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Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2009-06-05

Wortprotokoll

J'interviens dans le cadre d'une seule déclaration de synthèse dans laquelle j'aimerais tout d'abord souligner que cette initiative populaire n'est pas extrêmement incisive. Je crois qu'il faut avoir cela à l'esprit avant toute chose.

Il y a ensuite l'argument de toute évidence éthique lorsqu'on entend limiter ou interdire l'exportation d'armes: il est clair que le rôle de la Suisse se décline beaucoup plus dans sa participation au désarmement - c'est son rôle naturel - que dans sa participation à armer le monde.

Il y a quand même lieu ici de rappeler certains éléments assez généraux, comme le fait que les armements à travers le monde - qui avaient relativement stagné en quantité à un moment donné - ont tendance maintenant à se multiplier à nouveau. La position de la Suisse ne doit pas être - c'est un postulat de nature éthique - de participer à cette action. Bien au contraire, c'est à nous de montrer, si possible assez démonstrativement, que nous ne souhaitons pas participer à ce jeu, qui peut avoir un certain intérêt économique à court terme mais qui, à long terme, est contraire à nos intérêts. Nous avons bien d'autres choses à faire. Nous devons agir dans les domaines du déminage, des conventions pour interdire les armes les plus terribles, telles que les armes à sous-munitions - processus dans lequel nous nous sommes d'ailleurs montrés actifs, quand même, ces derniers temps, après un démarrage difficile -, plutôt que participer à la course aux armements, même à notre petite échelle.

Maintenant, outre ces arguments de nature éthique, il y a toute une série d'arguments relatifs à nos intérêts. Notre pays, dans sa position internationale, peut, je pense, beaucoup plus se faire valoir - et sa position internationale, pour toutes sortes de raisons, on le sait, est actuellement menacée - s'il se profile dans son rôle de gardien des Conventions de Genève, de promoteur du désarmement, plutôt que dans celui de pays exportateur d'armes. De petites exportations, économiquement, pouvant avoir de l'importance pour une entreprise ou une région, portent chaque fois atteinte à notre image, à notre réputation - pour pas grand-chose, serait-on quand même tenté de dire.

Pensons à toutes ces affaires liées aux avions Pilatus, répétitives, ennuyeuses, dont on n'arrive jamais à se débarrasser, comme d'un sparadrap qui vous colle au bout du doigt, au fil des années et même des décennies. Pensons aussi à ces pays pour lesquels il y a toujours des discussions assez byzantines pour savoir si ce sont des pays corrects ou pas, et surtout s'ils vont respecter l'interdiction de réexporter tôt ou tard nos armes en direction de champs de bataille tout à fait concrets, malheureusement.

Et puis, il y a un autre élément d'intérêt, c'est cette question économique: est-ce que véritablement c'est pertinent de [PAGE 553] continuer à fonder des espoirs sur un secteur dont on vient de nous dire que, si l'initiative était acceptée, il perdrait 5000 emplois, c'est-à-dire 1 pour mille environ de la population active, avec des effets indirects dont on n'est pas trop certain? Est-ce que véritablement - quand on met en balance cet intérêt économique avec les autres intérêts du pays, avec ce véritable soulagement que cela représenterait que nous soyons dans une situation enfin claire dans ce domaine - le choix mérite d'être fait?

A mon sens, poser la question, c'est y répondre. Il n'y a pas en politique de choix sans sacrifices, c'est extrêmement rare. La politique, c'est l'art de résoudre des dilemmes. Je ne trouve pas que le dilemme sur le plan économique soit extrêmement lourd et il me semble que nous pouvons faire cette opération sans trop de douleurs, nonobstant la période qui s'y prête peut-être mal, mais d'ici que ce soit en vigueur, espérons que les cieux économiques se seront éclaircis.

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