Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête. Partie 3: Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
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Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête 2008, partie 3
Publié par l’Office fédéral de l’environnement OFEV Berne, 2008
Impressum Graphisme, mise en page Christoph Angst, Institut fédéral de recherches sur la Valeur juridique de cette publication forêt, la neige et le paysage (WSL) La présente publication est une aide à l’exécution élaborée par l’OFEV en tant qu’autorité de Référence bibliographique surveillance. Destinée en premier lieu aux autorités OFEV 2008: Aide à la décision en cas de dégâts d’exécution, elle concrétise des notions juridiques de tempête en forêt. Aide à l’exécution pour le choix indéterminées provenant de lois et d’ordonnances et du traitement par peuplement. Aide-mémoire en cas de favorise ainsi une application uniforme de la dégâts de tempête 2008, partie 3. L’environnement législation. Si les autorités d’exécution en tiennent pratique no 0801. Office fédéral de l’environnement, compte, elles peuvent partir du principe que leurs Berne. 132 p. décisions seront conformes au droit fédéral. D’autres solutions sont aussi licites dans la mesure où elles sont Téléchargement du fichier PDF conformes au droit en vigueur. Les aides à l’exécution www.environnement-suisse.ch/uv-0801-f de l’OFEV (appelées jusqu’à présent aussi directives, (il n’existe pas de version imprimée) instructions, recommandations, manuels, aides Cette publication existe aussi en allemand et en italien pratiques) paraissent dans la collection (UV-0801-D, UV-0801-I). «L’environnement pratique». © OFEV 2008 Editeur Office fédéral de l’environnement (OFEV) L’OFEV est un office du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC).
Auteur Christoph Angst, Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL)
Groupe d’accompagnement Walter Beer (Amt für Wald des Kantons Bern), Silvio Covi (Landwirtschaft und Wald, Luzern), Beat Forster (WSL), Evelyn Kamber, Marcus Ulber (Pro Natura), Felix Lüscher (Oberallmeindkorporation Schwyz), Rolf Manser (div. Forêts, OFEV), Roland Métral (Dienststelle für Wald und Landschaft, Wallis), Walter Schönenberger (WSL), Markus Thommen (div. Nature et paysage, OFEV), André Wehrli (div. Forêts, OFEV), Jürg Zinggeler (Abteilung Wald, Aargau)
Conseiller OFEV Richard Volz, div. Forêts, OFEV
Traduction Claude Gassmann
2 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
1 Dangers naturels 1.1 Eviter le déclenchement d’avalanches
1.2 Eviter les chutes de pierres et de bois
1.3 Eviter les glissements de terrain, les coulées de boue et
l’érosion
1.4 Eviter les embâcles et les laves torrentielles
2.1 Protéger les peuplements voisins contre les attaques de
2 Dégâts secondaires
bostryches
3 Sécurité au travail 3.1 Garantir la sécurité lors de la récolte des bois
4 Entreprise forestière 4.1 Tenir compte du marché du bois et de la logistique
4.2 Créer de bonnes conditions pour le peuplement suivant
4.3 Conserver la fertilité du sol
4.4 Gérer l’influence des ongulés sauvages
5.1 Favoriser la conservation et la diversité des espèces,
5 Environnement
l’évolution naturelle
6.1 Favoriser l’attractivité pour les loisirs et la découverte de
6 Société
la nature
7 Analyse des coûts Appréciation qualitative du bilan
évacuer Analyse des coûts ¬ voir aide (p. 15) (+ = utilité, - = coûts) laisser évacuer partiellem.
7.1 Produit probable de la vente des bois
7.2 Coûts de la récolte des bois (méthode conventionnelle)
7.3 Coûts supplémentaires pour garantir la sécurité au travail
7.4 Desserte (construction, extension, réparations)
7.5 Mesures d’appoint Remarques:
7.6 Contributions de tiers (sans reforestation) Remarques:
Bilan:
Justification des critères décisifs: Décision pour la surface de chablis Remarques: Laisser sur place Evacuer partiellement Evacuer
Mesures d’appoint Mesures pour la protection du sol Ecorcer et laisser sur place Stabilisation des souches et des troncs Nett. du parterre de coupe / plantation Mesures cynégétiques Mesures contre les dangers naturels Prévention des incendies Relations publiques
*Annexe(s): extrait de carte 1: 25’000
Selon délimitation des zones de protection des forêts au niveau régional, cantonal ou national, voir Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête, chapitre 2.4.3. L’urgence des mesures visant à éviter les attaques consécutives de bostryches est déterminée sur la base du chapitre B-2.1, p. 22. Voir autres informations et guides dans l’Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête.
8 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
A-2 Exemple de liste de contrôle
Arrondissement forestier: Val des pessières Triage: Forêt modèle Zone de protection des forêts : contrainte
Propriétaire forestier: Corporation de la Forêt modèle Urgence : III
Altitude (m): 1450 Pente (%): 80 Exposition: O Surface (ha): 0,6 Nom de la surface, no*: Div. 12 Fonction prioritaire: Forêt de prot. contre les avalanches (route cantonale) Type de station: Pessière-sapinière à hautes herbes But sylvicole: Ep-sa, structure par collectifs Rajeunissement naturel Regarnissage X Plantation Collaborateur: H. Forestier Date: 5.2.2000 Parle en faveur de évacuer Analyse de la rentabilité des coûts non laisser évacuer partiellem.
décisif déterminant moyen moyen favorable Critère principal Critère, objectif fort faible faible fort
1 Dangers naturels 1.1 Eviter le déclenchement d’avalanches j jk
1.2 Eviter les chutes de pierres et de bois f g
1.3 Eviter les glissements de terrain, les coulées de boue et
def l’érosion
1.4 Eviter les embâcles et les laves torrentielles a
2.1 Protéger les peuplements voisins contre les attaques de
2 Dégâts secondaires
bostryches d
3 Sécurité au travail 3.1 Garantir la sécurité lors de la récolte des bois b d
4 Entreprise forestière 4.1 Tenir compte du marché du bois et de la logistique c c
4.2 Créer de bonnes conditions pour le peuplement suivant c gj c
4.3 Conserver la fertilité du sol
4.4 Gérer l’influence des ongulés sauvages a
5.1 Favoriser la conservation et la diversité des espèces,
5 Environnement c i
l’évolution naturelle
6.1 Favoriser l’attractivité pour les loisirs et la découverte de
6 Société
la nature a
7 Analyse des coûts Appréciation qualitative du bilan X X
évacuer Analyse des coûts ¬ voir aide (p. 15) (+ = utilité, - = coûts) laisser évacuer partiellem.
7.1 Produit probable de la vente des bois 0 +28’000 +18’000
7.2 Coûts de la récolte des bois (méthode conventionnelle) 0 -36’000 -22’000
7.3 Coûts supplémentaires pour garantir la sécurité au travail 0 -3’000 -2’000
7.4 Desserte (construction, extension, réparations) 0 -4’500 -3’500
7.5 Mesures d’appoint Remarques: paravalanches temporaires -10’000 -270’000 -270’000
7.6 Contributions de tiers (sans reforestation) Remarques: paravalanches temporaires 0 +270’000 +270’000
Bilan: -10’000 -15’500 -9’500
Justification des critères décisifs: Décision pour la surface de chablis Remarques: Laisser sur place X Evacuer partiellement Le bois d’industrie et de feu est laissé sur place Evacuer
Mesures d’appoint Mesures pour la protection du sol Ecorcer et laisser sur place Stabilisation des souches et des troncs Nett. du parterre de coupe / plantation Rassembler les rémanents en tas / plantation par collectifs sur la surface entière Mesures cynégétiques Clôturer la surface Mesures contre les dangers naturels Râteliers en bois (env. 500 m’) Prévention des incendies Relations publiques
* Annexe(s): extrait de carte 1: 25’000
Selon délimitation des zones de protection des forêts au niveau régional, cantonal ou national, voir Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête, chapitre 2.4.3. L’urgence des mesures visant à éviter les attaques consécutives de bostryches est déterminée sur la base du chapitre B-2.1, p. 22 Voir autres informations et guides dans l’Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête.
A Processus de décision à l’aide de la liste de contrôle 9
A-3 Unité d’appréciation
L’aide à la décision se rapporte avant tout aux dégâts étendus. La limite entre les dégâts épars et les dégâts étendus n’est pas clairement définie dans la littérature. Cette distinction varie en fonction de l’usage. Lors du recensement de l’étendue des dégâts causés par «Vivian» et «Lothar», les surfaces de chablis inférieures à 0,2 ha ou dont le degré de recouvrement résiduel dépassait 20% ont été taxées de dégâts épars (SCHERRER 1993). Lors de l’appréciation du critère 2.1 «protéger les peuplements voisins contre les attaques de bostryches», les surfaces couvrant moins de 0,2 ha sont qualifiées de «petites surfaces» ou de «dégâts épars» (voir B-2.1, p. 22 et C-2.1.5a, p. 72). D’autres différenciations sont également envisageables, comme la définition d’une surface minimale à partir de laquelle il faut craindre le déclenchement d’avalanches ou l’apparition d’autres dangers naturels (voir p. La surface de chablis correspond en général à l’unité d’appréciation. Si les grandes surfaces totalement endommagées présentent des inégalités manifestes, une subdivision en plusieurs unités d’appréciation s’avère par conséquent indiquée. Celles-ci peuvent ensuite être évaluées séparément (voir tableau 1). À l’inverse, il est possible de réunir en une seule unité d’appréciation des surfaces de chablis voisines de même nature. Les limites de propriété à l’intérieur d’une surface de chablis peuvent également impliquer une subdivision. En présence de petites parcelles de forêt privée, il s’avère pourtant préférable d’opter pour une stratégie commune plutôt que pour un découpage de la surface en de nombreuses petites unités d’appréciation. Lors de la définition des unités d’appréciation, il s’agit de tenir compte du fait que les surfaces peuvent encore s’agrandir à court terme. Ainsi, les quelques épicéas ou hêtres qui ont persisté dans la surface de chablis vont probablement dépérir en l’espace de deux à trois ans (attaques de bostryches, coups de soleil) et ne devraient par conséquent pas être comptabilisés dans le degré de recouvrement résiduel. De plus, le long des lisières franches récentes et exposées au soleil, les essences particulièrement sensibles risquent encore de subir de nouvelles pertes.
Tableau 1: Différences, à l’intérieur de la surface, susceptibles d’impliquer une subdivision en plusieurs unités d’intervention.
Caractéristique de différenciation Conduit à une appréciation différente Topographie Avalanches, chutes de pierres, glissements de p. ex. pente, lit de cours d’eau marqué terrain, laves torrentielles, embâcles, coûts de la récolte des bois Nature du sol Chutes de pierres, glissements de terrain, laves p. ex. proportion de terre fine, couches géologiques torrentielles, protection du sol Peuplement renversé Bostryches, coûts de la récolte des bois, produit de p. ex. stades de développement, proportion de la vente des bois résineux, qualité du bois Favoriser la biodiversité par une différenciation des Conservation et diversité des espèces, évolution interventions au sein d’une même surface naturelle
10 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
A-4 Options d’intervention En principe, trois options d’intervention sont envisageables: les chablis sont soit laissés tels quels sur place, soit évacués partiellement, soit évacués entièrement.
A-4.1 Chablis laissés sur place
Dans les surfaces laissées en l’état, les bois ne sont pas exploités et les structures offertes par l’enchevêtrement des troncs à terre sont conservées. Pour des raisons de sécurité, des interventions s’avèrent tout au plus ponctuellement nécessaires et n’engendrent pas de frais importants. Les mesures «ponctuelles» servent à dégager ou à protéger des chemins, des routes, des lignes de chemin de fer ou des bâtiments. Elles couvrent les opérations suivantes: enlever, stabiliser, déplacer, déposer correctement, écorcer ou découper quelques troncs jugés critiques.
A-4.2 Chablis partiellement évacués
Une partie des chablis est évacuée. L’appellation «évacuation partielle» se rapporte à a) une partie des chablis dont seuls certains assortiments sont évacués ou exploités sur une grande partie de la surface, ou b) une partie de la surface dont certains secteurs sont laissés tels quels, alors que dans d’autres les chablis sont évacués.
L’évacuation partielle fait disparaître les propriétés fondamentales des surfaces laissées telles quelles. Les troncs restants ne sont en général plus entrecroisés et la surface est plus facile d’accès. Différentes réflexions peuvent conduire à une évacuation partielle des chablis:
Rentabilité: l’exploitation se limite au bois facile à écouler sur le marché. Les assortiments de moindre valeur ne sont pas vidangés. La récolteuse est l’engin le mieux approprié pour réaliser une exploitation de bois de qualité. Les troncs laissés sur place entravent d’autant plus la mobilité durant la récolte des bois que le degré de mécanisation est faible.
Réduction des dégâts au sol: afin d’observer un espacement maximal entre les layons de débardage, seuls les arbres situés à portée de grue seront récoltés.
Sécurité au travail: il se peut que les chablis difficiles d’accès, comme ceux situés sur les versants très raides, ne soient pas évacués. En effet, seul l’engagement de moyens disproportionnés permet d’assurer la sécurité au travail à de tels endroits.
A-4.3 Chablis (entièrement) évacués
Il s’agit du prélèvement de l’ensemble des chablis. L’évacuation des bois a pour conséquence une modification drastique de l’aspect de la zone endommagée, supprimant de ce fait les propriétés caractéristiques des surfaces laissées en l’état (enchevêtrement, accessibilité réduite, ombrage du sol, microstructures diversifiées, bois mort, bois en décomposition, etc.). Toutefois, l’évacuation totale des chablis laisse en général beaucoup de bois dans la surface. Afin de faciliter l’accès, le matériel restant (courtes billes de pied, cimes, branches) est fréquemment découpé en petites pièces ou rassemblé en tas et en andains.
A Processus de décision à l’aide de la liste de contrôle 11
A-5 Instructions pour la pesée des intérêts à l’aide de la liste de contrôle
Marche à suivre:
1 Définition des unités La pesée des intérêts, effectuée au moyen de la liste de contrôle, se rapporte à une unité
d’appréciation d’appréciation donnée. En général, une surface de chablis continue correspond à une unité d’appréciation. Il peut cependant s’avérer opportun de procéder à d’autres subdivisions (voir chapitre A-3, p. 10).
2 Pesée des intérêts à Le formulaire de la liste de contrôle est un instrument de travail permettant d’effectuer la
l’aide de la liste de pesée des intérêts point par point: contrôle a) Inscription des • L’en-tête du formulaire, situé dans la partie supérieure de la liste de contrôle (voir p. 8), données dans l’entête contient les principales données techniques concernant la surface à évaluer. • Il faut également tenir compte du concept général visant à éviter les dégâts consécutifs causés par les bostryches. Inscrire la catégorie de classement de la zone dans «zone de protection des forêts» (voir Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête, chapitre 2.4.3). L’appréciation découlant du chapitre B-2.1 (p. 22) ou C-2.1 (p. 66) fournit les indications à noter dans le champ «urgence». b) Analyse d’utilité • L’analyse d’utilité permet d’évaluer qualitativement, pour chaque critère, les effets des options d’intervention: chablis «laissés sur place», «évacués» et «évacués partiellement».
Choix des arguments correspondants
Dans la partie B, un tableau mentionne les arguments possibles pour chaque critère. Les arguments décrivent des situations réelles, susceptibles de correspondre à la surface de chablis à apprécier. Il arrive fréquemment que plusieurs arguments se rapportent à un critère.
Les renvois indiqués à la suite des arguments reportent aux chapitres correspondants des éléments d’information (partie C). Ils servent à l’interprétation correcte des arguments présentés sous une forme plutôt succincte dans la partie B.
Inscription des arguments appropriés dans la liste de contrôle, en fonction de leur importance
La colonne de droite du tableau des arguments indique si les arguments choisis parlent en faveur d’«évacuer» ou de «laisser» les chablis, ou si le critère est «non déterminant» pour le cas à évaluer. L’option «évacuer partiellement» peut également s’avérer adéquate.
On a attribué une lettre minuscule à chaque argument du tableau (voir figure 1). Ces caractères sont inscrits, dans la liste de contrôle, sur la ligne du critère respectif, en fonction de leur importance (voir point suivant et figure 2). Si l’argument peut également parler en faveur d’une «évacuation partielle», on inscrit aussi la lettre minuscule de l’argument dans la colonne «évacuer partiellement».
12 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Les arguments menant à la conclusion que le critère est «non déterminant» ont la plus grande importance. Lorsqu’un argument de ce type entre en ligne de compte, il n’est pas nécessaire de vérifier, pour le critère concerné, les autres arguments qui parlent en faveur de laisser ou d’évacuer les chablis. Dans ce cas, il faut inscrire la lettre correspondant à l’argument ou simplement un «X» dans la colonne «non déterminant» de la liste de contrôle.
Les arguments pour «laisser» ou «évacuer» les chablis peuvent parler «faiblement», «moyennement» ou «fortement» en faveur de l’option indiquée. La pondération repose sur l’appréciation de l’organe de décision et doit correspondre aux conditions réelles. Il est important que cette opération soit exécutée dans le cadre restreint du critère, c’est-àdire sans tenir compte des autres critères. À cet effet, il est utile de se représenter les situations extrêmes possibles afin d’estimer ensuite l’importance des arguments pour la surface de chablis à analyser. Ainsi, dans le cas des dangers naturels, l’argument est pondéré en fonction de l’importance des dégâts et des dangers potentiels.
c) Estimation des coûts • Une feuille annexe est consacrée à l’analyse des coûts. Elle permet d’estimer séparé- et des recettes ment les différents coûts (voir A-6, p. 15). Les résultats sont ensuite reportés dans le taprévisibles au moyen bleau de l’analyse des coûts figurant sur le formulaire de la liste de contrôle. Ces coûts de l’analyse des coûts (nombres négatifs) et recettes (nombres positifs) sont estimés pour chacune des trois options «laisser», «évacuer» et «évacuer partiellement» les chablis. • La somme des coûts et de l’utilité escomptés est inscrite sur la ligne «bilan», située tout en bas.
d) Interprétation de • L’ensemble des lettres minuscules inscrites dans la liste de contrôle forme un «dial’analyse d’utilité gramme de points» qui met en évidence de façon plus ou moins claire l’option valorisée par l’analyse. La colonne «évacuer partiellement» indique en outre si une telle opération entre en ligne de compte. • La représentation graphique ne convient parfois pas pour rendre compte de la situation particulière d’une surface de chablis. Un argument peut avoir un intérêt tel, pour le propriétaire forestier ou la collectivité publique, que le critère correspondant supplante toutes les autres attentes et détermine, à lui seul, le choix d’une option. Dans ce cas, on inscrit la lettre correspondant à l’argument dans la colonne «décisif» du critère respectif (voir figure 2) et on justifie de manière succincte les raisons de cette décision en base de la liste de contrôle. Les critères décisifs devraient essentiellement découler de la fonction prioritaire de la forêt concernée.
e) Interprétation de • Une appréciation qualitative permet d’évaluer le bilan des coûts en relation avec l’analyse des coûts l’ampleur des dégâts et l’utilité (collectivité publique, entreprise forestière). Elle est intégrée dans l’analyse de la rentabilité des coûts au point 7 «analyse des coûts». Des coûts relativement élevés devraient parler assez fortement en faveur de l’option «laisser» les chablis, alors qu’un gain inciterait plus ou moins à les «évacuer». Ce critère peut également devenir un «critère décisif».
3. Décision La décision résulte de la synthèse de tous les critères ou des critères qualifiés de «décisifs». Elle peut être arrêtée et justifiée par écrit dans la partie inférieure du formulaire de la liste de contrôle.
A Processus de décision à l’aide de la liste de contrôle 13
4 Réflexions quant à la L’analyse de la rentabilité des coûts permet aussi de mettre en évidence les critères pour
nécessité de mesures lesquels la décision de laisser ou d’évacuer les chablis pourrait avoir des conséquences d’appoint préjudiciables. Les mesures d’appoint sont susceptibles d’éviter ou d’atténuer les effets négatifs. Elles peuvent être inscrites dans la partie inférieure du formulaire. Conclusion Arguments relatifs aux chutes de pierres et de bois Chaque argument des arguments s’accompagne d’une a) Il n’y a pas de dégâts potentiels sérieux, c’est-à-dire que la zone dangereuse ne conclusion: «critère non menace pas la population et des objets des catégories A et B. déterminant», «laisser», ¬ C-1.2.2, p. 51; tableau 2, p. 38 «évacuer» ou «évacuer La lettre minuscule b) Il n’y a pas de dangers potentiels. partiellement» les représente l’argument
Aucune zone de déclenchement de chutes de pierres. chablis. correspondant dans la Critère non
Pente inférieure à 30° (58%), c’est-à-dire que des chutes de pierres ou de liste de contrôle. déterminant souches ne sont pas possibles. ¬ C-1.2.3, p. 52
La surface de chablis ne se situe pas dans une zone de passage ou d’atterrissement de chutes de pierres.
c) La surface de chablis se trouve dans une zone de déclenchement, de passage ou d’atterrissement de chutes de pierres. Les troncs à terre préviennent ou arrêtent la majeure partie des pierres dévalant la pente. ¬ C-1.2.5, p. 53 d) Les chablis sont efficaces contre les chutes de pierres parce que la plupart des Laisser les bois troncs reposent en biais par rapport à la ligne de plus grande pente. ¬ C-1.2.5, p. 53 e) Les souches pourraient dévaler la pente après la récolte des bois parce qu’elles ont été coupées trop près de leur base. ¬ C-1.2.5, p. 53
f) Les bois laissés sur place sont susceptibles de chuter et de causer des dégâts Evacuer entièrement parce que la surface est plus raide que 45° (100%). / évacuer ¬ C-1.2.3, p. 52; C-1.2.5, p. 53 partiellement les bois
Figure 1: Exemple d’un tableau d’arguments de la partie B.
Dans cet exemple, l’argument «j» revêt une importance telle que le critère 1.1 est jugé «décisif». C’est pourquoi la décision penchera probablement pour l’évacuation des bois.
Parle en faveur de évacuer Analyse de la rentabilité des coûts non laisser évacuer partiellem.
décisif déterminant moyen moyen favorable Critère principal Critère, objectif faible faible Selon la conclusion exprimée fort fort dans le tableau des arguments
1 Dangers naturels 1.1 Eviter le déclenchement d’avalanches j jk du critère 1.2, l’argument cor-
1.2 Eviter les chutes de pierres et de bois f g
respondant à la lettre «g»
1.3 Eviter les glissements de terrain, les coulées de boue et
def parle en faveur de l’«évacual’érosion
1.4 Eviter les embâcles et les laves torrentielles a tion» des chablis. La personne
2.1 Protéger les peuplements voisins contre les attaques de
2 Dégâts secondaires d en charge de l’appréciation a
bostryches
3 Sécurité au travail 3.1 Garantir la sécurité lors de la récolte des bois b d
jugé l’argument «faible».
4 Entreprise forestière 4.1 Tenir compte du marché du bois et de la logistique c c
4.2 Créer de bonnes conditions pour le peuplement suivant c gj c
4.3 Conserver la fertilité du sol
4.4 Gérer l’influence des ongulés sauvages a
5.1 Favoriser la conservation et la diversité des espèces,
5 Environnement
l’évolution naturelle c i
6.1 Favoriser l’attractivité pour les loisirs et la découverte de
6 Société a
la nature
7 Analyse des coûts Appréciation qualitative du bilan X X
évacuer Analyse des coûts ¬ voir aide (p. 15) (+ = utilité, - = coûts) laisser évacuer partiellem.
7.1 Produit probable de la vente des bois 0 +28’000 +18’000
7.2 Coûts de la récolte des bois (méthode conventionnelle) 0 -36’000 -22’000
7.3 Coûts supplémentaires pour garantir la sécurité au travail 0 -3’000 -2’000
7.4 Desserte (construction, extension, réparations) 0 -4’500 -3’500
7.5 Mesures d’appoint Remarques: paravalanches temporaires -10’000 -270’000 -270’000
7.6 Contributions de tiers (sans reforestation) Remarques: paravalanches temporaires 0 +270’000 +270’000
Bilan: -10’000 -15’500 -9’500
Figure 2: Exemple d’appréciation d’une surface de chablis au moyen de la liste de contrôle. Le choix des arguments et leur pondération dépendent des conditions locales, propres à la surface de chablis.
14 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
A-6 Aide relative à l’analyse des coûts
7.1 Produit probable de la vente des bois (selon offres d’entrepreneurs ou estimations ¬ B-7.1, p. 30)
8 Evacuer w 8 Evacuer partiellement w
Grumes de sciage Résineux: m³ à fr. = + fr. m³ à fr. = + fr. Feuillus: m³ à fr. = + fr. m³ à fr. = + fr. Bois d’industrie Résineux: m³ à fr. = + fr. m³ à fr. = + fr. Feuillus: m³ à fr. = + fr. m³ à fr. = + fr. Bois-énergie Résineux: m³ à fr. = + fr. m³ à fr. = + fr. Feuillus: m³ à fr. = + fr. m³ à fr. = + fr. : m³ à fr. = + fr. m³ à fr. = + fr.
Produit probable de la vente des bois (total): + fr. + fr. 6 6 6 Liste de contrôle 7.1 Liste de contrôle 7.1 Liste de contrôle 7.1
7.2 Coûts de la récolte des bois (selon offres d’entrepreneurs ou estimations ¬ B-7.2, p. 30)
8 Evacuer w 8 Evacuer partiellement w
Séparation de la souche / démêlage / façonnage / débusquage: m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr. Débardage / façonnage: m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr. Surcoût pour protection du sol: m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr. Transport jusqu’au lieu de prise en charge ou jusqu’au dépôt de bois: m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr. Entreposage: ( route forestière / dépôt à l’état humide ) m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr.
Coûts de la récolte des bois (total): - fr. - fr. 6 6 6 Liste de contrôle 7.2 Liste de contrôle 7.2 Liste de contrôle 7.2
7.3 Coûts supplémentaires pour garantir la sécurité au travail (¬B-7.3, p. 33)
8 Evacuer w 8 Evacuer partiellement w
Supplément pour méthode de récolte des bois plus sûre: m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr. Instructions / cours (p. ex. cours de bûcheronnage dans les chablis): pers. à fr. = - fr. pers. à fr. = - fr. Dispositions de sécurité: - fr. - fr. Système d’appel d’urgence: - fr. - fr. Contrôles: - fr. - fr.
Coûts supplémentaires pour garantir la sécurité au travail (total): - fr. - fr. 6 6 Liste de contrôle 7.3 Liste de contrôle 7.3
7.4 Desserte (¬ B-7.4, p. 33)
8 Evacuer w 8 Evacuer partiellement w
Construction / extension: route forestière; piste; layon m’ (m³) à fr. = - fr. m’ (m³) à fr. = - fr. Réparation: route forestière; piste; layon m’ (m³) à fr. = - fr. m’ (m³) à fr. = - fr.
Coûts de desserte (total): - fr. - fr. 6 6 6 Liste de contrôle 7.4 Liste de contrôle 7.4 Liste de contrôle 7.4
7.5 Mesures d’appoint (¬B-7.5, p. 34)
8 Laisser w 8 Evacuer w 8 Evacuer partiellement w
Mesures pour la protection du sol: - fr. - fr. - fr. Ecorcer et laisser sur place: m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr. m³ à fr. = - fr. Stabilisation des souches et des troncs: pce à fr. = - fr. pce à fr. = - fr. pce à fr. = - fr. Mesures contre les dangers naturels: - fr. - fr. - fr. Relations publiques, information: - fr. - fr. - fr. : - fr. - fr. - fr. : - fr. - fr. - fr.
Mesures d’appoint (total): fr. fr. fr. autres mesures d’appoint, p. ex. prévention des incendies, 6 6 6 nettoiement du parterre de coupe, mesures cynégétiques, etc. Liste de contrôle 7.5 Liste de contrôle 7.5 Liste de contrôle 7.5
7.6 Contributions de tiers (seulement pour les mesures concernant la surface ¬ B-7.6, p. 35)
Subventions ou indemnités pour 8 Laisser w 8 Evacuer w 8 Evacuer partiellement w Récolte des bois: + fr. + fr. + fr. Entreposage des bois: + fr. + fr. + fr. Ecorcer et laisser sur place: + fr. + fr. + fr. Mesures contre les dangers naturels: + fr. + fr. + fr. Indemnités pour réserve forestière: + fr. + fr. + fr. : + fr. + fr. + fr. : + fr. + fr. + fr.
Contributions de tiers (total): + fr. + fr. + fr. 6 6 6 Liste de contrôle 7.6 Liste de contrôle 7.6 Liste de contrôle 7.6
B Arguments relatifs à la décision
La partie B est un recueil des arguments possibles relatifs aux critères qui doivent être appréciés à l’aide de la liste de contrôle. Les arguments – dont la composition varie en fonction de la situation de la surface de chablis à évaluer – peuvent suggérer de laisser ou d’évacuer les bois. Chaque argument est identifié par une lettre minuscule destinée à être inscrite dans la liste de contrôle.
B-1 Dangers naturels
Les arguments relatifs aux critères «dangers naturels» (B-1.1 à B-1.4) sont valables pour autant que des dangers 7 et des dégâts 8 potentiels existent. Les dégâts potentiels se répartissent en trois catégories (voir tableau 2, p. 38). La décision quant à l’opportunité de laisser ou d’évacuer les chablis doit avant tout tenir compte de la population et des biens de valeur qui, selon la circulaire no 8, s’avèrent importants même en cas d’urgence. Cela concerne les catégories A et B.
Définition des dangers potentiels: somme des facteurs qui constituent une menace et entraînent des dommages dans une région donnée (LATELTIN 1997). Définition des dégâts potentiels: ensemble des objets potentiellement menacés dans le temps et l’espace par des phénomènes naturels (HEINIMANN et al. 1998).
B Arguments relatifs à la décision 17
B-1.1 Eviter le déclenchement d’avalanches
But: Arguments relatifs au déclenchement d’avalanches Conclusion éviter des dégâts pour la (voir aussi le schéma de décision pour l’évaluation des dangers potentiels: figure 6, p. 42) des arguments population et les biens en a) Il n’y a pas de dégâts potentiels sérieux, c’est-à-dire que la zone dangereuse ne menace pas la population et des objets des catégories A et B. raison du déclenchement ¬ C-1.1.2, p. 39 et tableau 2, p. 38 d’avalanches dans la b) Il n’y a pas de dangers potentiels, c’est-à-dire que la surface de chablis se situe surface de chablis au-dessous de 800 à 1200* m d’altitude (selon région climatique 9). ¬ C-1.1.3a, p. 40 c) Il n’y a pas de dangers potentiels, c’est-à-dire que la pente de la surface est inférieure à 30° (58%) (et inférieure à 35° (70%) au-dessous de 1200 m d’altitude). d) Il n’y a pas de dangers potentiels, c’est-à-dire que les trois conditions suivantes sont simultanément remplies (tenir compte des éventuels dégâts consécutifs dus Critère non aux bostryches) ¬ C-1.1.3c, p. 40: déterminant
Degré de recouvrement > 50% 10 dans la surface de chablis et les environs (unité considérée: au moins 1 ha; concerne le peuplement voisin, trouées comprises).
Longueur des trouées10 dans la ligne de plus grande pente
inférieure à 50 m pour une pente de 30 à 40° (58 à 84%) ou
inférieure à 40 m pour une pente de 40 à 45° (84 à 100%) ou
inférieure à 30 m pour une pente supérieure à 45° (>100%).
Largeur des trouées10 perpendiculairement à la ligne de plus grande pente
inférieure à 15 m (dans les forêts à feuillage persistant) ou
inférieure à 5 m (dans les forêts à feuillage caduc).
e) La pente est supérieure à 30° (58%) (supérieure à 35° (70%) au-dessous de 1200 m d’altitude). En renonçant à l’évacuation des chablis, il ne faut pas craindre le déclenchement d’avalanches dangereuses (même à long terme) à cause de l’obstacle constitué par les bois à terre. ¬ C-1.1.4, p. 42; C-1.1.5b, p. 44 ss. f) Les troncs constituent une bonne protection contre le déclenchement d’avalanches en raison d’un ancrage suffisant et d’un positionnement généralement en biais par rapport à la ligne de plus grande pente. Ils parviennent de ce fait à stopper Laisser rapidement les petits mouvements de la neige. ¬ C-1.1.5b, p. 44 ss. les bois g) Le rajeunissement préétabli est suffisant en nombre et au niveau de la répartition. Le peuplement suivant est susceptible de reprendre l’effet protecteur d’ici à ce que les bois perdent leur capacité de prévenir le déclenchement d’avalanches. ¬ C-1.1.7, p. 48 h) Les coûts entraînés par l’évacuation des chablis et par la construction d’ouvrages sont élevés et s’avèrent disproportionnés quant au gain de sécurité, par rapport à la solution de laisser la surface telle quelle.
i) Les couches de neige d’une période de retour de 30 ans peuvent cependant dépasser la hauteur d’action de plus de 1 m. C’est pourquoi le danger d’avalanches Evacuer les est grand, même si les arbres à terre sont stables en raison de la pente oscillant entre bois et 35 et 45° (70 et 100%). ¬ C-1.1.4, p. 42; b), p. 44 ss. construirdes j) La pente de la surface de chablis dépasse 45° (100%). Le poids supplémentaire de ouvrages la neige risque par conséquent de faire glisser la couche entière, bois compris. ¬ C-1.1.5b, p. 44 ss. et tableau 4, p. 46
Dans certains cas, cette limite peut aussi se situer plus bas. Le degré de recouvrement, la longueur et la largeur des trouées peuvent encore se modifier au cours des années suivantes, avant tout en raison des épicéas et des hêtres restés sur pied à l’intérieur et en bordure de la surface (bostryches, coups de soleil). L’appréciation doit tenir compte de ces constatations, notamment si les arbres dépérissants sont évacués.
18 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-1.2 Eviter les chutes de pierres et de bois
But: Conclusion Arguments relatifs aux chutes de pierres et de bois éviter des dégâts pour la des arguments population et les biens en a) Il n’y a pas de dégâts potentiels sérieux, c’est-à-dire que la zone dangereuse ne menace pas la population et des objets des catégories A et B. raison de chutes de ¬ C-1.2.2, p. 51; tableau 2, p. 38 pierres et de bois b) Il n’y a pas de dangers potentiels.
Aucune zone de déclenchement de chutes de pierres. Critère non
Pente inférieure à 30° (58%), c’est-à-dire que des chutes de pierres ou de soudéterminant ches ne sont pas possibles. ¬ C-1.2.3, p. 52
La surface de chablis ne se situe pas dans une zone de passage ou d’atterrissement de chutes de pierres.
c) La surface de chablis se trouve dans une zone de déclenchement, de passage ou d’atterrissement de chutes de pierres. Les troncs à terre préviennent ou arrêtent la majeure partie des pierres dévalant la pente. ¬ C-1.2.5, p. 53 d) Les chablis sont efficaces contre les chutes de pierres parce que la plupart des Laisser les bois troncs reposent en biais par rapport à la ligne de plus grande pente. ¬ C-1.2.5, p. 53 e) Les souches pourraient dévaler la pente après la récolte des bois parce qu’elles ont été coupées trop près de leur base. ¬ C-1.2.5, p. 53
f) Les bois laissés sur place sont susceptibles de chuter et de causer des dégâts Evacuer entièreparce que la surface est plus raide que 45° (100%). ment / évacuer ¬ C-1.2.3, p. 52; C-1.2.5, p. 53 partiellement les bois
B Arguments relatifs à la décision 19
B-1.3 Eviter les glissements de terrain, les coulées de boue et l’érosion
But: Conclusion Arguments relatifs aux glissements de terrain, aux coulées de boue et à l’érosion éviter des dégâts pour la des arguments population et les biens en a) Il n’y a pas de dégâts potentiels sérieux, c’est-à-dire que la zone dangereuse ne menace pas la population et des objets des catégories A et B. raison de glissements de ¬ C-1.3.2, p. 56; tableau 2, p. 38 terrain, de coulées de b) Il n’y a pas de dangers potentiels. boue et de l’érosion
Aucune indication sur la carte des dangers. Critère non
Pente (les glissements de terrain sont rares au-dessous de 20°, fréquents entre déterminant 30 et 45°).
Absence d’indices d’anciens glissements de terrain.
Sols peu menacés (sont particulièrement menacés les matériaux meubles peu perméables contenant une proportion élevée de terre fine, p. ex. les éboulis de pente ou limons de pente à grains fins, les moraines argileuses).
c) La récolte des bois nécessiterait la construction d’une route ou d’une piste. Cette solution s’avérerait problématique en raison des propriétés du sol ou de l’hydrologie. ¬ C-1.3.6a, p. 62 Laisser d) Les chablis à terre peuvent contribuer à freiner sensiblement les masses en les bois glissement et les coulées de boue et raccourcir de ce fait la distance de glissement (voir cependant argument h). e) L’évacuation des bois accroîtrait le danger d’érosion de surface et, dans une moindre mesure, le risque de glissements de terrain et de coulées de boue. En effet, les travaux de récolte causeraient, dans ces conditions, des atteintes supplémentaires au sol (p. ex. treuil, câble-grue, notamment pour les lignes parallèles à la Laisser / ligne de plus grande pente) ou la compaction du sol. évacuer ¬ C-1.3.6a, p. 62 partiellement f) Les bois à terre contribuent à la réduction de l’érosion de surface, par exemple les bois en freinant l’écoulement superficiel ou en réduisant partiellement l’énergie d’impact des précipitations.
g) Les dépressions laissées par les souches renversées causent une infiltration localement concentrée des eaux de surface. Le fait de redresser les souches lors Evacuer de l’évacuation des bois est susceptible de réduire le danger de glissements superentièrement / ficiels. évacuer ¬ C-1.3.5, p. 60 partiellement h) Les glissements de terrain ou les coulées de boue mêlés de bois ont un effet les bois dévastateur accru et sont difficiles à évacuer (voir cependant argument d).
20 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-1.4 Eviter les embâcles et les laves torrentielles
But: Conclusion Arguments relatifs aux embâcles et aux laves torrentielles éviter des dégâts pour la des arguments population et les biens en a) Il n’y a pas de dégâts potentiels sérieux, c’est-à-dire que la zone dangereuse ne menace pas la population et des objets des catégories A et B. raison d’embâcles et de ¬ C-1.4.2, p. 38; tableau 2, p. 38 laves torrentielles dans le b) Il n’y a pas de dangers potentiels; les chablis ne risquent pas d’aboutir dans le lit et Critère non lit de cours d’eau d’y causer des embâcles. déterminant ¬ C-1.4.3; p. 64
Pente inférieure à 9–14°.
Absence de bois à terre dans la zone d’influence directe du lit.
c) La probabilité est grande que les bois à terre aboutissent dans le lit et provoquent, sur place ou plus en aval, des embâcles ou des laves torrentielles à effet dévasta- Evacuer teur sérieux,. les bois ¬ C-1.4.3; p. 64
B Arguments relatifs à la décision 21
B-2 Dégâts secondaires
B-2.1 Protéger les peuplements voisins contre les attaques de bostryches
But: La nécessité des mesures de protection des forêts Niveau de décision: pour la surface de chablis à évaluer dépend de: réduire les dégâts
1 La catégorie de la zone de protection des forêts dans Confédération, canton, région (voir Aide-mémoire en
secondaires dans les laquelle se trouve la surface. cas de dégâts de tempête, chapitre 2.4.3) forêts protectrices et 2. L’urgence et le poids des mesures de protection des Propriétaire forestier, service forestier (arguments et productives avoisinantes forêts prévues dans la surface afin d’éviter les dégâts liste de contrôle de l’aide à la décision) secondaires dans la zone.
Arguments relatifs aux attaques de bostryches (comme alternative à la liste ci-dessous, il est également possible de définir les arguments correspondants, au moyen du schéma de décision de la page 75 (figure 16)).
L’évaluation technique au moyen de l’aide à la décision ne dépend pas de la délimitation générale des zones de protection des forêts selon l’Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête (chapitre 2.4.3).
L’urgence est reportée dans l’en-tête du formulaire de la liste de contrôle.
Urgence ≠ poids (faible, moyen, fort). L’aspect temporel occupe le premier plan pour les degrés d’urgence 1–3, alors que l’efficacité constitue l’élément principal pour la pondération. Exemples: • Lorsqu’une zone ne présente pas d’autres dégâts de tempête hormis une grande surface de chablis (> 2 ha) riche en épicéas, l’évacuation de ces bois peut s’avérer très efficace pour prévenir des dégâts secondaires, malgré le degré d’urgence 3. La pondération «parle fortement en faveur de l’évacuation» serait indiquée dans ce cas, même si le degré d’urgence n’est pas élevé.
En présence de deux surfaces de chablis comparables dans la même zone, l’évacuation peut être pondérée différemment malgré le degré d’urgence identique, par exemple si l’une des deux surfaces se situe nettement plus près de la forêt protectrice menacée.
Conclusion des arguments
a) Une évacuation des bois pour des raisons de protection des forêts ne s’impose pas, lorsqu’au moins une des quatre conditions suivantes est remplie:
Moins de 80% des chablis d’épicéas peuvent être évacués ou écorcés à temps dans la zone de protection des forêts (dégâts épars compris). ¬ C-2.1.5, p. 72
La proportion d’épicéas (DHP > 30 cm) dans les peuplements avoisinants (rayon d’environ 1000 m) est inférieure à 20%. ¬ C-2.1.5b, p. 74 Critère non déterminant
Le nombre d’épicéas à protéger dans les peuplements avoisinants (rayon d’environ 1000 m) est sensiblement inférieur aux chablis à évacuer des secteurs de dégâts épars et étendus.
La proportion d’épicéas (DHP > 30 cm) est inférieure à 20% dans la surface de chablis.
Evacuer les bois b) La surface de chablis est petite (< 0,1 ha) ou correspond à des dégâts épars. (ou écorcer et laisser sur place) ¬ C-2.1.3a, p. 69; C-2.1.5a, p. 73 Urgence 1, c’est-à-dire immédiatement
Evacuer les bois c) La surface de chablis est moyennement grande (0,1 à 2 ha). (ou écorcer et laisser sur place) ¬ C-2.1.3a, p. 69; C-2.1.5a, p. 73 Urgence 2, c’est-à-dire dans les meilleurs délais
Evacuer les bois d) La surface de chablis est grande (> 2 ha); le façonnage des chablis peut être ajourné dans cette (ou écorcer et laisser sur place) surface, au profit de plus petites (voir degrés d’urgence 1 et 2) et les bois de cette surface ne seront Urgence 3, c’est-à-dire jusqu’au peut-être plus attractifs pour les bostryches d’ici à l’automne. printemps suivant, pour autant que l’intervention soit encore nécessaire
e) Danger d’attaque des résineux par d’autres espèces de coléoptères dans les peuplements voisins Evacuer les bois (rarement important). ¬ C-2.1.6, p. 75 (ou écorcer et laisser sur place)
22 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-3 Sécurité au travail
B-3.1 Garantir la sécurité lors du façonnage des chablis
But: Outre l’appréciation qualitative de la sécurité au travail, il faut encore estimer – dans éviter des accidents lors l’analyse des coûts de la liste de contrôle – les coûts supplémentaires nécessaires pour gadu façonnage des chablis rantir la sécurité lors des travaux de récolte des bois (¬ B-7.3, p. 33). La liste de contrôle (critères 1.1 à 1.4; chapitres B-1 et C-1) contient des réflexions relatives à la sécurité face aux dangers naturels.
Conclusion Arguments relatifs à la sécurité lors du façonnage des chablis des arguments a) La récolte des chablis est prévue essentiellement à l’aide de machines (proces- Critère non seurs); sont notamment concernés les travaux dangereux de séparation de la sou- déterminant che et de démêlage. ¬ C-3.1.2, p. 78; tableau 15, p. 78
b) Il existe un danger de chutes de pierres et de souches pendant la récolte des Laisser / bois; pente supérieure à 30° (60%). évacuer ¬ C-3.1.3, p. 79 partiellement c) Les troncs sont enchevêtrés et par conséquent très dangereux. les bois, d) Les coûts pour garantir la sécurité au travail sont trop élevés ou l’évacuation c’est-à-dire des chablis n’est pas concevable pour des raisons de sécurité. ne pas éva- e) Le danger d’accident est élevé lors des travaux de bûcheronnage. Le terrain ou cuer dans les certaines parties de la surface de chablis sont tellement raides ou complexes (p. ex. secteurs parois rocheuses, éboulis de blocs) que la liberté de mouvement en est fortement critiques réduite.
B Arguments relatifs à la décision 23
B-4 Entreprise forestière
B-4.1 Tenir compte du marché du bois et de la logistique
But: La «connaissance du passé» ne suffit pas pour apprécier ce critère de manière réaliste. Les commercialisation aisée principales sources d’information sur les possibilités techniques actuelles (p. ex. au sujet de et prix raisonnables la récolte des bois) et sur la situation du marché du bois sont les suivantes:
entretiens avec les forestiers de triage, les clients et les entrepreneurs forestiers,
pages internet de l’ASEFOR, l’IBS, l’OFEV et du service forestier cantonal,
«tables rondes» régionales.
Conclusion Arguments relatifs au marché du bois et à la logistique des arguments a) Un déroulement correct du processus de production s’avère difficile en raison de la composition probable de l’équipe de façonnage et de son équipement (p. ex. à cause du manque d’expérience ou de formation, de difficultés linguistiques, de la composition de l’équipe, des équipements déficients, etc.). Laisser ¬ C-4.1.2, p. 83 les bois b) Le transport et la vente des bois ne sont pas garantis en raison du très grand volume de chablis sur le plan régional et du suremploi de la logistique de distribution. ¬ C-4.1.1, p. 82
c) Le déroulement au sein de la chaîne de production est bien planifié (façonnage, débardage, commercialisation ou entreposage des chablis façonnés) pour les raisons suivantes:
les chablis sont vendus sur pied ou Evacuer
l’ensemble de la chaîne de production est gérée par une organisation interentreprientièrement / ses ou évacuer
le gestionnaire y prête une attention particulière. partiellement ¬ C-4.1.2, p. 83 les bois d) Les bois peuvent être entreposés vivants jusqu’à ce qu’ils soient transportés et vendus efficacement (résineux disposant encore de contacts racinaires actifs, audessus de 900 m d’altitude, expositions nord et est). ¬ C-4.1.2, p. 83
24 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-4.2 Créer de bonnes conditions pour le peuplement suivant
But: Conclusion Arguments relatifs aux bonnes conditions pour le peuplement suivant reforestation et des arguments peuplements suivants a) La surface n’est pas une forêt protectrice ou productive, c’est pourquoi le déroulement de la reforestation n’est pas essentiel. aussi naturels que ¬ C-4.2.5, p. 90 possible afin qu’ils b) La première intervention n’est prévue que dans 20 à 60 ans parce que le rajeunis- Critère non puissent remplir leur sement entre les bois à terre est suffisant au niveau de la quantité et de la qualité pour déterminant fonction prioritaire abandonner à la nature – au sens de la «rationalisation biologique» – le développement de la jeune forêt pendant les premières décennies. ¬ C-4.2.6, p. 91
c) Le bois en décomposition est important dans ce cas pour le rajeunissement de l’épicéa. ¬ C-4.2.7, p. 93; tableau 21, p. 94 d) Une surface de chablis laissée telle quelle offre de nombreuses microstations Laisser / avantageuses, p. ex. fonte des neiges précoce, souches et dépressions laissées par évacuer les souches, microclimat tempéré. partiellement ¬ C-4.2.3b, p. 86; C-4.2.3c, p. 86 les bois e) Le rajeunissement présent serait menacé par l’évacuation des chablis, p. ex. en raison de la forte circulation des engins ou du treuillage au sol.
f) Des soins aux recrûs ou aux fourrés s’avèrent nécessaires, p. ex. à cause de la forte concurrence de la végétation. L’exploitation des chablis facilite considérablement ces travaux. ¬ C-4.2.6, p. 91 g) Des plantations et éventuellement des soins sont probablement nécessaires car le rajeunissement (nombre de tiges, essences ou qualité) ne permet pas d’atteindre les buts sylvicoles (l’appréciation définitive ne peut souvent se faire qu’après 5 ans environ). Evacuer ¬ C-4.2.5, p. 90 entièrement / h) Le rajeunissement est largement recouvert par les arbres à terre et devrait être évacuer dégagé. partiellement ¬ C-4.2.4a, p. 87 les bois i) Les essences pionnières sont souhaitables. Elles s’installent de manière plus luxuriante dans les surfaces de chablis évacuées que dans celles laissées telles quelles, pour autant que des semenciers soient présents à proximité. j) Les mouvements des troncs sont susceptibles d’altérer considérablement la jeune forêt.
B Arguments relatifs à la décision 25
B-4.3 Conserver la fertilité du sol
But: En principe, le danger de compaction par la circulation des engins concerne tous les types éviter les dégâts au sol de sols. La mise en œuvre systématique des règles énumérées au chapitre C-4.3.4 (p. 98) lors du façonnage des permet de réduire sensiblement ce danger. Dans ces conditions, le critère peut être qualifié chablis de «non déterminant» (voir argument a) pour les sols peu sensibles (C-4.3.2, p. 96).
Conclusion Arguments relatifs à la fertilité du sol des arguments a) Les dégâts durables au sol peuvent être évités. En effet, les sols concernés sont Critère non peu sensibles et des dispositions efficaces ont été prises afin de protéger le sol. déterminant ¬ C-4.3.4, p. 98; C-4.3.2, p. 96; tableau 22, p. 96
b) À l’état humide, le sol est moyennement à très sensible à la compaction (teneur en argile: 8 à 45%). En observant les règles de protection du sol, il est possible de réduire les dégâts à un niveau raisonnable. ¬ C-4.3.2, p. 96; C-4.3.4, p. 98 c) Il est difficile de tenir compte de la protection du sol. Il faut par exemple s’attendre à ce que des engins circulent sur l’ensemble de la surface ou travaillent Laisser les bois également lorsque les conditions du temps et du sol sont mauvaises. ¬ C-4.3.4, p. 98 d) Les chablis seront probablement façonnés en hiver. Altitude: < 900 m ¬ C-4.3.4, p. 98 e) Le sol est fortement à extrêmement sensible. ¬ C-4.3.2, p. 96
f) La desserte fine actuelle ne suffit pas aux machines qui seront probablement Laisser / évautilisées ou l’espacement des layons à aménager sera vraisemblablement inférieur cuer partielleà 20 m (< 30 m sur les versants raides). ment les bois ¬ C-4.3.4, p. 98 (p. ex. de manière très espacée)
26 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-4.4 Gérer l’influence des ongulés sauvages
But: Conclusion Arguments relatifs à l’influence des ongulés sauvages reforestation proche de des arguments l’état naturel a) La surface de chablis ne remplit pas de fonction particulière de protection ou de Critère non production. Même un fort abroutissement peut être toléré sans inconvénients madéterminant jeurs b) L’abroutissement dû au gibier est faible ou le nombre de tiges composant le rajeunissement est élevé. La reforestation à l’aide d’essences conformes à la station est par conséquent possible sans mesures particulières. ¬ C-4.4.4, p. 102
c) Les peuplements avoisinants offrent qualitativement et quantitativement des possibilités de gagnage et de couvert suffisantes. Les ongulés sauvages utilisent par conséquent peu les surfaces de chablis laissées telles quelles comme lieu de re- Laisser les traite et de gagnage, notamment si le facteur de dérangement (p. ex. activités de loi- bois sirs) est faible.
d) Les peuplements avoisinants offrent qualitativement et quantitativement des possibilités de gagnage et de couvert insuffisantes. La reforestation proche de Evacuer entièl’état naturel est remise en question sans mesures de protection, car les ongulés rement / évasauvages utilisent volontiers les surfaces de chablis comme lieu de retraite et de ga- cuer partiellegnage, notamment si le facteur de dérangement (p. ex. activités de loisirs) est élevé. ment les bois
B Arguments relatifs à la décision 27
B-5 Environnement
B-5.1 Favoriser la conservation et la diversité des espèces ainsi que l’évolution naturelle
But: Arguments relatifs à la conservation et à la diversité des espèces Conclusion enrichissement des ainsi qu’ à l’évolution naturelle des arguments milieux naturels et égards a) Des espèces animales particulièrement sensibles au dérangement vivent dans la région et le façonnage des chablis est prévu pendant une période déenvers la flore et la faune licate (période de repos hivernal, de mise bas, de pariade, de couvaison ou d’élevage). ¬ C-5.1.1, p. 104 b) Les espèces animales sensibles au dérangement peuvent profiter d’une surface de chablis laissée telle quelle (tranquillité par rapport à l’être humain). ¬ C-5.1.1, p. 104 c) Les surfaces de chablis laissées telles quelles sont en général précieuses pour contrebalancer le paysage rural plus ou moins fortement exploité. Une diversité élevée des structures et des limites (zones d’érosion inoffensives comprises) accroît la qualité des milieux. ¬ C-5.1.5, p. 109 et C-5.1.3, p. 107 Laisser les bois d) La surface de chablis laissée telle quelle constitue un relais écologique enrichissant dans le réseau régional d’interconnexion des biotopes. ¬ C-5.1.5, p. 109 e) La surface de chablis peut être acceptée comme réserve sur la base du concept cantonal de réserve, éventuellement avec les peuplements avoisinants. ¬ C-5.1.5, p. 109 f) La surface de chablis laissée en l’état permet d’arrondir et d’étendre une forêt naturelle existante. ¬ C-5.1.5, p. 109 g) Le réseau de desserte devrait être étendu pour la récolte des bois, ce qui impliquerait également un dérangement à plus long terme. Ce facteur pèse particulièrement lourd dans les zones peu desservies jusqu’ici. ¬ C-5.1.1, p. 104 h) La surface de chablis laissée telle quelle apporte une contribution particu- Laisser / évacuer lière à la conservation et à la diversité des espèces (essences attractives écopartiellement les logiquement, gros diamètres, bois mort bien ensoleillé). bois ¬ C-5.1.3, p. 107; tableau 23, p. 108
i) À proximité, la plupart des surfaces de chablis sont laissées en l’état. Dans Evacuer entièce cas, évacuer les bois de la surface à apprécier contribuerait davantage à la di- rement / évacuer versité des espèces que le fait de les laisser. partiellement les ¬ C-5.1.2, p. 105 bois (p. ex. diviser la surface)
28 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-6 Société
B-6.1 Attractivité pour les loisirs, la découverte de la nature et l’éducation à l’environnement
But: Arguments relatifs aux loisirs, à la découverte de la nature Conclusion tenir compte des activités et à l’éducation à l’environnement des arguments de loisirs et de découverte a) La surface de chablis n’entre pas en ligne de compte pour des projets d’éducation à l’environnement (voir arguments d et e). Il n’est cependant pas difficile de faire comde la nature prendre la décision à la population, indépendamment du fait que la surface soit laissée telle quelle ou évacuée. Critère non b) Les résidants ou les visiteurs ne prêtent guère attention à la surface de chablis déterminant parce que celle-ci est difficile d’accès ou qu’elle se situe à l’extérieur de l’espace concerné par les loisirs de proximité. ¬ C-6.1.3, p. 111
c) Les chablis devraient probablement être façonnés pendant la saison touristique. La récolte des bois porterait ainsi temporairement atteinte à la qualité de la zone de loisirs
trafic accru,
impact sonore provoqué par les tronçonneuses, l’hélicoptère, etc.,
dégâts de débardage sur les chemins pédestres,
limitation considérable du réseau de chemins pédestres. d) La surface convient bien pour les activités didactiques destinées à faire découvrir Laisser les les processus naturels, si possible non influencés, à la population. Elle est facile bois d’accès, se prête aux activités de sensibilisation à long terme (p. ex. projets d’éducation à l’environnement, éco-excursions, journées de découverte de la forêt) et dispose éventuellement d’aménagements destinés à l’observation (p. ex. sentiers didactiques). ¬ C-6.1.4, p. 112; C-6.1.5, p. 113 e) La surface de chablis laissée telle quelle est intéressante pour les visiteurs ou les touristes en tant que surface de découverte ou d’observation, grâce au marketing et aux aménagements (sentiers d’accès, projets d’éducation à l’environnement, etc.) respectifs. ¬ C-6.1.5, p. 113
f) La fonction récréative est prioritaire. Il faudrait préserver le plus possible l’aspect ordré et la liberté de mouvement. La forêt est fréquemment pourvue d’un réseau de chemins dense, d’équipements de loisirs, d’installations sportives et récréatives telles que les zones couramment utilisées pour les courses d’orientation, les pistes de ski de fond, les chemins pédestres, les pistes de ski alpin, etc. Le fait d’évacuer les chablis Evacuer permet de rétablir plus rapidement les genres d’utilisation ayant cours jusqu’ici. entièrement / ¬ C-6.1.2, p. 110 évacuer g) Les chablis laissés sur place constitueraient un danger pour les promeneurs et les partiellement visiteurs, même si les chemins sont dégagés, p. ex. dans les zones raides. les bois ¬ C-6.1.2, p. 110 h) Le fait de laisser la surface de chablis telle quelle serait difficile à justifier. Raisons: forêt productive avec bois de qualité, etc. ¬ C-6.1.4, p. 112
B Arguments relatifs à la décision 29
B-7 Bilan des coûts
L’analyse des coûts permet de convertir en francs les coûts directs et l’utilité qui découlent de la décision d’évacuer ou de laisser sur place les chablis.
B-7.1 Produit probable de la vente des bois
Les prix du bois peuvent être estimés sur la base des recommandations de prix actuelles fournies par la commission du marché du bois et les associations de propriétaires forestiers, ou en fonction des offres concrètes d’acheteurs de bois.
Après le passage d’une tempête, il faut s’attendre à ce que le produit de la vente des bois soit inférieur (pertes) aux conditions normales pour différentes raisons. Le propriétaire forestier assume le risque lié à la vente s’il effectue lui-même les travaux de récolte des bois ou s’il engage un entrepreneur forestier pour cette tâche. Lorsque les chablis sont vendus sur pied, ce risque est pris en charge par l’entrepreneur forestier qui connaît en général mieux la situation du marché du bois et dispose aussi d’une logistique de distribution plus efficace.
Causes des pertes:
Bois brisés: les troncs cassés se caractérisent par une proportion élevée de bois fort non commercialisable et par un déclassement des assortiments pour le bois de qualité. Après l’ouragan Wiebke, la proportion moyenne de bois brisés s’est élevée à près de 5% dans le Bade-Wurtemberg (BRANDL et BRANDT 1994).
Mesures de sécurité en terrain raide: à partir d’une pente de 30° (58%), il faut souvent laisser – lors de la séparation de la souche par exemple – une précieuse bille de pied après la souche afin d’éviter que celle-ci ne dévale la pente (BROSI 1991).
Offre excédentaire sur le marché du bois: lorsque le marché intérieur est saturé, une bonne part du surplus est écoulé à l’étranger. La perte provient en fait essentiellement des frais de transport qui viennent en général grever le produit de la vente.
B-7.2 Coûts de la récolte des bois
Peu après le passage d’une tempête, les entrepreneurs forestiers peuvent augmenter considérablement leurs prix en raison de la demande accrue. À long terme, il vaut la peine de prévoir des tarifs élevés et d’exiger, par contrat, une meilleure qualité des prestations fournies (p. ex. sécurité au travail accrue, ménagement du sol et du rajeunissement).
Aide à l’estimation des coûts de la récolte des bois:
offres d’entrepreneurs forestiers
recommandations tarifaires actuelles de l’ASEFOR, disponibles à l’adresse internet http://www.vsfu.ch/f/info.asp
indices et valeurs empiriques se rapportant à l’entreprise
montants forfaitaires cantonaux
30 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
HeProMo, modèle informatique de calcul du prix des travaux de récolte des bois, voir www.waldwissen.net, mot-clé «HeProMo» (FRUTIG et ERNI 2001)
programme de calcul du prix de revient pour le débardage des bois à l’aide du porteur (forwarder), du câble-grue mobile et conventionnel (BACHOFEN et al. 2000)
description de méthodes de récolte des chablis avec leur productivité respective (voir Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête).
B-7.2.1 Séparation de la souche / démêlage / éventuellement façonnage / débusquage
Tous les travaux dans la surface et le débusquage jusqu’au layon. Selon la méthode, les bois sont déjà façonnés sur place, c’est-à-dire ébranchés et sciés en longueur.
B-7.2.2 Débardage/ éventuellement façonnage
Débardage jusqu’à la pile de bois ou jusqu’au lieu de façonnage. Selon la méthode, les arbres sont façonnés de manière centralisée après la vidange, c’est-à-dire ébranchés, sciés en longueur et éventuellement écorcés.
B-7.2.3 Frais de transport
Transport de la route forestière au lieu de prise en charge. Les frais de transport ne concernent pas les contrats de vente franco route forestière.
Valeurs empiriques tirées de la remise en état des forêts suite aux dégâts causés par l’ouragan «Lothar»:
15 à 18 francs/m³ jusqu’à 100 km (sans les 2 à 3 francs pour la RPLP 11) jusqu’à 50 francs/t 100 à 300 km 65.à 70 francs/t env. 500 km 90 à 110 francs/t env. 1000 km (BÄRTSCHI et al. 2003; HOFER et al. 2003)
B-7.2.4 Entreposage des bois
a) Dépôt à port de camion (route forestière) Les frais d’entreposage à port de camion font partie des coûts financés au préalable pour la récolte des bois (BÄRTSCHI et al. 2003).
La redevance sur le trafic des poids lourds liée aux prestations (RPLP) a été introduite le 1er janvier 2001.
B Arguments relatifs à la décision 31
Valeurs empiriques tirées de la remise en état des forêts suite aux dégâts causés par l’ouragan «Lothar»:
1 à 5 francs/m³ Ne sont pas pris en compte l’éventuelle aspersion des grumes ainsi que les pertes de rendement dues à la dépréciation des bois (BÄRTSCHI et al. 2003).
b) Dépôt à l’état humide L’entreposage à l’état humide est une façon relativement sûre de conserver la qualité des bois (ARNOLD 2003). Les résineux peuvent être entreposés jusqu’à cinq ans environ sans perdre de leur valeur. Après deux étés, on constate cependant un risque accru d’attaque par l’armillaire couleur de miel (pourridié), principalement sur les places de dépôt sises audessous de 1000 m d’altitude. Pour des raisons économiques, l’entreposage à l’état humide s’avère utile pour les bois de bonne qualité, s’il est possible de les vendre un à trois ans plus tard à un prix stable dans la région, sans occasionner de frais de transport élevés (OFEFP 2004).
Selon les expériences de l’OFEV, les coûts d’entreposage varient considérablement en fonction de l’installation. En effet, ils sont fortement influencés par les conditions générales des lieux et par la dépense découlant de l’entretien courant.
Valeurs empiriques de l’OFEV tirées de la remise en état des forêts suite aux dégâts causés par l’ouragan «Lothar»:
5 à 50 francs/m³ Après «Lothar», la Confédération a subventionné les grands dépôts à l’état humide de plus de 1000 m³ à raison d’un montant maximal de 25 francs/m³.
c) Dépôt sous bâches en plastique D’un volume de 150 à 250 m³, ce type de dépôt convient aux petites quantités dont la durée d’entreposage n’excède pas une année (BÄRTSCHI et al. 2003). Le processus d’emballage requiert une formation particulière et de l’expérience. Une utilisation scrupuleuse permet d’obtenir de très bons résultats. Il s’agit sans doute de la meilleure méthode de conservation pour les grumes de hêtres de qualité (ODENTHAL-KAHABKA et PÜTTMANN 2004).
Valeurs empiriques tirées de la remise en état des forêts suite aux dégâts causés par l’ouragan «Lothar»:
12 à 16 francs/m³ Pour des volumes de 150 à 250 m³. Coûts du matériel: 5 à 10 francs/m³. Les bois entreposés présentent fréquemment des traces d’échauffure sur la tranche et latéralement. En moyenne, il faut retrancher près de 60 cm du gros et du fin bout (AR- NOLD 2003; BÄRTSCHI et al. 2003).
32 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-7.3 Coûts supplémentaires pour garantir la sécurité au travail
Des solutions techniques adaptées (méthodes et instruments de travail, personnel qualifié et expérimenté, mesures de sécurité supplémentaires) permettent aujourd’hui de façonner plus de 95% des chablis dans une relative sécurité. Dans certains cas, il faut cependant renoncer à évacuer entièrement ou partiellement les surfaces pour des raisons de coûts ou à la suite de réflexions sur les coûts et l’utilité de telles opérations.
Afin de rendre la décision claire et compréhensible, les coûts supplémentaires nécessaires pour garantir la sécurité pendant les travaux de récolte des bois sont également estimés – à côté de l’appréciation qualitative – dans l’analyse des coûts de la liste de contrôle. En font par exemple partie les cours particuliers, l’équipement supplémentaire ou, selon les circonstances, la décision d’attribuer les travaux à un entrepreneur forestier expérimenté.
Le chapitre C-3 «sécurité au travail» fournit des compléments d’information à ce sujet.
B-7.4 Desserte (construction, extension, réparations)
D’importants dégâts de tempête entraînent en général aussi des dommages élevés au réseau de desserte. L’usure des routes forestières ne doit pas être sous-estimée dans les coûts de la récolte des bois. Il convient donc de prévoir un entretien continu des chemins pendant le façonnage des chablis. Ce point devrait faire partie du contrat, notamment en cas de recours à des entrepreneurs externes.
Afin de maîtriser les coûts totaux des mesures de récolte des bois, il peut valoir la peine de débarder les chablis vers le bas avec un léger surcoût plutôt que vers le haut. Cette manière de procéder permet en effet de ménager le réseau de desserte (FVA FREIBURG 2000).
L’éventail des coûts par mètre cube de chablis exploités est grand pour la remise en état des surfaces dévastées. Il est déterminé principalement par les facteurs suivants:
Sous-sol Lorsque le sous-sol se révèle instable, il faut prêter une attention particulière à la sensibilité du réseau de desserte.
Etat des routes L’évacuation des chablis a souvent des conséquences catastrophiques sur l’usure des routes forestières dont l’entretien a été négligé. La réparation rapide des emplacements endommagés permet d’éviter d’importants coûts supplémentaires. Les chemins carrossables ne sont en général pas construits pour résister à une sollicitation aussi élevée, causée par les multiples trajets de transport. C’est pourquoi il est nécessaire de prévoir un entretien continu de la desserte (FVA FREIBURG 2000).
Revêtement Route à revêtement naturel ou asphalté.
Moment de la récolte des La circulation sur les routes forestières est en général particulièrement problématique au bois printemps.
B Arguments relatifs à la décision 33
Conditions Lors de la récolte des chablis, les routes forestières et rurales sont fréquemment utilisées météorologiques sans tenir compte des mauvaises conditions météorologiques. Cette négligence peut avoir de graves conséquences sur leur état. Les contraintes contractuelles et logistiques sont plus fortes – notamment dans la planification à court terme – que la résolution de renoncer aux transports par temps de pluie.
Chargement du véhicule Les petits chargements augmentent certes le nombre de trajets et, par conséquent, les frais et nombre de trajets de transport, mais ils permettent parfois de réduire les coûts relatifs à l’assainissement des routes.
Comportement du Le comportement du chauffeur (style de conduite, limite de poids, etc.) peut contribuer chauffeur dans une large mesure à ménager les routes forestières et rurales.
Valeurs empiriques tirées de la remise en état des forêts suite aux dégâts causés par l’ouragan «Lothar»:
4 à 5 francs/m³ ou 26 francs/m’ Canton de Fribourg – coûts moyens pour la réparation des routes (≠ entretien) (SERVICE DES FORÊTS ET DE LA FAUNE FRIBOURG 2001). au moins 5,50 francs/m³ Canton de Zurich – estimation prudente des coûts de réparation (U. Strauss, communication écrite). 8,20 francs/m³ Canton d’Obwald – moyenne se rapportant à 2,3 millions de francs de frais de réparation pour un volume total de 280 000 m³ de chablis (AMT FÜR WALD UND LANDSCHAFT OBWALDEN 2004).
B-7.5 Mesures d’appoint
Les mesures d’appoint doivent permettre d’éviter ou d’atténuer les effets négatifs découlant de la décision d’évacuer, de laisser ou d’évacuer partiellement les chablis. En voici quelques exemples:
mesures de protection du sol, notamment contre la compaction,
écorçage, à des fins phytosanitaires, des troncs laissés sur place,
stabilisation des souches et des troncs afin d’éviter des chutes de bois,
mesures de protection contre les dangers naturels, p. ex. ouvrages paravalanches, protection contre les chutes de pierres, fractionnement des troncs situés dans la zone d’influence du lit d’un cours d’eau,
mesures préventives contre les incendies, p. ex. bande de sécurité exempte de bois le long des chemins et des routes très fréquentés,
relations publiques, travail d’information et de persuasion vis-à-vis des autorités et de la population.
Dans le cas présent, on ne tient pas compte des coûts engendrés par les mesures de reforestation (p. ex. plantation, protection contre l’abroutissement).
34 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
B-7.6 Contributions de tiers
Subventions et indemnités pour les mesures concernant la surface, par exemple:
récolte des chablis,
mesures d’appoint (voir B-7.5),
renonciation à l’exploitation des bois ou
création et extension de réserves forestières.
Dans le cas présent, on ne tient pas compte des subventions pour les mesures de reforestation (p. ex. plantation, protection contre l’abroutissement) ou des mesures phytosanitaires dans les peuplements avoisinants.
B-7.7 Coûts supplémentaires non pris en compte
L’analyse des coûts de l’«Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt» se limite aux coûts et gains relatifs à la récolte des chablis. Elle ne tient par exemple pas compte des coûts concernant:
la reforestation (nettoiement du parterre de coupe, plantation, protection contre l’abroutissement, soins culturaux),
les interventions sylvicoles dès le stade du fourré,
la lutte contre les bostryches.
Il faut – si possible – tenir compte qualitativement de ces aspects dans l’analyse de la rentabilité des coûts.
B Arguments relatifs à la décision 35
C Bases relatives aux arguments
C-1 Dangers naturels
Ces bases traitent des catastrophes naturelles qui peuvent survenir après des chablis affectant de grandes surfaces. Il s’agit en général des processus suivants: avalanches, chutes de pierres et de bois, érosion, glissements de terrain, coulées de boue, embâcles et laves torrentielles. Lorsque de telles catastrophes naturelles ont une grande probabilité de se produire ou d’être très intenses, le fait d’intervenir ou non dans les surfaces de chablis doit contribuer à la réduction des risques, sans que cela ne crée de nouvelles sources de dangers, qui pourraient être pires encore (p. ex. déstabilisation des structures du sol et de la roche par la construction de dessertes).
Lutte contre les dangers naturels selon les principes de la «gestion des risques» L’évaluation de l’effet protecteur des bois laissés sur place ne doit pas se faire dans l’optique d’atteindre un niveau de sécurité absolue. L’élément décisif n’est pas seulement de savoir ce qui peut se passer, mais de connaître aussi ce qui est admissible. Il faut toujours prévoir un risque résiduel, même après la construction d’ouvrages coûteux. La «loi de Pareto» est applicable dans ce cas également. Elle stipule que 20% des dépenses utilisées à bon escient rapportent 80% du profit possible (SEIWERT 1984). Elle fait appel à une «gestion des risques» qui cherche à optimaliser les coûts et la réduction des risques (KIENHOLZ 1994). La proportion que ce risque peut prendre dans une situation précise et la définition des mesures à mettre en œuvre relèvent aussi de l’éthique sociale – par exemple envers les générations futures – et de la tolérance écologique (WILHELM 1999).
Il est impératif de prendre en considération les dangers exposés ci-après, en particulier quand une menace sérieuse existe pour la population et les biens des catégories A et B (voir tableau 2, p. 38).
L’évaluation des dangers naturels repose sur les questions fondamentales suivantes:
a) Existe-t-il des dégâts potentiels 12? – Quels sont les objets risquant d’être endommagés par d’éventuelles catastrophes naturelles et quelle est leur importance? L’importance que représentent les dégâts potentiels pour la collectivité est déterminée à l’aide des catégories A, B et C, décrites dans le tableau 2 (p. 38). b) Existe-t-il des dangers potentiels 13? – Des catastrophes naturelles pourraient-elles survenir dans la surface de chablis en raison de la déclivité du terrain, des conditions du sol, etc.? c) Les mesures visant à diminuer les dangers sont-elles raisonnables ou la réduction des risques est-elle plus efficace au niveau des dégâts potentiels?
Définition des dégâts potentiels: ensemble des objets potentiellement menacés dans le temps et l’espace par des phénomènes naturels (HEINIMANN et al. 1998). Définition des dangers potentiels: somme des facteurs qui constituent une menace et entraînent des dommages dans une région donnée (LATELTIN 1997).
C Bases relatives aux arguments 37
o Tableau 2: Classification des dégâts potentiels selon la circulaire n 8 (D+F 1996).
Catégorie Population Biens Importance de l’objet Importance en cas d’urgence A • occupation conti- • infrastructures générant des dégâts se- grande: nuelle, pas d’autre condaires (usines électriques, routes natio- • conduites d’approvisionnement choix possible nales, routes ouvertes toute l’année, lignes importantes (eau, électricité) (lieu d’habitation ferroviaires à horaire fixe) • hôpitaux (accès compris) et de travail) • infrastructures vitales (hôpitaux) • infrastructures de transport
objets dont la protection est importante pour pour des mesures d’évacuation la communauté (bâtiments publics, entreprises industrielles et artisanales) B • occupation tempo- • bâtiments utilisés continuellement par des présente: raire, peu influen- particuliers (maisons individuelles occupées • axes de communication pour la çable (axes de toute l’année, routes d’accès) desserte permanente et à long communication) • infrastructures agricoles importantes terme
infrastructures publiques C • occupation • infrastructures utilisées occasionnellement non déterminant volontaire (maisons de vacances)
installations sportives et touristiques ¬ La classification et la définition des catégories de dégâts potentiels subiront probablement, dans le cadre du projet «SilvaProtect» de l’OFEV, certaines modifications qui n’étaient pas encore connues au moment de l’élaboration de l’«Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt».
38 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-1.1 Eviter le déclenchement d’avalanches
C-1.1.1 Définitions
Avalanche: couche de neige en mouvement rapide. Présence d’avalanches: décrochement le long de pentes de plus de 30° (58%), quelle que soit l’exposition.
Avalanche de plaque de neige: avalanche déclenchée par le décrochement d’une plaque entière de neige posée sur une couche très instable. Caractérisée par la ligne de déclenchement perpendiculaire à la pente et surplombant la zone de glissement. Déclenchement par une fissure initiale, accélération rapide.
Avalanche de neige meuble: avalanche partant d’un point identifiable (effet boule de neige). Les forces ne sont pas transmises au manteau neigeux. Accélération lente.
Avalanche de neige poudreuse: avalanche constituée de neige fine, sèche ou légèrement humide, qui forme en cas de chute rapide un aérosol constitué de neige et d’air et développe de gros nuages de particules neigeuses. (définitions tirées de FREHNER et al. 2005)
C-1.1.2 Dégâts potentiels
Les cartes synoptiques des dangers fournissent en général aussi des renseignements sur les dégâts potentiels. L’étendue des avalanches peut être estimée sur la base de modélisations ou de la pente globale.
Un objet est menacé s’il se situe, en ce qui concerne la ligne de déclenchement, dans une pente globale de 22° (40%) (voir figure 3). Cette valeur est une approximation qui a fait ses preuves pour les petites avalanches, c’est-à-dire pour un ordre de grandeur allant jusqu’à 10 000 m³ environ. Des calculs de dynamique permettent de déterminer l’étendue des avalanches de plus grande envergure (SALM et al. 1990). Les grandes avalanches se caractérisent par des zones de déclenchement profondes et larges. Les surfaces de chablis sont, à cet égard, en général trop petites et trop fortement structurées.
Pente globale = Anrisslinie angle d’inclinaison Pauschalgefälle = déclenchement – dépôt Ligne de dé- Neigungswinkel Anriss - Ablagerung clenchement
Dépôt Ablagerung Pente globale critique: env. 40% (22°)
Figure 3: Définition de la pente globale; figure de TEUFEN (1993), légèrement modifiée.
C Bases relatives aux arguments 39
C-1.1.3 Dangers potentiels
En terme de surface, la forêt fournit aujourd’hui la principale contribution en matière de protection contre les avalanches en Suisse (MARGRETH 2004). Son effet protecteur se limite en général à prévenir le déclenchement d’avalanches. Il est rare que la forêt parvienne à stopper une avalanche qui a décroché bien au-dessus d’elle. Les considérations suivantes se rapportent en premier lieu au danger d’avalanches de plaques de neige se déclenchant en forêt, étant donné qu’il ne survient guère d’avalanches de neige poudreuse en milieu boisé et que les avalanches de neige meuble mouillée ont une vitesse et une étendue réduites.
L’altitude, la pente et la couche de neige possible ont une influence déterminante sur le danger potentiel de déclenchement d’avalanches dans une surface de chablis.
a) Altitude Il y a un réel danger d’avalanches de plaques de neige lorsqu’il tombe, à bases températures, des quantités considérables de nouvelle neige (ou accumulations de neige soufflée) dans un laps de temps de trois jours environ. Ces situations sont plutôt rares au-dessous de 1000 à 1200 m. Le risque d’avalanches augmente en général avec l’altitude. Il est fréquent que des glissements de neige mouillée surviennent aussi à des altitudes comprises entre 800 et 1200 m, voire même à partir de 600 m dans certaines régions. Les avalanches de plaques de neige sèche s’avèrent par contre rares à ces altitudes.
b) Pente Les avalanches se déclenchent presque exclusivement lorsque la pente oscille entre 30 et 50° (58 et 119%). Des ouvrages sont en général construits dans ces conditions de déclivité (OFEFP et ENA 1990). Au-dessous de 1200 m, il faut normalement s’attendre à des couches de neige plus fines et à des conditions plus favorables. C’est pourquoi la pente critique inférieure a été fixée à 35° (70%).
c) Dimension des trouées en forêt Une surface de chablis évacuée représente un danger accru de déclenchement d’avalanches lorsque la trouée dépasse une dimension critique (voir tableau 3 et figure 4).
Lorsqu’une avalanche démarre d’une trouée mesurant plus de 150 m de longueur, elle est susceptible de détruire la forêt située au-dessous (MARGRETH 2004).
40 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Tableau 3: Dimensions critiques des trouées dans les forêts de protection contre les avalanches (valeurs approximatives selon FREHNER et al. 2005).
Longueur critique des trouées: > 50 m (pour une pente de 35° (70%)) (dans la ligne de plus grande pente) > 30 m (pour une pente de 45° (100%)) Largeur critique des trouées: > 15 m (dans les forêts à feuillage persistant) (perpendiculairement à la ligne de plus > 5m (dans les forêts à feuillage caduc) grande pente) Degré de recouvrement critique: < 50% (unité considérée: au moins 1 ha; la surface concerne le peuplement voisin, y compris les trouées)
Figure 4: Dimension des trouées à partir de laquelle il faut s’attendre au déclenchement d’avalanches lorsque la surface est non boisée ou que les chablis ont été évacués.
L’appréciation du danger de déclenchement d’avalanches dans une surface de chablis implique également l’observation de l’évolution à long terme de la «dimension des trouées en forêt», notamment lorsqu’il faut craindre une attaque de bostryches en raison du mélange des essences et de l’état des peuplements voisins.
Un grand secteur sans chablis d’une surface non évacuée peut aussi être considéré comme trouée. Selon les «Directives pour la construction d’ouvrages paravalan- IIIn nttteeerrrvvvaaalllllleee <<< 222000 m n m m ches dans la zone de décrochement» (OFEFP et ENA 1990), il faut respecter un intervalle inférieur à vingt mètres entre les troncs constituant la hauteur d’action (voir figure 5). Ces troncs à effet protecteur particulier doivent cependant encore être consolidés par des bois intercalaires. En effet, un tronc reposant isolément Figure 5: Intervalle maximal entre les n’atteint jamais la hauteur d’action d’un ouvrage teméléments servant d’ouvrages paravalanches en raison de leur poraire. Par conséquent, il ne doit pas y avoir de grands hauteur d’action (surface laissée telle espaces entre les troncs. La présence de chaque tige à quelle à Disentis lors des avalanches terre contribue à prévenir le glissement de la neige et à de l’hiver 1998–1999). contrer la formation d’une importante charge de neige.
C Bases relatives aux arguments 41
Altitude de la surface de chablis (m) < 800–1200 m (selon région climatique)* Faible danger de déclenchement > 800–1200 m* d’avalanches c.-à-d. critère non Pente de la surface de chablis < 30° (<35° sous 1200 m*) déterminant > argument b) ou c) Longueur** de Longueur** de Longueur** de la la surface de la surface de surface de <30 m chablis dans la chablis dans la chablis dans la ligne de pente ligne de pente < 40 m ligne de pente (mesurée du bord (mesurée du bord (mesurée du bord supérieur au bord supérieur au bord supérieur au bord inférieur) < 50 m inférieur) inférieur) Degré de recouvrement** dans la > 40 m surface de chablis et les environs > 50 m > 30 m (unité considérée: au moins 1 ha; la surface concerne le peuplement voisin, y Peuplement restant** dans la surface de chablis et dans le peuplement avoisinant compris les trouées) Avant tout Avant tout à à feuillage persistant Largeur** de la surface de <5m chablis Largeur** de la surface de
L’effet protecteur n’est plus garanti par le peuplement sur pied restant. Le danger d’avalanches peut donc être considérablement influencé par le fait de laisser ou d’évacuer les chablis > arguments e) à j).
L’effet protecteur est encore garanti par le peuplement restant sur pied, indépendamment du fait que les chablis restent sur place ou soient évacués. Le critère relatif aux avalanches n’est pas donc déterminant > argument d)
* Certaines expériences montrent que cette limite peut aussi se situer plus bas. ** Le degré de recouvrement, la longueur et la largeur des trouées peuvent encore se modifier au cours des années suivantes, avant tout en raison des épicéas et des hêtres restés sur pied à l’intérieur et en bordure de la surface (bostryches, coups de soleil). L’appréciation doit tenir compte de ces constatations, notamment si les arbres dépérissants sont évacués.
Figure 6: Schéma de décision pour l’évaluation des dangers potentiels de déclenchement d’avalanches (base: FREHNER et al. 2005). Les arguments a à l sont mentionnés au chapitre B-1.1, p. 18.
C-1.1.4 Estimation de l’épaisseur extrême de neige et de la période de retour
L’épaisseur extrême de neige et sa période de retour (ou temps de retour), dont il faut tenir compte, dépendent des délais permettant à la jeune forêt d’assumer sa fonction protectrice. Si ce laps de temps s’élève à trente ans environ, il suffit de prévoir une épaisseur de neige sur trente ans (B. Salm, communication orale):
épaisseur extrême de neige sur 30 ans = 0,83 x épaisseur extrême de neige sur 100 ans
L’épaisseur extrême de la neige sur cent ans peut être déterminée à l’aide de la carte des hauteurs de neige des «Directives pour la construction d’ouvrages paravalanches dans la
42 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
zone de décrochement» (OFEFP et ENA 1990) et de la formule de calcul qui s’y rapporte. Cette valeur approximative, corrigée par les expériences faites dans la région, correspond suffisamment bien aux conditions locales.
L’épaisseur extrême de la neige peut s’avérer fort importante, en particulier dans les zones très enneigées, situées vers la limite supérieure de la forêt. On calcule ainsi une valeur de près de 4,5 mètres pour une épaisseur moyenne d’une période de retour de trente ans à Oberiberg (1800 m), en Suisse centrale.
Altitude Les facteurs suivants déterminent la durée nécessaire à la jeune forêt pour assumer pleinement la fonction protectrice: À l’étage haut-montagnard et subalpin, il peut s’écouler, en fonction de la concurrence de la végétation et de l’importance de l’abroutissement, 30 à 80 ans, voire plus, jusqu’au moment où la jeune forêt, régénérée par voie naturelle, puisse assumer la fonction protectrice (OTT et al. 1997 p. 33; KUPFERSCHMID et al. 2004).
Rajeunissement préétabli Dans la mesure où il y a peu de rajeunissement préétabli, la régénération naturelle des surfaces de chablis laissées telles quelles est en général plus lente que dans les surfaces évacuées et s’implante localement de manière plutôt échelonnée (voir C-4.2.4, p. 87). Il est fréquent que l’on atteigne le niveau de régénération naturelle souhaité qu’avec le rajeunissement sur le bois en décomposition, c’est-à-dire après 15 à 30 ans environ (voir C-4.2.7, p.
Semenciers En règle générale, la régénération naturelle par surface entière dure très longtemps dans les grandes zones de chablis, où les semenciers sont très éloignés (voir C-4.2.4b, p. 88) et où le rajeunissement préétabli se fait rare.
Mesures de reforestation En favorisant judicieusement la reforestation – par exemple en tenant compte du rajeunissement préétabli, en plantant, etc. – il est possible de réduire considérablement la durée nécessaire pour l’implantation d’une jeune forêt offrant une protection efficace dans la plupart des surfaces (même celles laissées en l’état) (voir C-4.2.5, p. 90).
C-1.1.5 Effet protecteur des surfaces de chablis dans la zone de déclenchement
a) Surfaces de chablis évacuées La rugosité du sol reste La rugosité du sol, très élevée si les bois sont laissés sur place, est considérablement réduite élevée, même après par la vidange et notamment par le nettoiement complet du parterre de coupe suivant la l’évacuation des chablis récolte des bois. En règle générale, la rugosité du sol reste suffisamment élevée, même après le nettoiement, pour prévenir largement le glissement de la neige et les avalanches de fond (NOACK et al. 2004; FREHNER et al. 2005). Les expériences faites avec les avalanches de 1998/1999 ont confirmé cette constatation. Même lorsque l’épaisseur de la neige atteint 1,5 à 2 mètres, les restes de souches, de racines et de débris de troncs étaient encore parfaitement visibles, également dans les surfaces de chablis évacuées en 1990. Ils ont de ce fait empêché la formation d’une couche de neige uniforme sur de grandes surfaces. Fin février 1999, on a toutefois enregistré le déclenchement de quelques avalanches importantes dans
C Bases relatives aux arguments 43
les surfaces de chablis raides et évacuées avec un soin particulier. La route cantonale a été ensevelie sous une avalanche de ce type entre Pfäfers et Vättis.
L’effet protecteur est Les souches et les tas de bois ne suffisent pas à empêcher à eux seuls le déclenchement considérablement réduit d’avalanches sur les versants raides de l’étage montagnard et subalpin. Au cours d’une par l’évacuation des durée d’observation de dix ans, plusieurs avalanches, parfois de grande envergure, sont par chablis exemple parties depuis les placettes d’essai «Vivian» de Disentis et Pfäfers, évacuées et sises sur une pente dépassant 35° (70%) (FREY et THEE 2002; SCHWITTER 2002). En début d’année 1999, on a mesuré une épaisseur maximale de neige de deux mètres environ sur la placette de Pfäfers, ce qui correspond à un événement d’une période de retour de vingt ans. La route cantonale située en contrebas a été ensevelie par une avalanche forestière de ce type.
Au-dessous de la limite supérieure de la forêt, la structure de la couverture neigeuse était relativement stable, malgré les quantités de neige inhabituelles qui sont tombées en février
1999 Si les conditions d’enneigement avaient été défavorables comme en 1951, il aurait
fallu craindre le décrochement d’avalanches nettement plus fréquentes dans les zones potentielles de déclenchement qui ont été évacuées (W. Frey, communication écrite).
b) Surfaces de chablis laissées telles quelles La rugosité du sol est très Dans les surfaces non évacuées, la couverture neigeuse est en règle générale souvent interélevée dans les surfaces rompue et subdivisée par les chablis, les disques racinaires et les souches (NOACK et al. de chablis laissées telles 2004). Ces lieux ne permettent par conséquent pas la formation de couches de neige contiquelles nues et uniformes à grande échelle. Même si la couverture neigeuse recouvre entièrement les chablis, les ruptures et les fissures des couches inférieures parviennent souvent jusqu’à la surface (FREY et THEE 2002).
L’importante hauteur Durant les premières années consécutives à une d’action des chablis tempête, la hauteur d’action (voir figure 7) des exerce un effet protecteur arbres renversés peut localement atteindre deux à
Hauteur d’action élevé au cours des trois mètres, voire plus. Cette hauteur, initialepremières années ment élevée, empêche pratiquement le déclenchement d’avalanches dans la surface de chablis. L’entrelacement des bois dans les couches de neige prévient des avalanches jusqu’à une pente de 45° (100%). Si un éventuel glissement se produit, il se situe toujours au-dessus de la hauteur Figure 7: Dans cet ouvrage, la hauteur d’acd’action des troncs (voir C-1.1.4b). Si les bois tion est définie comme la hauteur verticale laissés à terre sont complètement recouverts de de la partie supérieure d’un tronc par rapport neige, il est possible que les couches supérieures au sol. Il s’agit de la zone dans laquelle les décrochent et provoquent une avalanche de sur- bois à terre exercent un effet stabilisateur. face lorsque la pente excède 30° (58%) (tableau Cette définition implique une bonne répar- 4). La liaison entre les bois et la neige peut toute- tition de la hauteur d’action admise dans les
fois aussi constituer un point faible. parties raides dépassant 30° (58%) et l’absence de trouées importantes.
44 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
L’effet protecteur des bois laissés à terre est triple:
il augmente considérablement la rugosité du sol,
il prévient la formation d’une couche de neige uniforme et
il consolide la couverture neigeuse.
L’efficacité de la protection exercée par les chablis laissés à terre est particulièrement grande lorsque:
la hauteur d’action est élevée (elle diminue avec le temps),
le diamètre des troncs est important,
les troncs reposent en biais par rapport à la ligne de plus grande pente et
les arbres renversés sont bien ancrés dans le sol grâce au contact racinaire.
Il importe d’étudier soigneusement le cas des endroits où il faut craindre de surcroît une importante accumulation de neige soufflée, par exemple dans les trouées en forêt ou à l’abri des arêtes (FREY et THEE 2002).
Les chablis laissés sur Malgré la protection très efficace offerte par les surfaces de chablis laissées telles quelles, place n’offrent pas une une évaluation soigneuse de la situation s’avère indispensable. Les données quantitatives protection absolue! généralement admises en ce qui concerne la hauteur d’action des bois laissés sur place, la position des troncs, etc., sont problématiques car le degré de dispersion est trop grand et dépend très fortement des conditions locales. C’est pourquoi l’évaluation de l’effet préventif des bois à terre vis-à-vis des avalanches doit, dans une application pratique, être complétée par des observations et des expériences concrètes des lieux.
Lorsque la pente des surfaces de chablis excède 45° (100%) environ, les couches de neige entremêlées de bois peuvent se mettre en mouvement. Les bois charriés sont alors susceptibles d’accroître considérablement l’effet dévastateur des avalanches et causer, le cas échéant, des embâcles dans le lit de cours d’eau (MARGRETH 2004).
Lorsque des routes ou des zones habitées sont protégées contre les avalanches à l’aide des chablis laissés sur place, il est important, en raison du risque résiduel inconnu, de fermer ou d’évacuer ces infrastructures durant les phases critiques (SCHWITTER 2002). Si les exigences quant à la protection contre le déclenchement d’avalanches sont très élevées en raison des dangers et des dégâts potentiels importants, l’effet des bois à terre doit, selon le cas, être renforcé localement par des ouvrages (NOACK et al. 2004).
C Bases relatives aux arguments 45
Tableau 4: Stabilité de la couverture neigeuse par rapport à la pente du terrain et à la hauteur d’action des bois laissés sur place.
Situation Description Hauteur 1 d’action des Lorsque la pente est inférieure ou égale à 30° (58%), il ne faut pas craindre le déclenchement d’avalanches, même si l’épaisseur de neige dépasse la hauteur bois d’action de plus de 50 cm (au-dessous de 1200 m, on peut normalement admettre < 30° (58%) une pente critique de 35° (70%)).
Lorsque la pente excède 30° (58%), il faut craindre le déclenchement d’avalanches
2 Hauteur d’action
si l’épaisseur de nouvelle neige dépasse la hauteur d’action de plus de 50 cm. La des bois couche de glissement se situe cependant au-dessus de la hauteur d’action. Des recherches menées par FREY et THEE (2002) sur des pentes de 40° (85%) ont 30–45° montré que des troncs reposant à terre dix ans après la tempête sont encore ca- (58–100%) pables de soutenir la charge exercée par une épaisseur maximale de neige d’une période de retour de trente ans.
3 Lorsque la pente est encore plus raide, la couche de bois, elle-même, devient si
instable qu’elle peut glisser, même sans la charge supplémentaire exercée par la ≥ env. 45° (100%) neige. Dès 50° (120%) environ, il ne faut craindre que de petites avalanches en raison de la purge fréquente des versants.
La hauteur d’action En ce qui concerne le danger d’avalanches, il n’y a en général pas de raison d’agir rapidediminue au fil du temps ment car l’effet protecteur, initialement très efficace, ne diminue pas considérablement au cours des premières années.
La décomposition du bois se poursuit très différemment en fonction de l’ensoleillement, du contact avec le sol, des précipitations, etc. (ALBRECHT 1991). Par endroits, les chablis n’avaient pas encore perdu beaucoup de leur résistance, dix ans après «Vivian», alors qu’ailleurs – souvent sur la même tige – la décomposition était déjà étonnamment avancée. Le processus de tassement et de décomposition peut durer nettement plus longtemps (plusieurs décennies) à l’étage subalpin, sur les stations fortement ensoleillées ou lorsque le diamètre des arbres est important. Il en va de même pour les troncs hauts perchés, sans contact avec le sol.
Dans le cas de la placette d’essai de Disentis, laissée telle quelle, la hauteur d’action, initialement élevée, a passé de plus de 150 cm à près de 110 cm lors de la première décennie. Les phénomènes de tassement se sont produits principalement durant les hivers très enneigés de 1991/1992, 1994/1995 et 1998/1999. Même après dix ans, la hauteur d’action était encore suffisante pour empêcher le déclenchement de coulées de neige lors du fameux hiver 1998/1999, particulièrement riche en avalanches (FREY et THEE 2002). Comme le montre la figure 8, les épicéas laissés à terre étaient encore bien visibles ou dépassaient les couches de neige pouvant excéder 150 cm. À la différence des surfaces voisines évacuées, on n’a constaté pratiquement aucune avalanche au cours de cet hiver-là, excepté de petites avalanches de plaques de neige qui se déclenchent lorsque la pente atteint 45° (100%) et qui sont rapidement immobilisées par les bois à terre.
46 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Figure 8: Placette d’essai du WSL dans la région de Disentis (1400–1500 m), le 25 février 1999 (neuf ans après Vivian), recouverte d’une épaisseur de neige de 150 cm. En moyenne, les troncs de la partie laissée telle quelle (milieu de l’image) accusaient une hauteur d’action de près de 120 cm (photo: W. Frey, WSL).
Jusqu’à présent, il n’a pas été possible d’observer des situations lors desquelles la couverture neigeuse aurait glissé avec les bois à terre. Apparemment, ce danger semble être plutôt faible. Un scénario de ce type est imaginable à partir d’une pente d’environ 45° (100%) (voir tableau 4). Des recherches de FREY et THEE (2002) ont montré que les chablis à terre sont capables de soutenir parfaitement la pression exercée par une épaisseur extrême de neige (Hext = 2,4 m) d’une période de retour de trente ans, même pour une pente de 85% (40°). Cette expérience a été menée neuf ans après la tempête, sur le Bläserberg, à Pfäfers (SG).
Un jeune peuplement d’épicéas doit avoir atteint au moins le double de l’épaisseur extrême de neige pour garantir une protection efficace contre le déclenchement d’avalanches. D’ici là, il peut sans autre s’écouler trente ans et plus dans les pessières de montagne, lorsque le taux d’abroutissement est élevé (KUPFERSCHMID et al. 2004). Une couche de troncs efficace contre le déclenchement d’avalanches peut vraisemblablement aussi durer à peu près ce nombre d’années (FREY et THEE 2002). Au cours de la période durant laquelle l’effet protecteur des chablis à terre diminue constamment, il faut favoriser la reforestation de sorte que la diminution de l’effet des bois laissés soit progressivement compensée par la fonction de la jeune forêt (voir figure 9). Si l’on choisit de laisser telle quelle une surface de chablis caractérisée par un manque de rajeunissement préétabli et un développement dynamique des hautes herbes et des framboisiers, la décision prise nécessite de planter, aussi rapidement que possible après une tempête, un nombre suffisant de jeunes arbres (env. 4000 tiges/ha) entre les troncs à terre (SCHWITTER 2002).
C Bases relatives aux arguments 47
Forêt protectrice intacte
Chablis à terre, souches Peuplement suivant et disques racinaires
Effet protecteur Régénération
Temps depuis la tempête
Figure 9: Modèle de réflexion sur l’évolution de l’effet protecteur dans une surface de chablis. Selon l’intensité d’évacuation, les quantités, les dimensions et le degré de décomposition, la protection assumée par les chablis restants fluctue entre la marge supérieure et inférieure de la bande du graphique. Le nouveau peuplement assume progressivement la fonction protectrice. La vitesse de reprise dépend du rajeunissement préétabli ainsi que des conditions d’ensemencement et de croissance après la tempête. Lorsque le rajeunissement fait défaut, la plantation de jeunes arbres permet d’accélérer sensiblement le développement de la forêt protectrice. Les chablis et le peuplement suivant ne sont certes pas à même d’assurer un écran protecteur total, mais ils se soutiennent mutuellement jusqu’à ce que la nouvelle forêt soit en mesure d’assumer entièrement la fonction protectrice (graphique selon W. Schönenberger, non publié).
C-1.1.6 Effet protecteur des bois laissés dans les couloirs
Lorsque de petites avalanches de plaques de neige se déclenchent dans les surfaces de chablis laissées telles quelles, il y a peu de risque qu’elles emportent le matériel, même si, dans le couloir, quelques troncs dépassent de la couche de glissement. Quand suffisamment de troncs reposent dans le couloir, il est fort probable que l’avalanche sera arrêtée à temps. Lorsque la pente accuse 45° (100%) et que l’épaisseur de déclenchement mesure 50 cm, les avalanches de plaques de neige requièrent une distance de 20 mètres pour atteindre pratiquement leur vitesse finale. Une avalanche qui décroche au-dessus de la surface de chablis et qui la traverse à pleine vitesse emporte tous les bois renversés. Même un peuplement intact ne parvient pas à résister à de telles forces.
C-1.1.7 Laisser les chablis à terre, une solution de rechange à l’évacuation des bois et la construction d’ouvrages paravalanches?
Etant donné les coûts très élevés qu’entraînent l’évacuation des bois et la construction d’ouvrages paravalanches, il convient d’étudier minutieusement les autres possibilités. Une solution nettement plus avantageuse consiste à tirer profit des bois à terre qui empêchent efficacement le déclenchement d’avalanches durant de nombreuses années. Simultanément, il est souvent possible de faire croître une jeune forêt susceptible de reprendre à temps l’effet protecteur que les bois renversés perdent progressivement. Il suffit pour cela de favoriser le rajeunissement préétabli, de planter entre les troncs et d’effectuer les mesures accessoires nécessaires.
48 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Il est important de contrôler périodiquement les endroits critiques en matière d’avalanches. On peut renforcer ces zones par quelques ouvrages de stabilisation temporaires lorsque la hauteur d’action se réduit à l’épaisseur maximale de neige d’une période de retour de trente ans en raison de l’affaiblissement des bois et que la jeune forêt est encore loin d’assumer la fonction protectrice. Les possibilités techniques, comme les ouvrages de stabilisation préfabriqués, permettent aujourd’hui d’agir de manière différenciée dans le temps et l’espace.
C-1.1.8 Effet protecteur des peuplements d’épicéas décimés par les attaques de bostryches
Suite aux chablis imputables à «Vivian», les bostryches ont causé le dépérissement d’un peuplement d’épicéas de 30 hectares situé au-dessus de Schwanden (GL), sur le flanc nord du Gandberg. Les arbres morts ont été laissés sur pied. Jusqu’à l’été 2000, le vent a brisé près de 75% des tiges (KUPFERSCHMID et al. 2004). La plupart des troncs ont chuté perpendiculairement à la ligne de plus grande pente et constituent de ce fait une protection efficace contre les chutes de pierres et le déclenchement d’avalanches (voir figure 10).
Durant une période d’observation de huit ans, on n’a pas constaté de déclenchement d’avalanches ou de phénomènes notables de chutes de pierres dans la surface de bois mort. KUPFERSCHMID ALBISETTI (2003) relève toutefois une exception. Il s’agit d’une petite chute de pierres qui a été arrêtée après quelques mètres déjà par les souches et les troncs à terre. Si les bois morts avaient été exploités, il est fort probable que les cas d’érosion, de chutes de pierres, ainsi que le danger de décrochement d’avalanches auraient sensiblement augmenté sur ce versant particulièrement raide (KUPFERSCHMID ALBISETTI 2003). KUP- FERSCHMID et al. (2004) estiment également que les bois morts du Gandberg offriront une protection efficace contre les dangers naturels durant une trentaine d’années. La condition préalable en est l’implantation simultanée d’un nouveau peuplement qui, au cours de cette période, reprenne progressivement l’effet protecteur à sa charge (voir figure 9).
Figure 10: Surface de bois morts du Gandberg, au-dessus de Schwanden, après des attaques de bostryches typographes. Les arbres, entre-temps brisés par le vent, constituent une protection efficace contre les chutes de pierres et le déclenchement d’avalanches (photo: A. Kupferschmid).
C Bases relatives aux arguments 49
C-1.2 Eviter les chutes de pierres et de bois
C-1.2.1 Définitions
Chutes de pierres / chutes de blocs: mouvement de pierres dévalant une pente, ainsi que leur interaction avec l’environnement (FREHNER et al. 2005).
Les pierres et les blocs sont classés en cinq catégories de grandeur (tableau 5).
Chutes de bois: comme pour les chutes de pierres, des souches, des troncs entiers ou certaines parties de troncs peuvent perdre de leur ancrage en terrain raide et le long des arêtes, puis glisser, rouler ou sauter en bas d’une pente.
Tableau 5: Catégories de grandeur des pierres et des blocs (GERBER 1994).
Dimensions moyennes Masse* Petits blocs 0,5 – 1,0 m 250 – 2 000 kg Blocs moyens 1,0 – 1,5 m 2 000 – 7 000 kg Gros blocs 1,5 – 2,0 m 7 000 – 15 000 kg Très gros blocs > 2,0 m > 15 000 kg *Moyenne: les blocs cubiques accusent une masse supérieure de 20%, les formes arrondies affichent une masse inférieure de 20%.
Zone de déclenchement pente supérieure à 30° (58%), en général très raide, souvent avec affleurements rocheux
Zone de passage (transit) pente supérieure à 30° (58%) (voir tableau 6, p. 50)
Zone d’atterrissement et de dépôt pente inférieure à 30° (58%)
Figure 11: Subdivision d’une zone de chutes de pierres, selon FREHNER et al. (2005).
50 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-1.2.2 Dégâts potentiels
La zone dangereuse comprend la zone de passage et de dépôt (voir C-1.2.2a et C-1.2.2b, p. 51). Concrètement, la portée des chutes de pierres peut être établie sur la base de traces dans le terrain ou à l’aide des cartes synoptiques des dangers. Les pierres et les blocs s’arrêtent fréquemment dans une pente globale (voir figure 3, p. 39) d’environ 30° (58%) (GERBER 1998; PERRET et al. 2004). Il faut en outre tenir compte des facteurs qui prolongent ou qui raccourcissent la trajectoire (voir tableau 6).
Des modèles de simulation permettent actuellement d’estimer de manière très fiable la portée des pierres, avec ou sans l’effet de freinage de la forêt (STOFFEL et al. 2005).
a) Zone de passage Dans la zone de passage des chutes de pierres, la pente excède 30° (58%). Cela signifie que les pierres – lorsque leur trajectoire ne rencontre aucun obstacle – subissent une accélération, c’est-à-dire que leur vitesse augmente (FREHNER et al. 2005). Une distance de 40 mètres peut déjà suffire pour atteindre une vitesse maximale et pour provoquer de larges bonds en fonction du terrain (GSTEIGER 1993).
La distance de chute des bois dévalant la pente est, abstraction faite des souches et des troncs ébranchés, nettement raccourcie. Une pente supérieure à 45° (100%) s’avère en règle générale nécessaire pour accélérer ou maintenir la vitesse de chute. Les branches empêchent dans une large mesure les chablis de rouler. Lorsque le tronc est rattaché à la souche (disque racinaire), la trajectoire, initialement parallèle à la ligne de plus grande pente, est assez vite réduite par des mouvements latéraux de déviation.
Des obstacles tels que les arbres sur pied ou renversés sont susceptibles de raccourcir considérablement la distance de chute et par conséquent de repousser vers le haut la zone de dépôt (voir tableau 6; LUNDSTRÖM et al.; DORREN et al. 2005; SCHÖNENBERGER et al. 2005). Les sols profonds, disposant d’un potentiel d’amortissement important, produisent un effet comparable.
b) Zone de dépôt Dans la zone de dépôt, les pierres, les blocs ou les bois sont ralentis et immobilisés. Lorsque la pente est inférieure à 25° (45%), il suffit en général d’une courte distance pour stopper les pierres (FREHNER et al. 2005).
C Bases relatives aux arguments 51
Tableau 6: Lorsque le sol est superficiel, les petits blocs s’arrêtent en règle générale dans une pente globale de 30° (58%). Le tableau montre les facteurs susceptibles de réduire (grande pente globale) ou de prolonger (petite pente globale) la portée des chutes de pierres.
Pente globale minimale: > 30° (58%) < 30 (58%) La portée est réduite par les facteurs suivants: La portée est prolongée par les facteurs suivants: Propriétés du matériau: • Pierres (voir tableau 5, p. 50). • Blocs moyens ou plus grands
Pierres anguleuses ou plates. (voir tableau 5, p. 50).
Pierres et blocs de formes arrondies. Propriétés de la forêt: • Perchis ou futaies riches en tiges sur pied. • Forêts claires ou non boisées.
Bois à terre: selon la position par rapport • Arbres de faibles diamètres. à la ligne de plus grande pente, selon le diamètre et le stade de décomposition. Propriétés du terrain: • Importante rugosité du sol, p. ex. éboulis • Faible rugosité du sol. de pente.
Sol profond, c’est-à-dire amortissement important.
C-1.2.3 Dangers potentiels
Après le passage d’une tempête, le danger de chutes de pierres peut augmenter en fonction des conditions géologiques ou de la pente, par exemple pour les raisons suivantes:
le déracinement des arbres libère des pierres,
après la disparition du peuplement protecteur, le gel pénètre plus profondément dans le sol et cause une altération accélérée de la roche,
l’effet de la forêt de protection contre les chutes de pierres est réduit en raison des dégâts au boisement (FREY et al. 1995).
Les chutes de pierres surviennent le plus souvent lorsque la pente dépasse 30° ou 58% (voir tableau 6).
En général, les zones de chutes de pierres sont clairement visibles dans le terrain, ou sont répertoriées dans les cadastres et les cartes des dangers.
De nouvelles zones de déclenchement peuvent se créer, à court ou moyen terme, après des dégâts de tempête. En effet, les grandes pierres arrachées lors du renversement de la souche sont susceptibles de se détacher de la balle racinaire au bout d’un certain temps. Il faut en tenir compte lorsque les chablis qui auraient pu immobiliser ces pierres sont récoltés.
À l’exception des souches renversées coupées trop près de la base, susceptibles de se comporter comme des pierres en fonction de leur forme, les chutes de bois ne surviennent en principe que si la pente excède 45° (100%), lorsque les arbres ou les souches se détachent de leur ancrage ou que les troncs secs sur pied se brisent après quelques années.
52 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-1.2.4 Effet des surfaces de chablis évacuées sur les chutes de pierres
a) Zone de déclenchement: L’évacuation des chablis Une évacuation soigneuse des chablis s’avère judicieuse lorsque les bois à terre sont instapermet d’enlever ou de bles et qu’ils risquent de causer des dégâts directs ou indirects considérables en chutant ou stabiliser les éléments en glissant dans les cours d’eau ou dans les environs (GERTSCH et KIENHOLZ 2004). instables Les grandes pierres emprisonnées dans les balles racinaires se détachent en général au cours de la décomposition des racines et constituent ainsi une zone de déclenchement (phénomène fréquent dans le Jura notamment). Les souches renversées peuvent en outre se mettre en mouvement. Ce problème peut être pratiquement éliminé si la découpe du tronc est faite à plus de quatre mètres de la souche (FREHNER et al. 2005).
Les bois mal maintenus peuvent se mettre facilement en mouvement. Il y a lieu de tenir tout particulièrement compte de ce danger dans les cas suivants: pente très raide, troncs ébranchés ou écorcés, influence de la neige (FREHNER et al. 2005).
b) Zone de passage et de dépôt: Grâce aux souches renversées, aux hautes souches sur pied et au reste de bois, les surfaces de chablis évacuées offrent une protection comparable à celle de l’ancienne forêt. Les éléments constituant la structure s’avèrent certes moins haut, mais ils fournissent un effet protecteur plus étendu horizontalement (NOACK et al. 2004). Les tas de branches contribuent à amortir le phénomène de chute. En évacuant les chablis, Cependant, en évacuant les chablis de la surface, on se prive souvent, durant une longue on se prive d’un ouvrage période, d’un «ouvrage» naturel et très efficace de protection contre les chutes de pierres très efficace de protection (FREHNER et al. 2005). contre les chutes de pierres
C-1.2.5 Effet des surfaces de chablis laissées telles quelles face aux chutes de pierres
a) Zone de déclenchement: Les chablis permettent Les troncs à terre empêchent le déclenchement de chutes de pierres et souvent également de d’empêcher les chutes petits blocs durant des décennies (FREHNER et al. 2005). L’érosion ou le danger de glissede pierres durant des ments de terrain superficiels sont également faibles dans une surface laissée telle quelle. décennies Cette qualité a aussi un effet bénéfique sur le risque de chutes de pierres.
Les bois laissés sur place Dans les zones de chablis très raides dont la déclivité atteint 50 à 55° (120 à 140%), comme peuvent devenir instables dans l’Oberland grison, des troncs et des pierres ont déjà dévalé la pente au cours des presur les versants raides mières années suivant une tempête. Les bois et les pierres qui se sont accumulés dans le lit d’un cours d’eau sont souvent susceptibles de causer d’autres dégâts en cas de crues (FREY et al. 1995).
C Bases relatives aux arguments 53
b) Zone de passage et de dépôt: La rugosité du sol est très Les chablis à terre accroissent considérablement la rugosité du sol. Durant les premières élevée dans les surfaces années, les troncs forment souvent un enchevêtrement dépassant un mètre de hauteur. Cette laissées telles quelles qualité permet de remplir largement les exigences minimales en matière de protection contre les chutes de pierres. Les bois reposant en biais par rapport à la ligne de plus grande pente freinent les pierres, alors que les troncs disposés perpendiculairement à la ligne de plus grande pente permettent également d’arrêter les projectiles. L’effet des arbres à terre est particulièrement grand lorsque les pierres dévalant la pente sont ralenties par des obstacles ou qu’elles traversent des zones moins raides. Dans la zone de passage, les chablis renversés protègent également le nouveau peuplement contre les dégâts (NOACK et al. 2004; FREHNER et al. 2005).
Les pierres détachées, susceptibles de rouler loin si les circonstances s’y prêtent, s’amassent souvent derrière les troncs à terre des surfaces laissées telles quelles. Une surface de chablis peut parfois se transformer en zone de déclenchement, si les pierres accumulées ne sont pas suffisamment liées au sol et menacent de dévaler la pente lorsque le bois est bien décomposé, ou si des pierres s’échappent des souches renversées. Ce danger concerne notamment les stations raides, c’est-à-dire celles dont la pente dépasse 30° (58%) (FREY et al. 1995; FREHNER et al. 2005). Ce matériau est souvent assez vite immobilisé par les troncs laissés plus bas, par la rugosité du sol encore élevée ou par la jeune forêt qui s’implante entretemps. La protection contre les chutes de pierres offerte par une surface non évacuée agit à grande échelle. Globalement, ces avantages l’emportent sur le risque de voir ultérieurement les pierres amoncelées reprendre leur course en bas de la pente. Cependant, il ne faut pas perdre de vue, même à long terme, les accumulations de pierres qui présentent un danger dans la forêt protectrice. Des mesures ponctuelles, comme la disposition de nouveaux troncs au-dessous des arbres en décomposition, peuvent s’imposer au cours de la dégradation des structures de barrage (FREHNER et al. 2005).
Des blocs peuvent rompre Une surface de chablis laissée telle quelle n’a qu’un pouvoir limité pour retenir les blocs les barricades formées par d’un diamètre moyen supérieur à 1 m (env. 2 000 kg). De tels blocs atteignent déjà une l’enchevêtrement des vitesse de 10 m/s après avoir parcouru une distance de 5 à 7 m. Ils produisent par conséchablis quent une énergie cinétique supérieure à 100 kJ, alors qu’une énergie nettement plus faible suffit – selon le diamètre, l’essence et le stade de décomposition de la pièce de bois – pour briser un tronc reposant à terre. Il ne faut pas espérer une meilleure résistance, même dans le cas d’une forêt intacte (GERBER 1998). Face à de grands blocs dont le diamètre moyen dépasse 1,5 m (env. 7 000 kg), la forêt parvient certes encore à freiner les projectiles, mais n’est presque plus en mesure d’arrêter la course de tels blocs sans bénéficier simultanément du concours d’un replat de terrain.
54 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-1.2.6 Effet protecteur des peuplements d’épicéas décimés par les attaques de bostryches
Le dépérissement d’épicéas sur pied n’a pas pour conséquence la perte immédiate de la protection contre les chutes de pierres. Les arbres restent encore plusieurs années debout, puis cassent souvent à une hauteur de 1 à 5 m, comme l’ont montré les expériences faites au Gandberg, près de Schwanden (GL). On n’a pas observé d’arbres déracinés après leur phase de dépérissement (KUPFERSCHMID et al. 2004). Les parties brisées qui ont chuté perpendiculairement à la ligne de plus grande pente créent un «ouvrage» de protection très efficace contre les chutes de pierres qui – constitué de hautes souches et de troncs à terre – est susceptible de dépasser l’effet protecteur de l’ancien peuplement (voir figure 3, p. 14). En se décomposant, les hautes souches et les troncs à terre perdent toutefois peu à peu de leur résistance. Cette évolution peut avoir des conséquences négatives sur l’effet protecteur de ces surfaces. C’est pourquoi il faut également tenir compte du danger de chutes de bois dans les cas suivants: forte pente, direction de chute défavorable des troncs brisés et influence de la neige.
C Bases relatives aux arguments 55
C-1.3 Eviter les glissements de terrain, les coulées de boue et l’érosion
C-1.3.1 Définitions
• Glissement de terrain: mouvement aval d’une masse de terre, de roches ou de pierres le long d’une surface de glissement en direction du bas d’une pente. La masse en glissement peut produire des coulées de boue si elle est fortement détrempée.
Profondeur de la surface de glissement Glissements superficiels: 0à2m Glissements moyennement profonds: 2 à 10 m Glissements profonds: > 10 m
Coulée de boue: coulée de boue se formant le long d’une pente (¬C-1.4.1, p. 64).
Erosion: enlèvement et transport de matériaux solides par l’eau, les glaciers, le vent, les vagues, etc.
Erosion de surface (érosion superficielle): érosion d’une couche homogène et étendue à la surface du sol, sous l’action de l’eau, de la neige ou du vent. (définitions tirées de FREHNER et al. 2005)
Tableau 7: Documents et indications dans le terrain servant d’aide à l’évaluation du danger de glissements.
Documents Indications dans le terrain
Carte des dangers, carte synoptique des dangers • Pente
Carte des sols et des versants instables • Géologie et propriétés du sol
Cadastre des événements, documentation des événe- • Topographie ments
Carte géologique
Résultats de modélisation
C-1.3.2 Dégâts potentiels
Les glissements de terrain, au sens strict du terme, sont rarement importants, car la distance séparant la zone de déclenchement et le lieu de dépôt est normalement courte. Si la liquéfaction du matériau et la pente sont suffisantes (voir 0), les glissements de terrain peuvent se transformer en coulées de boue, parcourir une grande distance et menacer même les objets très éloignés. L’étendue des glissements de terrain et des coulées de boue et, par conséquent, la menace possible pour certains objets, peuvent être déterminées sur la base de traces visibles dans le terrain, de la documentation d’événements passés ou à l’aide d’expertises particulières. L’éventail de la pente globale et de l’étendue possible est grand. RICKLI et BUCHER (2003) ont constaté, lors de l’analyse des événements exceptionnels relatifs aux fortes précipitations qui ont frappé les régions de Napf et Appenzell, des portées de 8 à 150 mètres comprises dans des pentes globales fluctuant entre 17 et 48° (31–111%). Près de 90% des glissements de terrain qui n’ont pas rencontré d’obstacles ont évolué dans une pente globale de 20° (36%) et ont coulé sur une distance maximale de 80 mètres.
56 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-1.3.3 Dangers potentiels
a) Conditions préalables à l’érosion Fortes précipitations Il faut en règle générale de fortes précipitations pour que la capacité d’infiltration du sol soit saturée et que l’eau s’écoule à la surface. Ce n’est qu’alors que survient l’érosion.
Forte pente En général, plus la déclivité est forte, plus l’érosion de surface sera importante. Sur les sols dépourvus de végétation, elle apparaît déjà lorsque la pente est faible.
Propriétés du sol Les sols riches en terre fine sont particulièrement sensibles à l’érosion, lorsque les matédéfavorables riaux fins (taille des grains < 2 mm) contiennent plus de 60% de limon (taille des grains comprise entre 0,002 et 0,06 mm) (COPPIN et RICHARDS 1990).
b) Conditions préalables aux glissements de terrain superficiels Fortes précipitations Les glissements de terrain superficiels se produisent la plupart du temps au contact de l’eau pénétrant dans le sol. Les facteurs de déclenchement sont en général les précipitations de forte intensité concentrées sur une brève durée. Le volume des précipitations tombées avant l’événement ne doit pas être négligé non plus. Le danger de glissements peut être atténué par un drainage approprié. En raison de nombreuses difficultés, il convient d’examiner préalablement les avantages et les inconvénients de ces mesures avec minutie (BÖLL 1997; GERBER et al. 2002). Il faut porter une attention particulière à la dérivation des eaux météoriques, notamment lors de la construction d’une nouvelle desserte (routes et chemins).
Forte pente Les glissements de terrain se produisent souvent lorsque la pente atteint 30 à 45° (58 à 100%). L’analyse des nombreux événements survenus à la suite de fortes précipitations tombées dans les régions de Sachseln, Appenzell et Napf a permis de définir la fourchette de pentes dans laquelle ces phénomènes apparaissent fréquemment (RICKLI et BUCHER 2003). À Sachseln, 80% des glissements ont eu lieu lorsque la déclivité oscillait entre 34 et 41° (67–87%), alors que dans les régions de Napf et Appenzell, le terrain accusait dans 90% des cas une pente comprise entre 29 et 44° (55–97%) (voir figure 12). Lorsque la déclivité est inférieure à 20–23° (36–42%), les glissements sont manifestement rares et s’observent souvent en relation avec des talus de routes, des déversements concentrés d’eau ou l’érosion du lit d’un cours d’eau. En terrain abrupt, c’est-à-dire lorsque la pente excède 50° (119%), les glissements arrivent rarement parce que la couche de roche meuble s’avère moins épaisse.
Géologie défavorable L’angle de friction interne du matériau meuble constitue un critère important pour la stabilité d’un versant. Il indique approximativement la pente limite d’un talus et dépend entre autres de la granulométrie du matériau. Les sols à proportion élevée de composants fins (argile et limon) présentent en général une faible stabilité (voir tableau 8).
C Bases relatives aux arguments 57
Tableau 8: Propriétés du sol et pentes critiques à partir desquelles il faut craindre des glissements de terrain (tableau selon FREHNER et al. 2005).
Genre de roche meuble Pente critique (peut aussi être plus faible dans certains cas)
Sols marneux dès 25° (47%)
Sols argileux
Propriétés moyennes du sol, sans signes de saturadès 30° (58%) tion marqués
Sols bien perméables
Sols comprenant peu de fractions fines (argile, limon) dès 35° (70%)
Sols sableux, graveleux
Traces visibles dans le Selon les résultats de diverses études, la topographie ne semble pas exercer une influence terrain uniforme sur le déclenchement des glissements de terrain. Alors que dans certaines régions, les glissements concernent avant tout les arêtes et les dépressions, ailleurs, ils affectent davantage les versants exempts de plissements (RICKLI 2001; RICKLI et BUCHER 2003). Des indices d’anciens glissements de terrain sont cependant souvent relevés au voisinage des zones de déclenchement. C’est pourquoi l’observation du terrain constitue un facteur important pour évaluer le danger de glissements de terrain.
Appenzell 2002 Napf 2002
40 Sachseln 1997
Proportion An teil (%) (%)
Figure 12 et tableau 9: Proportion de glissements de terrain par classe de 0 pente dans les régions étudiées de Hangn eigung (°) Sachseln, Napf et Appenzell. Les diffé- Pente (°) rences s’expliquent essentiellement par Napf Appenzell Sachseln l’intensité des précipitations qui ont Date de l’événement: 16.7.2002 1.8.2002 15.8.1997 déclenché l’événement, par la géologie Précipitations: 53 mm/24h 150 mm/24h 150 mm/2h et par la pente la plus répandue dans la Intensité maximale: 46 mm/4h 100 mm/4h 90 mm/1h région étudiée. À Sachseln, les versants Géologie: conglomérats, grès, légèrement inclinés sont moins frégrès, marne calcaire, marne grès marne quents qu’à Napf et Appenzell Nombre de glissements: 51 82 280 (Rickli et Bucher 2003).
58 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-1.3.4 Influence de la forêt contre les glissements de terrain proches de la surface
La forêt a un effet stabilisateur pour les raisons suivantes:
elle consolide le sol au moyen de son système racinaire,
elle protège contre l’érosion,
elle draine le sol via l’évaporation et la transpiration, et
elle accroît le volume des pores dans l’espace radiculaire. Les expériences montrent que les glissements de terrain proches de la surface sont en général nettement plus fréquents sur les terrains découverts qu’en forêt. L’analyse des intempéries de Sachseln a aussi révélé que le risque de glissements était plus faible dans les peuplements vigoureux que dans les forêts en mauvais état, ou même que dans les surfaces endommagées par le vent ou les bostryches (RICKLI et al. 2002).
Les racines consolident Le système racinaire contribue avant tout à la stabilité du versant en reliant les couches le sol sensibles aux glissements avec le sous-sol plus stable (RICKLI et al. 2002).
Plus les horizons instables sont épais, moins les racines seront en mesure de consolider les surfaces de rupture potentielles.
Plus un arbre s’enracine profondément, plus la liaison entre la couche instable et le soussol stable sera forte, à condition que la surface de rupture concerne les horizons parcourus par le système racinaire. Par conséquent, ce sont notamment des essences telles que le sapin, l’érable sycomore et d’autres feuillus susceptibles de s’enraciner profondément, même dans les terrains difficiles, qui fournissent une prestation de grande valeur en matière de stabilité du sol. L’effet stabilisateur des racines n’est cependant possible qu’à condition que les horizons plus stables soient suffisamment aérés et que leur densité ne constitue pas un obstacle à l’enracinement (SCHÄFFER 2004). L’effet stabilisateur des racines permet le développement de sols – même sur des pentes raides – qui n’auraient pas pu se constituer tout seuls en raison de la résistance au cisaillement des matériaux (voir tableau 8). Après des chablis, ce type de sols est particulièrement exposé aux glissements et à l’érosion (MENASHE 1998; RICKLI 2001; GERTSCH et KIEN- HOLZ 2004).
La consolidation du sol dépend de l’interaction des grosses et des petites racines. Cela mis à part, les champignons mycorhiziens participent également dans une large mesure à la formation d’un sol stable.
La forêt influence Selon le type de sol, la forêt peut, grâce à son système racinaire, accroître sensiblement la favorablement le régime capacité de stockage et la perméabilité du sol. En interceptant les précipitations, elle contrihydrique bue aussi à ce qu’une part importante des eaux météoriques soit évaporée à la surface du feuillage déjà, sans jamais atteindre le sol forestier. De plus, les arbres pompent une très grande quantité d’eau dans le sol au cours du processus de transpiration. De ce fait, le degré de saturation du sol est, en cas de fortes précipitations, moins vite atteint sous le couvert forestier qu’à l’extérieur. Le danger de glissements est par conséquent atténué. De cette manière, la forêt peut aussi avoir une influence bénéfique au niveau des glissements moyennement profonds à profonds (MENASHE 1998; RICKLI et al. 2002). (> L’influence de la forêt sur le régime hydrique du sol est traitée de manière détaillée au chapitre D-1.1.2, p. 115.)
C Bases relatives aux arguments 59
L’effet positif de la forêt L’effet positif de la forêt a cependant aussi ses limites, notamment en ce qui concerne la est limité profondeur d’une éventuelle surface de rupture dans le sol, l’escarpement du terrain et l’intensité des précipitations. À Sachseln par exemple, le nombre de glissements de terrain proches de la surface des zones découvertes n’était pas significativement plus élevé qu’en forêt lorsque la pente dépassait 40° (84%) environ (RICKLI et al. 2002).
C-1.3.5 Conséquences des chablis sur l’érosion et les glissements de terrain superficiels
Selon la grandeur des surfaces et l’ampleur des dégâts, les chablis causés par la tempête – ou le dépérissement massif d’arbres à cause des attaques de bostryches – peuvent entraîner un danger accru de glissements durant des décennies (voir tableau 10; RICKLI et al. 2002).
L’érosion de surface survenant à la suite de chablis est par contre rarement importante. Les blessures du sol, causées par le déracinement des arbres ou par la récolte des bois, sont rapidement recolonisées par la végétation, ce qui met fin à la plupart des phénomènes d’érosion (BURSCHEL et BINDER 1993). Cependant, les versants dont la pente excède 40° (85%) se rétablissent difficilement, laissant souvent la voie libre à l’érosion de surface durant une longue période (FREY et al. 1995).
Tableau 10: Propriétés critiques des surfaces de chablis quant au danger de glissements (inspiré de FREHNER et al. 2005).
Genre de glissement Propriétés critiques des surfaces Importance des chablis quant de terrain de chablis aux dangers potentiels superficiel ou érosion de • surface critique: grande surface (horizon de glis- > 6 a lorsque le rajeunissement fait défaut sement atteignant 2 m de > 12 a lorsque le rajeunissement est assuré profondeur) • degré de recouvrement critique* du vieux peuplement: < 40% (c.-à-d. diminution du degré de recouvrement > 60%) moyennement profond et • degré de recouvrement critique* du vieux en général faible profond (horizon de glis- peuplement: (moyenne, lorsque le régime sement dépassant 2 m de < 30% (c.-à-d. diminution du degré de hydrique de l’horizon de glisseprofondeur) recouvrement > 70%) ment est influencé) * Degré de recouvrement moyen de la surface de chablis, alentours immédiats compris (surface évaluée: au moins 1 ha).
60 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Les chablis entraînent une En ce qui concerne le danger de glissements de terrain dans les zones en pente, la situation diminution de la après des chablis affectant des surfaces entières est comparable à celle d’une coupe rase, consolidation du sol tant que les arbres sont brisés, mais pas déracinés. La disparition du vieux peuplement entraîne une nette diminution de la consolidation du sol par les racines durant quelques décennies. Selon une étude californienne, l’effet stabilisateur du système racinaire d’un ancien peuplement de résineux a chuté de moitié deux à trois ans après la récolte des bois et a complètement disparu après 25 ans (ZIEMER 1981). La somme de l’effet consolidant des racines en décomposition et du système racinaire des jeunes arbres atteint son plus bas niveau quelques années après la coupe rase. La présence d’un rajeunissement préétabli a pour conséquence de ralentir globalement la réduction de l’influence des racines au cours des années suivantes, ce qui raccourcit fortement la période durant laquelle l’effet est fortement diminué. Lorsque le rajeunissement s’implantant à la suite de chablis est lacunaire, les buissons jouent alors un rôle important dans la stabilisation des versants. Grâce à leur croissance rapide, ils parviennent à consolider le sol plus rapidement que les jeunes arbres. Sur les versants raides, les premiers glissements de terrain se sont produits quatre à quinze ans après les coupes rases (SIERRA LEGAL DEFENCE FUND 1997). Toutefois, le sol est immédiatement déstabilisé lorsque la proportion d’arbres renversés est élevée parmi les chablis affectant des surfaces entières. En effet, les souches renversées ou redressées ne contribuent plus à la consolidation du sol.
Les chablis modifient le L’écroulement du peuplement anéantit également le pouvoir d’interception et de transpirarégime hydrique local tion des arbres. De ce fait, le sol reçoit davantage de précipitations. C’est pourquoi le danger de glissements de terrain peut augmenter dans les régions critiques. L’écoulement souterrain de l’eau étant en général difficile à saisir, il n’est pas toujours aisé d’estimer dans quelle mesure les propriétés de la couche supérieure du sol, modifiée par les chablis, se répercutent sur les conditions prévalant en profondeur (FREHNER et al. 2005).
Les souches renversées peuvent modifier le régime hydrique du sol. Les eaux de surface s’accumulent dans les dépressions laissées par les souches renversées et parviennent concentrées dans le sol, notamment lorsque les arbres ont chuté vers le bas (voir figure 13). De petits glissements superficiels peuvent par conséquent se produire sous les souches, si le matériau composant le sol est instable (KARISCH 1996; GERTSCH et KIENHOLZ 2004).
Figure 13: Les eaux de surface peuvent s’infiltrer de manière concentrée dans les dépressions, causées par les souches renversées vers le bas, et déstabiliser le sol.
C Bases relatives aux arguments 61
C-1.3.6 Influence du fait d’évacuer et de laisser les bois sur l’érosion et le danger de glissements de terrain
Pour savoir dans quelle mesure la décision d’évacuer ou non les chablis agit sur le danger d’érosion et de glissements de terrain, il faut avant tout mesurer l’influence de ce choix sur l’écoulement de l’eau à l’intérieur et à l’extérieur du sol (voir C-1.3.5).
Le poids des chablis à terre n’exerce qu’une très faible influence sur les conditions d’équilibre du versant. C’est pourquoi l’alourdissement du sol est en général négligeable.
La présence ou l’absence de chablis n’a aucune influence sur les glissements moyennement profonds à profonds.
a) Influence de l’évacuation des bois La récolte permet d’éviter Dans certains cas, l’évacuation des chablis est recommandée afin d’éviter que les troncs à l’évacuation difficile de terre ne soient emportés par les masses en glissement et créent un mélange de boue et de mélanges composés de bois difficile à débarrasser (RICKLI 2001). masses en glissement et de troncs Lorsque les ouvertures dans le sol, situées derrière des souches renversées ou des troncs à terre retenant l’eau sont à l’origine de glissements de terrain (KARISCH 1996), la récolte des bois a une action positive si ces ouvertures sont refermées après la coupe ou après l’évacuation des troncs. Dans les zones en pente, il est toutefois rare que les souches renversées reprennent leur position initiale après la séparation des tiges.
La compaction com- Sur les sols sensibles, une récolte des bois irresponsable peut entraîner de sérieux problèpromet la reconsolidation mes de compaction. Lors d’exploitations forcées à grande échelle, comme les chablis dus du sol par les racines au vent ou aux bostryches, une utilisation inappropriée des machines, même de courte durée, est susceptible de compromettre durablement l’enracinement. Les inconvénients peuvent ainsi dépasser largement les avantages escomptés et parfois, même accroître le risque de glissements de terrain (FREHNER et al. 2005).
La récolte des bois peut Les travaux de récolte des bois peuvent porter atteinte aux horizons supérieurs et compacter favoriser l’écoulement de localement le sol. Le treuillage au sol est particulièrement néfaste sur les versants en ce qui surface et l’érosion concerne l’érosion. En effet, les frottements blessent le sol et ouvrent parfois de petites rigoles (GERBER et al. 2002; GERTSCH et KIENHOLZ 2004). Il est possible d’éviter ces inconvénients en recourant au câble-grue ou à l’hélicoptère.
Les nouveaux chemins La construction de pistes et de routes forestières entraîne souvent des changements impréperturbent le régime visibles au niveau de l’écoulement de l’eau en surface et en profondeur. Il faut si possible hydrique éviter ce type de projets ou les planifier soigneusement.
62 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
b) Influence du fait de laisser les bois Les bois à terre Si le terrain n’est pas trop raide, les chablis à terre peuvent considérablement réduire raccourcissent la distance l’étendue des glissements de terrain. L’effet des bois est particulièrement grand lorsque la de glissement proportion des troncs est élevée par rapport à la masse en glissement et s’il s’agit de tiges de grande dimension.
Les glissements de terrain Les masses de terre entremêlées de troncs sont susceptibles d’entraîner des dégâts conentremêlés de troncs sidérables dans la zone de passage et de dépôt. De plus, l’évacuation d’un mélange de terre peuvent causer et de bois est très coûteuse. Si les bois tombent dans le lit d’un cours d’eau en raison de d’importants dégâts glissements de terrain ou de coulées de boue, ils peuvent provoquer des embâcles sur place ou dans des resserrements après charriage (voir C-1.4).
L’érosion de surface est L’érosion de surface affecte tout au plus de petites surfaces et est empêchée dans une large empêchée dans une large mesure par la rugosité accrue due au bois (GERTSCH et KIENHOLZ 2004). mesure
C Bases relatives aux arguments 63
C-1.4 Eviter les embâcles et les laves torrentielles
C-1.4.1 Définitions
Embâcle (occlusion): obstruction du lit d’un cours d’eau causée par du bois flottant, par des alluvions ou par d’autres matériaux et accompagnée d’une accumulation d’eau.
Lave torrentielle: mélange d’eau et de matériaux solides en forte proportion s’écoulant lentement ou rapidement, souvent en plusieurs vagues.
Lit et berges proches d’un cours d’eau: profil naturel ou artificiel du terrain occupé par un cours d’eau intermittent ou permanent. Il comprend les deux berges et le lit proprement dit. (définitions tirées de FREHNER et al. 2005)
C-1.4.2 Dégâts potentiels
Les embâcles sont fréquemment à l’origine de dégâts importants. Le comportement des torrents est souvent connu grâce au report des événements dévastateurs passés dans les cadastres et les cartes des dangers. On obtient cependant de meilleurs renseignements en observant les traces d’anciens dépôts alluviaux, pour autant que la topographie du cône de déjection et le régime hydrique ne se soient pas considérablement modifiés entre-temps. Il existe en outre des formules estimatives et des règles approximatives (RICKENMANN 1995). Plus le volume total charrié par les laves torrentielles est grand, plus son étendue le sera également.
Une analyse des intempéries survenues au cours de l’été 1987 en Suisse a montré qu’aucun des phénomènes de laves torrentielles observés n’est survenu sur une pente globale dépassant 11° (20%) (RICKENMANN 1995).
C-1.4.3 Dangers potentiels
a) Conditions préalables aux embâcles Les chablis (troncs entiers ou fragments) peuvent parvenir dans le lit d’un cours d’eau en raison de l’érosion des berges, de glissements de terrain, de coulées de boue ou de chutes de bois. Les bois coincés représentent un risque d’engorgement sur place ou plus en aval, vers les resserrements, les aqueducs ou les ponts.
b) Conditions préalables aux laves torrentielles Les bois coincés dans le lit d’un cours d’eau peuvent conduire à la rétention de l’eau et des matériaux (embâcles), qui se libèrent soudainement sous la forme de laves torrentielles d’une grande violence. Ces dernières ont souvent un effet dévastateur considérable.
64 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
La formation de laves torrentielles dans le lit d’un cours d’eau nécessite une pente minimale de 25 à 30%. Lorsque d’autres facteurs favorables au déclenchement sont réunis (p. ex. resserrements, bois entrelacés), le phénomène peut même survenir si la pente n’accuse que 15 à 25%. Il ne faut pas craindre le déclenchement de laves torrentielles lorsque la pente du ruisseau est inférieure à 15% (RICKENMANN 1995).
Les bois renversés peuvent parvenir dans le lit d’un cours d’eau par le biais des glissements de terrains, des coulées de boues, de l’érosion des berges ou des chutes de bois et y provoquer des dégâts ou accroître l’effet dévastateur d’éventuelles laves torrentielles.
C-1.4.4 Influence du fait d’évacuer et de laisser les bois sur les embâcles et les laves torrentielles
a) Influence de l’évacuation des bois Le fractionnement des L’évacuation complète ou le débitage des chablis en petits morceaux s’avère également bois réduit le risque importants dans le lit des torrents et dans les ravins. Cette manière de procéder permet d’embâcles dans le lit des d’interrompre la succession d’événements susceptibles de causer des embâcles et des laves cours d’eau torrentielles (GERTSCH et KIENHOLZ 2004). La longueur des pièces devrait être choisie de sorte que les éventuels bois à la dérive puissent franchir sans problème les resserrements des cours d’eau. De plus, les petits morceaux de bois peuvent produire, en formant des paliers, un effet stabilisateur sur le lit des ruisseaux.
b) Influence du fait de laisser les bois En glissant dans des Lorsque les talus de torrents sont raides, les bois à terre risquent de chuter ou d’être entraîresserrements, les troncs nés dans le lit par des glissements de terrain et de causer des dégâts à la suite d’embâcles et peuvent causer des éventuellement de laves torrentielles. embâcles
C Bases relatives aux arguments 65
C-2 Dégâts secondaires
C-2.1 Protéger les peuplements voisins contre les attaques de bostryches
C-2.1.1 Après la tempête, les bostryches typographes (Ips typographus)
Après des chablis dus aux tempêtes ou à la suite d’une période de sécheresse, les forêts d’Europe centrale sont avant tout la cible d’attaques de bostryches typographes (Ips typographus), un insecte dont l’effet dévastateur se fait sentir à grande échelle (FORSTER et al. 2003b). Parmi les mesures pour lutter contre les bostryches, les mesures phytosanitaires coûteuses n’apportent pas toujours le résultat escompté, notamment parce qu’il n’est pas possible de les réaliser assez vite et entièrement. Les enseignements tirés des grandes catastrophes dues aux tempêtes de la dernière décennie, la situation économique critique de la majeure partie des entreprises forestières, ainsi que les nouvelles attentes de la société envers la forêt incitent à évaluer la lutte contre les bostryches de manière différenciée.
Une appréciation réaliste de la situation des bostryches et des possibilités de prévention ou de lutte ne peut pas se limiter à la situation particulière d’une surface de chablis ou d’un peuplement. Elle doit prendre en compte les conditions prévalant dans le périmètre élargi et dans la région (voir Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête, chapitre 2.4.3). Les expériences personnelles et de bonnes connaissances des conditions locales ou régionales sont aussi déterminantes pour cette évaluation que les connaissances spécialisées sur les interférences biologiques ou écologiques. De nombreux facteurs, comme l’état des peuplements d’épicéas épargnés ou l’évolution des conditions météorologiques au cours des prochains mois et années, demeurent néanmoins inconnus ou sont difficiles à estimer.
C-2.1.2 Biologie des bostryches typographes
Cycle de développement Le cycle de développement (de la ponte à l’imago) dure entre six et douze semaines en fonction des conditions météorologiques et de l’altitude (voir tableau 11). Au printemps, le moment de l’essaimage dépend de l’évolution de la température et du stade de développement dans lequel le coléoptère a hiverné (WEISSBACHER 1999).
La température optimale au développement des larves sous l’écorce est de 30°C. Le développement cesse au-dessous de 6 à 8°C environ (WERMELINGER et SEIFERT 1998).
66 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Tableau 11: Cycle de développement des bostryches typographes (Ips typographus) avec deux générations, par exemple à 800 m d’altitude. Au-dessus de 1300 m, le calendrier est décalé d’un mois environ et ne permet en général pas le développement d’une deuxième génération (source: NIERHAUS-WUNDERWALD et FORSTER 2004, reproduit avec l’autorisation de l’Institut fédéral de recherches (WSL), Birmensdorf, du 6 juin 2005).
Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
Période principale de dégâts
Ponte Larve Nymphe Coléoptère Essaimage (envol)
Comportement migratoire Les bostryches typographes requièrent une température minimale de 16,5 °C pour prendre leur envol. L’essaimage principal a lieu entre 12 et 18 heures (WEISSBACHER 2004). Un tiers tout au plus des coléoptères fraîchement éclos restent au même endroit. De nouveaux foyers de bostryches apparaissent en général dans un rayon de 500 à 600 mètres. Une étude de WICHMANN et RAVN (2001) a montré que 90% des arbres nouvellement attaqués se situaient à moins de 100 mètres du lieu d’envol, bien que la majeure partie des populations aient vraisemblablement migré dans des peuplements éloignés de plus de 500 mètres. Les coléoptères sont capables de parcourir une distance supérieure à 500 mètres. Certains individus sont probablement même capables de voler ou d’être transportés par le vent sur plusieurs kilomètres (BOTTERWEG 1982; DUELLI et al. 1997).
Antagonistes De nombreux antagonistes (prédateurs) achèvent leur développement dans l’arbre, environ un mois après les bostryches typographes (voir figure 14). C’est pourquoi il s’avère judicieux de laisser encore sur pied les arbres abandonnés par les coléoptères au moins durant quelques semaines (WERMELINGER et al. 2002b). Il n’est par contre pas recommandé de renoncer au façonnage des arbres attaqués afin de favoriser les antagonistes (WEISSBACHER
1 Bostryche typographe
Mouche prédatrice 1
Fréquence Relativerelative 0,8 Mouche prédatrice 2
Häufigkeit Ichneumon 0,6 Figure 14: Moment de l’envol, à la maturité de l’imago. Les 0,4 bostryches typographes quittent l’arbre hôte plusieurs jours, voire 0,2 plusieurs semaines avant leurs 0 ennemis (figure tirée de Mai Juin Juillet WERMELINGER et al. 2002b).
C Bases relatives aux arguments 67
2004). Cette règle n’est pas valable pour les épicéas infestés de larves de coléoptères vouées à un développement incomplet qui ne devraient pas être écorcés ou évacués immédiatement – surtout dans les anciens foyers de bostryches.
Grâce à sa mobilité élevée, le bostryche typographe parvient en général à échapper à l’influence tardive de ses ennemis. En effet, la densité des antagonistes est en principe encore faible dans les zones éloignées, susceptibles d’être attaquées.
Même lorsque les ennemis naturels ne sont pas en mesure de stopper seuls une gradation de bostryches typographes au niveau local, les dégâts dus aux coléoptères seraient, sans leur aide, nettement plus élevés dans bien des cas (FEICHT 2004). En présence de conditions météorologiques et d’un substrat de reproduction défavorables, l’influence des ennemis naturels peut jouer un rôle important dans l’effondrement des populations de bostryches (WEISSBACHER 2004).
Figure 15: Un ichneumon Tomicobia seitneri (pteromalidae) pond un œuf sur un bostryche typographe. La larve se développe à l’intérieur du coléoptère et le vide complètement (photo: B. Wermelinger, WSL).
68 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-2.1.3 Facteurs naturels influençant le développement des populations de bostryches (dangers potentiels)
a) Facteurs d’influence dépendant de la surface Proportion d’épicéas dans La proportion d’épicéas dans les chablis est déterminante pour l’offre de lieux de reproles chablis duction et influence de ce fait la vitesse d’accroissement des populations de bostryches. Sont considérées comme critiques les surfaces de chablis dont la part d’épicéas correspond à plus du tiers des bois renversés par la tempête. Une proportion plus faible suffit dans les grandes surfaces.
Proportion de bois Alors que les troncs brisés sont avant tout infestés au cours de la première année après la renversés et brisés tempête, les épicéas renversés ne sont souvent attaqués qu’à partir de la deuxième année, même à basse altitude (BECKER et SCHRÖTER 2000). Grâce aux contacts racinaires, les arbres à terre bénéficient souvent d’une couronne verte jusqu’au troisième été consécutif aux tempêtes. De ce fait, ils peuvent contribuer à accroître les populations de coléoptères durant une longue période. Dans les surfaces de chablis, les troncs à terre sont attaqués avant les bouts d’arbres encore sur pied (chicots) (WERMELINGER et DUELLI 2004).
Exposition Aux endroits exposés au soleil et dans les grandes surfaces de chablis (> 2 ha), les bois sèchent assez vite et perdent ainsi rapidement de leur attractivité (JIRIKOWSKI et PRÖLL 2003). Même si l’état des troncs permet le développement d’une première génération de coléoptères, seule une faible part des chablis est effectivement attaquée (BECKER et SCHRÖTER 2000).
Surface Les chablis affectant des surfaces de petite à moyenne étendue (< 2 ha) et les dégâts épars sont souvent ombragés. Les bois restent plus longtemps attractifs pour les bostryches. Ces petites surfaces ou les dégâts épars contribuent dans une très large mesure à la prolifération des bostryches typographes, étant donné qu’une proportion élevée des troncs sont attaqués avant d’avoir suffisamment séché. L’évacuation à temps de ces zones constitue par conséquent une mesure phytosanitaire particulièrement efficace (BECKER et SCHRÖTER 2000).
Altitude Au-dessous de 1300 m d’altitude (jusqu’à 1600 m les années chaudes), la somme de chaleur du printemps à l’été est en général suffisante au développement de deux générations. Les années chaudes permettent même, dans certains cas, la croissance d’une troisième génération au-dessous de 600 m. Au-dessus de 1300 m, le développement d’une seule génération est de mise (FORSTER et al. 2003b).
b) Facteurs d’influence au niveau régional Etendue des dégâts Plus les dégâts de tempête sont étendus et affectent une zone ou une région entière, plus les dans la région attaques consécutives seront importantes. Cette règle mérite cependant quelques restrictions, par exemple lorsque l’offre en épicéas attractifs est fortement limitée dans les peuplements restants aux alentours (BECKER et SCHRÖTER 2000; FORSTER et al. 2003a).
C Bases relatives aux arguments 69
Population initiale Lorsque le passage d’une tempête entraîne l’apparition de substrats attractifs sur de grandes surfaces, la population initiale n’est pas encore très importante. La première phase de croissance se déroule le plus souvent d’une manière extrêmement rapide. Si la température est élevée, une à deux générations suffisent largement pour accroître drastiquement la densité de bostryches d’une région. Suite à cela, les chablis sont secs. En cas de dégâts épars, la population initiale joue un plus grand rôle. En effet, les lieux de reproduction sont répartis sur de grands espaces, restent plus longtemps attractifs et peuvent être attaqués complètements lorsque la population de coléoptères est déjà élevée.
c) Facteurs d’influence climatiques Moment de l’événement Plus le laps de temps s’écoulant entre la catastrophe due à la tempête et le prochain essaimage de bostryches est long, plus l’écorce des arbres sera sèche au moment de la colonisation. L’écorce déshydratée convient de moins en moins au développement des larves de bostryches typographes. Les conditions météorologiques ou la saison jouent un rôle essentiel à ce sujet. En raison du cycle de développement des coléoptères (voir C-2.1.2), la marge de manœuvre est la plus grande pour intervenir lorsque les dégâts de tempête surviennent durant les mois d’août à octobre. Conditions Parmi tous les facteurs naturels, les conditions météorologiques des années consécutives, météorologiques des bien qu’imprévisibles, ont cependant une importance primordiale (WEISSBACHER 1999). années consécutives Les périodes de sécheresse affaiblissent les peuplements restants, ce qui prédispose les arbres aux attaques de coléoptères. Durant ces phases, SCHRÖTER et al. (1998) ont constaté que les peuplements d’épicéas situés sur des stations fraîches et à humidité variable sont particulièrement exposés. En effet, cette essence s’enracine superficiellement dans de tels lieux et souffre par conséquent plus rapidement de la sécheresse. Les longues périodes de sécheresse accélèrent en outre la reproduction des coléoptères. Les temps frais et humides affaiblissent les larves et les rendent sensibles aux maladies, aux prédateurs et aux parasites (voir C-2.1.2, «antagonistes»). Une gradation de bostryches contre laquelle l’homme n’intervient pas ou peu n’est le plus souvent résorbée qu’après une longue période de fraîcheur et d’humidité. Suite aux ravages dus à Vivian en 1990, la population de bostryches typographes a stagné, par endroits, à un niveau élevé durant plusieurs années. Les conditions météorologiques du printemps 1996 et notamment le mois de juin humide de 1997 ont finalement provoqué l’effondrement de la population de bostryches en Suisse (ENGESSER et al. 1998).
Changements climatiques Jusqu’à la fin du XXIe siècle, les spécialistes prévoient un réchauffement climatique de 1,5 à 6°C en Europe centrale (OCCC 2002). Une augmentation de la température de 4°C réduirait le temps nécessaire au développement des bostryches typographes situés en altitude (au-dessus de 1000 m), qui est actuellement d’environ 160 jours en moyenne, au niveau des régions de basse altitude, soit une réduction de 65 à 70 jours (HEIDELBAUER 2004). De plus, les experts s’attendent à ce que le réchauffement climatique augmente sensiblement la fréquence des étés extrêmes, marqués par de longues périodes de sécheresse et que, vers la fin de ce siècle, chaque deuxième été soit aussi chaud que celui de l’année 2003 (SCHÄR et al. 2004).
70 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-2.1.4 Facteurs naturels influençant l’étendue des dégâts secondaires (dégâts potentiels)
a) Altitude des peuplements d’épicéas restants dans les environs Dans les pessières épargnées, les attaques consécutives surviennent le plus souvent un an après la tempête dans les régions de basse altitude et deux ans après dans les régions élevées (GALL et al. 2003; TOMICZEK 2003). Les dégâts potentiels dus aux bostryches typographes peuvent être particulièrement importants à l’étage subalpin et notamment à l’étage haut-montagnard. En effet, la proportion d’épicéas est souvent proche de 100% dans ces peuplements (OTT et al. 1997). Sur ces stations difficiles à régénérer, les bostryches peuvent affaiblir sensiblement une forêt protectrice en un court laps de temps. Après quoi, il est souvent nécessaire d’entreprendre des travaux coûteux pour reconstituer à long terme l’effet protecteur requis de la forêt. C’est pourquoi les forêts protectrices et les peuplements voisins méritent une attention particulière.
b) Disposition des peuplements d’épicéas restants dans les environs Age du peuplement Les épicéas d’un âge inférieur à 50 ans ou qui présentent encore une écorce lisse sont les moins menacés. À partir d’un âge compris entre 70 et 90 ans, BAIER et al. (1994) ainsi que BECKER et SCHRÖTER (2000) ont constaté un risque accru d’attaques qui s’est avéré encore nettement plus élevé pour les arbres ayant dépassé 100 ans.
Proportion d’épicéas Une proportion élevée de feuillus ou de résineux autres que l’épicéa signifie d’une part que l’attractivité du peuplement est réduite (BECKER et SCHRÖTER 2000), et d’autre part que la fonction assumée par la forêt concernée est moins vite remise en question par le dépérissement des épicéas. NÜSSLEIN (1997) qualifie un peuplement de «moyennement menacé» ou de «menacé» lorsque la proportion d’épicéas est supérieure à 50 ou 80% (voir tableau 12). Une large structure d’âge permet aussi de réduire les risques pour le peuplement. En plus de leur capacité de détruire les pessières, les bostryches typographes s’attaquent parfois également à des peuplements de pins de montagne (REICH et al. 2004).
Gravité des dégâts La cause d’une sensibilité accrue provient le plus souvent d’un approvisionnement en eau perturbé ou insuffisant (SCHWENKE 1985), par exemple à la suite de blessures aux racines ou d’un dégagement brusque (BECKER et SCHRÖTER 2000). C’est pourquoi les attaques consécutives commencent par toucher les éléments affaiblis des peuplements d’épicéas épargnés par la tempête (GALL et al. 2003).
C Bases relatives aux arguments 71
Exposition des nouvelles L’insolation et une sécheresse inhabituelle menacent particulièrement les nouvelles lisières lisières franches franches d’épicéas exposées au sud ou à l’ouest (BECKER et SCHRÖTER 2000; WERME- LINGER 2004).
Tableau 12: Risque d’attaques d’un peuplement lors d’invasions de bostryches typographes (représentation de NÜSSLEIN 1997, légèrement modifiée).
Stade de développement Proportion de feuillus (y compris sapin, mélèze, pin) des épicéas Peuplement de feuillus Peuplement mixte Peuplement d’épicéas (50–100% de feuillus) (20–50% de feuillus) (moins de 20% de feuillus) Jusqu’à 10–20 cm de DHP non menacé Depuis 10–20 cm de DHP moyennement menacé menacé «non menacé»: les structures du peuplement sont largement conservées, même lors d’invasions soutenues de bostryches. «moyennement menacé»: les situations extrêmes peuvent provoquer une rupture et un éclaircissement partiels. «menacé»: les attaques sont susceptibles de causer un dépérissement à grande échelle.
c) Densité des bostryches ou élimination des foyers de bostryches Plus la densité des bostryches est élevée, plus la prédisposition aux attaques d’un arbre ou du peuplement, même petite, suffira pour qu’une attaque soit couronnée de succès. Inversement, une faible pression de population permet déjà la réussite d’une attaque lorsque le peuplement est affaibli (CHRISTIANSEN et BAKKE 1988; WERMELINGER 2004). Les pertes dues à la dispersion permettent déjà de ralentir la dynamique de propagation des foyers de bostryches lorsque les insectes doivent parcourir des distances supérieures à 100 mètres sans rencontrer d’épicéas attaquables (BECKER et SCHRÖTER 2000). Au moment de l’envol, les courants atmosphériques prédominants peuvent cependant emporter les coléoptères en grands nombres et sur plusieurs kilomètres (voir C-2.1.2, «comportement migratoire»).
C-2.1.5 Marche à suivre et suivi
a) Evacuation prioritaire Les explications fournies au chapitre précédent le montrent clairement, seule une stratégie b) Evacuation à temps régionale permet d’atténuer sensiblement la gradation de bostryches typographes qui suit c) Evacuation complète inévitablement les chablis dans les peuplements d’épicéas. Les quatre fondements en matièd) Suivi re de prévention des attaques sont l’intervention prioritaire, à temps, complète ainsi que le suivi. Le respect de ces facteurs permet de réduire considérablement les attaques consécutives sur le plan régional. Selon les expériences faites après l’ouragan «Vivian», FORSTER et al. (2003b) estiment que le potentiel de réduction peut atteindre 50% si les conditions sont favorables. Le façonnage préventif des chablis doit être relayé, au cours des années suivantes, par une lutte et une surveillance efficaces des bostryches dans les peuplements avoisinants (WICHMANN et RAVN 2001; SCHROEDER et LINDELÖW 2002; FORSTER et al. 2003a; FORSTER et al. 2003b).
72 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
a) Marche à suivre selon l’urgence Lorsque les dégâts de tempête s’avèrent importants sur le plan régional, il faut évacuer les chablis de manière ciblée, là où cette intervention est la plus efficace en matière de prévention des dégâts secondaires. L’urgence des mesures phytosanitaires, au niveau de la surface de chablis, dépend avant tout des propriétés de la surface et des forêts potentiellement menacées situées dans sa zone d’influence. Le rayon déterminant à cet effet devrait être de 500 à 1500 mètres environ, selon les conditions topographiques, c’est-à-dire atteindre 1000 mètres en moyenne (SCHRÖTER et al. 1998, BECKER et SCHRÖTER 2000, FORSTER et al.
Tableau 13: Urgence de l’évacuation en fonction de la grandeur des surfaces.
Les dégâts épars Urgence Genre de dégâts avant les dégâts étendus 1 Dégâts partiels: petites surfaces < 0,1 ha
2 Surfaces moyennes 0,1–2 ha
3 Grandes surfaces > 2 ha
L’urgence des mesures phytosanitaires au sein d’une région dépend en premier lieu de la grandeur des surfaces endommagées (voir tableau 13). De nombreux auteurs ainsi que les enseignements pratiques tirés des ouragans «Vivian» et «Lothar» soulignent le fait que ce sont précisément les dégâts épars les moins spectaculaires et les petites surfaces endommagées qui doivent être évacués au plus vite (BECKER et SCHRÖTER 2000; FORSTER et al. 2003b; GALL et al. 2003; TOMICZEK 2003). Ces chablis sont très souvent entièrement attaqués par les bostryches avant d’avoir pu sécher suffisamment. De plus, les dégâts épars sont généralement dispersés sur un grand territoire et constituent de ce fait une menace pour une grande surface de forêt encore intacte. Etant fréquemment ombragés, ces bois sèchent assez lentement et contribuent ainsi plus longtemps que les dégâts étendus à la prolifération massive des coléoptères.
Les chablis attaqués Les travaux de façonnage et d’écorçage des chablis attaqués sont particulièrement efficaces avant les bois indemnes durant les «stades blancs» du développement des coléoptères, c’est-à-dire du stade d’œuf à celui de nymphe (voir tableau 11, p. 67).
Les bois brisés avant Lors de petits événements qu’il est possible de maîtriser en l’espace d’une génération de les arbres renversés, bostryches, l’établissement de priorités à petite échelle peut aussi contribuer à la réduction ou inversement des attaques subséquentes, par exemple: évacuer rapidement les bois brisés susceptibles d’être infestés immédiatement et, entre-temps, maintenir en sève les arbres renversés qui sont moins sensibles à court terme (JIRIKOWSKI et PRÖLL 2003). Lors de grands événements, il faut justement procéder à l’inverse: traiter les arbres renversés avant les arbres brisés afin de retirer tout substrat de reproduction avant la deuxième année consécutive à la tempête. Les bois brisés reposent certes encore dans la surface, mais ils se sont en grande partie desséchés entre-temps (FORSTER et al. 2003b).
C Bases relatives aux arguments 73
Les expositions sud Si les travaux de façonnage dépassent une année sur le plan régional, l’urgence de traiter les avant les expositions bois brisés qui sont exposés au sud ou à l’ouest s’avère faible, car les troncs sèchent rapinord, ou inversement dement. Si le façonnage des chablis dure moins d’une année dans la région, l’évacuation des bois renversés, exposés au nord ou à l’est, est alors moins urgente, étant donné qu’il n’y a pas encore de troncs susceptibles d’être attaqués, même au terme de la période de travail.
Les vieilles forêts Lorsque les ressources pour le façonnage rapide et complet des chablis sont limitées, on avant les jeunes mettra l’accent principal sur l’évacuation des surfaces proches de peuplements riches en vieux épicéas. Il est possible de repousser dans la liste des priorités les zones à faible proportion d’épicéas ayant plus de 50 ans (BECKER et SCHRÖTER 2000; voir C-2.1.4b, p. 71).
Utiliser éventuellement les Il est envisageable de laisser sciemment telles quelles de petites surfaces de chablis, facilepetites surfaces de ment accessibles, jusqu’au moment d’une attaque de bostryches, puis de façonner imméchablis comme appât diatement les troncs infestés. Cette opération permet de freiner localement la prolifération des coléoptères (WICHMANN et RAVN 2001), pour autant qu’une surveillance adéquate et qu’une intervention rapide puissent être assurées.
b) Evacuation à temps L’évacuation des chablis au cours de la phase de développement de la première génération d’insectes est particulièrement efficace si les bois servent d’arbres pièges (GÖTHLIN et al. 2000). La deuxième génération se développe encore avant tout dans les bois à terre lorsque la région présente de grandes quantités de chablis et que l’écorce est assez humide. C’est pourquoi il est en général possible de qualifier de «délai utile ou temps utile» la période s’écoulant depuis la tempête jusqu’au moment précédant l’essaimage de la deuxième génération (voir tableau 14).
Tableau 14: Estimation du «délai utile» pour les mesures d’évacuation dans une zone de protection des forêts. Dans le cas présent, on part du principe que deux générations de bostryches typographes se développent par an à basse altitude (étage collinéen à montagnard supérieur) et qu’une seule génération voit le jour au-dessus (étage haut-montagnard et subalpin).
Expiration du délai utile Moment de la tempête Etage collinéen à montagnard supérieur 14 Etage haut-montagnard à subalpin Hiver Fin de l’été Mois d’avril de l’année suivante Eté Mois de juin Mois d’avril de l’année suivante
c) Evacuation aussi complète que possible (≥ env. 80%) Une évacuation soigneuse des chablis est le plus souvent garante de succès contre les attaques de bostryches. Cette pratique nécessite cependant beaucoup de ressources. C’est pourquoi elle n’est plus guère applicable intégralement en cas de forte tempête (WERMELINGER 2004). Dans ces situations, la subdivision de la région concernée en «zones de protection des forêts» a fait ses preuves (voir Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête, chapitre 2.4.3). Elle permet d’agir localement de manière différenciée. Comme valeur de référence, on admet que l’effet des mesures d’évacuation est perceptible lorsque, dans une région, au moins 80% des chablis colonisables sont évacués ou écorcés à temps (FAHSE et HEURICH Voir définition des étages de végétation selon Frehner.
74 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
2003; FORSTER et al. 2003b). Pour ce faire, il faut agir en fonction de l’urgence (voir C- 2.1.5a, p. 73). Les interventions strictement ponctuelles ou entreprises sans conviction n’obtiennent en général que peu d’effet (FORSTER et al. 2003b).
L’évaluation consistant à savoir si au moins 80% des chablis attractifs peuvent être évacués en temps utile requiert la prise en compte de toute une série de facteurs:
quantité de dégâts épars avec épicéas, • rapports de propriété,
quantité de dégâts étendus avec épicéas, • coopération entre les propriétaires forestiers,
topographie, exposition, • sécurité au travail,
étages de végétation, • personnel,
desserte, accessibilité, • logistique (filière bois entière),
moment de l’événement, • marché du bois (demande, prix du bois),
conditions météorologiques durant la phase de • rentabilité (coûts - utilité), façonnage (protection du sol), • réserves.
d) Contrôle des peuplements restants Dans les peuplements comportant des dégâts épars, on rencontre en général aussi une proportion élevée d’arbres sur pied affaiblis par des déchirures aux racines. Ces éléments représentent par conséquent une cible potentielle pour les populations de bostryches typographes en train de se constituer dans les environs. Une surveillance intense de ces forêts par des spécialistes s’avère particulièrement importante au cours des années suivantes (GALL et al. 2003).
C-2.1.6 Autres espèces de bostryches importantes sur le plan phytosanitaire
D’autres espèces de bostryches peuvent parfois être localement favorisées par les résineux renversés et causer des dégâts secondaires. Ces insectes apparaissent toutefois de manière localisée et le plus souvent en combinaison avec de longues périodes de sécheresse ou des charges de neige importantes. Espèces de bostryches susceptibles de jouer localement un rôle important:
scolyte curvidenté (Pityokteines sp.),
bostryche chalcographe (Pityogenes chalcographus),
grand scolyte du mélèze (Ips cembrae),
diverses espèces de bostryches du pin.
Ouvrages de référence: Nierhaus-Wunderwald D., Forster B. 2004: Biologie de ces deux genres d’Ips. Notice pour le praticien no 18. Birmensdorf, Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), 8 pages. Adresse de téléchargement (seulement en allemand):
Wermelinger B. 2004: Ecology and management of the spruce bark beetle Ips typographus – a review of recent research. Forest Ecology and Management. Band 202: p. 67–82.
C Bases relatives aux arguments 75
Proportion de chablis (dégâts épars compris) qui peut être Les chablis peuvent évacuée ou écorcée à temps (C-2.1.5b, p. 74) < 80% rester sur place, car les dégâts secondaires ne c.-à-d. critère non déterminant > 80% peuvent pas être sen- > argument a). siblement réduits, L’observation de l’évolution Proportion d’épicéas dans les peuplements avoisinants des attaques et une éventuelavec DHP > 30 cm (rayon: env. 1000 m) < 20% le lutte contre les bostryches ¬ C-2.1.4b, p. 71; C-2.1.5a, p. 73 dans les peuplements voisins s’avère 58-84% efficaces.
Nombre d’épicéas dans les peuplements avoisinants Les chablis avec DHP > 30 cm, comparé aux dégâts épars et étendus à bien peuvent rester évacuer (rayon: env. 1000 m) plus sur place, assez élevé
Proportion d’épicéas dans la surface de chablis
dégâts épars ou petite surface < 0,1 ha Urgence 1, c.-à-d. façonnage immédiat > argument b) Grandeur de la surface Urgence 2, 84–100% moyenne (0,1-2 ha) c.-à-d. façonnage dès que possible > arg. c) par rapport à la proportion d’épicéas Les chablis Urgence 3, encore (C-2.1.3a, p. 69; peuvent rester c.-à-d. façonnage jusqu’au printemps suivant > arg. d) grande attractifs C-2.1.5a, p. 73) sur place au (> 2 ha) profit des petites surfaces Les chablis peuvent rester sur place plus du tout Contrôle en attractifs c.-à-d. critère non déterminant > argument a) automne
Figure 16: Schéma de décision pour la définition des étapes du façonnage des chablis. Arguments a-d: voir B-2.1, p. 22 (base: ODENTHAL-KAHABKA et PÜTTMANN 2004).
76 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-3 Sécurité au travail
C-3.1 Garantir la sécurité lors du façonnage des chablis
Les forêts touchées par la tempête comportent un risque accru en matière de sécurité aussi bien pour les forestiers œuvrant au façonnage des chablis que pour des tiers (passants, visiteurs). La remise en état, à grande échelle, des forêts suite aux dégâts causés par l’ouragan ne fait pas partie des expériences courantes du personnel forestier. Elle est le plus souvent associée à une contrainte psychique et physique élevée pour les responsables et la maind’œuvre.
Malgré la forte pression du moment, il faut toujours veiller à conserver une vue d’ensemble de la situation et à reconsidérer la stratégie et la marche à suivre qui en découle. Lors de la planification, de l’organisation et de l’exécution des travaux, la sécurité des personnes (c’est-à-dire la sécurité du personnel et des tiers) doit primer sur toutes les autres considérations.
En plus de la souffrance, il ne faut pas sous-estimer les conséquences économiques découlant des accidents. À côté du montant assuré, l’entreprise doit encore supporter des coûts non couverts aussi élevés relevant de l’incapacité de travail, des charges salariales partielles, des charges sociales, des coûts de réparation des dégâts matériels, des frais administratifs, etc.
La sécurité prime sur les La sécurité est plus importante que les coûts et la perte de bois. De ce fait, il s’avère judicoûts et la perte de bois cieux de baser sur ce principe la décision quant à l’opportunité d’évacuer ou non les chablis. Lors des travaux de façonnage, la sécurité est déterminée avant tout par la formation et l’expérience du personnel engagé, les instruments de travail à disposition (y compris les moyens supplémentaires ad hoc de saisie et de traction) et le choix des méthodes de récolte des bois, c’est-à-dire le degré de mécanisation. Même en cas de menace potentielle élevée, il est possible de réaliser les travaux avec suffisamment de sécurité en recourant à des mesures appropriées (voir Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête, chapitre 2.4.2), le cas échéant avec des coûts disproportionnés.
C-3.1.1 Détermination des risques
Les directives européennes sur la santé et la sécurité au travail (89/391/CEE) obligent l’employeur à évaluer les risques découlant des activités de l’entreprise et à prendre les mesures de prévention qui s’imposent. Les dangers complexes existant dans les forêts détruites par la tempête et les dangers particuliers qui caractérisent le façonnage des chablis nécessitent une détermination des risques en fonction des dangers naturels futurs (WETT- MANN 2004). Le catalogue des risques inhérents aux activités forestières (évaluation et documentation) constitue une aide appropriée à l’appréciation des risques possibles au cours des différentes étapes de travail de la récolte des bois (ARBEITSGRUPPE FORST DEUTSCHLAND – ÖSTERREICH – SCHWEIZ 2002). Il indique également les mesures de sécurité nécessaires.
C Bases relatives aux arguments 77
C-3.1.2 Choix de la méthode de travail
Plus de sécurité grâce Moins le bois doit être manipulé et plus le niveau de sécurité est élevé; en d’autres termes: à un haut degré de l’augmentation du degré de mécanisation entraîne le plus souvent un accroissement de la mécanisation sécurité au travail (voir tableau 15). Actuellement, il est en général possible de diriger l’ensemble des travaux – de la séparation de la souche à l’entreposage des chablis – depuis la cabine relativement sûre du machiniste lorsque le terrain est praticable aux engins (voir tableau 16). L’opération très dangereuse de séparation de la souche ainsi que le démêlage des bois devraient être effectués, dans la mesure du possible, au moyen d’une récolteuse. Même dans ce cas, il ne faut pas sous-estimer les risques, notamment lorsque différents types de machines (récolteuse, porteur, engin de débardage, tronçonneuse) sont utilisés simultanément dans la surface (PISCHEDDA 2004).
Lorsque l’usage de récolteuses n’est pas possible dans la surface de chablis, les travaux devraient se limiter à la séparation de la souche. Le lieu de façonnage convient alors mieux à l’ébranchage et au découpage des chablis (SCHÄFFER et VON WILPERT 2004).
Tableau 15: Appréciation des risques au cours des étapes de travail de la récolte des bois ordinaire (selon logiciel Forstgefährdungen V0.1 (voir ERLER et BUSCH 2004). L’exploitation des chablis présente des risques plus élevés, notamment lors de travaux manuels motorisés.
Etape de travail Méthode Risques Abattage, ébranchage, découpe Manuelle motorisée (tronçonneuse) élevés – très élevés (séparation de la souche, démêlage, ébranchage, découpe) Récolteuse faibles – modérés Débardage, entreposage Cheval modérés – élevés Tracteur modérés – élevés Câble-grue modérés – élevés Porteur (forwarder) faibles – modérés
Tableau 16: Méthode offrant la meilleure sécurité au travail en fonction du terrain (FVA Freiburg 2000).
Terrain (pente) Séparation de la souche Démêlage Ebranchage Découpe Débardage Entreposage Terrain à layon (0–30%)* Récolteuse (moyenne ou grande) Porteur Terrain à piste (30–50%) Tronçonneuse Récolteuse (moyenne) Porteur Séparation de la souche Démêlage Débardage Ebranchage Découpe Entreposage Terrain à câble-grue (30–50%) Tronçonneuse Câble-grue Processeur (moyen ou grand) Rétro sur pneus
Risques: faibles – modérés modérés – élevés élevés – très élevés
*Les rétros sur chenilles qui ne sont pas spécialement conçues pour des travaux forestiers et qui ne disposent pas d’une cabine inclinable sont limitées, même dans la ligne de plus grande pente, à une déclivité maximale de 15%.
Des réserves de Le danger d’accident est encore réduit lorsque les machines disposent des réserves de puispuissances suffisantes sance nécessaires au façonnage des dimensions rencontrées. Une machine qui travaille frépermettent de réduire le quemment à la limite de ses capacités s’use rapidement et expose les collaborateurs à un danger d’accident risque accru d’accident.
78 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-3.1.3 Sécurité des tiers durant la récolte des bois
Les risques pour les tiers peuvent être évités dans une large mesure par une fermeture à grande échelle de la zone dangereuse et la pose d’une signalisation adéquate. De plus, une information de la population à l’aide des médias locaux s’avère souvent judicieuse.
Sur les versants, la récolte des bois risque de provoquer des chutes et des glissements incontrôlés de pierres, de troncs et de souches. Si des tiers sont menacés, il peut s’avérer nécessaire d’ériger des installations de protection au-dessous des surfaces de chablis, en plus de la fermeture des routes et des chemins. Si ces mesures sont trop coûteuses ou qu’une évacuation de personnes est requise, ces facteurs peuvent avoir une influence décisive sur la décision de laisser, au moins partiellement, les chablis sur place.
C-3.1.4 Expériences faites suite à «Vivian» en 1990 et à «Lothar» en 1999
Au cours des premières semaines et mois après la tempête, la réparation des dégâts a été caractérisée par l’agitation, l’improvisation et le manque de professionnalisme. Les expériences faites suite aux ouragans «Vivian» et «Lothar» montrent que la fréquence des accidents a atteint son plus haut niveau au cours de cette période de démarrage (DANGUY DES DÉSERT et al. 2002; KANTONSFORSTAMT LUZERN 2002).
La plupart des accidents Les progrès techniques importants et les efforts visant à accroître la sécurité au travail sont survenus en forêt (campagnes de la SUVA, cours, consignes et contrôles de sécurité) ont contribué de manièprivée re significative à la réduction des accidents: les entreprises forestières et les entrepreneurs forestiers ont enregistré près de 30% de cas en moins après «Lothar» que dix ans auparavant lors de la récolte des chablis dus à «Vivian» (WETTMANN 2002). À cette époque, les accidents ont touché presque un ouvrier forestier sur deux (voir tableau 17). Le nombre de cas mortels a même pu être sensiblement réduit (WETTMANN 2004). Grâce aux efforts fournis, la fréquence des accidents par mètre cube de bois façonné était même inférieure aux coupes ordinaires. La plupart des accidents mortels – après «Vivian» et «Lothar» – se sont produits en forêt privée (voir tableau 17).
Tableau 17: Accidents survenus en Suisse lors de travaux forestiers, entre 1990 et 2000 (WETTMANN 2004).
«Vivian» 1990 «Lothar» 1999 Entreprises Forêt privée Total Entreprises Forêt privée Total forestières forestières publiques publiques Exploitation de bois en mio de m³ 4,5 1,8 6,3 5,4 3,9 9,3 Nombres d’accidents professionnels 3836 ? ? 2195 ? ? Accidents mortels 14 17 31 2 14 16 Fréquence des accidents (accidents professionnels/1000 employés 440 ? ? 309 ? ? à plein temps)
C Bases relatives aux arguments 79
Les 16 accidents mortels connus, imputables au façonnage des chablis dus à «Lothar», ont été causés par (WETTMANN 2004):
ensevelissement et écrasement par des souches (6 personnes)
écrasement par des troncs (5 personnes)
parmi ces 16 personnes, 7 travaillaient seules dans les chablis.
Le déséquilibre entre la fréquence des accidents en forêt publique et celle en forêt privée a également pu être constaté dans le Bade-Wurtemberg, fortement touché par «Lothar». Il provient avant tout d’une sous-estimation des dangers, d’un manque d’expérience et d’un usage insuffisant de machines performantes en forêt privée (SCHÄFFER et VON WILPERT 2004).
En France, 23% des accidents survenus en forêt après «Lothar» et «Martin» sont dus à la séparation de la souche, 16% à l’ébranchage et 10% au façonnage «sans indications plus précises». Au total, 49% des accidents sont en rapport avec le façonnage manuel motorisé des chablis. En moyenne, les accidents particulièrement graves et la majorité des décès étaient liés au façonnage des bois. Près de 40% des personnes accidentées travaillaient depuis moins d’un an dans l’entreprise forestière. Ainsi, en plus de l’absence de professionnalisme, des facteurs tels que le manque de connaissances sur l’organisation de l’entreprise et l’insuffisance d’intégration au sein de l’équipe de travail se sont répercutés sur la fréquence des accidents. Les contraintes physiques et psychiques continues et le stress ont causé un nombre élevé d’accidents, même parmi le personnel expérimenté qui travaillait déjà depuis plus de dix ans dans la même entreprise (DANGUY DES DÉSERT et al. 2002).
C-3.1.5 Brochures, instructions, aides
Lorsqu’une décision doit être prise en matière d’évacuation des chablis, il est possible de recourir à des supports qui fournissent des indications utiles sur la manière de tenir compte et d’accroître la sécurité au travail:
«Sécurité lors de l’exploitation des chablis!». Brochure, 28 pages. Disponible auprès de la Suva (no de commande: 44070.f).
«Chablis: vie en danger / les dangers classiques lors de l’exploitation des chablis». Film de sensibilisation. Disponible auprès de la Suva (no de commande: V 347.f).
Listes de contrôle comme aide au travail de contrôle des cadres. Disponibles auprès de la Suva et sur Internet à l’adresse www.suva.ch/suvapro (allemand, français et italien).
«Gefährdungen bei forstlichen Tätigkeiten – Beurteilung und Dokumentation». CD. Disponible (seulement en allemand) auprès de la Suva (no de commande: 99067.d).
«Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête». Classeur (OFEV 2008).
Pages Internet www.suva.ch pour des informations actuelles et continues.
80 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Tableau 18: Conditions de travail et mesures visant l’amélioration de la sécurité au travail.
Conditions lors du façonnage des chablis
Sources particulières de dangers Difficultés supplémentaires
Arbres (entiers ou parties) renversés, déracinés, brisés et suspendus • Forte pente
Routes ou chemins inaccessibles ou barrés • Températures chaudes (>20°C)
Accès et vue d’ensemble difficiles • Neige, précipitations
Tensions et forces incalculables exercées dans l’arbre ou dans • Formation initiale et/ou complémentaire l’entremêlement de troncs et de souches insuffisante
Arbres (entiers ou parties), souches et pierres instables qui peuvent sou- • Inexpérience dainement tomber, verser, chuter ou rouler sans raison manifeste, même • Importants volumes de travail après des jours, des semaines ou des mois • Longues périodes de travail
Contraintes physiques lors du façonnage des chablis • Manque de personnel
Mauvaise coordination des étapes de travail
Mesures de sécurité Adapter et appliquer systématiquement le concept sécuritaire de l’entreprise à la situation exceptionnelle:
Objectif Collaboration avec des entreprises externes
La sécurité avant tout! • Rechercher la collaboration interentreprises; recourir à du personnel d’autres entreprises forestières Organisation
Préférer les entreprises privées et publiques qui appliquent
Consacrer du temps à une planification minutieuse déjà un concept de sécurité
Opter pour des méthodes de travail (degré de mécanisa-
Exiger la preuve que l’entreprise dispose d’une assurance tion aussi élevé que possible) les plus favorables au nicontre les accidents et d’une assurance de responsabilité veau de la sécurité au travail civile
Renoncer à la récolte des chablis particulièrement dange-
Insister sur l’engagement de personnes qualifiées (formation reux de base minimale, expérience, instruction pratique) Formation initiale et complémentaire • Régler par contrat le genre et la portée des travaux ainsi que
N’engager que des collaborateurs qualifiés pour les tra- les responsabilités (p. ex. en ce qui concerne la personne de vaux de façonnage des chablis contact, la fermeture des voies de communication, etc.)
Dispenser, sur place et en présence de tous les collabo- Contrôles de sécurité rateurs, les informations pratiques concernant le façon-
Effectuer régulièrement des contrôles de sécurité, malgré nage des chablis le manque de temps. Au début des travaux de façonnage, Conditions de travail certaines choses méritent d’être améliorées. Plus tard, il y a
Renoncer au travail supplémentaire ou à la prolongation risque de négligence en raison de la routine du temps de travail Communication interne
Libérer régulièrement les collaborateurs des travaux de
Informer davantage les collaborateurs (quoi, où, quand, qui, façonnage, en leur proposant d’autres activités ou en leur combien, pourquoi, etc.) offrant un jour de repos intercalaire
Organiser des réunions de service, répondre aux demandes
Rémunérer en régie et aux suggestions des collaborateurs
Aborder les sentiments et les émotions des collaborateurs, trouver des solutions ensemble
C Bases relatives aux arguments 81
C-4 Entreprise forestière
C-4.1 Tenir compte du marché du bois et de la logistique
C-4.1.1 Facteurs déterminant l’évolution négative des prix sur le marché du bois
L’année après le passage de «Lothar», les prix à port de camion ont fortement chuté, par exemple jusqu’à 50% pour les assortiments résineux B/C. Ce phénomène a aussi concerné le bois des coupes ordinaires, provenant des régions épargnées par les dégâts de tempête. Les principales raisons de l’effondrement des prix sont décrites ci-après (voir BÄRTSCHI et al. 2003; BAUR et al. 2003; ODENTHAL-KAHABKA et PÜTTMANN 2004, p. 194):
Les grandes distances La caractéristique typique d’un marché du bois conditionné par des dégâts de tempête à un et les frais de transport niveau supra-régional est la proportion inhabituellement élevée des ventes à destination élevés compriment le d’autres régions et de l’étranger. Dans ces marchés dominés par les acheteurs, les frais de produit de la vente des transport sont en grande partie supportés par le vendeur. Le produit de la vente des bois se bois calcule d’ailleurs en soustrayant les frais de transport du prix franco usine. Le manque de concurrence, les limites de tonnage et la RPLP font qu’en Suisse les frais de transport par route et par rail sont environ deux fois plus élevés qu’en Allemagne. Etant donné que la majeure partie des chablis causés par Lothar ont été transportés sur une distance nettement plus longue qu’en temps ordinaire, les frais de transport ont pesé particulièrement lourd dans le bilan global.
Les phases du processus Le façonnage, le transport, la transformation ou l’entreposage du bois doivent être coorsont souvent mal donnés. Le transport des chablis façonnés n’a souvent pas pu suivre la cadence élevée des coordonnées récolteuses modernes. Le manque de camions ou de wagons de chemin de fer a aussi été fréquemment à l’origine des problèmes de transport. Dans ces situations, le bois a dû être entreposé temporairement le long des routes forestières ou sur des places de chargement. L’opération supplémentaire a naturellement causé des surcoûts.
L’entreposage L’entreposage intermédiaire des bois ronds façonnés jusqu’au moment de leur transport ou intermédiaire de longue de leur chargement a souvent duré plus longtemps que prévu et a occasionné, notamment durée entraîne des pertes durant la période estivale, une dépréciation qualitative pouvant être considérable. de qualité Le réflexe économique L’érosion des prix a également été favorisée par le manque de considérations économiques fait souvent défaut de la part des propriétaires forestiers. Pour de nombreux exploitants, la décision d’évacuer les chablis a été déterminée par d’autres facteurs. Cette situation a renforcé la position des acheteurs de bois. Certains preneurs étrangers ont systématiquement déclassé les chablis lors de leur cubage en usine. Cette manière de faire a contribué à réduire le produit de la vente des bois.
Le subventionnement par mètre cube de chablis façonnés, pratiqué par de nombreux cantons à la suite de «Lothar», a eu une répercussion clairement négative sur le prix du bois. Le soutien financier a incité les propriétaires forestiers à écouler leur bois à des prix parfois relativement bas. C’est pourquoi les fonds publics ont profité avant tout à l’industrie de transformation du bois.
82 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
L’offre de bois élevée La stratégie consistant à vendre rapidement afin de devancer la chute des prix s’est avérée sature le marché payante pour certains propriétaires forestiers. L’aspect négatif de cette tactique a été d’accélérer l’effondrement des prix. Les personnes qui n’ont pas pu commencer de façonner les chablis directement après la tempête ou celles qui se sont d’abord abstenues d’écouler leur bois par solidarité en sont restées pour leurs frais.
Seule la forte réduction Jusqu’à un certain niveau, les baisses de prix sont compensées par la quantité de chablis des prix a permis exploitable de manière concentrée, ce qui permet même de réaliser un bénéfice. Pour de l’écoulement de grandes nombreux propriétaires, la chute des prix après «Lothar» a cependant été trop forte, en quantités de bois Suisse, pour leur permettre de rester dans les chiffres noirs.
C-4.1.2 Mesures visant à soulager le marché et à soutenir le prix du bois
Dans leur analyse sur les conséquences économiques de l’ouragan «Lothar», BAUR et al. (2003) qualifient par conséquent le prix du bois de «grandeur clé» au niveau des répercussions économiques défavorables des tempêtes sur l’économie forestière. Cette constatation souligne l’importance des mesures visant à soulager le marché à la suite de tempêtes.
Les efforts consentis par l’économie forestière en vue de soutenir le prix du bois n’ont de chance de réussir que si les acteurs de tous les niveaux œuvrent ensemble pour atteindre le même objectif. Les mesures suivantes sont proposées pour les propriétaires forestiers concernés:
Bonne planification des Bien planifier la chaîne de production et coordonner au mieux la vitesse de façonnage avec phases du processus le transport. Il faut éviter de façonner les troncs dont le transport n’est pas assuré à temps. La chaîne est bien mieux planifiée lorsque les bois sont façonnés par l’acheteur. C’est pourquoi la vente sur pied doit toujours être envisagée. En effet, il est plus judicieux de vendre les bois de cette manière que d’engager un entrepreneur disposant de récolteuses performantes seulement pour le façonnage. Le marché du bois n’est pas inondé par des offres sauvages, même lorsque les ventes sur pied se déroulent rapidement.
Coordination Organiser ou accepter le pilotage interentreprises de l’avancement du façonnage, de la forinterentreprises mation d’assortiments, de la commercialisation et de l’entreposage des bois. Cette manière de procéder permet de mieux combattre la pression exercée sur les prix et de mieux répondre aux besoins des acheteurs.
Professionnalisme Engager des équipes bien entraînées et convenablement équipées. Ce choix facilite l’organisation et la coordination des étapes de travail.
Soulager le marché en Organiser l’entreposage des assortiments de grande valeur afin de conserver leur qualité. entreposant les chablis Cette technique permet de surmonter la période de tension sur le marché du bois. Utilisée à grande échelle, elle peut produire un effet stabilisateur sur le prix du matériau ligneux. L’entreposage par voie humide est cependant très coûteux. Le prix de vente, susceptible d’être plus avantageux ultérieurement, doit au moins compenser les frais d’entreposage.
C Bases relatives aux arguments 83
Eviter toute précipitation Etendre les travaux de façonnage des chablis sur une plus longue période. Aux emplaceinutile ments exposés au nord et à l’est, la qualité des bois résineux se maintient sans autre jusqu’à la deuxième période de végétation. À ces expositions, la conservation en sève représente, au-dessus de 900 mètres d’altitude environ, un atout pour la planification du façonnage, mais ne constitue pas une méthode de conservation de pleine valeur (ODENTHAL-KAHABKA et PÜTTMANN 2004).
Laisser sur place les Renoncer au façonnage des assortiments de moindre valeur et de mauvaise qualité. Le fait assortiments de moindre de laisser sur place les assortiments de moindre valeur constitue le plus souvent une soluvaleur tion économique qui permet de décharger le marché du bois et le personnel forestier. Inversement, les assortiments de qualité supérieure s’écoulent à bons prix, même durant les périodes de crise.
Réfléchir en termes Mettre davantage l’accent sur des considérations économiques. En l’absence d’intérêts pud’économie blics tels que la protection contre les dangers naturels ou la protection de forêts intactes à fonctions prioritaires particulières, qui pourraient limiter sensiblement la liberté d’action du propriétaire forestier, celui-ci peut réfléchir davantage en termes économiques. Dans ce cas, c’est avant tout le produit de la vente des bois après déduction des coûts de récolte qui détermine si les bois doivent être évacués ou non (BAUR et al. 2003).
84 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-4.2 Créer de bonnes conditions pour le peuplement suivant
C-4.2.1 Définitions
Rajeunissement: collectif de jeunes arbres dans une surface.
Semis (ensemencement) 15: rajeunissement de 0 à 3 ans.
Recrû initial15: rajeunissement de plus de 3 ans, mais ne dépassant pas la strate herbacée (25 à 75 cm de hauteur).
Rajeunissement établi15: rajeunissement dépassant la strate herbacée, mais pas encore nettement la couche de neige usuelle.
C-4.2.2 Propriétés caractéristiques des surfaces de chablis
Plus la surface de chablis est grande, plus l’influence du peuplement environnant sur la reforestation sera faible. Le microclimat et le développement de la forêt ne sont plus les mêmes que dans un boisement fermé, mais sont dissimulés par les conditions typiques des surfaces de chablis:
températures extrêmes de jour comme de nuit,
influence plus marquée du gel dans les couches supérieures du sol,
apport élevé de lumière et de chaleur,
déplacements d’air (vents) sans entraves à proximité du sol,
davantage de précipitions sur le sol,
minéralisation rapide de la couche d’humus,
développement luxuriant d’une végétation concurrente héliophile,
apport insuffisant de semences dans les grandes surfaces.
C-4.2.3 Influence du fait d’évacuer et de laisser les bois sur les conditions générales de la reforestation
a) Mycorhizes Une évacuation irréfléchie Si une surface forestière est dépourvue d’arbres durant une longue période, les champeut aussi menacer la pignons mycorhiziens disparaissent progressivement, ce qui peut s’avérer négatif pour le flore mycorhizienne rajeunissement naturel (REXER et al. 1998). Cependant, quelques rares espèces, qui survivent apparemment plus longtemps dans le sol sans relation avec des arbres vivants sont encore capables de mycorhizer les jeunes semis, même dix ans après la tempête (EGLI et al. 2002). La récolte des chablis peut aussi conduire à la disparition d’espèces de champignons mycorhiziens, si cette opération altère sérieusement le rajeunissement préétabli.
Définitions pour «semis», «recrû initial» et «rajeunissement établi» selon OTT et al. (1997).
C Bases relatives aux arguments 85
b) Microstations L’évacuation des bois Les arbres déracinés par la tempête mettent à nu beaucoup de matière minérale. Les souhomogénéise les ches renversées et les dépressions laissées derrière elles offrent de bonnes conditions conditions de station d’ensemencement à de nombreuses essences. Ces microstations sont fréquentes dans les surfaces laissées telles quelles parce que les souches ne peuvent pas se redresser. Comme Les perturbations du sol les dépressions contiennent très peu de semences ou de rhizomes, le sol de ces endroits se causées par la récolte recouvre plus lentement de végétation qu’aux alentours. Les souches renversées constituent favorisent la germination en outre des proéminences du terrain durant une longue période (ULANOVA 2000). L’évades semences d’arbres cuation des bois homogénéise les conditions microstationnelles et par conséquent de la couverture végétale. L’écroûtage du sol, causé par les travaux d’exploitation, crée néanmoins aussi des microstations pourvues de matière minérale. Cependant, les surfaces de chablis évacuées, exposées au sud, à sols fins bien développés et à végétation maigre tendent à se dessécher jusqu’à une profondeur de 35 cm (WOHLGEMUTH et al. 1995).
Les chablis laissés sur L’ensoleillement direct provoque un réchauffement trop marqué, en particulier sur les staplace ont un effet tions pauvres en végétation des surfaces de chablis évacuées. Il engendre par conséquent régulateur sur le une humidité relative trop basse dans les couches d’air proches du sol, ce qui peut anéantir microclimat complètement l’ensemencement. Si le microclimat n’est pas sensiblement influencé par les vents principaux tels que la brise de montagne ou de vallée, l’évacuation des chablis agit défavorablement sur l’évolution journalière de la température atmosphérique proche du sol, notamment sur les stations pauvres en végétation. Les gels nocturnes plus fréquents au printemps et en automne indiquent que le climat est plus continental dans les surfaces de chablis évacuées (BOGENRIEDER et al. 1998). En raison du rayonnement thermique dégagé par les troncs à terre, la neige fond, en altitude, quelques jours plus tôt dans les surfaces de chablis laissées telles quelles (FREY et THEE 2002).
c) Herpotrichie L’herpotrichie et les autres maladies cryptogamiques constituent avant tout un problème pour les jeunes épicéas de l’étage haut-montagnard et subalpin. Dans les dépressions caractérisées par une fonte des neiges tardive et dans les pessières riches en hautes herbes notamment, elles constituent les principaux facteurs de dépérissement des semis et des plantules. Sur ces stations, la présence de suffisamment de bois en décomposition est indispensable pour garantir une régénération naturelle satisfaisante (OTT et al. 1997). À long terme, les surfaces laissées telles quelles offrent davantage de microstations surélevées où la neige fond plus rapidement. Elles sont par conséquent moins menacées par l’herpotrichie.
d) Rajeunissement menacé par les mouvements des troncs Sur les versants, les Aux endroits raides, les troncs sont mis en mouvement par le processus de tassement et se chablis peuvent nuire déplacent en moyenne de un à deux mètres vers le bas en l’espace de dix ans (FREY et mécaniquement à la THEE 2002). Localement, les chablis sont aussi transportés sur plusieurs mètres par les régénération mouvements de la neige. De ce fait, le rajeunissement situé directement en contrebas des troncs peut être affecté au niveau de la qualité et de la stabilité.
86 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
e) Rajeunissement menacé par les mouvements de la neige La phase du rajeunissement établi est une période critique qui voit diminuer la flexibilité des jeunes tiges au cours de leur développement (FREHNER et al. 2005). Sur les versants, les bois à terre peuvent encore contribuer à réduire ou à empêcher, dans une moindre mesure, les mouvements de la neige, même à un stade de décomposition avancé. Les arbres reposant en biais par rapport à la ligne de plus grande pente sont particulièrement efficaces contre le glissement de la neige. Si la pente est très forte, ils devraient toutefois être correctement maintenus. Alors que la reptation de la neige est problématique à toutes les expositions, le glissement de la neige menace la jeune forêt, en particulier sur les versants raides et très ensoleillés.
Le glissement de la neige Les surfaces renversées, laissées telles quelles ou évacuées, sont moins menacées. En efest réduit dans les fet, les bois à terre, les souches et les racines accroissent sensiblement la rugosité du sol surfaces laissées telles (FREY et THEE 2002; NOACK et al. 2004), ce qui réduit considérablement le glissement de quelles ou évacuées la neige. À l’étage montagnard, cette protection devrait suffire jusqu’à ce que la nouvelle forêt soit en mesure d’assumer cette fonction. Elle sera néanmoins insuffisante dans les situations difficiles, en particulier à l’étage subalpin.
C-4.2.4 Influence du fait d’évacuer et de laisser les bois sur la reforestation
a) Rajeunissement préétabli Même si dans certains cas les essences pionnières à croissance rapide dominent la reforestation, le rajeunissement préétabli, composé d’essences définitives joue en général après le passage d’une tempête un rôle clé dans le développement du peuplement suivant (PETER- SON 2000; ANGST et REICH 2004). L’avantage de la taille de ces jeunes arbres face à la végétation concurrente qui prolifère rapidement dans une surface renversée peut s’avérer décisif pour la suite du processus de reforestation. Plus le rajeunissement préétabli est grand, plus l’influence des espèces indésirables sera faible sur la densité et la qualité du rajeunissement (NOBIS et BÜRGI 2004). C’est pourquoi la présence massive de rajeunissement préétabli sur les stations potentiellement soumises à une forte concurrence de la végétation représente un atout majeur (SCHÖNENBERGER 2002; WOHLGEMUTH et al. 2002). Cette spécificité concerne notamment les hêtraies riches en éléments nutritifs et, en altitude, les pessières à hautes herbes.
Une récolte des bois Le façonnage des chablis peut nuire considérablement à la qualité et à la vitalité des jeunes irrespectueuse nuit au arbres déjà implantés et les rendre inutilisables pour la reforestation. L’exécution soigneuse rajeunissement préétabli des travaux de récolte permet pourtant de préserver dans une large mesure le rajeunissement présent. Il convient d’accorder une importance accrue aux jeunes tiges plutôt que de tabler sur l’intensité et la rapidité du façonnage (PALMER et al. 2000).
Les chablis laissés sur Lorsque les arbres renversés sont laissés sur place, les couronnes restent souvent vertes places portent ombrage durant plusieurs années (NOBIS et WOHLGEMUTH 2004). Les houppiers recouvrent alors au rajeunissement une surface considérable. Les jeunes arbres situés dessous souffrent de déformation de la préétabli
C Bases relatives aux arguments 87
tige ou dépérissent par manque de lumière. Une évacuation soigneuse des chablis, effectuée à temps, permet de prévenir partiellement ce genre de problèmes.
b) Potentiel d’ensemencement Dans les grandes surfaces de chablis, la quantité de semences constitue rapidement un facteur limitant pour la reforestation. C’est pourquoi il faut si possible préserver les semenciers restants, même si leur qualité ne correspond pas aux critères d’une production de bois de qualité ou que leur espérance de vie est souvent limitée à quelques années (KOCH et BRANG 2005). Il y a lieu d’observer que la plupart des surfaces de chablis s’agrandissent en l’espace de quelques années après l’événement: les lisières reculent et la distance par rapport aux semenciers s’accroît.
Pour la majorité des essences, la portée permettant d’influencer de manière décisive la composition des essences est inférieure à 100 mètres (voir figure 17). Même le bouleau s’ensemence mal lorsque la distance excède la centaine de mètres (SUCHOCKAS 2002). Comme le montre la figure 17, l’épicéa bénéficie d’une zone d’influence nettement plus grande que la plupart des feuillus. Pour les saules par contre, la distance par rapport aux semenciers ne semble pas être un critère déterminant (STANKIEWITZ 2004).
Lorsque la surface de chablis se situe à portée des semences de bouleau ou d’autres essences pionnières, les conditions permettent souvent l’implantation d’une forêt pionnière plus ou moins dense, notamment après l’évacuation des bois.
Un ensemencement satisfaisant des essences définitives comme l’épicéa et le sapin se limite principalement à une bande mesurant environ 75 mètres de largeur depuis la lisière du peuplement (KENK et al. 1991).
Densité relative des semences
0.8 Epicéa
Fichte Bouleau Birke 0.6 Erable Ahorn Orme Ulme 0.4
relative Samendichte Aulne Erle
0.2 Charme
Hagebuche Hêtre Buche 0 20 40 60 80 100 Distanz Distance par zum rapport à Bestandesrand (m) la lisière du peuplement (m)
Figure 17: Quantité de semences en fonction de la distance jusqu’à la lisière du peuplement (sources pour les feuillus: (KARLSSON 2002); pour l’épicéa: (LÄSSIG et al. 1995).
88 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
c) Régénération naturelle et concurrence de la végétation Contrairement au rajeunissement préétabli qui comprend avant tout les essences définitives du peuplement précédent, le rajeunissement qui s’installe durant les premières années après la tempête est en règle générale déterminé avant tout par des essences pionnières (KOCH et BRANG 2005). Le temps permettant l’implantation d’un rajeunissement réussi est le plus souvent bref dans les surfaces de chablis. Il est limité par l’apparition de la végétation concurrente. Les surfaces endommagées sont souvent recouvertes, en l’espace de deux à trois ans (trois à dix ans en altitude), par un épais tapis végétal composé d’espèces hautement compétitives. Le semis n’a ensuite plus guère de chance de s’installer dans la couverture végétale (PETERSON et PICKETT 1995; WOHLGEMUTH et al. 2002; DARBELLAY 2003). C’est pourquoi, lorsque le rajeunissement préétabli est insuffisant, la réussite de l’ensemencement est déterminante au cours de ce bref laps de temps pour définir si la régénération naturelle pourra se réaliser rapidement ou de manière différée.
La végétation concurrente est souvent déjà présente dans le peuplement précédent, du moins par endroits. De concert avec les couronnes à terre qui obscurcissent complètement le sol, elle veille à ce que la régénération s’implante de manière plutôt clairsemée dans les surfaces de chablis laissées telles quelles. En revanche, les surfaces évacuées donnent plus fréquemment naissance à une reforestation régulière, étant donné que les travaux de récolte engendrent de nombreuses blessures du sol et permettent souvent aussi de dégager le rajeunissement préétabli recouvert par les chablis.
Concurrence de la Les framboisiers, les fougères aigles et surtout les ronces concurrencent sérieusement la végétation à basse régénération dans les surfaces de chablis du Plateau. Elles sont susceptibles d’influencer altitude considérablement la densité et le mélange des essences du rajeunissement qui s’installe à la suite d’une tempête. Les tapis de framboisiers exercent un effet particulièrement négatif sur les chances de germination et de reprise des essences ligneuses (ANGST et REICH 2004; NOBIS et BÜRGI 2004). Dans de nombreuses surfaces de chablis causés par «Lothar» sur le Plateau suisse – en majeure partie des stations à hêtraie – la végétation concurrente avait déjà pratiquement recouvert l’étendue entière au cours de la troisième période de végétation après «Lothar». Les ronces, susceptibles de représenter jusqu’à 80% du degré de recouvrement, déterminaient souvent l’aspect des lieux avec les framboisiers ou les fougères aigles. Alors que la végétation pouvait se propager rapidement dès le début dans les surfaces de chablis laissées telles quelles, ce processus a été en général retardé d’une année dans les surfaces évacuées, en raison de la récolte des chablis (ANGST et REICH 2004; NOBIS et BÜRGI 2004; KOCH et BRANG 2005).
Concurrence de la À l’étage haut-montagnard et subalpin, les résineux se régénèrent avant tout sur les microvégétation en altitude stations proéminentes en présence d’importantes colonies de hautes herbes ou de calamagrostides (DARBELLAY et MÉTRAL 2004; KUPFERSCHMID et BUGMANN 2005). À ces emplacements, le microclimat est en général plus sec et la végétation adventice moins développée. Les stations humides et le plus souvent concaves, couvertes de hautes herbes, de fougères, de pétasites ou d’un tapis dense de framboisiers, sont par contre clairement défavorables au rajeunissement. Le sorbier des oiseleurs parvient même à s’ensemencer avec succès sous un couvert ininterrompu de calamagrostides et d’épilobes à feuilles étroites
C Bases relatives aux arguments 89
(DARBELLAY et MÉTRAL 2004). En général, la régénération des feuillus semble être moins dépendante de microstations particulièrement propices que les essences résineuses, même en altitude (MENGIN 2004).
Après le passage d’une tempête, la période favorable à l’établissement du semis se limite souvent aux trois à cinq premières années, alors que le délai peut dépasser cinq à dix ans sur les stations à calamagrostides et à myrtilles (OTT et al. 1997; MENGIN 2004).
Concurrence de la La reforestation ne pose en général pas de problèmes dans les forêts de mélèzes des Alpes végétation dans les Alpes centrales continentales (OTT et al. 1997). Ici, la végétation accompagnatrice (avant tout des centrales graminées et des framboisiers) ne prolifère pas trop vite et n’exerce en principe pas une concurrence excessive à l’encontre de l’ensemencement. À haute altitude en Valais, MEN- GIN (2004) a même dénombré au cours de la cinquième période de végétation après «Lothar», encore suffisamment d’emplacements dépourvus de végétation susceptibles d’accueillir de nombreux mélèzes, épicéas, sorbiers des oiseleurs et autres. Par contre, les stations favorables à la régénération, du moins pour le mélèze, avaient en grande partie disparu dix ans après «Vivian» (DARBELLAY et MÉTRAL 2004). Plus tard, des microstations propices peuvent se former sous le couvert d’arbres pionniers (bouleaux ou mélèzes par exemple), malgré la concurrence exercée par la végétation et permettre l’ensemencement fructueux de l’épicéa et du sapin (MENGIN 2004).
C-4.2.5 Regarnissages dans les surfaces de chablis évacuées et laissées telles quelles
Avant de procéder à des regarnissages, il convient d’inspecter Catalogue d’évaluation du rajeunissement naturel: en détail la surface de chablis et d’évaluer le potentiel de rajeunissement naturel (voir encadré).
Le nombre et la répartition des jeunes arbres sont-ils suffisants?
Peut-on encore envisager – en raison des semenciers, Dans la forêt de détente et la forêt naturelle, un rajeudes microstations et du développement de la végétation nissement, initialement modeste mais conforme à la station, – un ensemencement important au cours des années à peut s’avérer suffisant. En forêt productive par contre, il est venir? possible de procéder à un regarnissage pour des raisons éco-
Une forêt pionnière protectrice est-elle en train de nomiques – par exemple au moyen d’une plantation avans’établir? tageuse par groupes à espacement final – notamment dans les
Le mélange des essences est-il conforme à la station? grandes surfaces (dépassant 3 ha environ) et lorsque le rajeu-
Le mélange des essences permet-il d’atteindre les buts sylvicoles? nissement est insuffisant (GOCKEL et al. 2001; KOCH et
Les semenciers permettent-ils de conclure à une bonne BRANG 2005). qualité et provenance des essences souhaitées parmi le rajeunissement naturel présent? En forêt protectrice également, une reforestation suffisamment rapide n’est souvent possible qu’avec l’aide de regarnissages. Dans les régions d’altitude, cette manière de faire permet de gagner au moins dix ans par rapport au reboisement naturel (SCHÖNENBERGER 2002).
La régénération artificielle est possible à certaines conditions et à un coût plus élevé dans les surfaces laissées telles quelles également (SCHWITTER 1996). Le chronométrage des travaux de plantation entrepris par l’école de gardes forestiers de Maienfeld dans des surfa-
90 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
ces «Vivian» situées en forêt de montagne, a donné les résultats suivants !(R. Schwitter, communication orale):
Dans les surfaces de chablis laissées telles quelles: 21 plants/heure (nombre de plants mesurés: 4 150).
Dans les surfaces de chablis évacuées: 31 plants/heure (nombre de plants mesurés: 1 800).
Les regarnissages sont En forêt protectrice, la plantation entre les troncs à terre permet de profiter au maximum de possibles mais coûteux l’effet protecteur temporaire des bois renversés. Les regarnissages dans les surfaces de chadans les surfaces laissées blis laissées telles quelles doivent être effectués le plus vite possible après la tempête. En telles quelles effet, les déplacements à travers l’entrelacement des bois deviennent de plus en plus difficiles au fur et à mesure de la propagation de la végétation concurrente et les jeunes plants bénéficient ainsi d’un temps d’avance par rapport aux autres végétaux.
C-4.2.6 Soins et gestion des surfaces de chablis évacuées et laissées telles quelles
Les soins aux recrûs et aux fourrés représentent le plus souvent des inter- Rationalisation biologique ventions onéreuses qui ne permettent pas de dégager de recettes notables. (SCHÜTZ 1996) Il est possible de réduire ces coûts en prévoyant des interventions minima- 1. Automation biologique: confier à la les et en réajustant les objectifs de production. nature tout ce qu’elle est en mesure d’assumer. N’entreprendre des inter- Les forêts dont les fonctions prioritaires sont la détente, la nature et ventions minimales que là où les cycles l’énergie nécessitent le moins de soins, voire aucuns. Même dans les forêts naturels vont à l’encontre de nos buts. consistant à produire du bois de qualité, il est parfois possible de renoncer
2 Principe de concentration: la production totalement aux soins onéreux, sans risques accrus et sans diminutions du
visée et les mesures nécessaires se revenu. Aux premiers stades de développement, les opérations d’«épuraconcentrent sur un nombre minimal d’arbres. tion» ou de «dépressage» peuvent être confiées entièrement à la nature (mortalité naturelle, éclaircie automatique), à condition que le rajeunissement soit suffisamment dense, conformément au comportement de croissance des essences. Si tel est le cas, les peuplements non traités offrent aussi après 20 à 60 ans (voir tableau 19) des candidats de qualité en nombre suffisant et bien répartis qui peuvent ensuite être favorisés (voir WEIHS et al. 1999; AMMANN 2005b; AMMANN 2005d;
Lorsque les conditions Les études de Ammann, qui se basent avant tout sur les conditions du Plateau (altitude infésont favorables, rieure à 900 m), montrent qu’il n’est pas exclu de produire du bois de qualité, même dans l’automation biologique les surfaces de chablis laissées telles quelles, si le rajeunissement est suffisant. Jusqu’à la remplace les soins durant première intervention, la végétation concurrente a disparu sous le couvert du perchis et les les premières décennies chablis se sont suffisamment tassés pour rendre la surface à peu près accessible (voir figure 18 et tableau 20). Tant que les chablis des surfaces laissées telles quelles ne sont pas suffi- Les travaux effectués samment décomposés et désintégrés, les déplacements et les travaux sylvicoles s’avèrent dans l’entrelacement des très pénibles et dangereux à l’intérieur de la zone. bois sont pénibles et dangereux
C Bases relatives aux arguments 91
Tableau 19: Première intervention en forêt productive incluant la rationalisation biologique,
Essence Objectif de production Hauteur dominante lors Age lors de de la première intervention la première intervention * Epicéa • diamètre visé: 60 cm 15 m env. 25 ans
200 à 250 arbres de place par ha (indication de l’âge
révolution: env. 100 à 120 ans pour un bon indice de fertilité) Hêtre • diamètre visé: 60 à 70 cm 17 à 32 m 40 à 60 ans
100 à 120 arbres de place par ha (indice de fertilité de 20 ou 28)
révolution: env. 100 à 120 ans Erable • diamètre visé: 60 cm 15 m (évt. 20 m) env. 20 ans
80 à 100 arbres de place par ha (évt. 30 ans)
révolution: 80 à 100 ans Frêne • diamètre visé: 50 à 60 cm 15 m 15 à 20 ans
60 à 100 arbres de place par ha
révolution: env. 80 ans
Dans les peuplements mixtes, une régulation ponctuelle du mélange peut déjà s’imposer tôt, en fonction du mélange des essences et du but sylvicole (AMMANN 2005a).
Tableau 20: Durée approximative de décomposition des arbres renversés par la tempête. Les facteurs prédominants (température, humidité et activité biologique du sol) déterminent dans une large mesure la vitesse de décomposition du bois. Les feuillus renversés disposant encore d’un contact racinaire important sont susceptibles de survivre durant plusieurs décennies (voir figure 18).
Essence Durée moyenne Remarques Sources de décomposition Epicéa 55–150 ans • jusqu’à la désagrégation complète (Hytteborn et
dans la forêt boréale de résineux, égale- Packham 1987; ment valable pour la forêt de montagne Storaunet et
bois mort à terre Rolstad 2002)
diamètre supérieur à 25 cm Epicéa, sapin, > 50 ans • jusqu’à la désagrégation complète (KORPEL’ 1995; pin, mélèze • diamètre plus important YATSKOV et al.
durée de décomposition: sapin 2003) Hêtre, érable, 30 ans • fortement décomposé grâce au bon contact (Korpel’ 1995; Rune frêne, tilleul avec le sol (voir figure 18) 2002;
chablis d’un diamètre initial de 40 à 50 cm Müller-Using et environ Bartsch 2003)
ne représentant plus de véritables obstacles pour les travaux d’éclaircie Chêne plus longtemps (AMMER 1991) que l’épicéa
92 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Figure 18: Peuplement de bouleaux, d’érables et de hêtres d’une trentaine d’années, implanté dans une surface de chablis laissée telle quelle, vers Almindingen, sur l’île danoise de Bornholm. Les hêtres à terre (DHP env. 40–50 cm) ont été renversés par le vent en octobre 1967, à l’âge de 89 ans. Dans les parties planes (à gauche), la plupart des troncs sont largement décomposés, alors dans la pente (à droite) de nombreux hêtres à terre sont encore en vie (Photo: F. Rune, Danish Forest and Landscape Research Institute, octobre 1999).
C-4.2.7 Rajeunissement sur bois en décomposition
a) Station indispensable à la régénération de nombreuses pessières Dans les forêts de résineux de l’étage haut-montagnard et subalpin, le bois en décomposition s’avère utile en raison de la forte concurrence de la végétation, voire souvent même indispensable au succès de la régénération naturelle des forêts Avantages microstationnels du bois en dé- (OTT et al. 1997; voir tableau 21). L’épicéa est le principal bénéficomposition (MAI 1997): ciaire de ce substrat germinatif. Occasionnellement, on rencontre aussi d’autres essences comme le sapin, le mélèze, le sorbier des
Régime hydrique équilibré, c’est-à-dire pas d’humidité excessive et dessèchement très raoiseleurs, le bouleau, etc. lenti.
Conditions thermiques équilibrées et températu- Au cours des premières années déjà, des semis font leur apparition res plus élevées par rapport aux environs, sans dans les fissures et les tapis de mousses caractérisant le bois mort. risque de surchauffe. Des pertes pouvant atteindre 80% des effectifs durant la première
Meilleures conditions lumineuses grâce à la décennie viennent cependant ternir ce succès initial (HILLGARTER situation surélevée par rapport à la végétation 1971; MARTIN 2003). Un tronc de 25 cm d’épaisseur doit reposer concurrente. sur le sol depuis au moins 15 à 30 ans pour qu’un rajeunissement
Danger réduit de recouvrement par la végétation concurrente. puisse le coloniser et y survivre à long terme (MAI 1998; MARTIN
Période de végétation prolongée grâce à la 2003). Outre l’essence, la vitesse de décomposition du bois est fonte des neiges relativement précoce. déterminée avant tout par le contact direct avec le sol et l’humidité
Protection contre les mouvements de la neige. du terrain. Le processus allant de la chute de l’arbre jusqu’à la
Moins de champignons nuisibles (p. ex. herpo- désagrégation complète du bois en décomposition dure entre 70 et trichie noire). 150 ans dans les forêts résineuses de montagne (BROWN et al. 1998; STORAUNET et ROLSTAD 2002).
C Bases relatives aux arguments 93
En Europe centrale, l’épicéa fructifie correctement environ tous les 3 à 5 ans. Ce laps de temps augmente avec l’altitude, en raison de la baisse des températures (SCHMIDT-VOGT 1991). C’est pourquoi la lente décomposition du bois mort et, de ce fait, les microstations favorables à l’ensemencement durant une longue période constituent un avantage certain en forêt de montagne (OTT et al. 1997).
b) Importance du bois en décomposition dans les surfaces de chablis L’évacuation des chablis dans les pessières montagnardes et subalpines prive la surface d’un substrat de régénération susceptible d’être important plus tard. Il est possible de contrer cet inconvénient en procédant à une évacuation partielle. L’importance future qu’aura le rajeunissement sur bois en décomposition dans les surfaces endommagées s’avère cependant difficile à évaluer, faute d’expériences. Au cours de la phase du rajeunissement établi, la lumière directe du soleil agit certes positivement sur la croissance des arbres, mais le succès de la germination a tendance à diminuer lorsque l’ensoleillement quotidien augmente (FREHNER 2002). Cela tient essentiellement au fait que le bois en décomposition exposé au soleil se dessèche assez vite. Ensuite, l’importance des chablis en tant que substrat de germination se limite avant tout aux dégâts épars ou aux petites surfaces renversées, ainsi qu’aux zones de mégaphorbiaies. En ces lieux, l’ombrage est plus accentué que dans les surfaces découvertes faiblement colonisées.
Tableau 21: Types de stations forestières dans lesquels le bois en décomposition s’avère important pour le rajeunissement de l’épicéa (voir FREHNER et al. 2005).
Types de stations forestières Importance du bois en décomposition Hêtraies de l’étage montagnard inférieur insignifiante Forêts de l’étage haut-montagnard et subalpin dominées par l’épicéa: indispensable 57V Pessière à Homogyne typique 57C Pessière à Homogyne avec Calamagrostide velue 57S Pessière à Homogyne avec Sphaignes
60 Pessière à hautes herbes typique
60A Pessière à hautes herbes avec Athyrium alpestre 60E Pessière à hautes herbes avec Prêle 47* Sapinière à Mélèze avec Rhododendron
46 Pessière-Sapinière à Myrtille typique
46M Pessière-Sapinière à Myrtille, var. sur podzol 46* Pessière-Sapinière à Myrtille avec Sphaignes
49 Pessière-Sapinière à Prêle typique
49* Pessière-Sapinière à Prêle avec Laiche ferrugineuse
50 Pessière-Sapinière à Adénostyle typique
50P Pessière-Sapinière à Pétasite
48 Pessière-Sapinière à Asplénium sur gros blocs
56 Pessière à Sphaignes typique
57Bl Pessière à Homogyne typique, var. à gros blocs Tous les autres types de stations avec épicéa ou sapin utile
94 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-4.2.8 Nettoiement modéré du parterre de coupe
Après le façonnage des chablis, il est souvent possible de renoncer sans problème au nettoiement du parterre de coupe (c’est-à-dire à la mise en tas des restes de troncs, de branches et d’écorces de la récolte des bois) pour des raisons de protection des forêts (FORSTER et al. 1998). Le cas échéant, un nettoiement modéré du parterre de coupe s’avère opportun en raison de la sécurité au travail, des travaux futurs de plantation et d’entretien ou pour des motifs phytosanitaires. Si le parterre de coupe est nettoyé en vue de la création du peuplement, il est possible de limiter les travaux aux endroits favorables à la plantation.
Lorsque la récolte des bois laisse derrière elle des couronnes entières, la coupe de quelques rameaux permet de préserver la valeur du rajeunissement situé au-dessous (PICHERY et BRUCIAMACCHIE 2002).
Pour des raisons de protection du sol, le nettoiement complet du parterre de coupe s’avère problématique si les branches sont rassemblées à l’aide d’une machine qui parcourt intensivement la surface (voir C-4.3).
C Bases relatives aux arguments 95
C-4.3 Conserver la fertilité du sol
C-4.3.1 La protection du sol n’est pas un luxe
Le droit fédéral stipule que le sol ne doit pas être altéré durablement par des atteintes physiques. Il délègue aux cantons la responsabilité de la mise en œuvre de la protection physique des sols forestiers (art. 33, al. 1, LPE et art. 28, let. d, OFo). Dans le Programme forestier suisse, la protection des sols forestiers constitue l’un des cinq objectifs prioritaires d’importance nationale à besoin d’intervention élevé (DIRECTION DU PROJET PFS, BHP- BRUGGER & PARTNER 2004).
La protection du sol a également pris de l’importance en raison des progrès techniques réalisés récemment au niveau des machines de récolte du bois. Cette tendance s’est clairement affirmée après «Lothar». Les travaux de façonnage des chablis, effectués en grande partie à l’aide de machines, ont malheureusement souvent malmené de nombreux sols sensibles à la compaction (WSL et OFEFP 2001; SCHENK 2003; SCHÄFFER et VON WILPERT 2004).
Le sol constitue le support de production et par conséquent aussi le capital de base de l’économie forestière. La gestion durable n’est possible que si la fertilité du sol est conservée. Une fois compacté, le sol ne peut plus être ramené à l’état initial, même à grand renfort de mesures onéreuses (MORTIER 2001).
C-4.3.2 Propriétés des sols sensibles à la compaction
Une grande partie des sols forestiers suisses sont sensibles à la compaction. Le degré de sensibilité est essentiellement déterminé par l’humidité, la granulométrie et l’état de compaction du sol: Humidité du sol L’eau contenue dans le sol influence la cohésion entre les particules. La règle suivante est en principe valable: plus un sol est sec, plus les forces maintenant les particules seront grandes. Les sols secs sont par conséquent souvent moins sensibles à la compaction que les terrains humides (LÜSCHER 2005). Granulométrie / texture La granulométrie du sol détermine le nombre de points de contact entre les particules et, de ce fait, la stabilité face à une charge mécanique (LÜSCHER 2005).
Tableau 22: Sensibilité à la compaction, à l’état humide, en fonction de la structure et de la texture du sol.
Sensibilité à la compaction Granulométrie/texture faible substrats purs, p. ex. sable pur; pierrosité > 50% élevée substrats mélangés, notamment sols sableux et limoneux; pierrosité < 50%; teneur en argile: 8–45% 16
Compaction préalable Les sols déjà compactés sont moins déformables. Cette particularité provient du fait que la déformation la plus importante se produit toujours au cours du premier passage (LÜSCHER 2005).
Valeurs indicatrices du BUNDESANSTALT FÜR GEOWISSENSCHAFTEN UND ROHSTOFFE (2005).
96 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-4.3.3 Conséquences de la compaction du sol
Le premier passage peut Si les conditions sont défavorables ou que le sol est sensible, le premier passage occasionne avoir le plus de déjà 80% de la compaction possible (GODEFROID et KOEDAM 2004). Les dégâts ne se limiconséquences tent pas à la couche supérieure du sol. Le poids élevé des engins et les pointes dynamiques de charge dues à l’utilisation des machines compactent également le sol en profondeur (LÜSCHER 2005). Des dégâts de compaction et une perturbation des conditions d’infiltration sont à craindre même sous de légères ornières (ZÜRRER 2005).
a) Effets sur les propriétés du sol
Réduction du volume poreux et de la continuité des pores (LÜSCHER 2005).
Diminution de la capacité de transport et de stockage du sol en ce qui concerne l’eau et l’air (LÜSCHER 2005).
Manque d’oxygène et engorgement (HILDEBRAND et al. 2000; WALTHERT et al. 2004).
b) Effets sur la faune du sol, le peuplement forestier et la végétation au sol L’utilisation irréfléchie de • Diminution de l’activité biologique (p. ex. réduction du nombre de lombrics forant le sol machines compacte le sol horizontalement et verticalement (FLÜCKIGER et BRAUN 2005). et compromet sa fertilité • Dégâts mécaniques aux racines dus à la circulation des engins.
Enracinement limité, voire impossible dans l’ensemble de l’espace radiculaire. Les sols compactés présentent moins de radicelles (HILDEBRAND et al. 2000; WALTHERT et al. 2004).
Réduction de la croissance des racines et des plantes (ENTRY et al. 2002). On observe rarement une diminution du développement des parties aériennes. L’affaiblissement de la croissance des racines se manifeste cependant souvent après coup par une stabilité déficiente, c’est-à-dire une sensibilité accrue aux tempêtes.
Les plantes produisent fréquemment de plus petites feuilles, ce qui réduit la photosynthèse (GODEFROID et KOEDAM 2004).
Augmentation des indicateurs de compaction et d’engorgement parmi la végétation spontanée, comme les joncs, les laiches à épis pendants et diverses espèces rudérales.
C Bases relatives aux arguments 97
C-4.3.4 Recommandations afin d’éviter la compaction du sol
Précaution particulière sur les sols extrêmement sensibles. Ne pas circuler sur des • Les sols sont presque tous sensibles à la compaction lorsqu’ils sont humides. Les sols humides sols sont particulièrement exposés à ce danger en hiver, à base altitude (jusqu’à 900 m environ) parce que l’humidité du sol reste souvent élevée en permanence (absence de transpiration) et que le terrain gèle rarement. Limiter la circulation des • Limiter les dégâts aux layons de débardage tout en veillant à contenir au mieux les atengins sur les layons teintes au sol. Les layons de débardage doivent rester une partie de la surface de production et ne pas être compactés en «routes forestières non officielles».
Eviter absolument de circuler sur toute la surface, étant donné que la déformation majeure intervient toujours au cours du premier passage (LÜSCHER 2005).
Délimiter clairement les layons; choisir si possible un espacement de 20 mètres si la desserte fine n’est pas encore aménagée (PALMER et al. 2000). Les méthodes combinées – utilisation de la récolteuse dans le champ d’action de la grue et séparation de la souche à la tronçonneuse, assistée du tracteur (treuil) – permettent d’observer une distance de 40 mètres entre les layons (FVA FREIBURG 2000). Régler la protection du sol • Inclure explicitement les mesures de protection du sol dans les contrats passés avec les par contrat entrepreneurs afin de les rendre obligatoires (FVA FREIBURG 2000).
Un surcroît de dépenses pour le façonnage ou une moins-value pour les assortiments issus d’exploitations forcées s’avère justifié afin de préserver le sol (FVA FREIBURG 2000). L’Aide-mémoire en cas de dégâts de tempête (chapitre 2.5.3) fournit des recommandations et des aides à la décision circonstanciées pour la mise en œuvre pratique de la protection du sol lors de l’évacuation des chablis.
C-4.3.5 Processus naturels de compaction du sol à la suite de chablis
À la suite de chablis, les processus de lessivage des particules fines dans le système de cavités du sol parcouru par les racines rendent le terrain boueux (avant tout sols bruns lessivés). Plus le sol est évolué, plus les pores fins des zones à structure instable – par exemple en cas de blessures à la surface du sol ou aux emplacements dépourvus d’une couverture végétale intégrale – risquent de se boucher et par conséquent de perturber la perméabilité. Lorsqu’en plus la transpiration fait défaut par manque d’enracinement ou durant la période de repos de la végétation, l’aération du sol est fortement réduite en fonction des conditions météorologiques. Lors de la récolte des bois, il faut tenir compte ou ne pas sous-estimer, au cours de ces phases, la teneur en eau accrue, notamment dans le sous-sol (P. Lüscher, communication écrite).
98 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-4.4 Gérer l’influence des ongulés sauvages
C-4.4.1 Importance des chablis pour le milieu
Les chablis contribuent En ce qui concerne la biologie du gibier, le «dérangement» de la structure forestière occasouvent à sionné par la tempête constitue souvent une revalorisation du milieu. La tempête provoque l’enrichissement du milieu une précieuse ouverture du couvert dense des forêts régulières exposées aux chablis, où le manque de lumière exclut pratiquement tout développement de la strate herbacée. La lumière et la chaleur transforment le sol forestier, nu jusqu’ici, en un tapis dense et vert de plantes pionnières, puis pérennes. Il en résulte un apport de nourriture attirante et variée qui profite surtout aux trois espèces d’ongulés sauvages: chevreuil, cerf et chamois, ainsi qu’au lièvre et à de nombreuses espèces animales héliophiles et thermophiles, en particulier les oiseaux et les insectes.
L’importance d’une surface de chablis dans l’enrichissement du milieu dépend fortement de sa grandeur ainsi que du degré actuel de structuration du paysage et des forêts au niveau régional. La juxtaposition de peuplements forestiers, de buissons, de «surfaces perturbées», de champs cultivés et de pâturages convient particulièrement aux besoins de gagnage et de protection des ongulés sauvages.
C-4.4.2 Réaction des populations d’ongulés sauvages dans les grandes surfaces de chablis
Les observations et études relatives aux effets des grandes surfaces de chablis sur les ongulés sauvages n’aboutissent pas aux mêmes résultats. Les exemples concrets présentés ciaprès montrent que, mis à part les retombées d’une tempête, différents facteurs spécifiques au lieu, mais difficiles à recenser, semblent déterminer considérablement la réaction des ongulés. C’est pourquoi les déductions faites dans un certain périmètre d’étude ne sont pas transposables directement aux autres régions.
a) Effets directs d’une tempête extrême sur les populations d’ongulés sauvages On a admis à diverses reprises que de nombreux animaux étaient écrasés par les arbres renversés par la tempête et, par conséquent, que les populations régressaient temporairement. De plus, on supposait que le stress dû à la tempête engendrait au printemps suivant une augmentation du nombre des fausses couches (DROUINEAU et al. 2000). En fait, l’ouragan «Andrew» de 1992 a provoqué en Floride des pertes considérables au niveau des naissances chez le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus seminolus), une espèce comparable à notre chevreuil. Les femelles portantes au moment de la tempête extrême ont donné naissance à un nombre de jeunes 67% inférieur aux autres années (LABISKY et al. 1999). Par contre, on n’a pas constaté d’animaux écrasés par la chute d’arbres.
En Suisse également, on a trouvé un seul chevreuil tué sous les chablis renversés par «Lothar». La France, le pays le plus touché avec 140 millions de mètres cubes renversés, n’a enregistré aucun cas de ce genre.
C Bases relatives aux arguments 99
Contrairement aux observations américaines, l’ouragan «Lothar» n’est vraisemblablement pas stressé le chevreuil au point d’accroître le nombre des fausses couches. GAILLARD et al. (2003) n’ont en tout cas pas constaté de changements au sein de deux populations locales de grandeur connue, pour lesquelles on aurait pu imaginer une chute des naissances après «Lothar». Cette situation peut provenir du fait que l’embryon n’est encore guère développé au mois de décembre. Divers auteurs pensent au contraire que l’accroissement des possibilités de gagnage après les tempêtes, ainsi que les conditions de chasse rendues difficiles ont plutôt favorisé l’expansion des populations locales de chevreuils (DROUINEAU et al. 2000; GAILLARD et al. 2003; RÜEGG 2003a).
b) Modification à long terme des populations de gibier Chevreuil: l’importance des changements au niveau des possibilités de gagnage et par conséquent du comportement de l’espèce dépend dans une large mesure de la situation qui prévalait avant la tempête. Si les ronces, par exemple, qui constituent souvent la nourriture principale du chevreuil, étaient déjà abondantes dans le peuplement précédent, l’amélioration des possibilités de gagnage après la tempête ne devrait pas avoir d’influence significative sur le taux de reproduction du chevreuil (MOSER et al. 2004). Il n’existe pas d’études scientifiques approfondies des populations à ce sujet.
Une étude française a montré que les territoires de six chevreuils suivis par télémétrie se sont réduits de plus de moitié après «Lothar» (WIDMER et al. 2004). L’augmentation à court terme de la qualité de l’habitat revient probablement pour une bonne part à la grande quantité de lierre soudainement accessible. Au cours de la première année après la tempête, les animaux se sont principalement tenus dans le secteur des surfaces de chablis. Une étude semblable, menée en Floride sur le cerf de Virginie, n’a par contre pas permis d’observer de changements au niveau de la grandeur des territoires suite aux tempêtes (LABISKY et al. 1999).
Dans la chasse gardée «Grabs-West» (SG), les tirs et le nombre de chevreuils estimé par an ont considérablement augmenté au cours de la décennie consécutive aux importants chablis causés par l’ouragan «Vivian» en 1990 (RÜEGG 2003a). Des expériences similaires ont également été enregistrées dans d’autres chasses gardées de la vallée du Rhin saint-galloise touchées par «Vivian» et «Lothar» ainsi que par la tempête de fœhn dévastatrice de 1982. Les enseignements de la vallée du Rhin montrent que le point culminant est atteint environ dix à quinze ans après. Ensuite, le nombre d’animaux estimé et les tirs ont de nouveau régressé.
Chamois: une analyse rétrospective de l’évolution des populations de chamois dans le district franc de Kärpf (GL) n’a pas permis d’établir de lien avec les dégâts causés par «Vivian» en 1990 (RÜEGG 2003b).
Cerf: le rayon d’action d’une population de cerfs est trop grand pour être sensiblement influencé par les dégâts dus à une tempête.
100 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-4.4.3 Utilisation des surfaces de chablis et des forêts avoisinantes par les ongulés sauvages
a) Gagnage dans les surfaces de chablis évacuées et laissées telles quelles Dans une zone forestière argovienne fortement marquée par des chablis, BÜHLER (2002) a recensé les tas de fèces de chevreuil en forêt et dans les surfaces de chablis évacuées. En prenant la fréquence des excréments comme mesure de la durée de séjour du chevreuil, il a constaté que le cervidé s’est tenu presque aussi souvent dans les deux types d’habitats au cours du troisième été après «Lothar».
La qualité des alentours Une étude menée dans deux régions forestières du Plateau a montré que le chevreuil avait influence l’utilisation des utilisé de façon presque équivalente le peuplement et la surface de chablis évacuée pour se surfaces laissées telles nourrir (MOSER et al. 2004). Les surfaces laissées telles quelles présentaient toutefois netquelles et évacuées tement moins de traces de gagnage, bien que quantité de nourriture disponible soit presque aussi importante que dans les zones évacuées et dans le peuplement avoisinant.
La préférence pour les surfaces de chablis évacuées correspond également aux résultats d’une recherche effectuée huit ans après «Vivian» dans la placette d’essai d’altitude du WSL, située au-dessus de Schwanden (GL) (LÜTHI 1998). L’observation a porté sur des traces de fèces et d’abroutissement dues au chevreuil, au chamois et au cerf. L’utilisation préférentielle des surfaces évacuées s’explique ici par les meilleures possibilités de gagnage ainsi que par un accès facilité.
Dans l’enchevêtrement des chablis, on rencontre souvent des passages de gibier très fréquentés qui indiquent une certaine canalisation du mouvement des animaux (LÜTHI 1998). Les sentes sont souvent plus fréquentes dans les surfaces de chablis évacuées. Des trois espèces d’ongulés sauvages, c’est probablement le cerf qui profite le plus des surfaces de chablis laissées telles quelles.
b) Couvert dans les surfaces de chablis évacuées et laissées telles quelles Peu après «Lothar», des cycles d’observation standardisés ont permis de repérer, dans le canton d’Argovie, davantage de chevreuils en forêt que dans les surfaces de chablis voisines évacuées. ZINGGELER et al. (2002) supposent par conséquent que le chevreuil séjourne plutôt dans la forêt environnante et qu’il n’utilisera pleinement les surfaces de chablis que lorsque celles-ci lui offriront un couvert suffisant. À de nombreux endroits du Plateau, les surfaces de chablis étaient cependant déjà tellement recolonisées par la végétation en l’espace de deux ans qu’elles pouvaient satisfaire pleinement au besoin de couvert du chevreuil.
Plus les possibilités de couvert d’une région sont rares, plus le gibier cherchera protection dans les surfaces de chablis en voie de recolonisation. Les zones laissées telles quelles offrent sans aucun doute le meilleur couvert. Cependant, ces différences diminuent souvent déjà fortement au cours des premières années en raison de la recolonisation rapide des surfaces évacuées, à basse altitude notamment. La visibilité à 20 mètres – dans une surface de chablis laissée telle quelle, dans une surface évacuée ainsi que dans un vieux peuplement riche en sous-bois d’une hêtraie argovienne – était déjà à peu près la même au cours de la troisième période de végétation. La surface de chablis laissée telle quelle offrait cependant
C Bases relatives aux arguments 101
le meilleur couvert dans le cas d’une courte distance de visibilité de 5 mètres (BÜHLER 2002).
Plus les dérangements Dans les premiers temps après une tempête un conflit d’utilisation entre l’homme et les sont fréquents, plus le ongulés sauvages est possible dans les forêts de récréation. Tant qu’une grande partie des couvert des surfaces de peuplements renversés n’est pas évacuée, les promeneurs, les cyclistes, les coureurs chablis laissées telles d’orientation, les cavaliers, etc. se concentrent dans les régions épargnées par la tempête. quelles s’avère important De ce fait, l’intensité du dérangement augmente, du moins temporairement, dans les zones forestières ménagées par les tempêtes, ce qui entrave encore davantage la liberté de mouvement du gibier (SCHENK 2003). Lorsqu’une surface de chablis non évacuée se situe dans une forêt fortement fréquentée, le gibier a tendance à séjourner dans l’enchevêtrement des chablis afin de se protéger. Il est effectivement peu probable que des gens s’aventurent volontairement en ces lieux.
Des trois espèces d’ongulés sauvages, c’est le cerf qui évite le plus farouchement la rencontre avec l’homme. Il dépend par conséquent dans une large mesure du couvert. Lorsque la surface de chablis laissée telle quelle offre une cachette suffisante dans une zone sinon plutôt pauvre en couvert, le cerf ne se laisse guère impressionné par l’enchevêtrement de chablis pour trouver la protection et la tranquillité requises à l’intérieur d’une surface de chablis laissée telle quelle.
c) Conclusion Il ne semble pas exister de règle élémentaire quant à l’utilisation privilégiée d’un de ces trois habitats: peuplement, surface de chablis laissée telle quelle ou évacuée. La préférence pour un certain type d’habitat est vraisemblablement influencée par la combinaison des facteurs suivants:
intensité d’utilisation de la forêt par les amateurs d’activités de loisirs,
différences de possibilités de couvert entre les habitats,
différences de possibilités de gagnage entre les habitats,
espèce d’ongulé sauvage,
volumes de chablis,
possibilités de gagnage saisonnières,
couverture neigeuse,
expériences et effets d’apprentissage des animaux sur place.
C-4.4.4 Les chablis laissés sur place peuvent-ils protéger les jeunes arbres contre l’abroutissement?
Dans l’enchevêtrement Lorsque le rajeunissement naturel est abondant, la reforestation à l’aide d’essences condes bois, l’abroutissement formes à la station est rarement problématique, même si l’abroutissement dû au gibier est ne concerne en général élevé. Dans l’ensemble, il n’est en général pas possible d’établir un lien entre les différents pas la surface entière taux d’abroutissement et le degré d’évacuation des chablis d’une surface. En fait, on trouve souvent localement de plus grandes différences d’intensité d’abroutissement dans les surfaces laissées telles quelles. Lorsque les possibilités de gagnage sont comparables, il est envisageable de réduire l’abroutissement dans de petits secteurs, à condition que ces lieux soient plus difficilement accessibles que le reste de la surface. Presque chaque surface de
102 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
chablis laissée telle quelle dispose par conséquent d’emplacements où les jeunes arbres peuvent croître à l’abri du risque d’abroutissement (JEHL 1995; MENGIN 2004).
L’effet de barrage des chablis n’a guère d’influence sur le chevreuil. Cependant, quelques surfaces dévastées ont permis d’établir que cette espèce n’utilise pas complètement la zone laissée telle quelle (ANGST et REICH 2004). L’abroutissement se concentre plutôt dans les parties plus faciles d’accès. Le chevreuil semble éviter notamment les branches entrelacées des couronnes de feuillus à terre. En France, dans une zone de forêts de feuillus fortement abroutie, PICHERY et BRUCIAMACCHIE (2002) ont comparé deux secteurs d’une surface «Lothar» évacués à des degrés divers. Une surface d’environ 10 x 10 mètres était recouverte d’un tapis assez dense de cimes fractionnées, alors qu’aux alentours il ne restait presque plus de bois à terre. Les jeunes érables de la zone avoisinante ont été entièrement abroutis en l’espace d’une année environ, alors que les tiges qui se sont développées dans la surface non dégagée ont toutes été épargnées par le chevreuil. Il est possible que cette expérience se vérifie à d’autres endroits également.
En Allemagne, une jeune forêt composée de chênes, de merisiers et d’autres essences sensibles à l’abroutissement, a pu se développer pratiquement sans dégâts dans une surface laissée telle quelle depuis les tempêtes «Vivian» et «Wiebke» de 1990, alors que le cerf a fortement abrouti les jeunes arbres croissant aux alentours (EBERT 2000). Selon les constatations faites au chapitre C-4.4.3b (p. 101), il est permis de douter de la valeur universelle de ces observations. De plus, il existe un manque évident d’expériences à ce sujet. Les bois à terre ne semblent guère protéger la jeune forêt contre le chamois. Telle est la conclusion à laquelle sont parvenus KUPFERSCHMID et BUGMANN (2005) dans le cadre de leurs travaux de recherche dans la surface de bois mort du Gandberg (voir figure 10, p. 49).
C-4.4.5 Laisser ou évacuer les chablis dans l’optique des chasseurs
Les surfaces laissées telles quelles entravent la chasse (SCHENK 2003). Elles offrent au gibier une protection efficace contre les chasseurs. Il est pratiquement impossible de traquer le gibier à travers les zones laissées en l’état. Plus l’étendue des chablis est grande, plus il est difficile de chasser un animal hors de la surface. La chasse concentrée constitue la mesure la plus appropriée aux surfaces de chablis. Comme la visibilité y est limitée, même depuis des miradors, il convient d’aménager et d’entretenir des clairières ou des couloirs de tir aux endroits stratégiquement favorables.
Les différences entre les surfaces de chablis évacuées et laissées telles quelles sont avant tout perceptibles au cours des premières années. Plus tard, au stade du fourré, la chasse s’avère en général très ardue dans les surfaces de chablis dépourvues de clairières.
Les espèces de ronces croissant en hauteur ou la fougère aigle posent un problème particulier pour la chasse en offrant une cachette optimale au chevreuil. Sous le couvert de cette végétation, le chevreuil peut même pénétrer dans les surfaces de chablis évacuées pauvres en rajeunissement et se déplacer pratiquement sans obstacles en étant invisible de l’extérieur.
C Bases relatives aux arguments 103
C-5 Environnement
C-5.1 Favoriser la conservation et la diversité des espèces, l’évolution naturelle
C-5.1.1 Conserver les espèces en évitant les dérangements
Il existe des espèces sensibles au dérangement dans Le grand tétras – exemple phare des espèces animales saupratiquement chaque forêt. Pour de nombreuses esvages sensibles au dérangement pèces animales, la forêt constitue le dernier habitat La population de grands tétras est très menacée à de nombreux encore quelque peu préservé de l’influence humaine, endroits. En plus des changements naturels du milieu, le réseau pour autant qu’il ne s’agisse pas d’une forêt à vocation de desserte forestière, de plus en plus dense au nord des Préal- récréative particulière. Les travaux forestiers comme le pes et dans le Jura, a contribué à la forte régression de l’espèce façonnage des chablis, génèrent au moins un déran- (MOLLET et al. 2003). gement momentané du milieu concerné. En réaction à cette atteinte, les espèces sensibles au dérangement se Période de protection: Pour le grand tétras, la période particulièrement sensible de la concentrent dans les zones plus calmes, puis retournent pariade, de la couvaison e éventuellement plus tard à leur endroit habituel. La de l’élevage s’étend de f perturbation – causée par des interventions forestières vrier à fin juillet. temporaires se déroulant pendant une période particulièrement sensible pour certaines espèces animales – La surface de chablis se situe-t-elle dans une zone colonisée peut aussi entraîner la régression d’une espèce. par le grand tétras? En cas de doute, les instances suivantes peuvent fournir des renseignements utiles: • Station ornithologique suisse, a) Espèces particulièrement sensibles au dérangement
6204 Sempach, tél. 041 462 97 00 • Tétraonidés (grand tétras, tétras-lyre, gélinotte des
Garde-faune, service cantonal de la chasse ou de la protection bois) de la nature, service cantonal des forêts
Bécasse des bois Bibliographie: • Martre des pins MOLLET, P.; MARTI, C. 2001: Grand Tétras et gestion de la forêt. • Castor L’environnement pratique. OFEFP, Berne. 21 p. • …
b) Possibilités de ménager les espèces sensibles au dérangement Respecter les périodes de Renoncer aux interventions forestières durant les périodes de protection, c’est-à-dire penprotection dant la période de repos hivernal, de pariade, de mise bas, de couvaison et d’élevage.
Eviter les nouvelles Renoncer à la construction ou à l’extension des chemins. Si le réseau de desserte mérite dessertes d’être complété, des mesures adaptées (fermeture, information, etc.) permettent d’empêcher un dérangement supplémentaire dû aux activités de récréation. Les nouvelles dessertes ou leur extension rendent les zones forestières plus facilement accessibles aux autres utilisateurs également et portent par conséquent préjudice aux espèces animales extrêmement sensibles. De tels effets sont particulièrement lourds de conséquences dans les zones et les secteurs forestiers qui étaient isolés jusqu’ici.
104 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Favoriser les lieux Laisser telles quelles les surfaces de chablis d’une importance stratégique. Etant peu fréde retraite quentés par l’homme, ces lieux peuvent offrir un oasis de tranquillité durant une longue période.
C-5.1.2 Importance des surfaces de chablis pour la diversité des espèces
Les surfaces de chablis Les surfaces de chablis sont en général plus riches en espèces que les forêts fermées, indélaissées telles quelles et pendamment du degré d’évacuation. Après la chute des arbres, le sol reçoit subitement daévacuées contribuent à vantage de lumière et de chaleur. C’est pourquoi le nombre d’espèces et d’individus parmi l’accroissement de la la flore et la faune s’accroît temporairement au cours des années suivantes. Durant cette diversité des espèces première phase, les surfaces de chablis laissées telles quelles offrent des habitats plus riches que les zones évacuées. La juxtaposition étroite de surfaces de chablis laissées telles quelles et de zones évacuées permet d’atteindre une biodiversité maximale.
Importance pour la flore Avec la disparition du vieux peuplement, la flore héliophile gagne du terrain sur les espèces forestières qui reculent et se cantonnent dans les surfaces de chablis laissées telles quelles. La richesse floristique atteint, à basse altitude, son apogée deux à quatre ans après la tempête. Une couverture végétale importante et une dominance marquée des espèces fortement concurrentielles comme la ronce, le framboisier ou la fougère aigle entraînent une diminution du nombre d’espèces végétales. De nombreuses espèces rudérales et indicatrices de lumière colonisent temporairement les surfaces évacuées en se propageant depuis les terrains découverts environnants. C’est pourquoi les zones évacuées sont en général plus riches en espèces végétales. Au niveau de la conservation des espèces en forêt, la diversité spécifique accrue des surfaces évacuées n’a souvent pas de valeur particulière, étant donné que les espèces forestières rares ne sont guère favorisées (KOMPA 2004; NOBIS et WOHL- GEMUTH 2004). La diversité des espèces forestières ou autres devient maximale lorsque des surfaces évacuées et laissées telles quelles se juxtaposent.
Importance Au cours des premières années suivant «Vivian» et «Lothar», les surfaces de chablis ont pour les insectes hébergé 1,5 à 3 fois plus d’insectes qu’à l’intérieur des forêts. Cette diversité s’est même encore accrue dans les surfaces «Vivian» au cours des dix ans de l’étude. En forêt de montagne comme sur le Plateau, les surfaces de chablis évacuées ne diffèrent pas sensiblement des zones laissées telles quelles en ce qui concerne le nombre d’espèces d’insectes. Les espèces vivant dans le bois mort (saproxyliques) sont très présentes dans les surfaces laissées telles quelles, alors que les parties évacuées abritent avant tout des insectes thermophiles et butineurs. La juxtaposition étroite de surfaces laissées telles quelles et de zones évacuées permet par conséquent d’atteindre une diversité d’espèces maximale (DUELLI et al. 2002; WERMELINGER et al. 2002a; WERMELINGER et DUELLI 2004).
Importance Des observations effectuées durant dix ans dans des surfaces de chablis du canton de pour les oiseaux Schwytz ont montré que maintes espèces avicoles comme le troglodyte mignon, l’accenteur mouchet, le rouge-gorge familier, le pouillot véloce et la mésange boréale, sont déjà nettement plus fréquentes lors de la première saison de nidification qu’avant le sinistre. De nombreux oiseaux profitent des structures grossières, de la richesse du bois mort, du milieu
C Bases relatives aux arguments 105
ouvert et des arbres encore sur pied comme place de chant. Le caractère de l’habitat des surfaces de chablis laissées telles quelles correspond également aux attentes des espèces forestières rares comme le grand tétras et la bécasse des bois. Ces surfaces s’avèrent aussi attractives pour la gélinotte des bois dont la population a nettement augmenté, après «Vivian» dans la zone endommagée par la tempête, près de Schwanden (GL). Plus la reforestation se déroule lentement, plus les troncs laissés sur place seront susceptibles de jouer un rôle important dans la protection et la reproduction des oiseaux et des autres espèces animales. Le couvert créé par les arbres à terre offre à la gélinotte des bois, par exemple, une place de gagnage hivernal. Les différences entre les surfaces laissées telles quelles et évacuées s’estompent rapidement dès que le rajeunissement atteint une hauteur d’homme (U.N. Glutz von Blotzheim, communication écrite et BERGMANN et al. 1996).
Le développement de la jeune forêt provoque notamment l’augmentation rapide de la fauvette à tête noire et de la fauvette des jardins parmi les oiseaux nicheurs. Dix ans après, la jeune forêt peut être déjà si dense que la population de ces espèces diminue fortement au profit des espèces forestières véritables telles que la grive musicienne et le bouvreuil pivoine. La large palette des espèces hôtes – les oiseaux migrateurs au repos ou les espèces en quête de nourriture – régresse déjà considérablement au cours de cette période.
Le fait de laisser sur pied les arbres épargnés par la tempête et de récolter ultérieurement les gros arbres hors du rajeunissement préétabli ou des essences pionnières à croissance rapide (p. ex. alisier blanc, sorbier des oiseleurs, bouleau et saule marsault) favorise également l’intensité de l’utilisation par les pics des souches restant dans la surface de chablis. Les essences pionnières comptent au nombre des principales sources alimentaires des oiseaux dans la jeune forêt. En intervenant trop tôt et trop vigoureusement dans le rajeunissement, on provoque une baisse sensible de la biodiversité, ce qui contraint par exemple la gélinotte des bois à quitter, après un court laps de temps, le nouveau milieu qu’elle vient de gagner grâce au sinistre (GLUTZ VON BLOTZHEIM 1996; GLUTZ VON BLOTZHEIM 2001).
Importance pour les Indépendamment du degré d’évacuation, les surfaces de chablis offrent des conditions de petits mammifères vie idéales aux différentes espèces de souris et de loirs. Par conséquent, leur densité augmente en principe énormément après une tempête. Les populations de campagnols roussâtres, de mulots ordinaires et de mulots à collier deviennent considérables (WERMELINGER et DUELLI 2004). Au début, les surfaces de chablis laissées telles quelles semblent être plus attractives pour les souris que les zones évacuées. Ainsi, GERLACH (1996) a capturé, deux ans après «Vivian», nettement plus d’animaux lourds et de femelles portantes entre les chablis laissés sur place que dans les surfaces évacuées. Quatre ans après la tempête, ces différences n’étaient plus perceptibles. En ce qui concerne la densité des individus et la palette des espèces, il n’a pas été possible d’établir de corrélation avec la variante d’intervention.
Comme pour les autres groupes d’animaux, la diversité des espèces de petits mammifères diminue également en fonction du développement du peuplement (WILHELM et FUNKE 1998).
106 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-5.1.3 Le bois mort – un habitat
La richesse et la qualité Le bois mort à différents stades de décomposition sur et au-dessus du sol, abondamment du bois mort font des présent avant tout dans les surfaces de chablis laissées telles quelles, ainsi que les souches surfaces de chablis renversées offrent un habitat richement structuré, pourvu de nombreuses niches et microstalaissées telles quelles des tions qui permettent d’accroître durablement la diversité des espèces. La qualité du bois milieux exclusifs mort est cependant bien plus importante que la quantité en matière de diversité des espèces (voir tableau 23). Importance pour les Le bois mort et les souches renversées offrent un lieu de refuge, de repos, de gagnage, de oiseaux et les reproduction et d’élevage à de nombreuses espèces d’oiseaux et de mammifères. Les trous mammifères propices à la ponte que différentes espèces de pics creusent dans le bois mort sur pied ou qui se forment spontanément lors de la perte d’une branche revêtent une importance particulière. Ces cavités sont souvent et volontiers utilisées par des espèces incapables de creuser des trous elles-mêmes. Il s’agit par exemple du loir et de différentes espèces de chauves-souris, ainsi que des chouettes ou des hiboux, des mésanges et des gobe-mouches (SCHIEGG PASINELLI et SUTER 2002). Dans les surfaces de chablis évacuées, la mise en tas des branches crée des niches écologiques pour les insectes, les oiseaux et les petits animaux. Il faudrait renoncer entièrement au déplacement des troncs et des branches d’avril à fin juin (mi-juillet). La structure grossière (tas de branches compris) qui caractérise les nouvelles surfaces de chablis plus ou moins complètement dévastées offre au printemps des sites de nidification de choix à plusieurs espèces d’oiseaux. Le moindre dérangement peut endommager les nids ou faire fuir les oiseaux en train de couver (U.N. Glutz v. Blotzheim, communication écrite).
Importance Tant que la végétation et le nouveau boisement laissent paspour les reptiles ser suffisamment de lumière solaire directe et de chaleur jusqu’au sol, les surfaces de chablis sont également attractives pour les reptiles. Les troncs à terre, réchauffés par le soleil, constituent des places de repos affectionnées par les lézards et les serpents (voir figure 20). La présence de reptiles dans les surfaces de chablis est également déterminée par l’exposition, les structures, les conditions de lumière, etc. Importance L’Europe centrale compte plus de 8 000 espèces de colépour les insectes optères dont 1 300 dépendent du bois sous une forme quelconque au cours de leur développement (MÖLLER 1994). Durant les premières années, les coléoptères et leurs ennemis profitent avant tout des chablis fraîchement renversés. Les coléoptères et les sirex laissent des cavités dans le bois et sous l’écorce qui sont souvent occupées, au cours des Figure 19: Vipère dans la surface années suivantes, par des colletidae, des guêpes maçonnes de chablis située près de (eumenidae), des pompiles et guêpes fouisseuses (pompi- Schwanden (GL). lidae et sphecidae) et d’autres espèces typiques des cavités. Photo: U. Wasem, WSL. À un stade de décomposition avancée, le bois mort est principalement colonisé par des collemboles, des mouches et des moustiques.
C Bases relatives aux arguments 107
Importance pour Au cours des premières années suivant la tempête, une large palette d’espèces participent les champignons déjà à la dégradation des chablis. Une grande partie des champignons passent inaperçus, faute de carpophores (HONOLD et OBERWINKLER 1998). Les stades de décomposition avancée – avant tout lorsque le bois mort ne touche pas le sol – hébergent une proportion accrue d’espèces rares.
Tableau 23: Importance écologique du bois mort en fonction de ses propriétés (SCHMIDT 1999; BOUGET et DUELLI 2004).
Beaucoup de petits troncs ne remplacent pas les Le bois mort de grand diamètre est plus > gros! Le bois mort de grand diamètre a plus de précieux que celui de petite dimension valeur parce qu’il est en général plus rare. Le bois mort sur pied est, pour de nombreuses espèces d’insectes, plus attractif qu’à > terre Une part considérable des insectes vivant dans le bois sont thermophiles. Parmi les espèces rares, Le bois mort ensoleillé est plus important il s’agit même de plus de la moitié. pour la conservation des espèces que les > éléments ombragés Nombre d’espèces vivant dans le bois: Le bois mort de feuillus héberge davantage • environ 850 pour le chêne d’espèces animales que les résineux • environ 650 pour le hêtre • environ 500 pour les résineux
C-5.1.4 Mesures visant la diversité générale des espèces
Laisser tels quels les arbres ou les groupes d’arbres restés sur pied.
Laisser sur pied les arbres morts; les troncs d’épicéas brisés à mi-hauteur ne sont guère appréciés par le bostryche typographe (Ips typographus).
Laisser à terre suffisamment de bois mort de forte dimension.
Tolérer les surfaces d’érosion inoffensives.
Recourir tant que possible à la régénération naturelle des forêts.
Tolérer des espaces vides dans le rajeunissement.
Favoriser un mélange des essences conforme à la station.
Favoriser ou introduire les essences rares ou de grande valeur écologique (p. ex. sapin, chêne).
Eviter les peuplements purs.
Eviter de clôturer de grandes surfaces; préférer la protection individuelle ou les petites clôtures.
Ces recommandations générales n’ont pas pour objectif d’atteindre un nombre maximal d’espèces, mais d’obtenir une grande diversité d’espèces animales et végétales qui occupent spontanément ce milieu.
108 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
C-5.1.5 Favoriser l’évolution naturelle (protection du processus)
Dans notre pays fortement marqué par la civilisation, le fait de donner libre cours à l’évolution naturelle constitue une valeur en soi.
La valeur d’une portion de forêt livrée à la nature est d’autant plus grande s’il est possible d’atteindre le cortège faunistique et floristique potentiel de la station, par exemple en tant que relais écologique dans le réseau régional d’interconnexion des biotopes.
Les observations portant sur l’évolution naturelle sans entraves fournissent des renseignements importants pour une exploitation proche de la nature et durable de notre environnement.
Les surfaces de chablis jouxtant une forêt naturelle offrent l’opportunité d’étendre ou d’arrondir celle-ci.
C-5.1.6 Ouvrage recommandé
Schiegg Pasinelli K., Suter W. 2002: Le bois mort – un habitat. Notice pour le praticien no 33. 2e édition. Birmensdorf, Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). 6 pages.
C Bases relatives aux arguments 109
C-6 Société
C-6.1 Favoriser l’attractivité pour les loisirs et la découverte de la nature
C-6.1.1 Importance de la forêt comme lieu de détente
Les besoins principaux des visiteurs consistent à:
se promener,
marcher,
faire du sport et
se détendre.
Tableau 24: Utilisation de la forêt suisse par la population durant les mois d’été, selon une enquête réalisée par WILD-ECK et al. (2003).
Utilisation de la forêt durant les mois d’été Proportion parmi les 967 personnes interrogées presque quotidiennement 16,9% une à deux fois par semaine 45,3% une à deux fois par mois 25,0% moins d’une fois par mois 8,8% jamais 4,0%
La forêt n’a encore jamais été aussi convoitée qu’aujourd’hui en tant qu’aire de détente. À l’avenir, cette fonction ne va cesser de gagner de l’importance. Différentes études prévoient une «renaissance» de la marche pour les prochaines années (SUDA 2003).
C-6.1.2 Conséquences des dégâts de tempête pour les amateurs d’activités de loisirs
a) Liberté de mouvement réduite à court et moyen terme L’exigence prioritaire est En plus des dégâts directs aux installations de remontées mécaniques (téléskis et téléde pouvoir disposer de cabines) et, à divers endroits, d’une baisse immédiate de fréquentation en raison des dégâts chemins dégagés de tempête, les ouragans «Vivian» et «Lothar» ont considérablement limité le réseau de chemins pédestres et de randonnée durant plusieurs mois. Au cours d’une première phase, les gens s’accommodent de ces restrictions ainsi que des pertes économiques qui en découlent. Cependant, les visiteurs et les milieux touristiques souhaitent avant tout que l’offre initiale (réseau de chemins, zones utilisées pour les courses d’orientation, etc.) soit restaurée et garantie, si possible dans un délai raisonnable, ou qu’une solution de substitution comparable soit trouvée (SCHENK 2003). Il est néanmoins envisageable de relativiser cette exigence prioritaire en fournissant des explications compétentes sur la tempête et ses conséquences. Le réseau de chemins peut souvent être reconstitué sans nécessiter l’évacuation intégrale des chablis. Lorsque seul le tracé des chemins est dégagé, il persiste toutefois un risque résiduel non négligeable sur les versants abrupts.
110 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
Dans les forêts de détente, Les surfaces de chablis – évacuées ou laissées telles quelles – donnent naissance à des étenl’évacuation des bois va dues de recrû qu’il est le plus souvent difficile de traverser. C’est pourquoi les coureurs au devant du souhait de d’orientation ont plutôt tendance à éviter la zone à ce stade de développement. Pourtant, les disposer d’un libre accès représentants de cette discipline sportive souhaitent que les surfaces soient en grande partie évacuées et qu’aucune clôture ne soit posée (SCHENK 2003).
b) Impact sonore et fermetures de chemins durant le façonnage des chablis La compréhension des amateurs d’activités de loisirs pour la récolte des bois est parfois mise à rude épreuve lorsque le bruit des hélicoptères et des engins de débardage sévissent précisément durant la brève période de leurs vacances. De plus, les chemins de randonnée pédestre sont souvent endommagés ou rendus impraticables par l’exploitation. Les responsables du tourisme tolèrent néanmoins les nuisances passagères résultant de l’évacuation des chablis, étant donné que les travaux «nettoient» et «entretiennent» le paysage.
C-6.1.3 Conséquences d’une modification de l’aspect du paysage
L’observateur perçoit Plus les dégâts aux forêts caractérisent l’aspect du paysage, moins l’observateur sera attiré avant tout les surfaces de par ces lieux. Selon une enquête menée en 2001, 57% de la population suisse considèrent chablis proches que les surfaces de chablis dérangent (voir tableau 25, p. 112). Des études américaines ont permis de constater la même chose tant auprès des résidants que des touristes (SHEPPARD et PICARD 2005). Ce sont avant tout les modifications du paysage comprises dans un champ de vision inférieur à 5 kilomètres qui comptent. Les éléments paysagers plus éloignés se perdent dans l’arrière-plan, qui est plutôt déterminé par des montagnes et des vallées ou par de vastes plaines. Dans le plan central, c’est-à-dire à une distance de vision comprise entre 0,5 et 5 kilomètres, les surfaces de chablis sont certes perceptibles, mais il n’est guère possible de distinguer si les chablis sont encore à terre ou s’ils ont été évacués. Ainsi, le fait de laisser ou d’évacuer les chablis d’une surface joue un rôle important pour les amateurs d’activités de loisirs et les personnes désirant découvrir la nature, principalement dans un rayon maximal de 500 mètres.
Les modifications du premier plan et du plan central – et par conséquent la nature des surfaces de chablis – sont nettement mieux perçues dans un paysage monotone et doux que dans un paysage montagnard sauvage et impressionnant (SHEPPARD et PICARD 2005).
Les surfaces de chablis Les modifications parfois considérables de l’aspect paysager à la suite de «Vivian» et de nuisent peu à l’attractivité «Lothar» ont peu altéré l’attractivité des lieux de récréation concernés en Suisse (SCHENK du paysage 2003). Ce résultat pourrait aussi tenir au fait que la majeure partie des surfaces de chablis ont été rapidement évacuées. Des études américaines montrent en tout cas aussi que l’observateur préfère les surfaces de chablis exploitées à celles laissées telles quelles (SHEPPARD et PICARD 2005).
Au cours de la première et parfois aussi de la deuxième année après une grande tempête, le cercle des touristes fréquentant les principales régions sinistrées s’enrichit parfois d’une catégorie de personnes qui s’intéresse spécialement aux effets de la tempête sur les forêts et à l’évolution de celles-ci (SCHENK 2003).
C Bases relatives aux arguments 111
C-6.1.4 Laisser sur place ou évacuer les chablis dans l’optique de la population (résultats d’une enquête)
Une enquête représentative menée en 2001 en Suisse a permis de recueillir l’opinion de la population quant au fait d’évacuer ou de laisser les bois dans les surfaces de chablis (WILD- ECK 2003; WILD-ECK et al. 2004). En voici quelques résultats importants:
Agir, plutôt Le fait d’évacuer les surfaces de chablis satisfait en principe la majorité de la population, que de ne rien faire même si celle-ci souhaite en général davantage de «nature sauvage». Après l’ouragan «Lothar», la population a eu confiance en la compétence du service forestier. Elle s’est en majorité montrée satisfaite de la remise en état des forêts suite aux dégâts causés par la tempête. Une large frange de la population continue de penser que les chablis devraient en général être exploités (voir tableau 25). L’enquête n’a pas permis de constater que les visiteurs réguliers s’exprimaient massivement pour ou contre l’évacuation des chablis. Selon WILD- ECK et al. (2004), les résultats de l’enquête montrent:
le rejet général d’un gaspillage des ressources,
un certain besoin d’ordre,
une évaluation avant tout positive du bois en tant que matière première,
l’idée que la nature ou la diversité des espèces est menacée par «Lothar» et
que l’homme peut ou doit aider la nature en l’entretenant.
Tableau 25: Acceptation des surfaces de chablis et de la «nature sauvage». Enquête de 2001 (WILD-ECK 2003).
Questions (remarques) Réponses avec indication du pourcentage
toujours cela dépend ou non Faut-il évacuer les chablis? Suisse entière 63% 37% Suisse romande 73,5% 26,5% Suisse alémanique 61% 39% Ville 63,5% 36,5% Campagne 64% 36%
Faut-il replanter des arbres dans les surfaces de chablis? oui/plutôt oui n/p.n. ? 83% 10% 7% (les réponses expriment avant tout le souhait généralisé de voir croître une nouvelle forêt dans les surfaces de chablis) Les surfaces de chablis portent-elles atteinte au oui/plutôt oui non/plutôt non ? paysage? 57% 34% 9% (sans distinction entre les surfaces évacuées et laissés telles quelles) Devrait-on donner plus souvent libre cours à la «nature oui/plutôt oui non/plutôt non ? sauvage» en Suisse? 52% 34% 14%
112 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
La compréhension de L’enquête montre aussi que les interférences écologiques élémentaires sont souvent ignol’écologie est souvent rées, voire même à l’origine de fausses idées. Le fait que l’on puisse laisser telles quelles lacunaire certaines surfaces de chablis alors qu’ailleurs on évacue les bois dépasse l’entendement de Les surfaces de chablis nombreuses personnes. C’est pourquoi il est important que les professionnels issus de la laissées telles quelles pratique et des milieux scientifiques fassent connaître la forêt à la population. Lors de donnent lieu à des l’enquête, les points suivants ont permis de mettre clairement en évidence le manque de réflexions et à des compréhension concernant l’écologie: discussions • La moitié des personnes interrogées perçoivent les chablis comme une menace pour la diversité des espèces animales et végétales.
La majorité de la population prend l’évacuation des chablis pour une mesure de conservation des espèces.
Plus de 80% des sondés souhaitent que les surfaces de chablis soient replantées. Une minorité de personnes savent que la forêt peut aussi se régénérer naturellement.
La pression sociale ne Les gens des environs sont en général plus proches du forestier que le grand public. Les doit pas être sous-estimée résultats de l’enquête montrent que l’opinion de la population locale peut s’avérer très variable sur le plan régional. La pression sociale qui s’exerce sur le forestier ne doit pas être sous-estimée. Lors du processus de décision, elle joue parfois un rôle plus important que les réflexions objectives. C’est pourquoi au moment de prendre des décisions politiques difficiles, la communication avec le public s’avère plus importante et plus efficace que la diffusion de belles brochures ou la pose de panneaux d’information (WASEM et BAUER 2005). En intégrant la population au processus de décision, les gens acceptent plus facilement les décisions prises, même celles qui s’avèrent contraires à leurs convictions.
C-6.1.5 Découverte de la nature et éducation à l’environnement
Les surfaces de chablis L’information s’avère avant tout nécessaire lorsqu’une surface de chablis n’est pas évacuée, laissées telles quelles contrairement aux attentes des utilisateurs de la forêt. La diffusion de renseignements ciblés nécessitent des permet de dissiper, du moins partiellement, le sentiment d’insécurité éprouvé par l’amateur informations d’activités de loisirs concerné. L’information est aussi susceptible d’objectiver les attitudes sceptiques fréquemment observées à l’encontre des surfaces non évacuées. De cette façon, la zone concernée pourra peut-être même être perçue comme un enrichissement et exercer un effet récréatif positif.
Les surfaces laissées En principe, la majeure partie de la population souhaite que l’on donne libre cours à telles quelles et les l’évolution naturelle et approuve la création de nouvelles réserves forestières tant qu’elles relations publiques ne sont pas totalement interdites d’accès. La plupart des gens aimeraient que ces zones permettent d’enrichir la soient desservies par un réseau de chemins. La pose de panneaux d’information – par découverte de la nature exemple sur la végétation ou sur les raisons qui ont conduit à laisser les bois sur place dans une surface de chablis – correspond à un véritable besoin des visiteurs (BAUER et HUNZI- KER 2004). Ces supports offrent un potentiel de contact avec la population et les touristes (SCHENK 2003).
C Bases relatives aux arguments 113
La découverte de la diversité est un élément important pour l’homme qui, en plus de la recherche de mouvement, intègre la découverte de la nature à ses loisirs. Deux surfaces voisines – comprenant une variante laissée telle quelle et une autre évacuée – desservies par des sentiers, peuvent constituer un objet éducatif attrayant. La réalisation d’un tel projet offre l’occasion d’observer et de découvrir les processus naturels et peut-être aussi de mieux comprendre la tâche du forestier.
114 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
D Critères non pris en compte
D-1 Eviter les crues
D-1.1 Définitions
• Crue: niveau d’eau ou débit nettement supérieur à la moyenne pluriannuelle (FREHNER et al. 2005).
D-1.1.1 Conditions préalables aux crues
Fortes précipitations Le volume exceptionnel des précipitations est la principale cause des crues. Lorsque les bassins versants occupent une petite surface (< 100 km²), les crues surviennent en général à la suite de violents orages estivaux, comme ce fut le cas à Sachseln en 1997 ou à Gantrisch en 1990. Les crues extrêmes concernant des cours d’eau à vaste bassin versant (> 300 km²) dépendent par contre de précipitations continues durant des jours voire des semaines et touchant une grande région (PETRASCHECK 2003).
Limite des chutes de En altitude, l’écoulement de l’eau est déterminé par la forme des précipitations. Les chutes neige relativement élevée de neige tombant abondamment jusqu’à basse altitude provoquent temporairement une rétention d’eau accrue, ce qui atténue la pointe des crues.
Faible capacité de S’ils ne sont pas déjà saturés, les sols profonds à capacité de rétention élevée (p. ex. sols rétention d’eau bruns, sols bruns/gleys, sols bruts) sont capables d’absorber d’importantes quantités de précipitations et, de ce fait, d’atténuer considérablement l’effet des crues. Par contre, l’eau des sols perméables ou superficiels s’écoule presque directement dans les cours d’eau. Des études effectuées dans l’Oberland bernois ont par exemple permis de déterminer une capacité de rétention maximale de 21 l/m² dans les gleys (DOBMANN 2002).
Autres facteurs Les crues sont encore renforcées ou atténuées par une série d’autres facteurs tels que:
la végétation (voir D-1.1.2),
la couverture neigeuse,
la topographie,
le lit de cours d’eau,
la couverture du sol (routes, bâtiments),
les lacs, etc.
D-1.1.2 Effet de la forêt contre les crues
Aucune autre forme de végétation n’évapore – par interception et évapotranspiration – autant d’eau par année que la forêt (BURCH et al. 1996). Indépendamment de la station, l’écoulement annuel depuis une zone forestière est nettement plus faible que depuis une prairie par exemple. Durant la période estivale, le couvert recueille puis évapore (interception) déjà près de 40% des précipitations dans les pessières et 20% dans les hêtraies. La transpiration des arbres et l’évaporation permettent de refouler dans l’atmosphère entre 45 et 65% du volume annuel des précipitations (FLURY 2003). Par rapport aux surfaces agrico-
D Critères non pris en compte 115
les, ces qualités, propres à la forêt, abaissent considérablement le bilan de l’écoulement hydrique au cours de l’année.
La capacité de rétention De fortes précipitations peuvent cependant aussi saturer plus ou moins rapidement la capadu sol est plus importante cité de rétention de l’aire boisée. C’est pourquoi la forêt ne peut contribuer que de façon que l’effet de la forêt limitée à l’atténuation de ces situations (BURCH et al. 1996). En cas de crue, l’effet régulateur du milieu boisé sur le régime hydrique dépend ainsi de son influence sur la capacité de stockage du sol. Sur les sols à capacité de rétention élevée, l’effet de la forêt est faible parce que ces substrats sont capables d’emmagasiner de grandes quantités d’eau, même sans couvert forestier. Sur les sols à faible potentiel de stockage (comme les gleys), où les substrats déjà fortement saturés, la forêt ne parvient pas à atténuer sensiblement la pointe des crues en cas de fortes précipitations. L’effet de la forêt est le plus grand lorsque la capacité de rétention est moyenne à bonne. Dans ces conditions, les essences capables de s’enraciner profondément et intensivement profitent du tracé laissé par les racines mortes ou arrachées pour prolonger vers le bas l’espace racinaire et par conséquent améliorer à moyen terme la capacité d’absorption d’eau du sol (HEGG et BADOUX 2003; BADOUX et al. 2004; WITZIG et al. 2004).
Grâce au pouvoir d’interception élevé des couronnes, le sol forestier accumule moins de neige durant l’hiver. Cette qualité a pour effet de réduire l’écoulement d’eau au cours de la période de fonte (BURCH et al. 1996).
D-1.1.3 Influence des chablis sur le régime hydrique du bassin versant
Après le passage d’une tempête, des changements du régime hydrique ne sont à craindre que lorsque la forêt exerce une influence importante sur la capacité de rétention du sol (voir D-1.1.2).
Prélèvement d’eau À la suite de chablis affectant de grandes surfaces, il manque les arbres qui ont jusqu’ici temporairement réduit et prélevé, par évaporation, d’importantes quantités d’eau du sol. De ce fait, le degré de satudegré de saturation ration du sol reste élevé, ce qui accélère la formation de crues en cas de fortes précipitaéventuellement accru tions. Ce phénomène concerne avant tout les catégories de substrats «superficiels à moyennement profonds, à perméabilité normale» et «moyennement profonds à profonds, à perméabilité ralentie» (voir tableau 26). Cependant, une végétation adventice (épais tapis de fougères et de ronces par exemple) s’installe le plus souvent en l’espace de un à trois ans et présente, selon la densité et le type de végétation, des taux d’évaporation comparables à ceux d’un peuplement forestier.
Davantage d’eau de la Dans une surface de chablis, il faut s’attendre à ce que davantage d’eau s’écoule au cours fonte des neiges des périodes de fonte des neiges que ce n’était le cas dans le peuplement précédent. Suite à de fortes précipitations, cette situation peut entraîner des crues plus importantes.
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Capacité de rétention d’eau en cas de fortes précipitations Figure 20: Eventail des effets de stockage en cas de fortes précipitations (représentation schématique). Les colonnes représentent la forte variation des différentes stations forestières: A la valeur inférieure indique l’état de la forêt le B plus défavorable, la valeur supérieure cor- moyenne C respond à l’effet d’une structure de peuplement idéale (figure de BADOUX et al. (2004), légèrement modifiée). Les classes de sols A faible D à D sont décrites dans le Tableau 26.
Tableau 26: Influence des propriétés du sol, de l’état de la forêt et des chablis sur les pointes d’écoulement lors de crues (voir BADOUX et al. 2004; FREHNER et al. 2005).
Station Propriétés du sol Capacité de rétention d’eau en cas de Changement de la capacité de (voir figure 20) (géologie, type de sol) fortes précipitations rétention d’eau après des chablis sol profond, à perméabilité forte, quel que soit l’état de la forêt > faible normale (sol brun) (Grâce à sa grande capacité de rétention, A le sol n’entraîne guère la formation de crues, même en cas de fortes précipitations) sol superficiel à moyennement moyenne, quel que soit l’état de la forêt > possible à court terme profond, à perméabilité normale En raison de la saturation préalable B en cas de fortes précipitations, la situation se rétablit à moyen ou long terme (végétation adventice). sol moyennement profond à forte, si l’état de la forêt est bon; > possible à court terme profond, à perméabilité ralentie faible, si l’état est mauvais En raison de la saturation préalable (Un peuplement constitué d’un bon mé- en cas de fortes précipitations, la lange d’essences permet d’étendre sen- situation se rétablit à moyen ou siblement l’espace de rétention vers le long terme (végétation adventice). C bas à l’aide de ses racines. Le mélange d’essences du peu- Cette constatation est aussi valable en plement suivant est important au altitude (étage subalpin) ou sur les sta- maintien ou à l’accroissement de la tions humides à frênes, où le choix des capacité de rétention d’eau. essences se limite pratiquement à l’épicéa ou au frêne) sol très engorgé, très faible, quel que soit l’état de la forêt > très faible D superficiel ou à perméabilité excessive (flysch, gley)
D Critères non pris en compte 117
D-1.1.4 Influence du fait d’évacuer et de laisser les bois sur les crues
L’influence des dégâts de Si les conditions du sol risquent d’entraîner à moyen terme une modification du régime tempête est plus impor- hydrique, les changements induits par les chablis sont nettement plus importants que tante que le fait d’évacuer l’influence éventuelle du fait d’évacuer ou de laisser les bois. La compaction du sol par des ou de laisser les chablis méthodes inadaptées de récolte des bois peuvent provoquer localement une augmentation de l’écoulement de surface qui ne devrait que rarement conditionner le débit d’un torrent. Le plus souvent, les changements hydrologiques locaux d’une surface de chablis n’ont guère de poids par rapport à un bassin versant nettement plus grand. C’est pourquoi la prévention des crues ne constitue pas un critère essentiel pour évaluer s’il faut évacuer ou laisser les chablis.
D-2 Prévenir les incendies
D-2.1.1 La Suisse, un pays de feux de forêt?
Les châtaigneraies, peu La nécessité de prendre des mesures particulières afin de réduire le risque d’incendie se menacées par les limite aux régions fréquemment menacées. À la différence des régions méditerranéennes ou tempêtes, sont de loin les des pinèdes nord-américaines, l’Europe centrale ne compte pas de véritables écosystèmes forêts les plus sujettes caractérisés par le feu (GOSSOW et FRANK 2003). En Suisse, les forêts menacées par les aux incendies incendies se situent avant tout dans les régions semi-arides, marquées par de fréquentes et longues périodes de sécheresse, c’est-à-dire le Sud des Alpes et certaines parties du Valais et des Grisons. En plus des châtaigneraies tessinoises, dans lesquelles se déclarent la plupart des feux de forêt, le tableau 28 présente les associations forestières particulièrement menacées. La Suisse ne compte pas de types de forêts qui dépendent périodiquement du feu (CONEDERA et al. 1997).
En raison des changements climatiques d’origine humaine, il n’est cependant pas exclu que les feux de forêt surviennent plus souvent à l’avenir, même sous nos latitudes.
D-2.1.2 Causes et risques d’incendie
L’homme est le plus grand En Suisse, l’homme est à l’origine de la plupart des incendies. À ce propos, il est frappant facteur de risque de constater qu’au Sud des Alpes, la forêt brûle plus souvent le week-end que durant les jours ouvrables (REBETEZ 2000). Les feux peuvent aussi être provoqués par le façonnage des bois. Les imprudences commises lors des travaux forestiers occupent une position importante dans la liste des causes d’incendies (GOSSOW et FRANK 2003). Au cours de la période 1980–2003, moins de 10% de l’ensemble des feux de forêt ont pu être attribués à une cause naturelle telle que la foudre (voir tableau 27). Au Sud des Alpes, près du tiers des sinistres sont déclenchés par la foudre durant les mois d’été (CONEDERA
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2003). Les éclairs risquent avant tout d’enflammer la forêt lorsqu’ils ne sont pas accompagnés de précipitations. Différentes observations faites au cours des dernières années et les modèles de calcul des climatologues laissent supposer que ces phénomènes pourraient s’amplifier en raison du réchauffement climatique. La longue période de sécheresse de l’été 2003 s’est traduite, en Europe centrale, par quelques feux de forêt, imputables la plupart du temps à la foudre ou à des imprudences commises lors de travaux forestiers (GOSSOW et FRANK 2003). Durant cette sécheresse majeure, un danger aigu d’incendies a menacé très longtemps l’ensemble du versant nord des Alpes.
Tableau 27: Causes du déclenchement de feux de forêt en Suisse au cours de la période 1980–2003 (source: OFEV, division Forêts).
Cause Fréquence (%) naturelle foudre 8,5 humaine négligence 29,6 chemins de fer, conduites électriques 3,6 armée (très rare actuellement) 3,9 autres (p. ex. pyromanie, voitures) 27,2 inconnue - 27,2
Par «négligence», l’OFEV entend:
les feux de pique-nique (événement fréquent),
les cigarettes et allumettes incandescentes (événement très fréquent),
les feux d’artifice (premier août, événement fréquent),
les travaux agricoles et sylvicoles.
Facteurs de risque particulier:
présence fréquente de l’homme et des machines (amateurs d’activités de loisirs, passants, exploitants limitrophes, forestiers),
conditions météorologiques sèches ou vents secs (fœhn) fréquents,
forêts de résineux séchardes dont les branches se décomposent lentement (voir tableau 28),
fréquents éclairs «secs», c’est-à-dire non accompagnés de précipitations,
proportion élevée de résineux dans les chablis,
chablis laissés sur place pendant les deux ou trois premières années après la tempête. La Suisse connaît cependant très peu de cas où les chablis ont pris feu.
D-2.1.3 Conséquences d’un incendie dans les chablis
pertes de valeur des chablis,
vitrification du sol et, de ce fait, augmentation de l’écoulement de surface,
danger accru d’érosion, de glissements de terrain, de chutes de pierres et d’avalanches,
destruction des habitats pour la flore et la faune,
tache noire dans le paysage.
D Critères non pris en compte 119
D-2.1.4 Influence du fait d’évacuer et de laisser les bois sur le danger d’incendie
L’intensité et la durée d’un incendie sont essentiellement déterminées par la quantité de bois à terre qui, de son côté, constitue une menace pour des objets voisins comme des forêts ou des bâtiments. Lorsque les combustibles sont abondants, l’incendie de forêt, difficile à éteindre, peut se développer en feu de sol, brûlant souvent toute la couche de litière et d’humus. Même après extinction, ce type de feu est susceptible de couver durant des jours voire des semaines et de se raviver à tout moment. Les conséquences en sont la mise à nu de pierres dans la couche supérieure du sol et l’accroissement des chutes de pierres dans les zones raides (CONEDERA et al. 1997; KÄTHNER 1999).
Le passage d’une tempête laisse un tapis relativement dense de matériaux combustibles. Si ces bois restent sur place, ils deviennent assez facilement inflammables au cours des deux à trois premières années, en raison de la forte proportion d’aiguilles et de brindilles.
Etant donné la quantité de bois qui reste habituellement suite à l’exploitation, le danger d’incendie n’est pas à exclure, même après l’évacuation des chablis. Quelques petits sinistres se sont aussi déclarés dans les surfaces vidangées. Dans les zones en pente ne permettant pas aux souches renversées de se redresser, le feu est susceptible de déstabiliser ces pièces de bois et de les faire dévaler la pente à moitié enflammées (GOSSOW et FRANK 2003).
Le risque peut être réduit La négligence est à l’origine de la plupart des feux de forêt. En général, il suffit de réduire, grâce à des mesures à titre préventif, la quantité de matériaux inflammables à proximité des chemins et des roud’appoint relativement tes ou dans les types de forêts et les objets particulièrement menacés par des incendies, simples notamment lorsque le sinistre risque de compromettre la fonction protectrice (CONEDERA et al. 1997). C’est pourquoi la prévention des incendies n’apparaît pas dans les critères d’appréciation de la liste de contrôle, mais seulement dans les mesures d’appoint.
Tableau 28: Forêts de résineux particulièrement menacées par des incendies (noms et numéros des types de stations selon OTT et al. 1997).
Type de station No Type de station No Pessière à Polygale petit buis 53 Pineraie à Bruyère 65 Pessière à Bruyère 53* Pineraie à Bugrane 65* Pessière à Luzule blanc-de-neige 55* Pineraie de montagne à Bruyère 67 Pessière à Airelle avec Laser 58L Pineraie à Callune 68 Arolière à Cotonéaster 59C Pineraie à Airelle 68* Arolière à Laser 59L Pineraie de montagne à Rhododendron cilié 69 Pessière à Calamagrostide bigarrée 60* Pineraie de montagne à Rhododendron ferrugineux 70
120 Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt
D-3 Conserver la qualité des eaux souterraines
D-3.1 Modifications du cycle de l’azote par les chablis ou les attaques de bostryches
Après une tempête, la Après la disparition de la strate arborescente, le sol reçoit soudainement de la lumière et de teneur en nitrates de l’eau la chaleur à profusion. L’augmentation de la température dans la couche supérieure du sol d’infiltration peut stimule l’activité biologique. La matière organique qui s’est accumulée sous le couvert du s’accroître vieux peuplement se décompose et se minéralise alors rapidement. En plus d’acidifier le considérablement durant sol, cette transformation des éléments entraîne souvent une hausse considérable des concenune brève période trations de nitrates dans l’eau d’infiltration. Etant donné qu’à conditions de station comparables, l’humus minéral emmagasine davantage d’azote sous les feuillus que sous les résineux, il faut par conséquent aussi s’attendre, après une tempête, à une teneur en nitrates plus élevée de l’eau de percolation dans les peuplements riches en feuillus. Dans 13 surfaces de chablis situées en Bavière, MELLERT et al. (1996) ont relevé la teneur en nitrates de l’eau d’infiltration. Dans la moitié des surfaces, ils ont déterminé des concentrations comprises entre 50 et plus de 150 mg/l. Ces résultats dépassent la valeur indicatrice pour l’eau potable en Suisse qui est fixée à 25 mg/l. La valeur limite tolérée se situe à 40 mg/l (OFEFP 2002).
Dans la zone d’influence des surfaces perturbées, les concentrations d’azote de l’eau de source et des cours d’eau évoluent toutefois en général dans des limites acceptables. Cette situation s’explique d’une part parce que les micro-organismes du sous-sol prélèvent une partie des nitrates de l’eau de percolation et d’autre part parce que l’azote se mélange souvent à des eaux souterraines d’autres provenances. Dans les forêts de Bavière, la concentration de nitrates de l’eau des cours d’eau a atteint au plus 23 mg/l après les attaques de bostryches qui ont décimé de grandes surfaces d’épicéas (ROTHE et al. 1998; NÜSSLEIN et al. 2000).
Les concentrations accrues de nitrates consécutives aux chablis se limitent en général aux deux à cinq premières années. Elles régressent ensuite avec la disparition de l’humus facilement décomposable et l’apparition de la végétation adventice. Les plantes absorbent l’azote excédentaire et l’intègrent dans le cycle de la matière. Durant la belle saison, un tapis végétal dense est même en mesure d’abaisser la teneur en nitrates nettement audessous de la valeur du peuplement précédent si ce processus n’est pas contrecarré par un fauchage ou un paillage de la surface entière. La fixation à long terme de l’azote dans l’écosystème nécessite cependant la présence de plantes ligneuses, c’est-à-dire une nouvelle forêt (MELLERT et al. 1996; ROTHE et al. 1998; NÜSSLEIN et al. 2000; WETT 2003).
D Critères non pris en compte 121
D-3.2 Le bois mort – une source d’azote
Le rôle du bois mort dans Le surplus d’azote est avant tout une conséquence des chablis. La décision de laisser ou l’apport d’azote est d’évacuer les bois a une influence limitée sur les changements induits par la tempête. relativement faible Les micro-organismes impliqués dans la décomposition du bois nécessitent de l’azote extérieur au milieu qu’ils puisent dans l’atmosphère. L’azote lessivé du bois mort par l’eau de pluie se trouve plutôt sous forme organique. C’est pourquoi il altère peu la qualité de l’eau potable. Comme la plupart de nos sols sont riches en éléments nutritifs, cet aspect est de toute façon négligeable d’un point de vue quantitatif (GRIER 1978; HARMON et al. 1998; LAIHO et PRESCOTT 2004).
Ouvrage de référence: Hegg C., Jeisy M., Waldner P. 2004: Wald und Trinkwasser. Eine Literaturstudie. Birmensdorf, Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), 60 pages.
D-4 Récolte prématurée
La perte de précieuses années d’accroissement engendrée par la tempête est indépendante de la décision de laisser ou d’évacuer les bois. La récolte prématurée n’influence pas la décision quant aux mesures à prendre.
D-5 Evacuation retardée
Une évacuation retardée est envisagée lorsque les bois à terre sont instables et menacent de ce fait la population ou des biens d’une grande valeur. Il faut évaluer la stabilité et la gravité de la situation avant que les bois ne deviennent dangereux à la suite de mouvements de tassement ou pour d’autres raisons. Il est envisageable de prendre le risque d’une évacuation retardée déficitaire si l’appréciation momentanée de la situation laisse présager que le fait de laisser les chablis sur place peut offrir une protection suffisante, au moins dans un avenir proche, et représente ainsi la variante la moins chère, ou lorsque cette manière de faire permet de libérer des capacités pour des tâches plus urgentes.
D-6 Maintien des emplois dans la région
Les travaux nécessaires pour maîtriser les dégâts engendrés par la tempête se limitent à une période relativement courte. Ces activités créent temporairement de nouveaux emplois. Les
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entrepreneurs forestiers bénéficient d’un volume de travail supérieur à la moyenne qui leur permet ensuite de mieux surmonter les moments difficiles. Toutefois, cette situation comporte aussi le risque de maintenir des structures surdimensionnées aux dépens de la collectivité. Si les capacités habituelles de travail (service forestier et entrepreneurs) sont insuffisantes pour façonner les chablis, on recrutera provisoirement de la main-d’œuvre étrangère plus ou moins qualifiée. Il en sera de même à l’avenir. Il ne faut pas que le service forestier local soit dimensionné de façon à pouvoir maîtriser lui-même de grandes catastrophes sans recourir à de l’aide externe.
Les instances politiques doivent reconnaître durablement la valeur d’un personnel forestier bien formé et d’un service forestier compétent et pas seulement durant la réparation des dégâts.
D-7 Importance de l’exploitation des chablis pour la réduction des émissions de CO2
Dans la tâche visant la réduction des émissions de CO2, la matière première bois peut apporter, en tant que ressource renouvelable, une contribution précieuse dans le domaine de l’énergie thermique et des matériaux de construction. Le combustible ligneux est neutre dans le bilan du CO2, étant donné que son utilisation en remplacement des énergies fossiles ne libère dans l’atmosphère que la quantité de CO2 qui serait de toute façon dégagée par la décomposition du bois. En utilisant du bois à la place de matériaux de construction gourmands en énergie tels que le béton ou l’acier, on économise de l’«énergie grise» et de plus, le carbone est fixé pendant une plus longue période dans les ouvrages. Pour que les chablis puissent contribuer à la réduction du CO2, il faut cependant disposer des capacités suffisantes pour valoriser judicieusement le volume de bois supplémentaire. La promotion de la matière première ligneuse est une tâche permanente qui nécessite beaucoup de petits travaux et avant tout un effort de persuasion politique de longue haleine, tant que les énergies fossiles sont négociées à un prix largement inférieur à leur valeur. La discussion relative à une utilisation accrue du bois permettant de réduire nos émissions de CO2 doit donc être menée à un autre niveau et non pas au moment où l’on est confronté à une surface de chablis.
D Critères non pris en compte 123
Remerciements
La première édition de l’Aide à la décision en cas de dégâts de tempête en forêt ainsi que sa présente révision n’auraient pas pu être réalisées sans la collaboration de nombreux spécialistes issus des milieux scientifiques et de la pratique. Un grand merci à toutes ces personnes pour leur contribution constructive et spontanée. La représentation des critères de décision a nécessité de nombreux débats, de la persévérance et des compromis afin de tenir compte de l’état actuel des connaissances. Nous témoignons également toute notre gratitude aux représentants des cantons et des institutions qui, par leur prise de position sur le projet de consultation de mars 2005, ont contribué à l’amélioration du présent ouvrage. Nous tenons à remercier particulièrement les membres du groupe d’accompagnement et les personnes suivantes:
Martin Ammann (WSL) Fredy Lienhard Peter Ammann (ing. forestier EPF, Kollbrunn) (forestier, forêt d’enseignement EPF) Hans Bärtschi (ing. forestier EPF, Lausanne) Tor Lundström (WSL) Nicole Bauer (WSL) Peter Lüscher (WSL) Kurt Bollmann (WSL) Stefan Margret (WSL) Peter Brang (WSL) Heinz Nigg (WildARK) Markus Brunner (ASEFOR) Fredy Nipkow (Silviva) Anton Bürgi (WSL) Michael Nobis (WSL) Marco Conedera (WSL) Christian Rickli (WSL) Peter Duelli (WSL) Anna Roschewitz (WSL) Beat Forster (WSL) Dani Rüegg (ing. forestier, Kaltbrunn) Rolf Gall (WSL) Beat Wermelinger (WSL) Hans Gerber (EFS) Othmar Wettmann (SUVA) Werner Gerber (WSL) Pius Wiss (ASEFOR) Roland Graf (WSL) Stephan Wild-Eck (EPF) Frank Hagedorn (WSL) Thomas Wohlgemuth (WSL) Christoph Hegg (WSL) Rudolf Zuber (ing. forestier EPF, Coire) Karin Hindenlang (WSL) Martin Zürrer (myx GmbH) Marcel Hunziker (WSL)
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