliste des caisses publiques saines!
C'est d'ailleurs relativement paradoxal et cocasse parce qu'actuellement, les entreprises qui, régionalement, participent aux travaux de renaturation des cours d'eau et de protection contre les crues, sont des entreprises dont les organes directeurs font sans doute partie de votre électorat. Or les partis qui soutiennent leurs activités sont les Verts, le Parti socialiste et le Parti démocrate-chrétien. Il y a par moments en politique quelque chose d'assez étrange.
J'aimerais répondre aussi à Monsieur Wasserfallen qui oppose de manière relativement arbitraire et peu sérieuse la protection contre les crues et la revitalisation des eaux. Vous savez pertinemment, d'autres l'ont déjà dit, qu'en termes techniques, il y a de nombreuses mesures où les deux objectifs se recouvrent. Procéder de manière polarisante en opposant l'un et l'autre n'est pas sérieux, ne correspond pas aux réalités.
Vous parlez aussi d'un contre-projet qui va nuire profondément à nos producteurs d'énergie électrique grâce à la force hydraulique. En tant que copropriétaire avec quelques collègues depuis une bonne vingtaine d'année d'une petite usine hydroélectrique que nous avons remise sur pied en Suisse orientale, nous avons fait un bilan et constaté que le projet qui nous est soumis aujourd'hui établit un équilibre entre les intérêts de la protection de la nature, qui nous tiennent à coeur, et le respect des énergies douces qui nous tient tout [PAGE 645] autant à coeur. Nous avons bien conscience des difficultés de concilier les deux objectifs. La direction dans laquelle va le projet, avec les propositions de modification, satisfait les deux objectifs de manière aussi harmonieuse que possible.
Certains parlent d'irresponsabilité: je pense que la responsabilité en politique, c'est de savoir faire autre chose que dessiner le monde en noir et blanc. Le contre-projet que nous discutons, avec les modifications proposées, nous permet de trouver une solution intermédiaire qui est responsable. La politique jusqu'au-boutiste des deux partis qui veulent assécher nos rivières comme ils assèchent les caisses publiques est totalement irresponsable. A force de polariser, ils font le lit de solutions qui vont à l'opposé des objectifs qu'ils visent. Les vraies responsabilités se mesureront sans doute au soir de la votation populaire.
Je vous recommande d'adopter le présent projet et les propositions de modification qui nous permettront d'établir un équilibre sain entre la protection de la nature et de nos paysages et une production d'énergie douce dans notre pays.