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Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2009-06-09

Wortprotokoll

Puisqu'il faut dire oui ou non, disons clairement non, et remarquons au passage que les sociétés avancées - et à ce titre, la Suisse est une société très avancée - développent avec les animaux un rapport qu'il faut qualifier de schizophrénique. Comme si moins on avait de relations effectives avec le monde des animaux, plus on avait de relations idéalisées et personnalisées avec ceux-ci, ce qui est - je crois - un signe de déséquilibre.

Au fond, il y a d'une part ces animaux de rente, les animaux que vous demandez à ne jamais croiser, à ne jamais voir, ceux qui agrémentent votre petit-déjeuner par leurs ovocytes, ceux dont vous versez les substances lactées dans votre café le matin, ceux que vous croisez au fond de votre assiette en espérant qu'ils ne ressemblent pas - ou le moins possible - à des animaux. Les animaux utilisés comme animaux de rente dans notre société à une échelle industrielle sont chosifiés: on leur demande de ne pas exister.

En contrepartie, nous avons ces animaux que l'on personnalise, ces animaux généralement de compagnie, ceux que l'on voit, que l'on souhaite voir, et qu'évidemment on souhaite voir en bonne santé et heureux: ce sont vos chats, vos chiens et les chèvres du voisin, dont on essaie aujourd'hui de faire des personnes. On peut se poser des questions sur la tendresse, parce que je suis sûr qu'en calculant le nombre de kilomètres carrés de peau de chat caressée dans une vie humaine, et en le comparant au nombre de kilomètres carrés de peau humaine caressée par une personne dont la sexualité est normale ou moyenne, on serait étonné du résultat.

On voudrait faire des animaux des personnes, au point aujourd'hui de leur donner des droits de partie dans des procès pénaux. Je rappelle que le droit pénal est un catalogue de peines attachées à une série de comportements que l'on considère comme socialement inacceptables et que, par conséquent, on veut décourager de commettre. Il s'agit de tout ce qui heurte non pas les animaux - puisque sinon nous n'utiliserions pas les animaux à une échelle industrielle - mais de tout ce qui heurte notre propre sensibilité et rien d'autre. Personne n'envisage que la souffrance ou la douleur des animaux cessent, c'est une partie de la vie.

On voudrait donner des droits de partie aux animaux. Un procès pénal, c'est le ministère public d'un côté, qui poursuit les infractions, et un prévenu de l'autre. Il y a bien sûr une troisième partie, c'est la partie civile, la victime; mais je vous rappelle que la position de la victime ou de la partie civile, en procédure pénale, reste presque marginale, puisque au fond c'est l'Etat qui, par le biais du ministère public, se plaint de ce que quelqu'un a violé l'ordre public, la victime n'étant que le premier témoin de cette violation.

Et ici, on nous demande que cette partie civile, lorsqu'elle est animale, ait des droits procéduraux qui vont au-delà des droits procéduraux des parties civiles ordinaires, puisque, selon les initiants, il faudrait même que l'avocat des animaux puisse contester une décision erronée. Je vous rappelle que la partie civile, lorsqu'elle n'est qu'humaine, ne peut pas s'en prendre au verdict en ce qui concerne la peine; elle peut uniquement sauvegarder ses intérêts lorsque ses intérêts de partie civile - et uniquement civile - sont touchés.

Nous menons aujourd'hui un débat qui témoigne essentiellement de la mauvaise conscience que l'on peut avoir concernant le fait d'être humain et qui conduit, comme dans d'autres débats aussi, à prendre position "pour la nature contre l'homme" - dans le cas présent "pour les animaux contre l'homme", dont il faudrait se méfier, envers lequel il faudrait être particulièrement hostile. Il s'agit d'une mauvaise conscience déguisée en protection des animaux.

Il faudra dire non aujourd'hui, et aussi pendant la campagne.

Nidegger Yves · Nationalrat · 2009-06-09 | Lexipedia | Lexipedia