Gestion durable des forêts de protection 2005
Gestion durable des forêts de protection Soins sylvicoles et contrôle des résultats: instructions pratiques
. Auteurs Monika Frehner, bureau d’ingénieurs, Sargans Brächt Wasser, bureau d’ingénieurs IMPULS, Thoune Raphael Schwitter, Centre de sylviculture de montagne, Maienfeld
Éditeur Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), CH-3003 Berne www.environnement-suisse.ch L’OFEFP est un office du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC)
Impressum
Valeur juridique de cette publication La présente publication est une aide à l’exécution élaborée par l’OFEFP en tant qu’autorité de surveillance. Destinée en premier lieu aux autorités d’exécution, elle concrétise des notions juridiques indéterminées provenant de lois et d’ordonnances et favorise ainsi une application uniforme de la législation. Si les autorités d’exécution en tiennent compte, elles peuvent partir du principe que leurs décisions seront conformes au droit fédéral. D’autres solutions sont aussi licites dans la mesure où elles sont conformes au droit en vigueur. Les aides à l’exécution de l’OFEFP (appelées aussi directives, instructions, recommandations, manuels, aides pratiques) paraissent dans la collection «L’environnement pratique». Éditeur Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), CH-3003 Berne, www.environnement-suisse.ch L’OFEFP est un office du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) Auteurs Monika Frehner, bureau d’ingénieurs, Sargans Brächt Wasser, bureau d’ingénieurs IMPULS, Thoune Raphael Schwitter, Centre de sylviculture de montagne, Maienfeld Citation FREHNER, M.; WASSER, B.; SCHWITTER, R., 2005: Gestion durable des forêts de protection. Soins sylvicoles et contrôle des résultats: instructions pratiques. (L’environnement pratique). Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage. 564 p. Rédaction et accompagnement à l’OFEFP Jean-Jacques Thormann, OFEFP (dès janvier 2005 HÉSA Zollikofen) André Wehrli, OFEFP (dès janvier 2005) Accompagnement du projet Harald Bugmann, Chaire de sylviculture de montagne, EPF Zurich Werner Frey, Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches, ENA, Davos (jusqu’en 2001) Walter Schönenberger, Institut fédéral de recherche sur la forêt, la neige et le paysage WSL, Birmensdorf (à partir de 2002) Jean-Jacques Thormann, OFEFP Jürg Walcher, Inspection cantonale des forêts, Glaris Graphisme Hanspeter Hauser, AVD, Berne Traduction Philippe Domont (coordination), Claude Gassmann, Yves Berger, Monique Dousse Relecture par le spécialiste Roland Métral, Martigny Raphael Schwitter, Maienfeld Commande OFCL, Vente de publications, CH-3003 Berne, fax +41 (0)31 325 50 58, Internet: www.publicationsfederales.ch, numéro de commande: 310.051.f La présente publication est aussi disponible en allemand et en italien.
© OFEFP, 2005
2 Gestion durable des forêts de protection
Avant-propos
La présente publication est une version entièrement d’exécution, une analyse des effets sur des placettes témoins remaniée et complétée des «Soins minimaux pour les forêts – afin de contrôler les effets à long terme des mesures sylvià fonction protectrice». La première édition de 1996 avait été coles – et une analyse des objectifs. Pour la première fois, il le premier ouvrage expliquant ce que signifie concrètement sera possible de documenter l’effet des soins aux forêts de la garantie de soins minimaux dans les forêts de protection, protection à long terme et de démontrer ainsi encore mieux au sens de la loi fédérale sur les forêts. le rôle indispensable des fonds publics, ainsi que l’usage effi- Comme la première édition, cet ouvrage est le fruit cient qui en est fait. d’une étroite collaboration avec la recherche et la pratique. Le «concept NaiS» ne peut cependant fonctionner que Répondant au souhait des cantons, les stations forestières si sa mise en œuvre locale est en de bonnes mains. Il ne saudécrites dans les profils d’exigences le sont maintenant pour rait remplacer les connaissances techniques, le travail d’obl’ensemble des forêts à potentiel de protection en Suisse. Le servation, les capacités de jugement et de prise de décision. nouvel ouvrage s’est notamment enrichi des descriptions de C’est pourquoi ce manuel a pour vocation de devenir non la région jurassienne, ainsi que des conditions particulières seulement l’ouvrage de référence des forestiers praticiens, rencontrées dans le Bas-Valais et au Tessin. Cette publica- mais aussi celui des formateurs des deux centres de formation présente de façon pratique les connaissances les plus tion forestière, de la Haute école spécialisée et de l’EPFZ. récentes sur les effets de la forêt et sur la protection contre Grâce au CD-ROM qui l’accompagne, cette publication peut les dangers naturels. en tout temps être adaptée aux exigences du terrain et aux Il n’est pas facile d’exercer un contrôle des résultats dans préférences personnelles. les forêts de protection, en raison des processus de croissance très lents et du caractère aléatoire de l’apparition des phéno- Nous adressons nos plus vifs remerciements à tous les mènes naturels. Le concept de controlling proposé dans ce auteurs, actifs dans la pratique, la recherche, l’enseignement
manuel et développé en étroite collaboration avec les prati- ou l’administration, de même qu’aux autres experts, pour ciens repose sur trois fondements. Il comprend un contrôle avoir mené à bien ce projet visionnaire.
Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage
Werner Schärer Directeur des forêts
Gestion durable des forêts de protection Avant-propos 7
8 Gestion durable des forêts de protection
Remerciements
Le projet «NaiS - Gestion durable des forêts de protection» et la recherche ont participé à des journées d’étude, des atea été réalisé sur mandat de l’OFEFP, avec l’appui des cantons liers et des visites sur le terrain. Ils ont rassemblé expériences et du Centre de sylviculture de montagne. Cette publication et connaissances scientifiques dans cette œuvre de synthèse est le résultat de quatre années d’une collaboration étroite spécifiquement destinée aux utilisateurs. L’éditeur remerentre spécialistes et institutions. Un grand nombre de collè- cie toutes les personnes qui ont collaboré à la réussite de ce gues actifs dans la pratique, l’administration, l’enseignement projet et notamment:
L’équipe du projet: Monika Frehner, Brächt Wasser et Raphael Schwitter
Le groupe d’accompagnement: Harald Bugmann, Werner Frey, Walter Schönenberger, Jean-Jacques Thormann et Jürg Walcher.
Les spécialistes et collègues des administrations, de la recherche et de la pratique, en Suisse et à l’étranger: Frederic Berger, Uehli Bühler, Jacques Burnand, Gabriele Carraro, Hansueli Frey, Heinz Nigg, Dani Rüegg, Reinhard Schnidrig, Kaspar Zürcher
De nombreux collaborateurs du WSL et de l’ENA, notamment: Peter Bebi, Albert Böll, Peter Brang, Marco Conedera, Philippe Duc, Werner Gerber, Peter Lüscher, Christian Rickli, Josef Senn
Les personnes de référence pour les études de cas d’Amden-Weesen et de Ritzingen: Rolf Ehrbar et Fredy Zuberbühler
Les membres du Groupe suisse de sylviculture de montagne (GSM)
Les membres du Groupe jurassien de sylviculture (GJS)
Les membres du Groupe de travail forestier Dangers naturels (FAN)
Les membres de la Communauté suisse de travail pour l’aménagement des forêts (CSAF)
Les gardes et ingénieurs forestiers praticiens qui ont participé aux journées de travail sur le terrain.
Gestion durable des forêts de protection Remerciements 9
Gestion durable des forêts de protection, contrôle et analyse des résultats
Forêts de protection Contrôle des résultats Stations forestières Profils d’exigences Analyse des objectifs Dangers naturels
Types d’objectifs
Types de traitement
Placettes témoins Analyse des effets
Évaluation de la nécessité d’intervenir sur les placettes témoins
Mise en œuvre des mesures Contrôle de l’exécution
Forêt protectrice durablement efficace Contrôle de l’atteinte des objectifs
10 Gestion durable des forêts de protection
1 Introduction
1.1 Vue d’ensemble
Ces instructions sont un instrument destiné aux praticiens. Le but est de garantir dura- Chapitre 2 blement l’efficacité de la forêt de protection à des coûts aussi bas que possible.
Les soins en forêt de protection sont basés sur l’hypothèse qu’il existe un lien direct Section 3.2 entre la réduction des risques et l’état de la forêt. Cette relation a conduit à fixer des Dangers naturels, annexe 1 profils d’exigences définis en fonction des dangers naturels et des conditions de sta- Types de stations, annexe 2 tions, dans le but d’attendre un effet protecteur aussi élevé que possible.
Toutes les surfaces présentant le même profil d’exigences font partie du même type Section 3.3 d’objectif. Les types d’objectifs sont répartis en types de traitements en fonction de l’état momentané de la forêt. Une placette témoin est une parcelle forestière représentative d’un tel type de traitement.
L’évaluation de la nécessité d’intervenir sur la placette témoin est faite grâce Section 3.4 à la comparaison entre l’état actuel et le profil d’exigences, en tenant compte de l’évo- Formulaires, annexe 4 lution naturelle de la forêt.
La mise en œuvre des mesures s’appuie sur les résultats des observations menées Chapitre 4 sur les placettes témoins. Si l’on veut garantir des soins ciblés en forêt de montagne, il Utilisation du bois sur place, est indispensable de disposer d’un réseau de placettes témoins et de bases de planifi- annexe 7 cation appropriées.
Le but du contrôle des résultats est de garantir un effet protecteur durable de la Chapitre 5 forêt de façon aussi efficace que possible.
Le contrôle de l’exécution a pour but d’examiner si les mesures prévues ont été exé- Section 5.2 cutées au bon endroit et dans les règles de l’art. Contrôle de l’exécution, annexe 3
L’analyse des effets permet d’examiner les effets des mesures -- ou du renoncement Section 5.3 ciblé à des mesures -- sur l’état des placettes témoins. Elle est un instrument de pilo- Analyse des effets, annexe 3 tage du processus.
Le contrôle de l’atteinte des objectifs permet d’examiner dans quelle mesure l’état Section 5.4 de la forêt correspond aux profils d’exigences recommandés ou fixés.
L’analyse des objectifs permet de savoir si les profils d’exigences adoptés sont Section 5.5 encore appropriés.
Gestion durable des forêts de protection Introduction 11
1.2 Le projet NaiS «Gestion durable ponible, à des solutions intéressantes sur le plan éconodes forêts de protection» mique pour évacuer et valoriser les bois. Il est toutefois La présente publication est un instrument à parfois judicieux d’abandonner une partie du bois sur l’usage des praticiens. Son but est de garantir dura- place, pour des raisons relatives à l’écologie et aux techblement l’efficacité de la forêt à des coûts aussi bas niques de protection. Les aides à la décision concernant que possible. Pour les autorités, elle offre un moyen ces cas de figure ont été améliorées. de promouvoir une utilisation efficace des fonds Des conflits peuvent apparaître lors de la délimitapublics. tion de réserves forestières dans les forêts de protec- La loi fédérale sur les forêts de 1991 oblige les cantons tion. Les instructions pratiques montrent quelles sont à garantir des soins minimaux dans les forêts à fonction de les conditions de station permettant d’harmoniser les protection. En vue de sa mise en œuvre, l’OFEFP a édité en objectifs écologiques avec les exigences posées à la 1996 les «Soins minimaux pour les forêts à fonction protec- forêt de protection. trice». Ce manuel - épuisé à l’heure actuelle - a rapidement Le contrôle des résultats est une étape essentielle pour conquis les praticiens, qui l’ont utilisé pour la planification et atteindre l’efficience et l’efficacité des soins à la forêt de la réalisation de projets de sylviculture. Cette nouvelle publi- protection. Cette partie a été fortement améliorée et cation est une version élargie et améliorée de l’ancienne, les complétée. La méthode proposée, testée par de nomorientations fondamentales restant les mêmes. Le projet NaiS breux forestiers de montagne, répond aux besoins de «Gestion durable des forêts de protection» s’est notamment la pratique. penché sur les aspects suivants: Le guide décrit les exigences posées à un concept Le manuel n’avait été conçu à l’origine que pour les de planification. Les recoupements avec la planificarégions alpines. Mais la démarche proposée peut s’ap- tion forestière sont nombreux et la compatibilité est par pliquer directement en tout lieu. De nombreuses autres exemple garantie avec le plan directeur forestier, le plan stations forestières ont été analysées en vue de la pré- de gestion ou les procédures d’inventaire. sente version, si bien que le manuel peut maintenant
La nouvelle version a pour but de réunir les connaisêtre utilisé dans toute la Suisse. sances actuelles sur les questions les plus cruciales et de les La question du rajeunissement est souvent prioritaire combiner à l’expérience de terrain actuelle. Cette démarche a lors de la planification des soins aux forêts de montapu réussir grâce à une étroite collaboration entre les auteurs, gne. Le fait de préciser les objectifs à atteindre pour les chercheurs et les praticiens. Il en résulte une méthode garantir un rajeunissement durable est un élément très largement acceptée et adaptée aux connaissances les important de la formulation du but sylvicole. Les proplus récentes. fils d’exigences ont donc été complétés par des indica- Cette publication volumineuse contient une grande teurs mesurables. quantité d’informations. Mais elle est conçue de façon à faci- De nombreuses améliorations ont été apportées durant liter son application dans la pratique. La partie principale est ces dernières années aux documents de référence sur concise. Elle précise les objectifs ainsi que les principes généles dangers naturels. Les adaptations, pourvues d’un raux et décrit les étapes essentielles menant à une efficacité texte explicatif, sont intégrées dans ce guide. durable des soins aux forêts de protection. La partie prati- L’importance du bois en tant que matière première que est divisée en 12 annexes. Le praticien peut y puiser les n’est pas à négliger dans les forêts de protection. Il s’agit informations spécifiquement adaptées à sa problématique de recourir, dans le cadre de la marge de manœuvre dis- ou à sa région.
12 Gestion durable des forêts de protection
2 Que signifie «Traitements sylvicoles durables
dans les forêts de protection»?
2.1 Soins aux forêts et effets de protection
visent à atteindre un état des peuplements dont l’influence La forêt protège l’homme et les biens matériels contre sur les processus de dangers est maximale et à minimaliser les dangers naturels, car elle empêche les dangers de se le risque d’occurrence de dégâts. développer ou réduit leurs effets. La délimitation des forêts L’état de la forêt souhaité est défini en fonction des de protection se fait en fonction du potentiel de dangers connaissances sur les dangers naturels et sur les conditions (aléas) et du potentiel de dégâts (enjeux), ainsi que des effets de station locales. On établit des profils d’exigences décripotentiels de la forêt. Cette délimitation est ordonnée par les vant les états de la forêt susceptibles d’offrir des effets proautorités et ne fait pas l’objet de la présente publication. tecteurs hautement efficaces (Fig. 1). Les profils d’exigen- La méthodologie des soins aux forêts de protection ces sont composés des caractéristiques suivantes: mélange repose sur l’hypothèse qu’il existe un lien direct entre la des essences, structure, éléments stabilisateurs et rajeunisréduction des risques et l’état de la forêt. Les soins aux forêts sement.
Les profils d’exigences décrivent des états de la forêt susceptibles Soins aux forêts de protection d’offrir des effets de protection hautement efficaces.
État de la forêt
Effets de la forêt
Fig. 1: Le but des soins aux forêts de protection est d’atteindre un état susceptible d’offrir des effets de protection hautement efficaces.
La pérennité de la fonction protectrice suppose le main- Il n’est pas facile d’apporter la preuve directe de l’intien de l’état souhaité de la forêt à long terme et au bon fluence exercée par les soins aux forêts sur le niveau de sécuendroit. Ainsi, une forêt de protection contre les chutes de rité relatif aux dangers naturels. Il s’écoule en effet un long pierres n’est efficace que si elle est située directement au- laps de temps entre l’intervention sylvicole et les effets qu’elle dessus des objets menacés et à condition que le nombre entraîne sur l’état de la forêt. En outre, les événements natude tiges nécessaire puisse être garanti à long terme et sans rels dangereux sont rares et irréguliers. C’est pourquoi le interruption. succès des soins sylvicoles se mesure essentiellement à l’état
Gestion durable des forêts de protection Que signifie «Traitements sylvicoles durables dans les forêts de protection» 13
de la forêt et non directement aux processus des dangers 2.2 Sept principes eux-mêmes. L’évolution de la forêt en l’absence d’interven- Les cantons ont la possibilité d’ordonner les soins aux tion est également prise en considération. forêts de protection dans l’intérêt de la collectivité (chapi- Le contrôle des résultats doit garantir l’efficience et l’ef- tre 6, Bases légales). Lorsqu’elles sont obligatoires, de telles ficacité des soins aux forêts de protection. Il faut comprendre mesures sont indemnisées dans le cadre prévu par la loi. Mais cette démarche avant tout comme un système de controlling les fonds publics doivent être utilisés de façon efficiente et qui aide le praticien à améliorer continuellement ses compé- efficace. Lorsque les soins sont ainsi obligatoires et indemnitences et à diriger ainsi l’évolution de la forêt dans la bonne sés, ils doivent satisfaire aux sept principes suivants: direction, avec un minimum de moyens. L’examen des effets non garantis, mais pouvant être exercés par la forêt fait éga- 1. Être orientés vers l’objectif de protection lement partie de ce contrôle. Le contrôle des résultats devient Les soins effectués dans les forêts de protection ont ainsi un instrument permettant de garantir la gestion durable pour seul objectif de réduire les dangers naturels. de la forêt de protection. 2. Être effectués au bon endroit Les soins sont effectués là où l’action de la forêt est en mesure d’empêcher ou de diminuer les retombées des dangers naturels sur l’homme ou sur les biens matériels.
3 Être effectués au bon moment
Les soins doivent être apportés au moment où ils développent un effet optimal à un coût minimal.
4 Être basés sur les processus naturels
Les soins doivent être adaptés aux conditions de station. C’est ainsi qu’ils permettent à l’évolution naturelle d’une forêt de développer tout son potentiel. 5. Être liés à un objet concret et basés sur une démarche transparente, clairement expliquée et reproductible. Les soins à réaliser sont déterminés sur place par des professionnels, ce qui permet de respecter les conditions de stations, variables à petite échelle. Le processus de décision se déroule toujours de la même façon. Comme la démarche est documentée, elle reste transparente, reproductible et contrôlable.
6 Être efficaces
La probabilité que les soins permettent d’atteindre les objectifs est très élevée.
7 Correspondre à des objectifs atteignables à des
coûts raisonnables Le rapport coût-avantage des soins est raisonnable.
Les exigences envers les forêts de protection et les soins recommandés dans ces instructions pratiques ont pour but de favoriser l’application de ces sept principes dans la pratique.
14 Gestion durable des forêts de protection
3 Évaluation de la nécessité d’intervenir
3.1 Principe
ment en l’absence d’intervention durant 50 ans. La compa- L’évaluation de la nécessité d’intervenir est basée sur la raison s’opère pour toutes les caractéristiques importantes comparaison entre l’état actuel de la forêt et le profil d’exi- du peuplement. gences, compte tenu de la dynamique naturelle de la forêt. Il y a nécessité d’intervenir lorsque l’état futur de la forêt C’est le profil minimal qui sert de référence pour cette est estimé plus mauvais que le profil minimal et qu’il est poscomparaison, autrement dit les exigences minimales définies sible de proposer des mesures efficaces à des coûts raisonà partir du danger naturel existant et de la station (section nables. Comme le choix des mesures éventuelles à prendre 3.2). La dynamique naturelle de la forêt est prise en compte exige une analyse approfondie, la démarche se fait sur des grâce à l’examen du développement probable du peuple- placettes témoins représentatives.
Exigences minimales Exigences minimales en fonction en fonction État actuel de la forêt des dangers naturels du type de station Annexe 1 Annexe 2
Pronostics de l’évolution en l’absence d’intervention sur 10 et 50 ans
Profil minimal État pronostiqué dans 50 ans
La comparaison entre l’état prévu dans 50 ans et le profil minimal permet de décider s’il est nécessaire d’intervenir.
Fig. 2: Schéma d’analyse pour le choix des soins sylvicoles
Gestion durable des forêts de protection Évaluation de la nécessité d’intervenir 15
3.2 Profils d’exigences
nissement (recrû initial et rajeunissement établi) et au lit de Les profils d’exigences décrivent l’état de forêts capa- germination. Deux profils d’exigences sont indiqués: d’une bles d’offrir une très bonne protection contre les dangers part le but sylvicole à long terme (profil idéal) et d’autre part naturels et qui peuvent être conservées durablement avec la référence pour juger de la nécessité d’une intervention un minimum d’interventions. Le profil résulte de la combi- (profil minimal). Les exigences ont été élaborées en s’apnaison des exigences définies à partir de la station et des puyant essentiellement sur la recherche, sur les observations dangers naturels. Il précise les exigences posées au peuple- de terrain et sur les expériences des praticiens. ment (mélange, structure, éléments stabilisateurs), au rajeu-
Danger naturel: Station: Chutes de pierres dans le secteur de transit Hêtraie à sapins avec adénostyle glabre (18M) dimension des pierres à prendre en compte: env. 50 cm Exigences voir annexe 2B Exigences: voir annexe 1
Caractéristiques du peuplement Profil minimal Profil idéal et des arbres Mélange Hê 30 - 80 % Hê 40 - 60 % Genre et degré Sa 10 - 60 % Sa 30 - 50 % Ép 0 - 30 % Ép 0 - 20 % Ér’s Arbres semenciers Ér’s, És 10 - 30 %
Structure Nombre suffisant d’arbres capables de se Nombre suffisant d’arbres capables de se Variation DHP développer dans au moins 2 classes de développer dans au moins 3 classes de diamètres différentes par ha diamètres différentes par ha
Arbres isolés, évent. petits collectifs Arbres isolés, évent. petits collectifs, Structure horizontale degré de fermeture entrouvert
Au moins 300 arbres / ha avec DHP > 24 cm Au moins 300 arbres / ha avec DHP > 24 cm
En cas d’ouvertures dans la ligne de plus grande pente: max. 20 m de distance entre les tiges Bois disposé sur le sol et souches hautes: en tant que complément aux arbres sur pied, s’il n’y a pas de risques de dévalement
Éléments stabilisateurs Longueur des couronnes sa au moins 2/3, Longueur des couronnes: au moins 2/3 Couronnes ép au moins ½
Coefficient d’élancement Troncs bien droits et bien enracinés; tiges Troncs bien droits et bien enracinés, pas Position/enracinement penchées: cas isolés d’arbres fortement penchés
Rajeunissement Lit de germination Forte concurrence des herbes sur < 1/3 de Forte concurrence des herbes sur < 1/4 de la surface la surface
Recrû initial (10 à 40 cm) Si degré de recouvrement < 0,6 alors au Si degré de recouvrement < 0,6, au moins moins 10 hê / sa par a (tous les 3 m en 50 hê / sa par a (= tous les 1.5 m en moyenne). moyenne). Dans les trouées: présence d’ér’s Dans les trouées: présence d’ér’s
Rajeunissement établi (jusqu’au fourré Au moins 1 collectif de 2-5 a par ha, Au moins 3 collectifs de 2 - 5 a par ha y.c.; plus de 40 cm de hauteur et jusqu’à (tous les 100 m en moyenne) ou degré de (tous les 60 m en moyenne), ou degré de 12 cm DHP) recouvrement de 4 % au moins recouvrement de 7 % au moins Mélange conforme au but sylvicole Mélange conforme au but sylvicole
Fig. 3: Exemple de profil d’exigences lié à des chutes de pierres dans une hêtraie à sapins avec adénostyle glabre
16 Gestion durable des forêts de protection
Exigences relatives au type de station: on admet Lorsque le profil minimal est respecté, on peut s’attendre à que les états les plus stables d’une forêt se rencontrent à cer- un effet protecteur suffisant; il est la référence qui permet de tains moments de l’évolution propre à une forêt naturelle. décider si une intervention est nécessaire. Si le même sys- Lorsque l’on s’éloigne des caractéristiques d’une forêt natu- tème de référence est utilisé dans toutes les forêts de protecrelle (par exemple peuplement d’épicéa sur une station de tion, on peut alors identifier les endroits où des soins sont Hêtraie à Millet, 8), la prédisposition à des perturbations se indispensables. En outre, il est possible de fixer des priorirenforce (vent, scolytes, etc). Mais cette remarque ne signi- tés pour l’engagement efficient des fonds publics. Ce pro- fie pas que tous les stades rencontrés dans une forêt natu- cédé apporte la transparence souhaitée lorsqu’on analyse la relle soient favorables à une forêt de protection. Les phases nécessité d’intervenir. pionnières de grande étendue ne sont en général guère effi- Le profil idéal: ce profil comprend la combinaison caces pour cette fonction. des exigences idéales liées au danger naturel principal (voir Pour définir les «exigences relatives au type de station», annexe 1) et au type de station (voir annexe 2B). Il décrit on a choisi une tranche du cycle évolutif de la forêt où toutes l’état de la forêt susceptible de garantir les meilleures prestales essences du climax sont présentes et où l’on peut obsertions de protection à long terme, état vers lequel il faut tendre ver une structure, des arbres ou des collectifs stables, ainsi si des soins s’avèrent indispensables (cf profil minimal) qu’un processus de rajeunissement ininterrompu. Le processus d’autorégulation de la forêt naturelle doit être utilisé de But sylvicole à long terme: ce but sylvicole corresfaçon optimale, afin d’une part d’empêcher ou de minimiser pond en principe au profil idéal à long terme (effet protecteur les dysfonctionnements de l’écosystème et d’autre part de maximal à long terme). Si d’autres intérêts importants sont réduire le plus possible l’intensité et les coûts des soins syl- en jeu (p. ex. biotope du grand tétras), le but sylvicole à long
vicoles. Les exigences définies pour chaque type de station terme peut alors se situer entre le profil idéal et le profil minisont présentées dans l’annexe 2. mal (effet protecteur suffisant à long terme). La marge de manœuvre entre ces deux profils peut aussi être mise à con- Exigences relatives aux dangers naturels: il s’agit tribution pour minimiser les coûts des soins à long terme. de préciser, au niveau du peuplement et des arbres, quelles Les profils d’exigences ont été conçus avec l’aide de sont les exigences à poser si l’on veut empêcher ou réduire chercheurs et de praticiens. Ils sont fondés sur l’état actuel les effets des phénomènes naturels dangereux. Ces exigendes connaissances. Étant donné leur grande importance pour ces concernent avant tout le nombre de tiges, les dimenla pratique, ils doivent être réexaminés périodiquement par sions des trouées dans le peuplement et le degré de recouune analyse des objectifs (section 5.5). Le choix des catévrement. Elles sont présentées dans l’annexe 1, dans le cas gories et de leurs caractéristiques s’est fait dans le souci des forêts de protection contre les avalanches, les chutes de de rester compatible avec les choix de l’inventaire forestier pierres, les glissements de terrain ainsi que les laves torrennational (IFN). tielles et les crues. Ce n’est qu’en cas d’absolue nécessité que des change- Le profil minimal: ce profil comprend la combinai- ments peuvent être envisagés, en raison des particularités son des exigences minimales liées au danger naturel prin- locales de station. Dans ce cas, il faut adapter les exigences cipal (voir annexe 1) et au type de station (voir annexe 2B). relatives au type de station à ces conditions locales.
Gestion durable des forêts de protection Évaluation de la nécessité d’intervenir 17
3.3 Types d’objectifs et types La délimitation des types d’objectifs permet d’obtede traitements nir une vue d’ensemble complète des buts poursuivis à long terme par les soins aux forêts de protection. Les types de trai- Les profils d’exigences basés sur les dangers naturels tements constituent quant à eux une base pour la planifica- et sur les types de stations ne valent pas seulement pour un tion et la mise en œuvre des mesures. peuplement unique, mais peuvent être reportés sur des sur- Pour analyser la nécessité d’intervenir, en fonction de faces plus étendues lorsque les conditions sont comparables. types d’objectifs et de traitements donnés, on choisit une sur- Toutes les surfaces indiquant les mêmes profils d’exigences face représentative appelée placette témoin. sont attribuées au même type d’objectif. Un même type d’objectif peut réunir des peuplements Placette témoin Surface représentative d’un type de traitement. Sa surface dont les états diffèrent fortement et qui exigent des mesures dépend de l’homogénéité du peuplement (1/2 à 1 ha) elles aussi différentes. On appelle type de traitement les surfaces appartenant au même type d’objectif et exigeant des Les travaux réalisés sur les placettes témoins permetmesures du même genre et d’intensité comparable. tent d’approfondir l’étude des problèmes sylvicoles et servent aussi au contrôle des résultats. L’idée de base des pla- Type d’objectif cettes témoins est de pouvoir reporter les expériences qui s’y Ensemble de peuplements présentant le même profil d’exigences. font sur toutes les surfaces caractérisées par le même type Ces peuplements ne doivent pas nécessairement former une de traitement. surface d’un seul tenant. Les régions caractérisées par une grande diversité de Type de traitement stations peuvent présenter un nombre très élevé de types Ensemble de peuplements appartenant au même type d’objectifs et de traitements. Pour garder la vue d’ensemble, d’objectif, présentant un état comparable et exigeant un il peut s’avérer nécessaire de grouper les Types de stations traitement semblable. Ces peuplements ne doivent pas nécessairement former une avant de former les types d’objectifs. Il faut alors veiller à ne surface d’un seul tenant. regrouper que des Types de stations semblables, dont les pro-
Type d’objectif A
Type d’objectif B Placette témoin 1 Type de traitement 1
Placette témoin 2 Placette témoin 3 Type de traitement 2 Type de traitement 3
Placette témoin 4 Type de traitement 5 Placette témoin 5 Type de traitement 4
Type d’objectif C
Fig. 4: On divise le périmètre de planification en types d’objectifs et types de traitements. Une placette témoin est représentative d’un type de traitement donné.
18 Gestion durable des forêts de protection
fils d’exigences sont eux aussi comparables. Pour ce faire, on 3.4 Prise de décision peut s’aider du tableau «Vue d’ensemble des exigences en sur la placette témoin fonction des Types de stations», dans l’annexe 2C. L’analyse de la nécessité d’une intervention, effectuée Si l’on dispose d’une carte des peuplements accompasur les placettes témoins, représente l’étape la plus imporgnée de descriptions détaillées, il est possible d’attribuer les tante de la planification de la gestion durable des forêts de profils d’exigences sans passer par la délimitation des types protection. C’est dans ce cadre que s’élabore un concept d’objectifs et de traitements. Pour ce faire, il faut toutefois pour les principaux types de traitements. Si l’on veut que les que la station et que le potentiel de dangers soient connus. mesures prises - ou le renoncement volontaire à des mesures - puissent être documentés de façon transparente, expliqués clairement et contrôlables, les conditions suivantes doivent être remplies: Il faut pouvoir retrouver facilement les placettes témoins. Les objectifs, les principales particularités et la représentativité de ces placettes doivent être formulés par écrit (annexe 4, formulaire 1, mode d’emploi). L’analyse de la nécessité d’une intervention et les informations qui s’y réfèrent doivent être documentées de telle façon qu’une personne extérieure puisse comprendre le raisonnement ayant mené à la décision (annexe 4, formulaires 2 et 3, modes d’emploi). Les bases d’estimation des coûts et l’utilisation des produits de coupe doivent être transparentes (annexe 4, formulaire 4, mode d’emploi). La documentation doit être disponible en vue des contrôles futurs des résultats (section 5.3 et annexe 3, analyse des effets). Divers facteurs sont à prendre en compte lors du choix des placettes témoins à l’intérieur d’un périmètre de projet. Ils sont décrits dans la section 4.1. Il est judicieux d’aménager ces surfaces avant d’y procéder à l’analyse sylvicole et de collecter les informations nécessaires (formulaire 1 de l’annexe 4). Les placettes témoins sont examinées sur place par des professionnels à l’aide du formulaire 2 (fig. 5). Ce document aide à mettre en place un processus de décisions transparent. Il est important que le gestionnaire participe à ce processus.
C’est lui en effet qui connaît les conditions locales et qui assumera ensuite la mise en œuvre des décisions préconisées.
Gestion durable des forêts de protection Évaluation de la nécessité d’intervenir 19
Fig. 5: Le formulaire 2 (voir tableau 4, annexe 8) sert à évaluer la nécessité d’intervenir. Il permet de documenter l’avis des experts et les décisions prises en vue du contrôle ultérieur des résultats.
Déroulement du processus de décision Pour prendre cette décision, on compare l’état pronos- (formulaire 2) tiqué dans 50 ans avec le profil minimal, à l’aide de toutes Le profil minimal découle du danger naturel principal les caractéristiques mentionnées. Si cet état est plus mauvais (annexe 1) et du type de station (annexe 2B). L’annexe 2A que le profil minimal, on recherche des mesures efficaces, contient aussi une aide pour déterminer le type de station. susceptibles d’améliorer l’évolution. Une intervention est jus- Les caractéristiques utilisées pour le profil sont ensuite tifiée pour autant que les mesures proposées soient considéreprises pour décrire l’état de la surface (mélange, structure, rées comme raisonnables. Dans ce cas, on oriente les mesuétat des éléments stabilisateurs, lit de germination, recrû res prévues en fonction du profil idéal, en tant que but sylinitial, rajeunissement établi). Il est souvent utile ou néces- vicole à long terme. Il est important de documenter aussi le saire de relever des caractéristiques supplémentaires (annexe renoncement à prendre des mesures, autrement dit de noter 4, formulaire 3). les raisons qui ont mené à l’absence d’intervention. Comme la forêt évolue continuellement, même en l’ab- L’estimation de l’urgence s’appuie sur l’état actuel, sence d’intervention, un pronostic de l’évolution naturelle mais demande aussi et surtout de considérer avec quelle rapiest établi sur 10 ans et sur 50 ans. L’évolution supposée est dité et dans quelle direction le peuplement évoluerait sans représentée par des flèches. Ce procédé permet de prendre intervention. D’après le principe 3 (section 2.2), il faut passer en compte la dynamique naturelle de la forêt lorsqu’il s’agit à l’exécution des soins sylvicoles lorsqu’on obtient un effet de décider si une intervention est nécessaire ou non. optimal avec un minimum d’intervention.
20 Gestion durable des forêts de protection
En fonction de l’objectif sylvicole fixé à long terme, des 3.5 Analyse des mesures objectifs intermédiaires sont préconisés à des intervalles pour un périmètre de projet de 5 à 10 ans. Ils représentent une base de contrôle impor- Les renseignements fournis par une placette témoin tante en vue de l’analyse ultérieure de l’efficacité (annexe permettent une bonne appréciation des mesures et des coûts 3). pour l’ensemble du périmètre de projet. La précision obtenue Il existe une certaine marge de manœuvre pour fixer dépend toutefois de la diversité des types de traitements, des les objectifs intermédiaires. Mais si l’état initial est trop éloiinformations données par la carte des peuplements, ainsi que gné de l’objectif à long terme, il n’est pas toujours possidu genre de réseau de placettes témoins (section 4.1). ble de remplir cette exigence. La marge de manœuvre peut Pour la mise en œuvre des mesures, il faut que les objecaussi être utilisée pour intégrer d’autres objectifs (p. ex. protifs et les mesures aient été analysés et documentés de façon tection de la nature, production de bois) (voir annexe 4, forcompréhensible pour chaque unité d’intervention, sur la base mulaire 2). d’un examen récent. Le résultat de ce processus de décision peut se révéler En règle générale, les décisions prises sur une placette également utile lors de l’estimation des coûts (annexe témoin servent de référence à tous les soins effectués pour 4, formulaire 4). De même, l’utilisation des produits de le même type d’intervention dans le cadre du même type de coupe joue un rôle important. Il faut examiner en premier traitement. Les informations nécessaires, notamment le type lieu s’il est indiqué de laisser le bois sur place, pour des rai- et l’ampleur des mesures (formulaire 2), peuvent être en prinsons liées à l’écologie ou à la protection (voir annexe 7). cipe reprises directement. Le praticien devra bien sûr tou- Le procédé décrit ci-dessus est en principe prévu aussi jours adapter l’intervention aux spécificités locales et à l’état bien pour la planification que pour le controlling. L’expérience actuel du peuplement. a cependant montré que pour estimer les coûts, il manque Lorsqu’une unité d’intervention n’est pas représentée parfois des informations sur d’autres types de traitements. par une placette témoin (aucune placette avec même profil
Dans ces cas, il est indiqué d’examiner d’autres surfaces à d’exigences et état semblable), il est possible d’analyser les l’aide des formulaires 2 et 4, sans toutefois procéder à leur mesures à prendre juste avant de commencer l’intervention aménagement en vue d’observations à long terme. en suivant le procédé décrit pour les placettes témoins (for- Si l’on dispose d’une description de peuplement récente, mulaire 2). On sera alors moins exigeant quant à l’exhauselle sera utile pour quantifier plus précisément les mesures tivité et la précision des observations, car ces surfaces ne et les coûts. jouent pas de rôle de référence à long terme. Ce procédé offre le grand avantage d’actualiser et d’adapter la planification sylvicole étant donné que la planification et l’exécution s’effectuent dans un laps de temps très rapproché. De cette façon, il est possible de réunir les informations utiles à l’élaboration du programme annuel et du budget. Une telle synthèse simplifie en outre le contrôle de l’exécution sur le terrain. (section 5.2 et annexe 3, contrôle d’exécution).
Gestion durable des forêts de protection Évaluation de la nécessité d’intervenir 21
4 Exigences posées à un concept de planification
4.1 Réseau de placettes témoins
peuplements est comparable à l’intérieur d’un type d’objectif, L’aménagement et le suivi des placettes témoins repré- il est alors possible qu’une seule placette témoin suffise. Mais sentent un investissement relativement important. Pour qu’un si les peuplements sont très différents, il peut s’avérer néceseffet bénéfique soit garanti à long terme, ces emplacements saire de délimiter plusieurs types de traitements et autant de doivent être choisis avec soin. placettes témoins. Cette délimitation est facilitée lorsqu’on Grâce au caractère représentatif de la placette témoin, peut s’appuyer sur des cartes de peuplements détaillées. les observations qu’on y fait peuvent être reportées sur de Il s’agit aussi d’être en mesure de présenter concrètenombreux autres peuplements (détermination du profil d’exi- ment au public les objectifs sylvicoles définis dans un espace gences, évaluation de la nécessité d’intervenir et examen de donné (par exemple dans un plan d’aménagement régional) l’effet de certaines mesures). La placette témoin est le miroir et ainsi d’être capable d’expliquer les activités prévues dans des autres peuplements dans le cadre d’un type de traite- la forêt de protection. ment donné. Nombre: c’est en principe la diversité des conditions Rôle des placettes témoins: de station qui détermine le nombre de types d’objectifs et L’évaluation de la nécessité d’intervenir (chapitre 3) de traitements, et par là le nombre de placettes témoins. est concentrée sur un petit nombre de surfaces. Cela Mais le choix du nombre définitif est le résultat d’un procespermet en contrepartie d’approfondir l’analyse des sus d’optimisation. Il s’agit d’un côté d’obtenir une représenquestions sylvicoles. tativité aussi large que possible de la forêt de protection et, d’autre part, de maintenir les coûts à un niveau raisonnable. Les placettes témoins livrent des informations impor- Pour opérer les choix les plus appropriés, il peut être utile de tantes pour la planification (fixation des objectifs, prioréfléchir aux points suivants: rités dans les activités, estimation des coûts, analyse des effets). Réduire le nombre de types d’objectifs grâce au regroupement de Types de stations indiquant des pro- L’estimation, l’observation et la documentation préci- fils d’exigences comparables.
ses de l’évolution sont la condition nécessaire à l’analyse des effets, qui fait partie du contrôle des résultats Les types de traitements dont les surfaces sont les plus (chapitre 5). étendues sont également les plus importants. Le suivi des placettes témoins favorise le développe- Les types de traitements pour lesquels les effets des ment des compétences du gestionnaire (formation par la soins sylvicoles sont incertains jouent un rôle important pratique) et garantit une mise en œuvre rapide des con- dans l’analyse des effets. naissances acquises. La placette témoin représente ainsi Les placettes témoins devraient être délimitées notaml’élément de base pour la gestion et l’analyse des proces- ment dans les endroits où l’on suppose que des mesusus sylvicoles dans les forêts de protection (controlling). res alternatives, voire la variante zéro, pourraient con- Les placettes témoins fournissent des renseignements duire à l’objectif fixé. utiles pour la formation initiale et continue; en outre, La nécessité d’intervenir peut s’analyser sur des surelles servent de point d’appui convaincant pour renfor- faces complémentaires (formulaire 2), sans que cellescer les relations publiques. ci gardent nécessairement un rôle de placettes témoins Choix: le choix des placettes témoins s’opère en fonc- par la suite. tion des types d’objectifs et de traitements prévus dans le Un réseau de placettes témoins peut être exploité en périmètre du projet. En pratique, il n’est guère possible de commun: les gestionnaires d’une même région peuvent sélectionner une placette témoin pour chaque type de trai- en effet collaborer en dépassant les frontières de leur tement. Le mieux, pour opérer son choix, est de dresser un propre entreprise. tableau des surfaces les plus importantes liées aux types L’expérience a montré qu’il faut compter une placette d’objectifs et aux types de traitements. Si la structure des témoin pour 50 à 100 ha et qu’un forestier de triage peut,
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dans des conditions habituelles, s’occuper de trois à sept pla- ticipe au processus. Les responsables des placettes témoins cettes. Cet ordre de grandeur doit permettre de couvrir les doivent être bien formés. principaux types de problèmes rencontrés dans les forêts de protection. Cette façon de procéder ne charge pas exagérément les gestionnaires, tout en leur donnant la possibilité de 4.2 Bases et conditions contrôler l’efficacité de leurs travaux. La délimitation de pla- de la planification cettes témoins est illustrée dans l’annexe 9 par l’exemple de La planification forestière est de la compétence des can- Weesen-Amden. tons. Il s’agit ici seulement d’indiquer les conditions minima- Surface: l’étendue d’une placette témoin dépend en les requises pour garantir une gestion durable des forêts de premier lieu de la structure du peuplement. En général, elle montagne dans le sens du présent guide. La définition et la sera plus petite dans un peuplement homogène que dans un délimitation de la forêt de protection s’effectuent à un niveau peuplement hétérogène. La surface appropriée se situe en de planification supérieur et ne font pas l’objet du présent général entre 0,5 ha et 1 ha. La limite inférieure convient par document. exemple aux rajeunissements, jusqu’au stade du perchis com- Périmètre de projet: la planification des soins aux pris, alors que la limite supérieure sera choisie dans une forêt forêts de protection doit s’effectuer par unités assez étenjardinée de montagne. Comme les placettes témoins servent dues. La surface doit cependant permettre aux acteurs (proà des observations à long terme et que l’on souhaite amépriétaires, services forestiers) et aux usagers (communes) de liorer les structures trop régulières, il s’agit d’éviter de chois’identifier avec les objectifs de la planification et de se sentir sir des placettes témoins trop petites, même dans les parties responsables de son issue. Il est recommandé de combiner la homogènes. planification des soins dans la forêt de protection et la plani- Qualité et coûts: vu le rôle important que jouent les fication au niveau de l’entreprise. Les expériences réalisées placettes témoins pour les soins aux forêts de montagne, il jusqu’ici montrent que les interventions ont tendance à être faut assurer la qualité des relevés et des observations. Il sera plus fortes et plus nombreuses dans les périmètres de petite
souvent nécessaire de connaître le lieu et le moment des dimension et cela dans un laps de temps réduit. Dans les périrelevés. À l’instar de la documentation, ils doivent donc s’ef- mètres de projet plus grands, la probabilité que les mesures fectuer soigneusement, ce qui demande du temps. L’amé- soient effectuées au bon endroit et au bon moment est plus nagement d’une placette témoin demande un à deux jours élevée. En outre, les périmètres d’une certaine superficie se à une équipe de deux personnes, documentation comprise. prêtent mieux à la délimitation de types d’objectifs et de trai- Le temps nécessaire pour effectuer les relevés périodiques tements, ce qui est favorable à la mise en place et au suivi du dépend du genre et du nombre de caractéristiques que l’on réseau de placettes témoins à long terme. a retenues, ainsi que de la durée d’un cycle d’observation. En Bases de la planification: pour délimiter les types moyenne, il faut compter une demi-journée par surface et par d’objectifs et de traitements, il faut disposer d’informations année (documentation inclue). sur la fonction protectrice, la station et l’état de la forêt. Continuité: la pertinence de l’analyse des effets aug- Forêt de protection: pour planifier les soins, il faut mente avec la durée des observations. De nombreuses quesdisposer d’une carte des forêts de protection indiquant le tions ne recevront une réponse qu’après des années ou des potentiel de danger (aléas). L’examen des processus de dandizaines d’années. Il est donc important de garantir la contigers, la délimitation des zones concernées dans l’ensemble nuité des observations. À cet effet, il est utile de créer un lien d’un bassin versant et l’évaluation du potentiel de danger entre les placettes témoins et la planification forestière. (enjeux) sont livrés par le niveau de planification supérieur. Suivi: il appartient aux services forestiers cantonaux de L’examen des effets potentiels de la forêt pourra s’appuyer garantir que l’aménagement des placettes témoins, leur suivi avantageusement sur ce guide. La relation entre les proces- et l’interprétation des résultats, soient confiés à un person- sus de danger et les effets de la forêt sont résumés dans l’annel compétent. Il est essentiel que le gestionnaire local par- nexe 1.
Gestion durable des forêts de protection Exigences posées à un concept de planification 23
Station: La vue d’ensemble complète des associations Degré d’urgence des différents types de traitements: végétales du périmètre est indispensable pour délimiter les la délimitation des types de traitements, combinée avec types d’objectifs et la mise en œuvre ciblée des mesures pré- l’analyse de l’urgence sur les placettes témoins, livre une vues. L’idéal est de disposer d’une carte des stations, Il faut vue d’ensemble sur l’état de la forêt et permet d’identiau moins connaître les Types de stations représentées dans fier les mesures prioritaires. Avec ces informations, auxchaque peuplement. La carte a l’avantage d’offrir toutes les quelles s’ajoute la connaissance de facteurs tels que le informations nécessaires pour la planification et l’exécution. marché du bois, les ressources disponibles ou la situa- Si le gestionnaire n’en possède pas, il doit examiner les con- tion de l’entreprise, il est possible d’échelonner conveditions de station à chaque intervention, afin de pouvoir choi- nablement les travaux à venir. sir les profils d’exigences adéquats. Continuité: il s’agit de garantir une continuité à long État de la forêt: pour délimiter les types de traite- terme. Il ne faut en effet pas confondre les soins à la forêt de ments à l’intérieur d’un type d’objectif, il faut connaître l’état protection avec un assainissement ponctuel de peuplements de la forêt sur l’ensemble de la surface. Les cartes de peuple- délaissés. Il faut donner la possibilité aux gestionnaires de ments répondent bien à cette exigence, de même pour les reconsidérer les décisions prises et de modifier les priorités. cartes présentant les types de structures (mélange des essen- Traditionnellement, les projets et les moyens affectés aux ces, surface terrière, hauteur dominante, strates du peuple- mesures s’étendaient sur une période de 5 à 10 ans. N’étant ment, etc.). Le relevé de l’état de la forêt doit en tout cas tenir pas certains que les subventions soient garanties au-delà de compte de la planification au niveau de l’entreprise. la durée du projet, les gestionnaires avaient tendance à opter Plus les données disponibles sont exactes et plus la pla- pour des programmes de travail maximaux, Si la continuité nification sera aisée et précise. Lors de la mise en œuvre, est assurée, il est plus facile d’observer d’abord l’évolution
le gestionnaire doit adapter les mesures à l’état du peuple- naturelle et de reporter les interventions à plus tard. C’est ment, cas par cas. pourquoi le long terme et la continuité des soins à la forêt de protection sont à la base du concept de ce guide. Objectifs: délimiter les types d’objectifs, c’est fixer les objectifs à long terme pour la forêt de protection. On se base Période de planification: les expériences faites dans pour ce faire sur les profils d’exigences. Vu la grande impor- les soins aux forêts de protection et en forêt de montagne tance que revêt cette démarche pour le public, il est conseillé montrent que l’influence du gestionnaire est plus réduite d’intégrer les types d’objectifs dans un niveau plus élevé de qu’on ne le pensait. Les études menées dans les surfaces d’obplanification, par exemple dans le plan directeur forestier. servation du Groupe de sylviculture de montagne révèlent en effet qu’une grande partie des changement observés sont Priorités: les priorités peuvent se fixer à différents provoqués par des facteurs naturels (tempêtes, avalanches, niveaux, le but étant de déterminer les placettes prioritai- bostryches, gibier, etc.). Pour être efficaces, les soins doivent res. La délimitation des forêts de protection, qui s’effectue à donc tenir compte de l’évolution naturelle. Les conditions un niveau supérieur de planification, et qui ne fait pas l’objet réelles doivent être réexaminées avant chaque intervention. de ces instructions pratiques, constitue déjà un pas dans la Il est apparu que les planifications de détail sont soudétermination des priorités. vent obsolètes après quelques années déjà. Il est judicieux Pour fixer des priorités à l’intérieur d’un périmètre de de fixer les objectifs à long terme, comme on le propose projet, on procède habituellement comme suit: avec la délimitation de types d’objectifs. Grâce aux placettes Importance des soins dans les différents types d’objec- témoins, il est possible de préciser les actions indispensables tifs: on peut évaluer de façon différenciée l’importance à mener à moyen terme sur 5 à 10 ans (nécessité d’intervedes soins dans les types d’objectifs grâce aux indica- nir) et d’en estimer les coûts. Ces estimations de coûts sont tions concernant l’effet potentiel de la forêt contre les à considérer comme des tranches de crédit pour les soins à
dangers naturels (grand, moyen, faible dans l’annexe 1) long terme dans la forêt de protection. La mise en œuvre ou et grâce aux données concernant la sylviculture dans les la planification de l’exécution se déroule à court terme, dans divers Types de stations (annexe 2). le cadre du programme annuel et du budget.
24 Gestion durable des forêts de protection
Contrôle des résultats: le contrôle des résultats doit Gestion intégrée des dangers naturels: la forêt permettre de surveiller les effets des soins dans les forêts de constitue une protection importante contre les dangers natuprotection (chapitre 5). La méthodologie appropriée doit être rels, mais elle n’est pas la seule. C’est pourquoi il s’agit de intégrée dans le concept de planification. considérer les soins à la forêt de protection comme faisant partie d’une gestion intégrée des dangers naturels, qui comprend aussi les mesures d’aménagement du territoire, les mesures techniques et les mesures d’organisation.
Gestion durable des forêts de protection Exigences posées à un concept de planification 25
5 Contrôle des résultats
5.1 Objectifs et vue d’ensemble 5.2 Contrôle de l’exécution
Le contrôle des résultats a pour objectif d’obtenir des Lors du contrôle de l’exécution, on examine si les mesueffets protecteurs élevés de la manière la plus efficace pos- res prévues ont été effectuées au bon endroit et dans les sible. règles de l’art. L’exécution des mesures dans le cadre des soins sub- Question: comment garantir que des mesures ventionnés dans les forêts de protection doit être contrôlable sylvicoles efficaces soient effectuées au bon endroit dans le sens des sept principes énoncés plus haut. En outre, et conformément aux objectifs? l’efficacité des mesures doit être démontrée. Il faut s’em- Solution: la mise en œuvre des soins doit être ployer à ce que les nouvelles connaissances et expériences contrôlable sur le terrain à l’aide d’un système simple puissent être intégrées aussi rapidement que possible dans d’échantillonnage. les interventions sur le terrain, grâce à une démarche de controlling appropriée. Comme le contrôle des résultats sylvicoles a pour but l’efficacité des soins, il faut que les informations obtenues Le contrôle des résultats comprend quatre niveaux: grâce aux placettes témoins puissent être valorisées aussi
1 Contrôle de l’exécution: Les mesures prévues ont- rapidement et complètement que possible dans la pratique
elles été effectuées au bon endroit et dans les règles sylvicole. de l’art? Le contrôle des résultats est nécessaire pour permet-
2 Analyse des effets: Quels effets les mesures prises - tre aux services forestiers des cantons et de la Confédéra-
ou l’absence volontaire de mesures - ont-elles sur tion de donner des informations sûres à des tiers au sujet l’état de la forêt des soins aux forêts (soins prodigués au bon endroit, dans
3 Contrôle de l’atteinte: Dans quelle mesure l’état de le cadre prévu, et dans les règles de l’art). Les contrôles sur
la forêt correspond-il aux profils des objectifs: d’exi- place ne doivent occasionner que de faibles coûts de docugences recommandés? mentation. On a besoin pour ce faire d’un plan d’exécution
4 Analyse des objectifs: Les profils d’exigences sont-ils et d’un descriptif simple des mesures prescrites pour chaque
appropriés? unité d’intervention. Le controlling est un ensemble de démarches réunis- Les conditions préalables au contrôle et à son déroulesant la planification, la mise en œuvre, le contrôle et le pilo- ment sont présentées dans l’annexe 3. tage. Il se fonde avant tout sur le contrôle de l’exécution et sur l’analyse des effets. Le contrôle de l’atteinte des objec- 5.3 Analyse des effets tifs livre des informations sur la planification forestière à un niveau supérieur. L’analyse des objectifs pose cette question L’analyse des effets a pour but d’examiner si les mesufondamentale: les objectifs, et notamment les profils d’exi- res prises - ou l’absence volontaire de mesures - entraînent gences, sont-ils appropriés? l’effet souhaité sur l’état de la forêt. L’objectif du contrôle des résultats est exigeant et ne Question: comment le gestionnaire peut-il choipeut être atteint qu’avec la participation de divers spécialis- sir les mesures à appliquer? tes aux différents niveaux de contrôle. Nous présentons en Solution: le gestionnaire observe et documente détail ces quatre niveaux, car il n’est pas évident de com- l’effet de ses mesures - ou de l’absence volontaire de prendre à première vue la nécessité d’introduire ces quatre mesures - sur les placettes témoins. Fort des expéniveaux, ni de savoir ce qui doit être contrôlé et quelles sont riences ainsi acquises, il améliore continuellement les instances compétentes. Il est important de préciser que les l’efficacité des soins à la forêt de protection. quatre niveaux de contrôle ne sont pas le fruit d’une réflexion Alors que la Confédération peut définir les exigences en théorique, mais qu’ils résultent de la résolution de problèrapport avec les dangers naturels et les stations (standards mes concrets. valables à un moment donné), les mesures doivent se référer à l’état et aux possibilité d’évolution de chaque peuple-
26 Gestion durable des forêts de protection
ment, de même qu’aux conditions locales (p. ex. potentiel 5.4 Contrôle de l’atteinte des objectifs de dangers, topographie, caractéristiques de l’entreprise). Le contrôle de l’atteinte des objectifs permet d’exami- Cela signifie que les mesures ne peuvent pas être prescrites, ner si l’état de la forêt correspond aux profils d’exigences. Il mais qu’elles doivent au contraire être prises sur place par forme un maillon important avec la planification au niveau des professionnels compétents. Comme ils ne sont pas toude l’entreprise et avec le contrôle aux niveaux supérieurs de jours sûrs ni du bon choix de mesures ni de l’intensité approplanification. priée - ni du renoncement à certaines mesures - les praticiens ont besoin d’un instrument pour analyser l’efficacité de Question: comment obtenir une vue d’ensemleurs interventions. ble de l’état et de l’évolution de la fonction protec- L’analyse des effets est en premier lieu une tâche du trice des forêts à grande échelle (canton, Confédéragestionnaire directement concerné. L’apport des services tion)? forestiers cantonaux consiste à créer des conditions géné- Solution: le degré de protection atteint peut être rales favorables à cette démarche. Ils garantissent notam- estimé en comparant l’état de la forêt avec les proment la continuité des observations et de la documentation fils d’exigences. Ces profils sont fondés sur des don- et soutiennent le gestionnaire pendant l’analyse des effets nées confirmées et correspondent à l’état actuel des (dépouillement et interprétation des données). connaissances. Ils peuvent donc parfaitement être Comme les informations obtenues se traduisent en pris comme références pour le contrôle de l’atteinte terme de mesures sur l’ensemble de la surface, c’est le ges- des objectifs. tionnaire qui doit tenir le rôle central dans l’analyse des effets. Comme le maintien et le développement de la fonction Observant ainsi lui-même le succès des mesures appliquées protectrice sont inscrits dans les lois forestières de la Confé- - ou du renoncement à certaines mesures -, il en acceptera dération et des cantons, et comme en outre les fonds publics les résultas et il pourra éviter tout décalage entre expérience sont mis à contribution, il faudra tôt ou tard être capable de et mise en œuvre. préciser le degré de protection atteint au niveau national et
L’analyse des effets sur les placettes témoins cantonal. La description détaillée du contrôle de l’atteinte des est au cœur du controlling sylvicole. Elle contri- objectifs ne fait pas l’objet du présent guide. bue à développer les compétences du gestionnaire Un contrôle ponctuel de l’atteinte des objectifs est éga- et permet d’atteindre une haute efficacité dans les lement effectué sur les placettes témoins. Ce travail permet soins à la forêt de protection, grâce à la prise en aux gestionnaires de se familiariser avec cet instrument de compte des conditions locales et des connaissances contrôle. Cette compétence sera indispensable si l’on en vient les plus récentes. Vu l’importance que revêt l’analyse plus tard à indemniser non plus les prestations (surfaces soides effets, les gestionnaires doivent bénéficier d’une gnées, m3, etc.), mais l’atteinte d’un état donné de la forêt. bonne formation et du soutien de la Confédération Les profils d’exigences livrent les critères et la référence et des cantons. pour le contrôle de l’atteinte des objectifs à un niveau supé- L’analyse des effets sylvicoles en forêt de protection, rieur. ainsi que le procédé concret, sont décrits en détail dans l’annexe 3 et dans l’introduction au formulaire 5 (annexe 4).
Gestion durable des forêts de protection Contrôle des résultats 27
5.5 Analyse des objectifs nution significative des risques. D’où la nécessité d’un instrument tel que l’analyse des objectifs. L’analyse des objectifs sert à vérifier si les profils d’exigences sont adéquats. Question: comment parvenir à minimaliser le coût des soins dans les forêts de protection? Question: quelle est l’influence de l’état de la Solution: les soins aux forêts de protection sont forêt sur les dangers naturels et par là sur les ris- minimaux à long terme et leurs effets sont d’autant ques auxquels la population et les biens matériels plus efficaces si l’on parvient à utiliser au mieux la sont exposés? dynamique naturelle de la forêt. Solution: la légitimité des soins aux forêts de «Minimaux» ne signifie pas ici «le meilleur marché à protection repose sur l’hypothèse qu’il existe une court terme», mais «avec les coûts les plus bas possible à relation directe entre la diminution des risques et long terme». l’état de la forêt. Cette relation est en partie fondée On admet donc que plus la forêt est proche de l’état sur les résultats de la recherche et doit continuer à naturel, plus le coût des soins diminue. C’est pourquoi le préêtre étudiée. sent guide prescrit des forêts aussi naturelles que possible Dans la pratique, il restera très difficile de démontrer avec description des états correspondants. Cette hypothèse l’effet protecteur direct d’une forêt soignée et des mesures n’est pas contestée non plus, mais trois aspects problématitechniques complémentaires: en effet, on ne sait ni où, ni ques demandent à être réexaminés périodiquement: quand les forces de la nature testeront l’effet d’une forêt soi-
1 La dynamique naturelle de nos forêts est en partie ingnée et il est peu probable alors qu’une surface de forêt non
connue. soignée soit touchée par un événement équivalent et puisse
2 On ne connaît souvent pas la marge de manœuvre à
servir de référence pour comparer les deux situations. disposition dans le cadre de la dynamique naturelle C’est à la recherche d’examiner les effets de la forêt sur (exemple: quel diamètre cible faut-il choisir pour obteles processus de dangers (par des observations ciblées et des nir durablement le nombre de tiges souhaité avec un installations appropriées). diamètre moyen efficace?). Plus l’état de la forêt se rapproche du profil d’exigences idéal, plus l’effet protecteur est élevé et plus le risque pour la 3. Quelle est l’influence des changements climatiques sur population et les biens matériels est faible. Cette hypothèse la dynamique de la forêt? n’est pas contestée, mais on ne parvient souvent pas à répon- Ces questions non résolues exigent un réexamen périodre précisément à des questions telles que: «Quel doit être dique des exigences en fonction du type de station (annexe le nombre de tiges dans une forêt protégeant des chutes de 2C), à l’aide de l’analyse des objectifs. Les bases nécessaipierres?» ou «Quel doit être le degré de recouvrement dans res à ces travaux proviennent de la recherche sur les forêts et une forêt protégeant contre les avalanches?». «Il faut donc notamment aussi de l’expérience des praticiens. Avec le temps, étudier si les exigences minimales et idéales fixées dans ces l’analyse des effets menée sur les placettes témoins devieninstructions (annexe 1) permettent effectivement une dimi- dra la principale source d’information pour les praticiens.
28 Gestion durable des forêts de protection
6 Bases légales
Législation forestière (LFo1 et OFo2) Sylviculture B Article 20, alinéa 5, LFo La législation forestière établit une distinction entre 5 Là où la sauvegarde de la fonction protectrice l’exige, les - les mesures minimales dans les forêts à fonction cantons doivent garantir des soins minimums.
protectrice (sylviculture B) et Article 19, alinéa 4, OFo
les mesures sylvicoles dans les forêts à fonction pro- 4 Des mesures de soins minimums pour garantir la fonction tectrice particulière (sylviculture C). protectrice sont des interventions se limitant à assurer durablement la stabilité du peuplement; les bois abattus Pour que ces mesures de gestion durable à effectuer sont laissés ou utilisés sur place, s’il n’en résulte aucun dans les forêts protectrices soient indemnisées par la Confé- danger. dération et le canton, elles doivent remplir trois conditions: Article 38, alinéa 1, lettre a, LFo
préserver et améliorer la fonction protectrice des 1 La Confédération alloue des indemnités jusqu’à concurforêts; rence de 70 % des frais occasionnés par:
être ordonnées par les autorités; a. les soins minimaux temporaires prescrits par les autorités lorsqu’une telle mesure est nécessaire pour
se limiter à garantir la stabilité durable des peuple- sauvegarder la fonction protectrice d’une forêt; ments. Article 47, alinéa 3, lettre a, OFo Une indemnité sera versée selon le tableau 1 de l’annexe: Loi sur les subventions (LSu ) a. pour des mesures de soins minimums au sens de l’art. 19, al. 4, qui sont nécessaires pour maintenir et favoriser la stabilité des forêts protectrices; La législation sur les subventions exige que les aides financières et les indemnités soient suffisamment motivées Sylviculture C Article 38, alinéa 1, lettre b, LFo et que les objectifs soient atteints de façon économique et efficace (art. 1, al. 1, let. a et b, LSu). La Confédération alloue des indemnités jusqu’à concurrence de 70 % des frais occasionnés par: En outre, il existe une obligation de renseigner l’autorité b. les mesures sylvicoles ordonnées par les autorités pour compétente (art. 11), qui doit avoir la possibilité de contrôler des forêts clairiérées, instables ou détruites, qui ont ou avaient une fonction protectrice particulière, lorsque l’accomplissement des tâches (art. 25). la couverture des frais totaux n’est pas assurée ou est C’est pourquoi il est nécessaire que les décisions se particulièrement élevée. prennent de façon claire et vérifiable et que l’efficacité des Article 19, alinéas 1 à 3, OFo mesures puisse être contrôlée. 1 Sont considérés comme mesures sylvicoles tous les soins culturaux contribuant à la conservation ou à la restauration
de la stabilité ou de la qualité du peuplement. Les soins aux jeunes peuplements comprennent: Circulaires de la Direction des forêts4 a. les soins aux recrûs et aux fourrés, ainsi que les éclaircies dans les perchis, pour créer des peuplements La circulaire n°8 de la Direction des forêts règle les exi- stables; gences spécifiques aux soins sylvicoles durables dans les b. les soins spécifiques aux recrûs dans les forêts jardinées, les autres forêts étagées, dans les taillis sous futaie et forêts de protection, dans le cadre des objectifs décrits ci- les taillis simples ainsi que dans les lisières étagées; dessous. c. les mesures de protection contre les dégâts du gibier; Les forêts à fonction de protection contre les dangers d. l’aménagement de sentiers dans les zones d’accès difficile. naturels (sylviculture B et C) doivent, dans le secteur soumis 3 Les mesures d’éclaircies et de régénération comprennent: à leur influence, réduire à un niveau supportable les risques a. le nettoiement du parterre de coupe et la création d’un nouveau peuplement ainsi que les mesures pour la population et les biens d’une valeur notable. d’accompagnement nécessaires; b. l’exploitation et le transport des bois.
Article 47, alinéa 3, lettre b, OFo Loi fédérale du 4 octobre 1991 sur les forêts (loi sur les forêts, LFo), RS 921.0 Une indemnité sera versée selon le tableau 1 de l’annexe: Ordonnance du 30 novembre 1992 sur les forêts (ordonnance sur les forêts, OFo), RS 921.01 b. pour des mesures sylvicoles au sens des art. 17, al. 1, Loi fédérale du 5 octobre 1990 sur les aides financières et les indemnités (loi sur les sub- let. a, et 19, al. 2 et 3, qui sont nécessaires au maintien ventions, LSu), RS 616.1 Circulaire n°8 de l’OFÉFP du 30.10.2003 de la forêt à fonction protectrice particulière (art. 42, al. 2).
Gestion durable des forêts de protection Bases légales 29
Les mesures sylvicoles nécessaires pour atteindre cet Révision de la législation forestière objectif sont classées dans la catégorie mesures de sylvicul- La législation forestière est en cours de révision au ture B ou C en fonction des critères suivants: moment de l’impression du présent guide.
1 Urgence et proportionnalité des interventions syl- Parmi les dispositions prévues par la révision partielle de
vicoles la loi sur les forêts, certaines touchent les forêts de protec-
2 Intensité des mesures tion. À l’avenir, la Confédération accordera aux cantons des
3 Prélèvement de bois forfaits sur la base de conventions-programmes, pour des
4. Prévention des dégâts dus au gibier mesures nécessaires au maintien de la fonction protectrice. Le statut de forêt à fonction protectrice (FP) ou de forêt Il s’agit notamment des soins aux forêts protectrices – y comà fonction protectrice particulière (FPP) est une condition pris la prévention et la réparation des dégâts aux forêts susà l’octroi de subventions pour des projets de sylviculture B ceptibles de menacer la fonction protectrice – et de la mise ou C. à disposition de l’infrastructure nécessaire aux interventions La délimitation des forêts de type FP ou FPP doit être sylvicoles. Le montant des subsides sera calculé en fonction restrictive et en outre correspondre à la planification fores- de la surface de forêt à soigner, des dangers naturels à écartière. À elle seule, la délimitation n’entraîne pas de droit à la ter et de l’efficacité des mesures. mise sur pied d’un projet. Les profils d’exigences NaiS (annexes 1 et 2B) servent Les projets de sylviculture B et C sont soutenus par des de référence pour les standards de qualité futurs. Ils joueront indemnités sur la base de forfaits approuvés. un rôle central lors de l’octroi d’indemnités fédérales pour les Le présent guide offre les bases nécessaires à l’élabo- mesures réalisées dans les forêts protectrices. ration des projets. Les profils d’exigences (annexes 1 et 2B) La révision sera achevée en 2007. Elle entrera en vigueur feront foi dès le 1.1.2006 et seront mentionnés dans les diver- au début de 2008 avec l’introduction des conventions-proses circulaires de la Direction des forêts. grammes conclues entre la Confédération et les cantons.