Inventaire fédéral des sites de reproduction de batraciens d'importance nationale. Guide d'application.Guide d'application. 2002
L'environnement pratique
Inventaire fédéral des sites de reproduction de batraciens d'importance nationale Guide d'application
Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage OFEFP
L'environnement pratique
Inventaire fédéral des sites de reproduction de batraciens d'importance nationale Guide d'application
Publié par l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage OFEFP Berne, 2002
IMPRESSUM Editeur: Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) Auteur: Jan Ryser en collaboration avec Adrian Borgula, Philippe Fallot, Erich Kohli et Silvia Zumbach Traduction: Philippe Fallot Photos: Jan Ryser: page de titre; pp. 12, 15, 18, 19, 25, 26, 27, 33, 35, 38, 40, 43; Kurt Grossenbacher: pp. 8, 29, 34; Stephan Strebel: pp. 37; Ernst Zbären: pp. 51; Silvia Zumbach: pp. 41. Réalisation: PUBLIFORM Text & Gestaltung, Langnau i.E. Commande: Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage Documentation, 3003 Berne, fax +41 (0)31 324 02 16, E-Mail: docu@buwal.admin.ch Internet: www.buwalshop.ch Numéro de commande: VU-8810-F La publication est également disponible en langue allemande.
VALEUR JURIDIQUE DE CETTE PUBLICATION La présente publication est une aide à l’exécution élaborée par l’OFEFP en tant qu’autorité de surveillance, et qui s’adresse en premier lieu aux autorités d’exécution. Elle concrétise des notions juridiques indéterminées de lois et d’ordonnances et doit permettre ainsi une pratique d’exécution uniforme. L’OFEFP publie de telles aides à l’exécution (souvent appelées aussi directives, instructions, recommandations, manuels, aides pratiques, etc.) dans sa collection «L’environnement pratique». Les aides à l’exécution garantissent dans une grande mesure l’égalité devant la loi et la sécurité du droit tout en permettant de trouver des solutions flexibles et adaptées aux cas particuliers. Si les autorités d’exécution les prennent en considération, elles peuvent partir du principe qu’elles se conforment au droit fédéral. D’autres solutions ne sont pas exclues; selon la jurisprudence, il faut cependant prouver qu’elles sont conformes au droit.
1 Introduction
1.1 L’INVENTAIRE sont pas encore désignés par le conseil fédéral
L’inventaire des sites de reproduction de ba- et ne sont pas encore entrés en vigueur sont traciens d’importance nationale (IBN) est un protégés temporairement par l’article 29 de inventaire fédéral selon l’art. 18a de la loi sur l’ordonnance sur la protection de la nature la protection de la nature et du paysage (LPN). et du paysage (OPN). Un service conseil est Il constitue les annexes 1 et 2 de l’ordonnance mis à disposition des cantons pour les assissur la protection des sites de reproduction ter au niveau de la mise au net et de de batraciens d’importance nationale (dési- l’application de l’inventaire (voir chap. 11). Le présent guide d’application représente RESUME CHAP. 1 également une aide pour la mise au net des périmètres et l’application des mesures de Les 19 espèces de batraciens actuellement présentes en Suisse apparprotection et d’entretien, conformément à tiennent à un groupe colonisant à la fois les milieux aquatiques (rel’article 15 de l’OBat. Il précise les indicaproduction) et terrestres. Les drainages et la disparition de la dynations de l’Ordonnance sur les batraciens remique naturelle des cours d’eau leur ont retiré la plupart de leurs latives aux exigences de la protection et de habitats, menaçant la majorité des espèces. la gestion optimale des objets de l’inventaire, L’inventaire fédéral des sites de reproduction de batraciens d’im- et aux éventuelles activités dans les portance nationale désigne les sites de ponte de batraciens les plus périmètres de protection. Les thèmes liés à importants, retenant environ 10% de l’ensemble des sites connus en la législation et à la planifications sont égale- Suisse. Selon l’ordonnance sur les batraciens, les cantons sont resment traités, tout comme les questions de ponsables de la mise sous protection et de l’entretien approprié des subventionnement. Le texte de l’ordonnance sites, qui doivent assurer le maintien à long terme des popula-tions et le rapport explicatif figurent en annexe. de batraciens présentes. Les objets qui ne sont pas encore en-trés en Le guide s’adresse à tous ceux qui sont convigueur par décision du conseil fédéral jouissent d’une protection lécernés par l’application de l’OBat, à savoir gale transitoire, par l’article 29 de l’ordonnance sur la proles offices cantonaux, les communes, ainsi tection de la nature. que les bureaux de planification et d’études
L’inventaire national doit assurer la protection d’un réseau de sites de en environnement. Pour ce qui est de la préqualité, représentant autant de réservoirs de population durables. sentation des amphibiens de Suisse, des Cependant, l’inventaire ne protège qu’une part de l’habitat des bamenaces pesant sur eux et de la revitalisatraciens, à savoir le lieu de reproduction. Lors de l’application, on se tion de leurs lieux de ponte, on consultera le souciera également des habitats terrestres et des couloirs de déplacerapport final de l’inventaire (Borgula, Fallot ment. & Ryser 1994). La méthodologie appliquée lors de l’élaboration de l’inventaire et les résultats de ce dernier y sont également prégnée ci-dessous ordonnance sur les batra- sentés. ciens - OBat). Il désigne et préserve environ 10% des sites de reproduction de batraciens 1.2 LES BATRACIENS: MŒURS ET de Suisse. Il s’agit des sites abritant les MENACES meilleurs peuplements en batraciens du pays, Les batraciens, ou amphibiens, sont d’une et leur protection représente une importan- part des animaux terrestres, mais qui dépente contribution en faveur du maintien des ba- dent d’autre part étroitement du milieu aquatraciens, groupe particulièrement menacé. La tique pour la reproduction (seule exception LPN précise que l’application de l’ordonnance chez nous, la salamandre noire; pour une est du ressort des cantons. Les objets qui ne description des espèces, voir Borgula, Fallot
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& Ryser 1994 p. 12 et suivantes, et Grossen- ci sont exposés à diverses menaces: comblebacher 1988). Hormis la salamandre tache- ment, assèchement, abaissement du niveau tée, qui dépose ses larves de préférence dans de la nappe phréatique et corrections de rides ruisseaux, toutes les espèces recherchent vières sont autant de causes de disparition, des plans d’eau stagnante, sans poissons, en cependant que la succession végétale natuparticulier les mares de dimensions modestes relle menace de les altérer. En effet, la crois- et même les gouilles s’asséchant temporai- sance de la végétation ombrage l’étang, le rement. L’offre naturelle en tels plans d’eau comble peu à peu jusqu’à l’atterrissement, était abondante dans tous les secteurs flu- ou s’accompagne de l’apparition de nomviaux (zones alluviales), caractérisés par leur breuses autres espèces animales, concurrenforte dynamique paysagère. De nombreuses tes ou prédatrices des amphibiens. Le plan espèces d’amphibiens se sont spécialisées sur d’eau perd ainsi sa fonction de lieu de reproduction pour les amphibiens, et cela sans que de nouveaux étangs ne soient plus recréés par la dynamique fluviale naturelle. La raréfaction des sites appropriés provoque l’apparition d’une nouvelle menace: l’isolement excessif des peuplements. Les populations trop faibles ne peuvent plus être renforcées par l’arrivée d’individus issus d’autres populations proches. En ou- L’IBN désigne les sites de reproduction de batraciens les plus riches du pays et représente un tre, les sites où les élément de base pour la protection durable des batraciens. batraciens ont disparu suite aux fluctuations naturelles la colonisation de plans d’eau récents, dé- ou à d’autres facteurs ne peuvent plus être veloppant des caractéristiques d’espèces recolonisés aisément depuis d’autres sites pionnières. Aujourd’hui, les gravières et ex- proches. Les espèces pionnières sont partiploitations analogues peuvent reprendre cet- culièrement liées, pour leur survie à long terte fonction d’habitat dynamique. Par ailleurs, me, à l’existence d’un réseau d’habitats faplusieurs espèces d’amphibiens apprécient la vorables, suffisamment proches les uns des chaleur, et se concentrent donc dans les zo- autres. nes de plaine au climat favorable. Les batraciens sont également exposés à diverses causes de mortalité, sur les routes,
Le recul manifeste des espèces est causé dans les réseaux d’eau et sur les surfaces avant tout par la disparition ou la dégradaagricoles (utilisation des machines agricoles, tion des plans d’eau de reproduction. Ceux-
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recours à des pesticides et à des substances Celles-ci échangent constamment des inditoxiques etc.). Le manque de milieux terres- vidus et permettent la colonisation rapide de tres appropriés, comme les haies, les boise- plans d’eau nouvellement apparus et celle ments naturels, les zones humides, les de plans d’eau temporairement abandonnés berges de ruisseaux ou les friches, peut éga- par l’espèce concernée. La gestion de ces lement entraîner la raréfaction des batra- espèces exige une analyse au niveau régiociens, voire leur disparition. Le crapaud cala- nal, conduisant à l’adaptation des buts de mite et le crapaud accoucheur, très exi- protection (voir chap. 7). geants à ce point de vue, sont particulière- L’inventaire national ne suffira pas, pour plument exposés à ce problème (chap. 4.3). sieurs raisons, à garantir le maintien de tous les amphibiens au niveau suisse: 1.3 BUTS DE PROTECTION – L’inventaire n’inclut qu’une petite partie des L’inventaire fédéral est un composant de la sites de reproduction de batraciens de Suisstratégie de protection des amphibiens en se, même s’il s’agit des meilleurs. Il ne peut Suisse. La désignation des objets d’impor- qu’assurer le maintien de réservoirs de potance nationale, leur protection juridique, leur pulations, et ne saurait en aucun cas rendre aménagement et leur entretien ont pour but caduque la nécessité, selon la LPN, de prode fournir aux espèces de batraciens des con- téger et de revitaliser les autres sites de ponditions de vie et de reproduction optimales, te et d’en recréer de nouveaux. devant garantir la survie à long terme des – La salamandre noire et la salamandre tapopulations présentes. Comme les différen- chetée ne sont pas, sauf exceptions, prises tes espèces n’ont pas toutes les mêmes exi- en compte par l’inventaire, à cause de leurs gences quant à leur habitat, certaines priori- exigences particulières. Leur protection tés d’entretien sont parfois indiquées. Il s’agit n’est donc pas du tout assurée par en particulier de favoriser : l’inventaire. – les batraciens rares et menacés, y compris – La protection du site de ponte ne concerles espèces remarquables au niveau régio- ne qu’une partie de l’habitat des batranal, ciens. L’état des habitats terrestres doit éga-
– les espèces ayant des exigences particulières lement être considéré, et les mesures nécesau niveau de leur lieu de ponte, saires être prises. – les amphibiens caractéristiques du milieu – Le problème du manque de dynamique naturel présent, paysagère n’est pas résolu par une mise – les populations particulièrement importan- sous protection. Comme mentionné plus tes. haut, la succession naturelle peut entraî- Des indications sur ces points peuvent être ner la dégradation d’un plan d’eau pourtrouvées dans le présent guide, ainsi que dans tant soumis à aucune atteinte. Dans de les rapports sur les situations cantonales (IBN nombreux cas, le but de protection ne peut provisoire, consultation 1994) et sur les fiches être atteint que grâce à un entretien péd’objets. Le succès des mesures est mesuré riodique s’opposant à ce processus sponsur la base des effectifs actuels et futurs de tané (cf. chap. 4). batraciens. L’outil relativement statique que représente Les espèces pionnières, qui colonisent des un inventaire, avec la protection de plans plans d’eau temporaires ou nouvellement d’eau de ponte bien définis, ne peut donc apparus, constituent régulièrement des mé- être qu’un constituant d’une stratégie de tapopulations, constituées d’un groupe de protection des amphibiens, lesquels habitent populations proches les unes des autres. en premier lieu des milieux dynamiques. Ce qu’il faudrait en fin de compte, c’est le réta-
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blissement à grande échelle d’habitats alluviaux dynamiques, dans lesquels les plans d’eau sont régulièrement modelés par la force vive des cours d’eau. Aussi longtemps que cet objectif ne sera pas atteint, la protection des batraciens passera par la préservation et l’entretien des plans d’eau de reproduction existants, la création ponctuelle de nouveaux sites, ainsi que par le maintien d’habitats terrestres adéquats.
L’évolution des sites de reproduction et des populations de batraciens sera suivie au mieux par l’inventaire national, par le biais de révisions.
2 Définition des objets et
des secteurs de protection
2.1 OBJETS FIXES rels attenants tels que marais, boisements ou
Les objets fixes (voir OBat, art. 2) sont des surfaces rudérales. Ces milieux bordant les objets classiques, qui ne sont pas soumis à plans d’eau sont particulièrement importants un processus entraînant leur déplacement en tant que premier habitat des jeunes mé- (cas d’un site d’extraction, p. ex.). Ils sont tamorphosés. Ils sont également souvent utilisés par les adultes. Ainsi, les mâles de rai- RESUME CHAP. 2 nettes se cachent dans les herbes et les broussailles durant la journée. Les grenouilles Les objets fixes (OBat, art. 2) comprennent un secteur A et, générale- rousses adultes se tiennent volontiers dans ment, un secteur B. Le secteur A, central, englobe les plans d’eau de la zone riveraine entre la période de ponte reproduction et les habitats naturels attenants jouant un rôle important et le début de leur période d’activité estivapour les amphibiens. Il doit garantir la reproduction des amphibiens, le. La rive constitue même l’habitat estival et la protection de la nature y est prioritaire, à l’exception de surfaces typique de la grenouille verte, et le crapaud où l’activité humaine actuelle (utilisation militaire, extraction de ma- accoucheur reste souvent toute l’année à tériaux notamment) permet elle-même le maintien des habitats de proximité immédiate des surfaces d’eau. reproduction des batraciens. Dans ce secteur, la protection de la nature Le secteur B inclut des surfaces agricoles ou forestières périphériques. est prioritaire par rapport aux autres utilisa- Les restrictions d’utilisation lui permettent de constituer des habitats tions. Agriculture, sylviculture et activités de terrestres de valeur et des couloirs de déplacement favorables, ainsi détente ne peuvent être admises que pour que de protéger le secteur A des nuisances extérieures. autant qu’elles aillent dans le sens du but de protection, ou tout au moins pas à son en- Les objets itinérants (OBat, art. 3) correspondent à des sites d’extraction contre. (cf. chap. 4.9). Mais le secteur A peut, mobiles, ne pouvant pas être décrits par un périmètre fixe. Lors de dans certains cas, être soumis à une utilisal’application, on s’assurera que la poursuite de l’exploitation tient tion militaire ou industrielle (gravières surcompte des objectifs de protection et que des conditions favorables tout). Dans de tels cas, l’utilisation actuelle aux batraciens soient maintenues.
est souvent elle-même à l’origine des conditions favorables aux batraciens. Protection et utilisation vont alors de pair, et celle-ci peut définis par un périmètre et constituent se poursuivre, tout en respectant les exil’annexe 1 de l’ordonnance sur les batragences de la protection des batraciens. En ciens. Ils sont généralement composés de cas de conflit, celui-ci sera résolu par une deux secteurs ayant des buts de protection adaptation de l’utilisation, ou par une sépadifférents, le secteur A et le secteur B. Les ration partielle des deux activités. objets doivent assurer la reproduction et la multiplication des amphibiens. Dans le cas Le secteur B englobe les surfaces périphéd’objets coïncidant avec des réserves naturiques d’importance pour la protection de relles, le secteur A a souvent été étendu aux l’objet et remplit diverses fonctions. Il fourlimites de la surface protégée. nit des habitats terrestres proches des plans Le secteur A inclut tous les plans d’eau sus- d’eau, ainsi que des couloirs de déplacement ceptibles de servir, potentiellement au moins, sûrs ; en tant qu’habitat de qualité, il revaloà la reproduction, ainsi que les milieux natu- rise le secteur A ; comme une zone-tampon,
DÉFINITION DES OBJETS ET DES SECTEURS DE PROTECTION
il protège celui-ci d’influences indésirables. dire surtout des gravières, marnières et car- Les secteurs B coïncident souvent avec des rières en exploitation. surfaces d’agriculture et de sylviculture, et sont particulièrement appropriés pour Ils constituent l’annexe 2 de l’ordonnance sur l’application de la compensation écologique. les batraciens. Comme ces sites d’extraction Des mesures telles que la création de ban- progressent au cours du temps, il n’est pas des-tampon sans pesticides ni engrais, logique, au niveau de l’ordonnance, de les l’extensification agricole accompagnée de la désigner par des secteurs de protection création d’éléments naturels comme des fixes. Ces objets ne sont donc désignés que haies, le passage à une sylviculture proche par leurs coordonnées centrales. Il est du resde la nature ou encore l’interdiction de nou- sort du canton de fixer un périmètre, lequel velles constructions et installations pouvant peut inclure des surfaces fixes, anciennement exploitées et qui sont déjà protégées. Il s’agit en outre de s’assurer que des conditions favorables aux batraciens seront garanties en permanence grâce à un bon dosage entre exploitation et protection, de manière à assurer la fonction du site. En général, il est nécessaire de réserver aux batraciens un secteur non exploité, se déplaçant au gré de la progression de l’exploitation (cf. Une surface périphérique exploitée de manière extensive permet de préserver le secteur cen- chap. 4.6). La pourtral d’un site, avec les plans d’eau et les surfaces marécageuses, des influences externes néga- suite de l’utilisation tives. Elle constitue également un habitat terrestre de qualité à proximité immédiate du lieu de actuelle des sites ponte. Dans le cas de cet objet IBN, qui est également un bas-marais, cette surface péri- reste donc fondaphérique manque encore. mentalement possible, et elle est même nécessaire représenter des obstacles, peuvent être pri- pour garantir la péses dans les secteurs B (cf. chap. 4). rennité des habitats dynamiques. 2.2 OBJETS ITINÉRANTS Les objets itinérants (voir OBat, art. 3) désignent des sites de reproduction d’amphibiens qui se déplacent au cours du temps, c’est-à-
3 Protection légale et
application
3.1 GÉNÉRALITÉS inventaire fédéral, les objectifs de protection
Il est recommandé de prendre en compte les des deux inventaires seront harmonisés au objets IBN* lors de la planification directrice mieux. au niveau cantonal. Le plan directeur lui- Pour les objets itinérants, les mesures de promême permet au canton, via des directives, tection des batraciens seront réglées par des conventions ou encore sous forme de règle- RESUME CHAP. 3 ments ou de charges incluses au plan d’affectation. Les cantons peuvent choisir entre différents outils pour protéger les Les objets IBN qui entrent en conflit avec une objets de manière contraignante pour les autorités et pour les proutilisation du sol admise par la planification priétaires. Il est recommandé de prendre en compte les objets IBN peuvent être protégés par la désignation de dans la planification au niveau cantonal. La définition de zones de zones réservées selon l’article 27 LAT. protection cantonales ou communales, avec arrêté de protection, s’impose généralement pour les secteurs A. Pour les secteurs B, on 3.2 OBJETS FIXES peut passer par des contrats d’exploitation avec les agriculteurs ou Les cantons sont chargés de fixer les limites les forestiers, par des restrictions de construction dans des zones de précises des objets après avoir consulté les proprotection du paysage, ou encore agir au niveau des plans priétaires fonciers et les exploitants (art. 5, d’aménagement forestier. Les outils de la compensation écologique 1er al., OBat). Ils doivent également, selon via l’ordonnance sur les paiements directs et l’ordonnance sur la qua- l’article 18a, 2e al., LPN, régler la protection lité écologique permettent de stimuler l’extensification agricole et de et l’entretien des objets, prendre à temps les la dédommager. mesures appropriées et veiller à leur exécu- Pour les objets itinérants, la définition de conditions cadres et de tion. Les mesures de protection et d’entretien mesures favorables aucx batraciens lors de l’attribution de permis et nécessaires se conformeront à l’ordonnance de concessions d’exploitation, ou l’élaboration de réglementations sur la protection de la nature et du paysage en faveur de la protection des batraciens peuvent être envisagés. Le (OPN), article 14, 2e al., et à l’OBat, art. 8. but de protection sera atteint principalement grâce à une planifica- Les mesures citées dans l’ordonnance sur les
tion écologique accompagnant la planification de l’extraction et défi- batraciens sont précisées dans le présent nissant précisément, pour des durées fixées, la superficie et guide d’application. Les cantons consulteront l’emplacement des plans d’eau et des habitats terrestres dans le l’OFEFP avant l’application des mesures périmètre de l’exploitation. (art. 17, OPN). Les cantons sont tenus d’appliquer les mesures de protection dans les sept années suivant l’entrée en vigueur de l’ordonde charger les communes de définir des zo- nance sur les batraciens (art. 18a, 3e al., LPN; nes à protéger contraignantes pour les pro- art. 9, OBat). Si les cantons n’appliquent pas priétaires au sens de l’article 17 LAT, dans le les mesures dont ils sont chargés, la concadre du plan d’affectation. fédération (DETEC) peut prendre à leur pla- Il est également possible de définir une ré- ce les mesures nécessaires (art. 18a, 3e al., serve naturelle cantonale avec une protec- LPN). tion contraignante au niveau des propriétaires ou avec un arrêté de protection. Si un * Par objets IBN, on entend les objets figuobjet IBN coïncide avec un objet d’un autre rant aux annexes 1 et 2 de l’OBat.
PROTECTION LÉGALE ET APPLICATION
SECTEUR A Les restrictions d’utilisation nécessaires Dans le secteur A, la protection de la nature doivent être appliquées avec les instruments est strictement prioritaire par rapport aux adéquats et donner lieu à des dédommageautres utilisations. Celui-ci doit donc jouir ments. En zone agricole, il est possible d’agir d’une protection communale ou cantonale aux trois niveaux politiques, sur base volonengageant les propriétaires, ou d’une pro- taire ou via des arrêtés et des contrats contection équivalente, les mesures d’entretien traignants selon les objets. nécessaires au maintien du peuplement de – Confédération: l’ordonnance sur les paiebatraciens devant être fixées dans le règlements directs (OPD) fournit des bases perment de protection. mettant de promouvoir les herbages exten- Un règlement sous forme de contrat entre le sifs et d’autres éléments de la compensation canton, la commune, voire la confédération écologique comme les jachères et les haies. et le propriétaire ou l’exploitant peut égale- Pour donner droit aux contributions, les surment être envisagé, en particulier dans le cas faces doivent appartenir à la surface agricole de gravières ou de places d’armes. Dans ce utile (SAU). Les surfaces d’eau n’appartenant dernier cas, les mesures de protection nécespas à la SAU, elles ne donnent pas droit aux saires seront d’abord négociées entre les ofcontributions, mais elles peuvent cependant fices fédéraux concernés, ou éventuellement être imputées. L’ordonnance sur la qualité entre le canton et le représentant de l’armée écologique (OQE) donne droit à des contricompétent. On ne perdra pas de vue que le butions supplémentaires pour des éléments canton reste chargé de vérifier que les mejouant un rôle dans le réseau écologique, sures d’entretien et de gestion nécessaires mais aussi aux zones-tampon protégeant les sont appliquées. milieux aquatiques. La condition préalable est l’existence d’un concept régional de mise en SECTEUR B réseau reconnu par les autorités. Ces dispo- Les secteurs B correspondent essentiellement sitions peuvent être mises à profit pour incià des surfaces agricoles et forestières, et rem- ter à l’extensification et à la mise en place plissent diverses fonctions, en particulier cel- d’éléments écologiques supplémentaires
les de premier habitat terrestre, de couloir dans le secteur B et pour mieux dédommade déplacement et de zone-tampon. Une ger ces efforts. La superposition d’un secteur utilisation adéquate (cf. chap. 4) doit per- B d’un objet IBN et de la SAU ne représente mettre au secteur B de remplir parfaitement pas une contrainte au sens de l’art. 41, les fonctions qui lui sont assignées. 2e al. OPD. L’obtention de paiements directs En règle générale, les surfaces hors du en l’absence d’un accord reste donc possipérimètre forestier pourront demeurer en ble, pour autant que l’application de l’invensurface agricole, moyennant certaines restric- taire ne nécessite pas de contraintes contions d’exploitation selon les besoins de pro- crètes particulières. tection. – Canton: différents cantons ont développé Le secteur B peut éventuellement être inclus des modèles de contributions favorisant les dans la zone de protection cantonale ou com- éléments naturels et les surfaces de valeur munale, avec des contraintes différentes de écologique. Il est ainsi possible d’obtenir un celles concernant le secteur A. Le secteur B dédommagement pour des contraintes peut également être inclus dans une zone d’exploitation. En outre, la plupart des cande protection paysagère qui le préserve des tons disposent de bases légales permettant atteintes consécutives à de nouvelles cons- la signature de contrats d’entretien particutructions. liers avec les agriculteurs, avec dédommage-
PROTECTION LÉGALE ET APPLICATION
ment à la clé. En cas de financement par le cessus de planification ont généralement été canton, celui-ci bénéficie des subventions repris dans les législations cantonales. fédérales plus élevées pour les objets Les PAF doivent présenter les conflits d’importance nationale (cf. chap. 8). d’utilisation et les priorités de l’exploitation – Commune: les communes ont également sylvicole. Ils constituent ainsi un outil adéla possibilité de signer des contrats d’utili- quat pour prendre en compte les contraintes sation, avec dédommagement financier, afin liées aux secteurs B en forêt. Les cantons et de garantir une exploitation favorable aux communes ont également la possibilité, batraciens. Les communes peuvent égale- d’entente avec les propriétaires forestiers, de ment bénéficier des subventions fédérales, remplir les exigences de protection dans le via le canton (cf. chap. 8). cadre des plans d’exploitation ou en recourant aux instruments de l’aménagement du territoire et de la protection de la nature (zones de protection, réserves, contrats). La procédure de dédommagement des contraintes d’exploitation se fonde sur la législation cantonale.
3.3 OBJETS ITINÉRANTS Les objets itinérants sont soumis à une forte dynamique provoquée par l’exploitation. Les objets figurant dans Les plans d’eau situés dans des objets itinérants – principalement des gravières – sont l’annexe 2 de l’OBat fréquemment déplacés. Afin de remplir leur fonction de site de ponte, ils doivent demeurer ne sont donc pas intacts durant toute la saison de reproduction au moins. définis par un périmètre de protection, mais par En forêt, la situation est différente. Précédem- des coordonnées centrales désignant un secment, les plans d’exploitation constituaient teur où les mesures de protection nécessaires la principale base de planification. La loi et au maintien des populations de batraciens l’ordonnance fédérales sur les forêts définis- sont à prendre. Il ne s’agit pas ici d’obtenir sent à présent deux niveaux de planification: une protection légale de surfaces bien défile plan d’aménagement forestier régional nies, mais plutôt de régler la protection par (PAF), contraignant pour les autorités; le plan des conventions ou des charges. Ces cond’exploitation (exploitation forestière), con- ventions au sens de l’art. 5, 2e al. de l’OBat traignant pour le propriétaire. Ces deux pro- sont passées entre le canton et les respon-
PROTECTION LÉGALE ET APPLICATION
sables de l’exploitation. Les mesures prescri- Il sera ensuite possible de vérifier chaque tes porteront sur un périmètre à définir, qui année les pertes en habitats et de les comcorrespondra généralement à l’ensemble de penser immédiatement. Le but est de fourl’exploitation ou à la surface désignée dans nir constamment des habitats en suffisance, le permis d’exploitation en vigueur. Ce péri- avec des périodes de colonisation suffisanmètre pourra ensuite être adapté aux nou- tes. velles conditions dans le cadre de nouvelles Le contrôle des mesures définies dans les procédures d’autorisation. conventions ou les charges peut être confié Les clauses fixées dans les conventions ou par le canton à une association professiondans les concessions doivent être suffisam- nelle, à savoir l’Association suisse des Sables ment concrètes, tout en laissant à l’exploitant et Graviers (ASG/FSK). Le contrôle peut alors une marge de manœuvre suffisante pour être effectué parallèlement aux inspections concilier les objectifs de protection et les im- d’entreprises habituelles effectuées par pératifs de production. Les points suivants l’ASG. sont à régler, tout en tenant compte des con- D’autres éléments importants pour le succès ditions particulières de chaque cas (surface des mesures sont le relevé périodique des de l’exploitation par exemple): populations d’amphibiens et le conseil à – Elaboration d’une planification continue de l’exploitant. Le relevé des effectifs (voir chap. l’exploitation écologique. 4.8) tous les trois ans environ doit être ex- – Nombre et étendue minimum des plans pressément prévu par les autorités comme d’eau, durée minimale de leur maintien. partie intégrante du contrôle. Il permet de – Période autorisée pour des interventions réagir assez tôt aux importantes modificaprès des plans d’eau ou dans ceux-ci. tions pouvant survenir brusquement dans un – Surface minimale d’habitats terrestres non site d’extraction. Par ailleurs, le canton aideperturbés et durée minimale de maintien. ra efficacement les exploitants qui n’ont pas – Définition d’une période suffisamment lon- de conseiller écologique à concilier les megue entre la création de nouveaux plans sures écologiques et les exigences de l’exploid’eau / habitats terrestres et la destruction tation et à atteindre les objectifs de protecdes précédents . tion en mettant à leur disposition un conseil-
– Fixation des effectifs minimaux d’amphi- ler en matière de protection de la nature. Le biens. Si ces seuils ne sont plus atteints, service conseil IBN mis sur pied par la confédes mesures de revitalisation des habitats dération peut intervenir pour des cours et des sont à prendre. interventions ponctuelles. – Réglementation du contrôle et du conseil à l’exploitant.
Le contenu concret des exigences en faveur des batraciens est traité dans le paragraphe
4.6 La planification écologique de l’exploitation est l’instrument prépondérant. Elle
complète la gestion technique de l’exploitation, toutes deux étant élaborées parallèlement. Elle doit se baser sur un bilan de la situation actuelle et sur les objectifs de protection poursuivis. Sur cette base, les surfaces nécessaires aux amphibiens, leur positionnement et la durée de leur maintien seront fixés.
4 Aménagement, entretien et utilisation des
objets IBN
4.1 INTRODUCTION d’abord les principes généraux, puis certains
Au-delà de la protection légale des sites, les points conflictuels et les exigences particumesures d’aménagement et de gestion sont lières de certaines espèces. Enfin, un tableau déterminantes pour atteindre les objectifs de synthétique présente les activités qui sont en principe tolérables ou non dans les objets IBN, RESUME CHAP. 4.2 ainsi que les mesures de revalorisation recom- L’aménagement et l’entretien appropriés des objets sont de première mandables. importance pour atteindre les objectifs de protection. Il est néces- Cette liste montre également de quelle masaire de prendre en compte les exigences particulières des différentes nière les sites peuvent être conservés intacts espèces présentes. Les espèces caractéristiques du site et celles qui au sens de la protection transitoire selon sont les plus menacées seront considérées en priorité. On peut postu- art. 29, OPN. ler les principes généraux suivants pour obtenir des sites de reproduc- De manière générale, la diversité des habition favorables : tats rencontrés dans les sites IBN et la varia- – plusieurs plans d’eau plutôt qu’un seul ; bilité des exigences des différentes espèces – surface d’eau totale aussi vaste que possible ; d’amphibiens rendent difficile la présenta- – diversité maximale parmi les plans d’eau et dans chacun d’eux ; tion de mesures globalement favorables. Les – température élevée de l’eau (faible profondeur, bon ensoleillement, recommandations ci-dessous sont à considéabsence de courant) ; rer comme indicatives, et doivent être véri- – absence de poissons ; fiées de cas en cas et modifiées au besoin – présence de stades de succession précoces (plans d’eau récents) ou pour atteindre les objectifs de protection. On de plans d’eau s’asséchant occasionnellement ; consultera en outre les recommandations – planification de la gestion de l’eau et des interventions respectant figurant dans le rapport final de l’inventaire la biologie des batraciens (assèchement et interventions en au- (Borgula, Fallot & Ryser 1994, pp. 45 et suitomne/hiver). vantes). Les exigences des amphibiens (microclimat, nourriture, abris) seront également respectées dans les habitats terrestres colonisés après la 4.2 PRINCIPES D’AMÉNAGEMENT reproduction. Des habitats naturels ou exploités extensivement com- ET D’ENTRETIEN
me des boisements, des marais, des prairies humides, des haies, des Les mesures d’entretien et d’aménagement friches ou des berges de ruisseau naturelles devront être maintenus seront adaptées selon les espèces de batraen suffisance autour du plan d’eau, jusqu’à une distance de quelques ciens présentes et le type d’objet. Il est gécentaines de mètres. La présence de structures naturelles est particu- néralement sensé d’élaborer un concept de lièrement importante à proximité immédiate des plans d’eau, pour gestion. Celui-ci présentera clairement la siles jeunes fraîchement métamorphosés. tuation actuelle, les interventions nécessaires et la répartition des tâches et des compétences. Il peut également servir de document protection. Pour atteindre les buts de protec- de base au moment de la mise sous protection de l’art. 6, OBat, les sites doivent, par tion cantonale ou communale (chap. 3). Si la définition, être aménagés et entretenus de situation initiale est simple et les intervenmanière optimale. Ce chapitre présente tions nécessaires peu nombreuses, une
évaluation sommaire par un connaisseur des dant, l’accroissement de la taille s’accomamphibiens peut s’avérer suffisante. pagne d’une montée du risque de la pré- Les points suivants sont à observer: sence de poissons, lesquels comptent parmi les plus importants prédateurs des PLANS D’EAU larves d’amphibiens. Une répartition de Les exigences des différentes espèces l’offre en plusieurs plans d’eau plus mod’amphibiens quant au plan d’eau de repro- destes est donc plus favorable. duction sont très variées. Le type de plan d’eau (surface, profondeur, courant, chimie – Structure diversifiée ou présence de de l’eau, végétation, faune aquatique) in- plusieurs plans d’eau à structure diffluence durablement la composition et les ef- férente: fectifs du peuplement de batraciens. Le La diversité des structures dans le plan d’eau ou, mieux, dans plusieurs plans d’eaux, permet aux différentes espèces de trouver toutes des conditions optimales. Plusieurs stades de succession végétale peuvent se côtoyer. La présence de plusieurs plans d’eau diminue le risque d’un échec total de la reproduction des suites d’un assèchement, d’une contagion ou d’une prédation excessive. La richesse des structures diminue la pression des pré- La présence de plusieurs plans d’eau sur un site augmente la diversité de l’offre en sites de dateurs sur les larponte. ves en offrant des cachettes à celles-ci, p. ex. au cœur de la succès de reproduction est souvent le pa- végétation. Elle permet aussi d’amoindrir la ramètre déterminant pour la taille de popu- concurrence entre les espèces, qui vont se lation. De manière générale, les structures et répartir différemment en fonction de leurs particularités suivantes peuvent être jugées préférences. Les espèces pondant tardivefavorables : ment et celles qui sont peu concurrentielles profitent notablement de la richesse des ni- – Surface totale importante : ches. Des plans d’eau vastes et/ou nombreux offrent davantage d’espace vital aux larves, – Température de l’eau élevée : et permettent donc finalement le dévelop- Les larves d’amphibiens ont tendance à pement d’effectifs plus importants. Cepen- rechercher les parties les plus chaudes d’un
plan d’eau. Ceci leur permet d’accélérer important courant de la nappe phréatique, leur développement, de réduire ainsi la lesquels ont tendance à être particulièredurée de leur périlleux séjour aquatique, ment frais, ainsi que pour les étangs de puis, après une métamorphose précoce, de montagne. gagner un poids plus important avant le premier hiver. Le succès de reproduction de – Premiers stades de succession: la plupart des espèces diminue donc avec Les œufs et larves d’amphibiens comptent la température. Chez les espèces thermo- de nombreux prédateurs parmi les invertéphiles, il devient même nul en dessous brés et les poissons. C’est sans doute prind’une certaine moyenne de température. cipalement pour cette raison que certaines La rainette et les grenouilles vertes sont par- espèces sont devenues des spécialistes des ticulièrement exigeantes de ce point de vue. plans d’eau récents ou temporaires. C’est surtout le cas du crapaud calamite, du sonneur et de la rainette. Les plans d’eau à un stade évolutif avancé présentent d’autres inconvénients potentiels tels l’envasement ou l’envahissement par la végétation. Depuis la disparition de la dynamique fluviale naturelle, les plans d’eau à caractère pionnier n’apparaissent pratiquement plus que suite à Des stades de succession précoces et des plans d’eau temporaires sont des conditions indis- une intervention pensables à la reproduction des espèces de batraciens pionnières. artificielle, comme dans une zone d’extraction ou C’est pourquoi les plans d’eau devront être sur une place d’armes. De telles activités bien ensoleillés et de faible profondeur, du menacent constamment les plans d’eau de moins en de vastes secteurs. Un courant disparition brutale, raison pour laquelle il traversant le plan d’eau refroidit celui-ci et est souhaitable de disposer de plusieurs augmente en outre le risque d’eutrophisa- surfaces aquatiques, pouvant se substituer tion par apport de nutriments, ainsi que le les unes aux autres et présenter simultanérisque d’une colonisation par des poissons. ment divers stades de succession. Une faible profondeur et un bon ensoleil- – Plans d’eau temporaires : lement sont particulièrement importants Les plans d’eau s’asséchant périodiquepour les plans d’eau traversés par un ment présentent les mêmes avantages que
les plans d’eau récents face au problème artificiel de poissons, difficile et souvent de la prédation. De telles surfaces temporai- vouée à l’échec, n’est à entreprendre qu’en rement inondées apparaissaient autrefois dernier recours. Le meilleur procédé conen grand nombre dans les grandes vallées siste encore à pomper l’eau de l’étang et à fluviales et en bordure des lacs, avant qu’on l’assécher périodiquement. ne régule les eaux de fonte. On peut re- Pour des raisons similaires, on évitera constituer ces conditions en réglant judi- d’élever oies et canards sur les plans d’eau. cieusement la profondeur des plans d’eau par rapport à la nappe, par des retenues – Remplissage et interventions aux pé- ou en régulant l’alimentation et l’évacua- riodes adéquates: tion de l’eau. En cas de retenue artificielle, Sur le Plateau, la ponte des espèces précoon pourra favoriser les espèces à ponte tar- ces (grenouilles brunes, crapaud commun dive en simulant une crue naturelle de fonte et, partiellement, tritons) débute à fin fédes neiges (montée de l’eau dès mi-avril/ vrier ou à début mars, celle des espèces mai; voir aussi deux paragraphes plus bas). tardives en avril ou en mai. Les larves restent dans l’eau jusqu’à l’été ou jusqu’au début – Plans d’eau sans poissons: de l’automne, selon l’espèce et le plan La plupart des espèces de poissons sont des d’eau. Elles peuvent même y hiverner, chez prédateurs naturels des œufs et larves quelques espèces (crapaud accoucheur, d’amphibiens, et leur présence massive grenouilles vertes). Les étangs doivent donc peut empêcher celle des batraciens. La être en eau durant tout le printemps-été, présence de poissons restreint l’activité des et s’assécher en automne ou en hiver seularves, dont le développement se trouve lement. Outre la réduction de la pression entravé. Seuls les œufs et les têtards du de prédation, l’assèchement a l’avantage crapaud commun échappent généralement d’accélérer la décomposition de la vase par à cette prédation, de par leur toxicité. Les apport d’oxygène. Les sites abritant le crarives de lacs, les vastes plans d’eau et les paud accoucheur ou la grenouille verte complexes alluviaux offrent aux batraciens doivent être asséchés une année sur deux des zones de faible profondeur ou forte- tout au plus. On procédera aux intervenment envahies par la végétation qui leur tions nécessaires à l’entretien du plan d’eau
permettent d’échapper à leurs prédateurs. et des berges au mieux en automne (octo- Dans ces conditions, poissons et amphi- bre), lorsque les batraciens l’ont quitté pour biens peuvent parfaitement cohabiter. A la plupart et que les espèces aquatiques l’opposé, les petits plans d’eau si appré- sont encore en activité et peuvent donc se ciés par les batraciens n’offrent pas de tels mettre à l’abri. Sinon, la période hivernale refuges, mais les poissons en sont généra- peut également entrer en compte. lement absents. La coexistence des deux groupes est ici impossible, et tout empoissonnement a des conséquences sévères. On constate que les poissons présents dans de tels sites n’y ont pas trouvé place de manière naturelle, mais ont été introduit. Il s’agit même souvent d’espèces acclimatées (poisson rouge, perche soleil, épinoche). Pour maintenir les amphibiens, il est indispensable de renoncer à de tels empoissonnements. L’élimination d’un peuplement
CRÉATION DE PLANS D’EAU afin de garantir une certaine étanchéité. Le principal problème lors de la création de La pose se fera par couches successives plan d’eau est celui de l’étanchéité. Dans le dont l’étanchéité individuelle sera concas idéal, le plan d’eau est creusé dans la trôlée. Une glaise de bonne qualité (argile nappe phréatique ou le substrat est lui-même à tuiles) permet de disposer des couches étanche, éventuellement après un tassement. plus fines qu’une glaise brute, incluant des Dans tous les autres cas, l’étanchéité devra cailloux. En cas d’assèchement, l’étanchéité être assurée artificiellement. Le choix de la est menacée par l’apparition de fissures. Il méthode d’étanchéification se fera en te- est donc important de prévoir une couche nant compte de la situation et du type d’habi- de gravier ou de sable, maintenant une certat, des espèces d’amphibiens visées, du con- taine humidité. On peut également améliocept d’entretien et des coûts. La création d’un rer l’étanchéité en disposant une feuille de plan d’eau de moins d’un demi-are n’est en plastique sous une couche de glaise (p. ex. principe pas conseillée, au regard de l’impor- du plastique de chantier). Une couche de tance de l’entretien nécessaire. Quelle que glaise peut également perdre son étanchéisoit la couche étanche, celle-ci sera recou- té si elle est trouée par les racines des roverte d’une couche d’au moins 10 cm de seaux. La glaise favorise la croissance des sable lavé et/ou de gravier. On évitera tout végétaux, et conduit à l’apparition de plans apport d’humus, pour ne pas enrichir exces- d’eau eutrophes. Les interventions mécasivement le site! La colonisation spontanée niques ne sont possibles que si la couche par la végétation est préférable. Si des plan- de glaise est suffisante. Les importants votes doivent tout de même être mises en pla- lumes nécessaires et leur transport peuvent ce, on s’en tiendra strictement à des variétés rendre ce mode d’étanchéification coûteux. indigènes, issues si possible de la région. – Vase comprimée: la vase comprimée est – Bâche étanche: les feuilles plastiques sont un sous-produit résiduel du lavage des gragénéralement employées pour les biotopes viers. Elle se prête à l’étanchéification, à de jardin, rarement pour les milieux natu- condition que la couche soit d’épaisseur
rels. Il s’agit d’évaluer si l’introduction de suffisante (au moins 1-1,5 m) et la part matériaux artificiels est acceptable. On pri- d’argile suffisante. Dans le Reusstal, on a vilégiera les bâches en polyéthylène, qui disposé des couches de 2 m d’épaisseur résistent aux UV et sont dégradables, ou dans lesquelles les plans d’eau ont ensuite alors les bâches en caoutchouc synthétique, été modelés. La vase comprimée peut parplus onéreuses, mais qui présentent l’avan- fois être fournie gratuitement par les gratage d’une résistance supérieure. Les vières, mais le transport des importants bâches sont d’un coût modéré. Le défaut volumes nécessaires peut occasionner des majeur des bâches plastiques est leur fai- coûts considérables. La mise en place doit ble résistance, qui limite leur durée de vie. se faire par couches successives. Un acte de vandalisme, une intervention – Béton: le béton permet d’obtenir une étantrop brutale, voire les souris, les hérons ou chéité durable et sûre, et permet un entreles racines des plantes sont susceptibles de tien mécanique et un contrôle de la croisles transpercer. Les conséquences de sance végétale. La solution la plus lourde l’absence d’échanges entre le fond de est le recours à du béton armé avec des l’étang et le sol environnant ne sont en joints de dilatation si l’étang dépasse 10 m outre pas claire. de longueur. Du béton armé avec des fi- – Glaise: une étanchéification par de la glai- bres d’acier peut servir d’alternative. Si le se nécessite au minimum une couche de sous-sol est stable, du béton non armé peut 50 cm ou, mieux, d’un mètre d’épaisseur, suffire. L’épaisseur nécessaire va de 20 à
40 cm. Une pente de 10-15% peut être au fond de l’étang. Le produit peut égaleatteinte sans recours à des coffrages. Les ment être obtenu sous forme de nattes petites fissures seront remplies par les fi- contenant la poudre. Les rouleaux sont nes particules du revêtement, du gravier déroulés sur une surface soigneusement de préférence. Le béton peut être combi- préparée. On veillera à ce que les nattes né à d’autres matériaux. Ainsi, on peut re- soient légèrement superposées en borducouvrir une bâche d’une fine couche pro- re. La surface se gonfle en absorbant tectrice de béton, pour permettre des in- l’humidité et se transforme en couche imterventions mécaniques. On renoncera aux perméable. Elle devra être recouverte d’une durcisseurs rapides à cause de leur toxici- couche de sable ou de gravier d’au moins té. Si leur utilisation est inévitable, l’étang 30 cm d’épaisseur. Avec ce procédé, le pH sera rincé à fond à plusieurs reprises avant du plan d’eau reste neutre. le remplissage définitif. Le béton engendre des coûts importants. Il est particulièrement approprié dans d’anciennes gravières, où des batraciens pionniers doivent être maintenus. – Etangs stabilisés à la chaux: lorsque le sol contient au moins 10% d’argile, il peut être transformé en une croûte étanche par mélange avec de la chaux vive (env. 40 kg/ m3, trois couches de 12-15 cm d’épaisseur). Si le sol n’est pas favorable, l’argile, ou le mélange, peut également être amenée sur place. La pente peut atteindre environ 20%. La couche stabilisée sera recouverte de gravier. Cette méthode est relativement avantageuse et crée un revêtement compact, qui empêche la pénétration des racines. La place nécessitée pour mêler le sol et le calcaire (hors de la cuvette du plan d’eau) peut rendre la réalisation délicate dans certaines conditions topographiques. On en sait encore peu sur les conséquences du pH élevé de l’eau de tels étangs (9-10, baissant avec le temps) sur le développement des amphibiens. Les rares études disponibles semblent indiquer une croissance ralentie et une mortalité accrue des larves. Une stabilisation analogue, mais au moyen de ciment, peut être entreprise sur les sols riches en sable et en gravier. – Bentonite: cette poudre se gonfle lorsqu’elle est mêlée à un sol contenant de l’argile, ce qui provoque l’étanchéification. Contrairement à la stabilisation à la chaux,
le mélange peut être effectué directement
HABITATS TERRESTRES des bosquets est très favorable (exemple, Les amphibiens passent une grande part de voir photo 18). La fauche doit être effecleur existence sur la terre ferme, où la plupart tuée avec une faucheuse à barre et ne doit d’entre eux hivernent (les grenouilles vertes pas être trop rase. Les autres faucheuses et rousses hivernent aussi au fond des provoquent une importante mortalité chez étangs). L’estivage s’effectue généralement les amphibiens. La fauche sera si possible à quelques centaines de mètres du plan d’eau effectuée hors de la période de métamorde reproduction, mais jusqu’à 2 km de celui- phose, pour épargner les juvéniles. Sur le ci chez la grenouille rousse et le crapaud com- Plateau, celle-ci survient généralement à mun. Certaines espèces restent toujours à partir de mi-mai chez le crapaud commun proximité immédiate de l’eau, et d’autres ont et la grenouille rousse, dès juin-juillet chez besoin d’habitats terrestres particuliers dès les espèces pondant tardivement. On oble moment de la reproduction (rainette, son- serve cependant qu’une fauche précoce, neur, crapauds accoucheur et calamite, voir avant la métamorphose, donc en mai, ne chap. 4.3). Les alentours immédiats de l’étang respecte pas les exigences de la confésont de première importance pour les jeunes dération en matière d’extensification (1e métamorphosés, qui sont particulièrement coupe après le 15 juin). Des exceptions peuexposés aux prédateurs, mais aussi au des- vent cependant être accordées, conformésèchement. Les habitats terrestres doivent ment à l’art. 45, 3e al. de l’OPD. Les pâturasatisfaire les exigences des amphibiens rela- ges ne peuvent constituer des habitats tives au microclimat, à la nourriture et aux favorables qu’en cas d’exploitation véritarefuges. blement extensive. Les terres cultivées n’entrent pratiquement Les éléments suivants fournissent de bons pas en ligne de compte comme habitats habitats terrestres aux amphibiens. Ils peuterrestres. En effet, l’offre en nourriture et vent en outre protéger le plan d’eau en tant en refuges est très pauvre, et les amphique zones-tampon, pour autant qu’ils borbiens sont exposés tant aux interventions dent ce dernier: mécaniques qu’aux pesticides. – Surfaces inexploitées avec des cachet- – Boisements naturels: les forêts représentes: des éléments diversifiés, non soumis à
tent le plus important habitat terrestre de l’exploitation agricole ou sylvicole, comme nombreuses espèces, en particulier comles friches, les terrains vagues, les buissons, me sites d’hivernage. Les forêts claires, pas les mégaphorbiées, la végétation riveraine trop sèches, composées d’essences confor- et les tas de pierres et de branches fournismes au site et présentant une strate hersent abris et nourriture, en particulier pour bacée abondante et de nombreux abris les juvéniles et les espèces demeurant lon- (bois mort, souches) sont les plus favoraguement près des plans d’eau. bles, surtout si leur lisière est bien étagée. – Surfaces agricoles extensives: les herba- On relèvera l’importance des forêts de feuilges extensifs constituent un important ha- lus et des boisements alluviaux naturels bitat terrestre pour certaines espèces, la pour la grenouille agile. grenouille rousse surtout. Une certaine humidité ou la proximité de marais ou d’eau libre sont nécessaires, et la surface ne doit recevoir ni lisier, ni engrais chimiques, ni boues d’épuration, substances souvent mortelles pour les batraciens. La présence d’éléments comme des haies ou
4.3 MESURES EN FAVEUR DES facteurs limitants sont la présence de pois-
DIFFÉRENTS GROUPES D’ESPÈCES sons, un assèchement trop précoce du plan L’entretien et l’aménagement des sites de d’eau et la coupure des voies de migration. reproduction et des habitats terrestres va- La grenouille rousse apprécie particulièrerient en fonction des espèces présentes et ment les eaux peu profondes, en cours de leurs exigences. Ces mesures ciblées sont d’atterrissement, et les berges en pente douprésentées ci-dessous pour certains groupes ce, envahies par les roseaux. Elle peut être d’espèces. sévèrement menacée en cas d’abondance du triton alpestre, celui-ci dévorant œufs et LES ESPÈCES RÉPANDUES: TRITON têtards. Au contraire, la grenouille rousse ALPESTRE, CRAPAUD COMMUN, peut représenter une concurrence importante GRENOUILLE ROUSSE pour les espèces se reproduisant plus tardivement. Le triton alpestre peut abonder dans RESUME CHAP. 4.3 de petites mares aussi bien pionnières que Les différentes espèces d’amphibiens ont des exigences très variées permanentes, pourvu qu’elles présentent de quant aux plans d’eau et aux habitats terrestres. Il est nécessaire d’en la végétation immergée. Les deux espèces tenir compte lors de l’élaboration des concepts d’aménagement et acceptent aisément de nouveaux lieux de d’entretien. ponte. Les habitats terrestres sont de divers types: forêts, haies, friches, prairies, humi- Les espèces pionnières (crapauds sonneur et calamite, rainettes), qui des de préférence. L’hivernage a vraisemblaapprécient les plans d’eau modestes, bien ensoleillés, mais surtout blement lieu surtout en forêt, mais aussi sous récents ou s’asséchant périodiquement, sont particulièrement exil’eau, courante ou dormante (étang de regeantes. Le calamite a encore besoin de terrains dénudés, alors que production, regagné dès l’automne, y comla rainette exige des buissons et des hautes herbes au bord du plan pris) chez la grenouille rousse. d’eau, pour se réfugier durant la journée. Les milieux terrestres sont Le crapaud commun (Bufo bufo) est plus exiégalement de première importance pour le crapaud accoucheur, chez geant que les deux autres espèces. Sa stratéqui le mâle porte la ponte sur son dos jusqu’à l’éclosion, et qui a gie est essentiellement basée sur la longévibesoin de talus partiellement embuissonnés. Les grenouilles agiles et té et la fidélité aux lieux de ponte, lesquels
de Lataste recherchent, elles, des mares entourées de forêts de feuilseront permanents et stables. L’espèce lus chaudes et claires. Les tritons crêté et lobé sont avant tout des préfère donc des étangs importants, bien habitants des zones alluviales, qui trouvent de bonnes conditions dans ensoleillés, et même les rives de lacs, et apdes étangs ensoleillés, de taille moyenne. précie une profondeur supérieure à 50 cm. La présence de branches ou de végétaux im- Ces trois espèces traitées ci-dessous sont les mergés est nécessaire pour accrocher les plus abondantes de Suisse, dont elles ha- cordons d’œufs. Le crapaud commun est le bitent toutes les parties, de la plaine à plus seul de nos batraciens qui résiste bien à de 2000 mètres d’altitude. Elles sont plutôt l’empoissonnement (toxicité des œufs, des peu exigeantes quant à leurs sites de repro- larves et des adultes). duction, et leurs besoins sont souvent cou- La protection des trois espèces passe par la verts par ceux d’autres espèces plus rares. conservation des plans d’eau de reproduc- Certaines populations massives ainsi que les tion, des habitats terrestres et des couloirs populations d’altitude méritent cependant de migration. Si la destruction d’un plan une protection spécifique. d’eau ne peut être évitée, celui-ci sera rem- Le triton alpestre (Triturus alpestris) et la gre- placé préalablement par un nouvel étang nouille rousse (Rana temporaria) colonisent équivalent, disposé si possible le long d’un les plans d’eau de tout type et de toute tail- couloir migratoire. Dans les zones d’altitude, le, même situés à l’ombre. Les principaux les trois espèces préfèrent des plans d’eau
modestes et très exposés, susceptibles de se la journée. Pour la rainette, bonne grimpeuréchauffer rapidement. Un apport en eau se, ce seront des buissons ou même des arconstant (ruisseau) est néfaste, car le site s’en bres. trouve refroidi. Après la disparition de la quasi-totalité des habitats pionniers fluviaux, le crapaud cala- ESPÈCES PIONNIÈRES mite ne se rencontre pratiquement plus que Ce groupe spécialisé compte le crapaud cala- dans les gravières, les places d’armes, les mite (Bufo calamita) et le sonneur à ventre chantiers et sur les cultures inondées. La raijaune (Bombina variegata), auxquels on peut ad- nette et le sonneur subsistent en outre dans joindre dans une certaine mesure les rainet- les reliques alluviales ainsi que dans les bastes (Hyla arborea, au Tessin H. intermedia). marais (rainette) et les ornières le long des Ces batraciens colonisent rapidement tout prairies ou en forêt (sonneur). Ces espèces constituent souvent des métapopulations réparties sur un réseau d’habitats interconnectés (cf. chap. 1.3).
Le maintien des populations nécessite la protection et la recréation périodique de mares temporaires ensoleillées et sans poissons. Pour le crapaud calamite, elles seront minérales, alors que pour le sonneur, leur surface au moins sera dépourvue de végétation. Au contraire, Le triton alpestre, avec son ventre d’un orange éclatant, est le plus répandu de nos tritons. la rainette apprécie la végétation aquatique, qui fournit plan d’eau récent ou temporaire, pauvre en des refuges aux têtards. Le sonneur et la raianimaux prédateurs et concurrents. Chez le nette préfèrent les mares à fond vaseux ou calamite, ce sont fréquemment des gouilles marneux, alors qu’un fond entièrement coutrès superficielles et minérales, chez le son- vert de gravier convient aussi au calamite. neur également des flaques et des ornières Comme l’assèchement menace constamboueuses. La rainette colonise des mares su- ment ces habitats, le développement des larperficielles, mais aussi des marais et des prés ves doit être rapide, ce qui nécessite une teminondés périodiquement. Le crapaud calamite pérature élevée de l’eau, et donc un bon enrecherche sa nourriture sur des terrains lar- soleillement et l’absence de tout courant. Si gement dénudés. Toutes ces espèces ont un assèchement périodique, de préférence besoin d’abris proches des mares, où passer en automne/hiver, limite la présence de
prédateurs et de concurrents, la mare doit d’hivernage, sont également nécessaires, par par contre demeurer en eau d’avril à août, exemple sous forme de talus sablonneux, pour permettre le développement des bien exposés. Les cultures ne sont guère fatêtards. La présence de plusieurs mares est vorables, car n’offrant ni cachettes, ni nourfavorable, tant pour l’entretien que pour ré- riture abondante. duire le risque d’assèchement complet. Hors des zones d’extraction, l’aménagement La création de bassins bétonnés partiellement et l’entretien d’habitats pionniers nécessitent remplis de gravier permet d’obtenir des ha- d’importantes interventions et ne peuvent bitats favorables et faciles d’entretien. Les guère être poursuivis sur une longue pémares sont creusées dans le gravier et peu- riode. Par contre, la prise en compte des exivent être aisément remodelées par des gences des batraciens pionniers, dans le cadre d’un accompagnement écologique de l’exploitation ou de l’utilisation du site, permet souvent d’obtenir aisément de bons résultats (voir chap. 3.4 et 4.6). Au terme de l’exploitation, on peut considérer la possibilité de poursuivre une extraction très extensive, en lieu et place de mesures d’entretien très onéreuses. Il s’agit, lors de la planification, de prévoir une réserve de matériau à cette fin, qui sera Le crapaud calamite est une espèce pionnière typique. Après que ses habitats naturels aient extraite peu à peu disparu suite aux corrections des fleuves, il colonise essentiellement les gravières. par des utilisateurs locaux après le terme de l’exploitation machines légères. En cas de développement industrielle. L’utilisation alternée des surfaces excessif de la végétation, le gravier peut être sera planifiée dans un concept. Des mesures aisément renouvelé. A Allschwil BL, une telle d’entretien parallèles peuvent rester nécesréalisation a été entreprise avec succès en saires. Une autre utilisation du site au terme faveur du crapaud calamite. de l’extraction de matériau, par exemple En présence du crapaud calamite, il est en comme zone d’entreposage ou de composoutre nécessaire de conserver des terrains tage, peut également, combinée à des mesupauvres en végétation. Celle-ci sera régulière- res de gestion adéquates, s’accorder avec le ment arrachée. Des terrains meubles, servant maintien d’amphibiens pionniers. La phase
de refuges durant la journée et de sites de comblement peut également, si elle est
menée de manière progressive, fournir des CRAPAUD ACCOUCHEUR habitats favorables aux espèces pionnières. Le crapaud accoucheur ou alyte (Alytes obs- Un tel concept est prévu sur une période de tetricans) est notre seul batracien qui porte 25 ans pour l’ancienne gravière Hochrüti, à des soins à la ponte. Suite à l’accouplement, Littau LU. qui a lieu sur terre ferme, le mâle enroule les Il est particulièrement important pour les es- cordons d’œufs autour de ses pattes pospèces pionnières, qui constituent régulière- térieures, et se retire dans une cachette soument des métapopulations et colonisent des terraine en portant sur son dos les pontes de habitats dynamiques, de gérer la situation au trois femelles au maximum. Les œufs se déniveau régional en élaborant et appliquant veloppent durant un mois environ. Ensuite, des concepts régionaux de protection. Une le mâle gagne une mare, et les œufs éclosent au contact de l’eau. La reproduction s’étend de fin mars au mois d’août. Les larves les plus tardives passent régulièrement l’hiver dans l’eau, pour se métamorphoser au printemps suivant. Cette biologie particulière rend l’habitat terrestre au moins aussi important que le milieu aquatique chez cette espèce. Celle-ci préfère les surfaces ensoleillées, au sol meuble et bien structuré, partielle- Le crapaud calamite dépose ses œufs dans des mares de faible profondeur, bien ensoleillées. ment embuisson- Les têtards n’ont besoin que d’un mois pour parvenir à la métamorphose. nées, où les cachettes abondent est où le microclimat est telle gestion correspondra mieux à la struc- chaud et humide. Sur le Plateau, on observe ture d’une métapopulation, en agissant plus souvent l’espèce sur des sites d’extraction, largement et en préservant l’interconnexion mais aussi le long de lisières et même dans des sites, que ne le ferait une gestion au ni- des jardins. Dans les zones de collines, le Jura veau de sites considérés isolément (voir aus- et les Préalpes, l’accoucheur se rencontre si chap. 7). souvent vers les étangs à incendie et les petites mares, parfois jusqu’au milieu d’un al- La protection d’une population nécessite de connaître d’abord exactement les lieux où se
tiennent les individus. Il n’est en effet pas tou- proximité immédiate du plan d’eau de reprojours évident de prédire quels sont les lieux duction. favorables. Ces sites seront valorisés par des La grenouille rieuse est importée en nombre mesures appropriées, comme le débrous- pour la consommation de ses cuisses, et des saillage partiel, la mise en place de tas de individus lâchés ou échappés se sont répanbranches ou de pierres, ou encore de ma- dus en Suisse romande, ainsi qu’en certains tériaux meubles. L’adjonction de structures endroits du canton de Zurich et près de Bâle. adéquates peut permettre l’accroissement L’espèce envahit les zones de plaine et y des effectifs de l’espèce. menace les grenouilles vertes indigènes (con- Même si l’alyte peut coloniser des sites currence et hybridation) et la plupart des jusqu’à trois cent mètres de l’étang de re- autres amphibiens (prédation, voir chap. 4.4). production, on s’efforcera de disposer ces Le triton crêté italien ou triton bourreau (Trideux éléments près l’un de l’autre. Les plans turus carnifex), autrefois considéré comme d’eau doivent être permanents (assèchement une sous-espèce du triton crêté, est relativebiennal tout au plus), pas trop ombragés et, ment abondant dans les parties basses du comme pour les autres espèces, être dépour- Tessin, gagnant exceptionnellement des sivus de poissons. tes à plus de 1000 m d’altitude. Son habitat de prédilection est la forêt alluviale, mais il LES ESPÈCES DE PLAINE: GRENOUILLES n’est pas excessivement exigeant, pouvant VERTES, TRITONS, GRENOUILLES AGILES même se contenter de modestes plans d’eau Ce groupe rassemble toutes les espèces non artificiels. L’espèce ne doit pas être favorisée pionnières trouvant leur optimum en plaine au Nord des Alpes, où il a été introduit (can- et ne dépassant guère l’altitude de 600 m ton de Genève) et se répand aux détriments (triton palmé excepté). Ces batraciens colo- du triton crêté indigène. nisent principalement les vastes complexes Le triton palmé (T. helveticus), le triton crêté alluviaux et marécageux des fleuves et des (T. cristatus) et le triton lobé ou ponctué rives de lacs. (T. vulgaris) trouvent leurs habitats optimaux Le complexe des grenouilles vertes se com- dans les zones alluviales et les bas-marais. pose de deux espèces véritables (R. lessonae, Les deux derniers apprécient les plans d’eau
la petite grenouille verte ou grenouille de Les- ensoleillés, de dimensions moyennes, riches sona; R. ridibunda, la grenouille rieuse) et de en végétation. Ils comptent parmi les amphileur hybride (R. kl. esculenta, la grenouille biens les plus menacés de Suisse, quoique le verte). Seules R. lessonae et R. kl. esculenta, triton lobé soit présent massivement le long les grenouilles vertes sensu stricto, sont réel- de la rive sud du lac de Neuchâtel. Le triton lement indigènes, la seconde étant mainte- palmé accepte les plans d’eau plus frais et nue par des accouplements R. lessonae x R. plus petits, et il est fréquemment le triton kl. esculenta. dominant dans les zones alluviales. Les grenouilles vertes préfèrent les mares de La grenouille agile (Rana dalmatina) n’est prétaille moyenne, bien ensoleillées et riches en sente que de manière très lacunaire en Suisvégétaux, ainsi que les bas-marais et les rives se, dans les régions les plus chaudes. L’habitat lacustres. La petite grenouille verte marque terrestre semble jouer un rôle déterminant. une préférence pour les mares de petite tail- L’espèce recherche les forêts claires de feuille et à fond tourbeux. Les plans d’eau choisis lus, avec une strate herbacée abondante et sont permanents ou du moins en eau durant des lisières richement structurées. Outre les l’essentiel de la belle saison, car le dévelop- boisements alluviaux, l’espèce colonise cerpement larvaire est lent. Les migrations sont taines forêts étonnamment sèches. Les plans faibles, les animaux restant généralement à d’eau de ponte sont en forêt ou près de cel-
le-ci. Dans le nord-est de la Suisse, il s’agit de même d’une importance certaine. essentiellement d’étangs situés dans des bas- Les indications du chapitre 4.2 plans d’eau marais et envahis par les touradons de lai- peuvent servir de directives générales pour ches, ou alors de bras morts. Au Sud des Al- la gestion des habitats des grenouilles vertes pes, l’espèce est nettement plus éclectique. et des tritons. Les plans d’eau seront de tail- Le nombre de sites où l’espèce est connue le moyenne (>100 m2), pratiquement perdans le nord-est du pays a considérablement manents (assèchement exceptionnel), sans augmenté ces dernières années, sans qu’il poissons, bien ensoleillés et riches en végésoit possible de déterminer s’il s’agit d’une tation. Une profondeur de 1-1,5 m est faexpansion, due par exemple à un climat de- vorable. Les tritons crêtés et lobés apprécient venant plus favorable, ou simplement d’une les étangs alimentés par la nappe phréatique, amélioration de nos connaissances de la mais ceux-ci devront être bien ensoleillés, afin que leur température ne reste pas trop basse. Aucun courant ne doit exister. Un envasement important semble néfaste. Pour cette raison, il est avantageux de disposer de plusieurs plans d’eau que l’on peut entretenir selon un tournus, de manière à ce que différents stades de développement soient présents simultanément. Les surfaces d’eau modestes seront appréciées des La grenouille agile est présente dans l’Ouest et le Nord-Est de la Suisse, ainsi qu’au Tessin. Elle jeunes grenouilles vit dans des forêts claires de feuillus et se reproduit dans des étangs et des marais forestiers vertes, qui préfèrent bien ensoleillés. se tenir à l’écart des adultes. répartition de l’espèce, laquelle est facilement Plusieurs habitats, en particulier ceux des triconfondue avec la grenouille rousse. tons crêtés et lobés et de la grenouille agile, La grenouille de Lataste (Rana latastei) est ont une importance biologique globale très l’amphibien le plus rare du pays, si l’on oublie élevée. On veillera lors de chaque intervenl’unique station (re)colonisée par le crapaud tion à respecter tout le spectre d’espèces anivert. Elle n’est présente que dans les parties males et végétales présentes, et non les seuls les plus basses du Mendrisiotto. Comme l’aire amphibiens.
de répartition totale de l’espèce est très ré- Les habitats terrestres idéaux se composent duite (la plaine du Pô, jusqu’en Istrie), ces de forêts alluviales et de bas-marais, et rares populations suisses marginales sont tout comporteront en tous les cas des surfaces
pas ou peu exploitées par l’agriculture (boi- La salamandre tachetée (Salamandra salasements, berges de ruisseaux, mégaphor- mandra) colonise le Plateau et le Jura, jusque biées, prés humides). Comme les tritons ne vers une altitude de 950 m, parfois plus, ains’éloignent guère de plus de quelques cen- si que les parties basses du Tessin, et des taines de mètres du plan d’eau, il devront autres vallées méridionales. Elle habite les bénéficier d’une offre abondante en éléments forêts de feuillus ou mixtes, plus rarement favorables suffisamment proches, et dont des prés humides. Les femelles déposent des l’accès ne soit pas coupé par des voies de larves fraîchement écloses dans des ruiscommunication. seaux forestiers à l’eau claire et bien oxygé- Les exigences de la grenouille agile ont été née, dans des sources, voire des mares. La décrites ci-dessus. Cette espèce peut justi- protection de l’espèce passe avant tout par fier de vastes projets de revitalisation pay- celle des ruisseaux, tant au niveau de la quasagère mettant au premier plan la relation lité de leur eau que de la diversité de leur lit. entre des milieux aquatiques optimaux et des De par leur écologie particulière, les salamanmilieux terrestres boisés de qualité. dres n’ont guère été prises en compte par La redécouverte de la grenouille de Lataste l’inventaire national, qui ne saurait donc préau Tessin et son suivi depuis le début des antendre assurer leur protection. Leur présence nées 80 ont déjà été à la base de nombreudans des objets d’importance nationale est ses interventions visant à maintenir et à élaressentiellement fortuite. Ces deux espèces gir l’offre en lieux de ponte favorables. Le sont toutefois dignes de protection, et les succès s’est traduit par une hausse des efmesures nécessaires seront donc prises en cas fectifs. La situation demeure cependant préde nécessité. caire, car le Mendrisiotto est soumis à une très forte pression d’urbanisation, et que le morcellement des habitats naturels y est important. Un concept de protection de l’espèce passe ici par la protection durable des sites de ponte et leur amélioration, par l’intégration des ruisseaux à cours lent, également utilisés comme lieu de ponte, par une amélioration de la connexion entre les éléments naturels, par la protection et la revitalisation
des habitats terrestres et par une coordination avec les régions italiennes voisines.
SALAMANDRES Les deux espèces de salamandre ont des exigences écologiques très différentes de celles des autres amphibiens de Suisse. La salamandre noire (Salamandra atra) habite le Nord des Alpes et des Préalpes, mais manque dans les vallées internes (Valais, Engadine) et sur le versant méridional (quelques présences locales dans le Nord du Tessin). Vivipare, elle est entièrement indépendante de l’eau pour la reproduction. Elle habite les pâturages pas trop secs, les lisières, les forêts et les gorges, et n’est guère menacée.
4.4 CONFLITS PARTICULIERS tes n’est pas propre aux poissons prédateurs, Certains conflits, non cités ou explicités su- mais est également le fait d’espèces consiperficiellement sous le point 4.9, sont énu- dérées comme inoffensives. Seuls les œufs mérés ci-dessous, avec les mesures envisa- et les larves du crapaud commun, de par leur geables. toxicité, sont insensibles aux poissons. L’empoissonnement généralisé a considéra- PEUPLEMENT DE POISSONS, ÉLEVAGE blement augmenté la distribution des pois- PISCICOLE sons, par exemple dans les lacs de monta- La présence de poissons représente un sé- gne, ce qui s’est répercuté négativement sur rieux problème pour la plupart des espèces les batraciens. On procède à l’introduction amphibiens. La gravité des répercussions de poissons soit pour maintenir leurs effecdépend des espèces de poissons présentes tifs, soit pour favoriser la pratique de la pêche. La loi fédérale sur la pêche et son ordonnance RESUME DU CHAP. 4.4 interdisent l’introduction d’espèces géné- Différents types d’exploitations peuvent mettre les populations tiquement non adaptées ou non autochtod’amphibiens en péril ou peuvent mener à des conflits avec les buts nes, mais ne prévoient aucune limitation parde protection envisagés. Ce chapitre discute les divers conflits et pré- ticulière pour les sites à batraciens. sente quelques solutions: L’introduction de poissons se fait soit délibé- – Empoissonnement: une introduction de poissons doit être évitée rément, dans le souci d’améliorer le rende- (interdiction d’empoissonner, information du public) et des popula- ment de la pêche, soit par ignorance, suite à tions de poissons non conformes au milieu seront éliminées. On une mauvaise conception du principe de pourra fournir des surfaces réservées aux batraciens en augmentant l’enrichissement d’un plan d’eau, ou encore la part des zones de faible profondeur, en fractionnant l’utilisation tout simplement pour se débarrasser d’anides plans d’eau ou en créant des mares temporaires. maux indésirables ou surnuméraires. De tels – Des amphibiens allochtones, la grenouille rieuse et le triton crêté empoissonnement, généralement illégaux, italien, se sont répandus aux détriments des espèces indigènes cor- sont souvent irréversibles. respondantes, à savoir les grenouilles vertes, respectivement le tri- La priorité doit être mise sur la protection des
ton crêté. Des mesures favorables aux espèces autochtones per- amphibiens sur les sites de pontes d’impormettront de freiner l’expansion de leurs concurrents. tance nationale. Il est évident que les popu- – Exploitation militaire: il est possible dans la majorité des cas, de lations de poissons typiques d’un milieu sont coordonner de manière efficace les intérêts des deux parties par un dignes de protection et sont à considérer lors concept d’exploitation approprié. Il faudra éviter que des plans d’eau de la mise sous protection. et des zones humides servent de buts de tirs. Les pièges à amphi- Les précautions suivantes mènent à une biens doivent être assainis. amélioration de la situation des amphibiens: – Pâture: le piétinement ou la pollution des eaux, des berges et des – aucune introduction de poissons; habitats terrestres potentiels est à éviter par la pose (partielle) d’une – information du public: présentation des baclôture. Pas d’épandage d’engrais à proximité immédiate du plan ses légales, information des conséquences d’eau. écologiques suite à l’empoissonnement; – Activités de détente: Les dégâts et les nuisances seront réduits grâce – élargissement des zones de faible profonà la canalisation des visiteurs. deur et des roselières, stimulation de la végétation aquatique contribuant à augmen- et de leurs effectifs, ainsi que de la structure ter la richesse structurale; du plan d’eau considéré. La consommation – aménagement de plans d’eau temporaires du frai et des larves par les poissons amoin- ou de zones exemptes de poissons par la drit fortement le succès reproductif et réduit compartimentation par une digue; les effectifs de batraciens, pouvant les con- – création de plans d’eau avec possibilité de duire à l’extinction. Cette prédation des pon- vidange;
– élimination des poissons de petits plans région de Sargans (SG). Elle semble par cond’eau par la pêche, entreprise souvent très tre stagner dans le nord du pays (BL, ZH, AG difficile. Il est préférable de pomper l’eau et ZG). La disparition presque totale en Va- ou de la laisser s’écouler et de laisser le site lais des espèces de grenouilles vertes indigèà sec durant 1-2 mois. nes (Rana lessonae et Rana kl. esculenta) est directement corrélée avec l’expansion de la Il est exceptionnellement possible que grenouille rieuse, qui représente un sérieux d’importantes populations d’amphibiens concurrent, ainsi qu’un prédateur de juvénis’établissent dans des sites dédiés à la pisciles. En outre, l’hybridation entre la rieuse, culture, grâce à des formes d’élevage partigénétiquement dominante, et les variétés culières. Ce peut être le cas lors d’empoisindigènes fait disparaître celles-ci. On peut sonnement alterné de divers bassins. Ainsi, supposer que la disparition de la rainette verte les étangs piscicoles de Bonfol (JU), exploités en Valais est aussi causée, en partie du moins, depuis le Moyen Age, abritaient d’imprespar la concurrence de la grenouille rieuse. Le sionnantes populations d’amphibiens, qui second cas connu est celui du triton crêté sont actuellement en régression suite à des italien (Triturus carnifex), une espèce de trichangements du mode d’exploitation. Dans ton crêté présente au Sud des Alpes, notamces cas particuliers, il sera préférable de pourment au Tessin. Introduit dans le canton de suivre ou de rétablir l’exploitation sous son Genève, il y a largement repoussé le triton ancienne forme, ou alors d’atténuer les concrêté (T. cristatus) indigène. séquences d’un changement d’exploitation par des mesures appropriées. Les mesures suivantes peuvent améliorer la situation: AMPHIBIENS ALLOCHTONES OU – témoigner de la plus grande retenue dans INTRODUITS la distribution d’autorisations d’introduire Une autorisation selon art. 23 LPN et art. 21 des amphibiens, même s’il s’agit d’espèces OPN est indispensable lors de l’introduction indigènes conformes. La discussion de med’amphibiens (et d’autres espèces aussi) al- sures d’introduction est à envisager uniquelochtones ou non conformes au site, ainsi que ment dans le cadre de concepts de proteclors de la réintroduction d’espèces disparues tion d’espèces avec suivi à long terme. La
en Suisse. Il serait d’ailleurs très improbable colonisation spontanée par les batraciens qu’une pareille autorisation soit accordée. de sites nouvellement créés se fait rapidement; La concurrence interspécifique entre les dif- – Réduire ou éliminer des populations non férents amphibiens est encore méconnue de conformes au site (très difficile); nos jours. Mais deux exemples bien connus – Dans les zones de conflit, créer des strucen Suisse illustrent un envahissement par une tures défavorables à la grenouille rieuse, espèce allochtone aux détriments d’une es- c’est-à-dire de petits plans d’eau superpèce indigène apparentée. Il s’agit en pre- ficiels, ou fractionner des étendues d’eau mier lieu de la grenouille rieuse (Rana ridi- importantes en plusieurs entités modestes; bunda), espèce étrangère à la Suisse, qui a – Informer le public; été introduite à plusieurs endroits (p. ex. en – Suivre l’expansion et mener des travaux tant que surplus d’animaux de laboratoires scientifiques étudiant les présumés rapports de zoologie et de médecine) ou qui s’est de concurrences interspécifiques, pour enfuie de transports animaliers (importations en déduire des mesures concrètes de prodans un but culinaire). Elle s’est répandue de tection. manière explosive en Valais et gagne toujours plus de terrain en Suisse romande et dans la
EXPLOITATION MILITAIRE Des conflits plus importants peuvent appa- Les activités militaires sollicitant intensivement raître sur des places de tir. Si les emplacele terrain (p. ex. les exercices des chars ou ments de tir (principalement sur sol sec) ne l’instruction sur des machines de chantier) posent généralement pas de problème, il n’en ont entraîné l’apparition de milieux très di- va pas toujours de même quant aux zones versifiés, propices notamment aux amphi- de buts d’armes lourdes, comme par exemple biens pionniers, sur plusieurs places d’armes les lance-mines, qui devront être éloignées et d’instruction. Ces milieux fournissent des des zones sensibles. L’exploitation doit être habitats aquatiques favorables aux espèces planifiée en sorte de prendre en considérapionnières essentiellement. Les buts de pro- tion les milieux, comme cela a déjà été réalitection sont du même ordre que ceux préco- sé en partie pour ce qui concerne la protection des marais. Le lancement de grenades dans les plans d’eau et zones humides, où les amphibiens se localisent de préférence, est déjà prohibé par les normes de sécurité militaire. Dans les cas où l’usage d’armes explosives crée de nouveaux plans d’eau, et s’il apparaît judicieux de maintenir une activité militaire conforme avec les exigences de la protection, l’utilisation des places pourra se poursuivre, en évitant la période de reproduction des amphibiens. Les pièges à batraciens constitués par les tranchées ou les constructions militaires d’entraînement etc. doivent être munies d’échappatoires.
PÂTURE
Les objets de montagne se situent souvent à l’intérieur ou en bordure de pâturages. Ces objets sont souvent utilisés comme abreuvoirs, certains étant même construits dans ce but là. La pâture n’influence pas forcément négativement les amphibiens puisque L’activité militaire contribue en plusieurs sides populations d’amphibiens ont su se tes à maintenir des sites de reproduction de maintenir depuis plusieurs décennies. Le danvaleur, à caractère pionnier. ger d’une dégradation de l’objet apparaît lors de la réorientation de l’exploitation du site ou lors de l’intensification de l’utilisation. Une nisés pour les gravières, c’est-à-dire, la com- densité importante de bétail peut détruire la binaison de l’utilisation et de la protection végétation riveraine et les prés à litière adjapour assurer le maintien d’un milieu appro- cents, ainsi que les caches des amphibiens, prié pour les amphibiens sans gêne excessi- voire les animaux eux-mêmes. Une pollution ve pour les utilisateurs. croissante peut également devenir un pro- Cela se résume souvent simplement au blème. Un danger supplémentaire provient maintien de l’utilisation et de la dynamique de l’utilisation d’engrais, ainsi que de la actuelles, avec définition de zones temporai- pâture intense, susceptible de dégrader et de rement inaccessibles. détruire des habitats terrestres de valeur.
Les mesures suivantes peuvent être étudiées Une pâture ciblée, comme mesure d’entre- et appliquées: tien, est envisageable dans les zones humi- – création d’abreuvoirs spécifiques pour le des de plaine. De premiers essais ont été enbétail, permettant de réduire la pression trepris avec des cochons laineux et des exercée sur le plan d’eau; vaches des Highlands. Une pâture extensive, – clôturage partiel du point d’eau, surtout lesans apport externe de nourriture et de dulong des berges comprenant une riche vé- rée adaptée, ne présente normalement aucun danger pour les batraciens si des strucgétation riveraine ou de prés à litière, ainsi qu’en bordure des zones de faible profon- tures paysagères (p. ex. des buissons) perdeur, appréciées par larves et recherchées mettant aux animaux de se cacher et d’éviter par les adultes pour la ponte; le piétinement sont présentes. – aucun épandage d’engrais (spécialement Les treillis synthétiques électrifiés, utilisés notamment comme enclos temporaires à moutons, représentent une menace mortelle pour les batraciens. Un batracien ou un hérisson qui entre en contact avec les mailles qui descendent très bas est tué par la décharge électrique. Il est donc essentiel de renoncer à de telles installations sur des voies de migration d’amphibiens, ou du moins de choisir du matériel ne descendant pas trop Des sites de reproduction fortement dégradés par l’exploitation pastorale, comme l’illustre près du sol, et de le cette photographie, pourront être clôturés, du moins partiellement. poser correctement (voir BVET & BUL 1998). de lisier, de boues d’épuration et d’engrais chimique) sur la zone influençant le plan ACTIVITÉS DE DÉTENTE d’eau (voir chap. 4.5) ainsi que sur les ha- Des plans d’eau inscrits dans un réseau de bitats terrestres présumés; chemins pédestres et se localisant à proximi- – favoriser le maintien et le développement té de zones d’habitations constituent des de structures paysagères (mégaphorbiées, aires de détente appréciées. Les conflits avec prés à litière, ceinture d’arbrisseaux nains, la protection des amphibiens sont moindres, boisements, amas de pierres ou de bois) mais pas exclus. Les batraciens, aux mœurs qui serviront de cachettes ou de territoires essentiellement nocturnes, sont rarement terrestres. indisposés par ces activités. Seules les gre-
nouilles vertes, souvent tapies sur les rives l’accès à un seul site tandis que les autres pour profiter du soleil, seront chassées dans resteront inaccessibles. Il est possible d’ériger l’eau par les visiteurs. Par contre, il est possi- des obstacles naturels avec des ronces, des ble que le piétinement provoque des dégâts zones détrempées ou des tranchées en eau, à la végétation des berges et engendre la des- pour éviter le piétinement des régions à prétruction de certaines cachettes, ainsi que de server. Les objets ou plans d’eau actuellement leurs hôtes. Les tritons, le crapaud accou- à l’écart ne seront pas rendus accessibles au cheur et les juvéniles sont les plus exposés à public. ce phénomène. En outre, la probabilité d’un empoissonnement illégal s’accroît lorsque la fréquentation du site augmente. Si certains plans d’eau représentent des
L’accessibilité des sites de reproduction et leur utilisation comme zones de détente ne perturbent guère les amphibiens, si la présence humaine reste modérée et est judicieusement canalisée.
points fortement attractifs, il sera opportun de mettre en place un système de canalisation des visiteurs grâce à une signalisation appropriée. Un plan d’eau de taille importante sera accessible de préférence du côté sud, pour permettre aux amphibiens de profiter de la rive nord plus chaude et pour donner aux visiteurs une vue d’ensemble avec soleil dans le dos. En présence de plusieurs plans d’eau, il sera préférable de permettre
4.5 ZONES-TAMPON significativement les écoulements de nutri-
Les zones-tampon remplissent différentes ments. fonctions protectrices pour des éléments pay- L’ordonnance fédérale sur les substances sagers ou des entités de végétation de va- (OSubst) interdit l’épandage de produits phyleur et feront l’objet de restrictions diverses. tosanitaires et d’engrais dans les réserves na- L’absence d’engraissement évitera tout ap- turelles fédérales ou cantonales (sauf excepport d’éléments nutritifs indésirables dans le tions), dans les prés à litières et les marais, plan d’eau et la végétation maigre attenan- dans les haies ou bosquets, ainsi que le long te. Il peut s’y ajouter des restrictions justi- des surfaces d’eau. L’interdiction s’étend à fiées par la protection du régime hydrique, une bande de 3 m longeant les surfaces de la faune ou de la flore. Les zones-tampon d’eau, les haies et les bosquets. Même si la plupart des objets IBN ne sont pas des plans d’eau oligotrophes (pauvres en RESUME CHAP. 4.5 éléments nutritifs), la délimitation de zones- La définition de zones-tampon autour des biotopes humides, dans tampon trophiques basées sur la clé de Marti lesquelles toute utilisation d’engrais et de pesticides est proscrite, a et al. et non seulement sur les indications de pour but de préserver le secteur A de toute atteinte due à ces subs- l’OSubst (voir OFEFP, 1996) reste favorable. tances, avec ses conséquences négatives sur les amphibiens. L’apport d’éléments nutritifs par la voie at- L’expérience et les clés d’évaluation indiquent des largeurs de ban- mosphérique est déjà non négligeable. Les des-tampon allant de 10 à 50 m. L’utilisation de substances dans le zones-tampon évitent une aggravation supsecteur A est de toute manière interdite. La largeur du secteur B peut plémentaire, qui se traduirait par un envasedépasser les limites de la zone-tampon, afin de protéger aussi des ment accéléré, une raréfaction de l’oxygène habitats terrestres et des couloirs de migration. dissous, une élévation du pH, une prolifération des lentilles d’eau plongeant l’étang dans la pénombre etc. Autant d’éléments influentrophiques sont nécessaires dans l’optique de çant négativement les batraciens. Les zonesla protection des amphibiens, puisqu’elles tampon préviennent en outre les risque préviennent un apport excessif d’éléments d’apports de pesticides dans le secteur A.
nutritifs ou un empoisonnement des plans Les zones-tampon sont délimitées à partir de d’eau par des engrais ou des substances phy- la bordure du plan d’eau, plus précisément à tosanitaires. Ces zones permettront de réduire partir du bord de l’association végétale oliles influences défavorables sur le régime hy- gotrophe. Ces surfaces seront exploitées sans drique ainsi que les dommages directs sur les utilisation d’engrais ni de substances phytoanimaux présents sur les berges. Pour la sanitaires, c’est-à-dire pratiquement sous forplupart des objets comprenant un secteur B, me d’herbages permanents extensifs, si l’on celui-ci remplira notamment cette fonction oublie les mégaphorbiées et les zones rudérade zone-tampon. les, ainsi que les boisements. Des travaux in- La protection des marais a fourni de nom- fluençant négativement le régime hydrique breuses indications et expériences en matière sont à éviter. L’utilisation d’engrais et de subsde zones-tampon. Il est possible de délimiter tances phytosanitaires sera dans tous les cas des zones-tampon trophiques grâce à la clé proscrite dans le secteur A. Pour réduire les de détermination de Marti et al (OFEFP, 1994). apports de nutriments par des cours d’eau, Les largeurs varient généralement entre 10 on pourra amener ceux-ci à traverser une mé- et 50 m. La littérature mentionne des zones gaphorbiée qui sera fauchée régulièrement, de protection de plans d’eau de 10 à 100 m avec exportation de la récolte. Ainsi, une cer- (Marti & Müller 1994), mais les valeurs les taine quantité de substances nutritives sera plus basses permettent déjà de réduire très soustraite du site. Les zones-tampon tro-
phiques serviront également d’habitat terres- 4.6 MESURES DANS LES OBJETS tre aux juvéniles et aux adultes. Les zones- ITINÉRANTS tampon seront si possible adaptées aux par- Les objets itinérants se caractérisent par une celles, pour faciliter l’application ultérieure importante dynamique artificielle, qui leur par les agriculteurs. permet d’offrir des habitats appropriés aux La zone-tampon trophique n’est qu’un des espèces pionnières, menacées. L’aménageparamètres permettant de déterminer le ment et l’utilisation du site doivent tenir comppérimètre du secteur B. L’inclusion d’habitats te en priorité des exigences de ces espèces, terrestres appropriés et de couloirs de migra- même si c’est aux détriments d’autres batration, ainsi que la problématique du régime ciens plus abondants. hydrique peuvent justifier la désignation de L’offre en plans d’eau doit remplir les condisecteurs B dépassant largement la surface tions suivantes:
Des zones-tampon sous forme d’herbages permanents extensifs sont nécessaires pour éviter tout apport d’engrais ou de pesticides dans la zone centrale. Elles ne composent souvent qu’une partie de la zone périphérique, laquelle doit encore remplir d’autres fonctions.
nécessitée par la seule zone-tampon trophique. Dans ce cas, les restrictions d’exploitation seront différenciées en fonction des objectifs poursuivis.
RESUME CHAP. 4.6 Les objets itinérants se caractérisent par une dynamique artificielle fournissant des conditions favorables aux espèces pionnières. L’offre en plans d’eau comprendre, outre quelques mares permanentes, plusieurs gouilles récentes, à caractère pionnier, et s’asséchant occasionnellement. Les bassins de décantation présentent plusieurs désavantages et ne constituent que des milieux d’appoint. Les interventions sur les plans d’eau seront effectuées si possible en automne-hiver. Les déplacements depuis les plans d’eau vers l’extérieur de la gravière, afin d’atteindre les sites d’estivage et d’hivernage hors de la gravière (forêts essentiellement), doivent être aisément réalisables. Les habitats terrestres nécessaires sont des surfaces proches des plans d’eau, bien exposées, meubles par endroits et riches en cachettes, accompagnées de zones dénudées, favorables au crapaud calamite. Les milieux doivent demeurer intacts durant quelques années, et en cas d’atteinte, des habitats de remplacement seront fournis préalablement. L’accompagnement écologique de l’exploitation est le meilleur moyen de garantir que les habitats nécessaires seront toujours disponibles.
Le but prioritaire dans les sites itinérants est d’assurer constamment une offre suffisante en plans d’eau adéquats, y compris des mares temporaires.
4.7 PROTECTION DES COULOIRS sion des juvéniles métamorphosés, et pas-
DE MIGRATION sent souvent inaperçus. Outre ces migra- Comme leur nom l’indique, les amphibiens tions annuelles, les amphibiens effectuent des vivent dans les deux milieux aquatique et ter- déplacements erratiques leur permettant de restre, et doivent donc passer de l’un à l’autre. trouver de nouveaux plans d’eau. Ces dépla- Si certaines espèces sont plutôt sédentaires cements sont caractéristiques des espèces et demeurent près du plan d’eau de repro- pionnières. duction, d’autres sont fortement migratrices, La coupure des voies de déplacement perfranchissant entre quelques centaines de turbe et affaiblit gravement les populations, mètres et deux kilomètres des habitats ter- pouvant entraîner leur disparition si un plan restres aux lieux de ponte. La migration aller, d’eau se trouve totalement enclavé. Dans le au printemps, est rapide et généralement cas des routes et des voies ferrées, l’effet d’isolation est aggravé par la mortalité RESUME CHAP. 4.7 qu’exerce le trafic. Une même mortalité peut être produite par d’autres infrastructures si- Les amphibiens entreprennent des migrations régulières entre les situées le long de couloirs de migration ou près tes d’hivernage, de ponte et d’estivage. De graves pertes peuvent des lieux de reproduction, et qui fonctionnent être causées par la traversée de routes. Le long des voies de migracomme de véritables pièges: soupiraux de tion doivent se trouver suffisamment de structures fournissant un tous types, bassins, fosses etc. Outre ces proabri diurne adéquat comme des herbages extensifs, des haies ou des blèmes dus à des infrastructures techniques, fossés, disposés de préférence parallèlement à l’axe de déplacement. les déplacements peuvent être perturbés par Toute construction menaçant la migration est à éviter. En cas de condes obstacles et par le mode d’exploitation flit important, on cherchera à créer des habitats d’estivage et du terrain, notamment en zone agricole, ce d’hivernage près du plan d’eau de reproduction, afin de diminuer qui peut entraîner des pertes chez les batral’importance des migrations. ciens.
La mortalité sur les routes peut être contrée par une interdiction noc- Pour plusieurs objets IBN, les voies de migraturne du trafic durant la migration, par des actions de sauvetage au tion sont partiellement incluses dans le secmoyen de barrières et de seaux ou par la pose d’obstacles et de pas- teur B. Les solutions ci-dessous seront cepensages définitifs. La pose de tels ouvrages accompagnée par la créa- dant appliquées aussi bien en cas de conflit tion de sites de reproduction et d’habitats terrestres en suffisance dans le secteur B qu’à l’extérieur du périmètre d’un côté de la route ou des deux côtés constitue rarement une solu- de l’objet. tion valable. La planification de tels ouvrages doit être confiée à des spécialistes, car l’échec ou le succès des installations dépendent sou- UTILISATION DU SOL vent de petits détails de conception ou de construction. Afin de permettre une migration optimale, Le réseau de canalisations peut également entraîner une mortalité le paysage doit tout à la fois être dépourvu considérable. Les amphibiens y tombent accidentellement au cours d’obstacles et fournir des abris diurnes en de leurs déplacements ou y sont attirés par l’humidité. Les pertes nombre suffisant. Les juvéniles ne progrespeuvent être notablement réduites grâce à des grillages, à des mu- sent que de 20 à 40 mètres par jour et sont rets, à la suppression de bordures infranchissables, à la mise en place extrêmement sensibles au dessèchement. Ils de rampes de sortie et à l’abandon du système de canalisation pour dépendent donc étroitement de l’existence les routes hors des localités au profit de l’infiltration. de nombreuses cachettes. Les terres ouvertes, dépourvues d’obstacles, sont couramment choisies comme voies de déplacement par les adultes et les juvéniles. concentrée dans le temps, donc massive; les Comme elles offrent très peu de refuges pour déplacements retour, plus lents, sont éche- la journée, la situation peut rapidement delonnés dans le temps, tout comme la disper- venir fatale aux juvéniles en été.
Il est donc important que des surfaces cultures sous tunnels plastiques et autres d’herbages permanents ainsi que des élé- structures similaires, les constructions et insments relais comme des haies, des jachères tallations engendrant une mortalité chez les ou des fossées soient présents le long des amphibiens par le trafic engendré ou par efaxes migratoires. Durant la période de végé- fet de piège sont à éloigner des voies de mitation, les herbages intensifs peuvent égale- gration. ment se révéler fatals, à cause de l’épandage En cas de conflit existant entre une voie de d’engrais naturels ou chimiques et de migration et une route ou une zone bâtie, l’utilisation fréquente de machines. Ainsi, on peut tenter d’augmenter l’attractivité des seuls les herbages extensifs offrent des con- surfaces proches du plan d’eau en tant ditions favorables lors des déplacements. qu’habitats terrestres en y augmentant les haies et les herbages extensifs (voir 4.2 habitats terrestres). Ainsi, une plus grande part des batraciens séjourneraient à proximité du site de reproduction. Par ailleurs, la création judicieuse d’éléments guides et de relais permet d’inciter les animaux à se déplacer le long de voies de migration moins exposées.
VOIES DE COM- MUNICATION La coupure d’un couloir de migration Le couloir de déplacement des batraciens (ici depuis la forêt en arrière-plan vers la route par une route à protégée par des barrières) doit être revitalisé avec des éléments de la compensation écolo- grand trafic sépare gique comme des haies, des fossés et des prairies extensives. Ils offrent des refuges aux ani- le lieu de reproducmaux, ce qui restreint le risque de mortalité. tion des batraciens, d’un côté, et tout ou partie de leurs Herbages extensifs et éléments linéaires se- habitats terrestres, de l’autre côté. Fondaront disposés de préférence parallèlement à mentalement, on peut y remédier de deux mal’axe de migration, afin de pouvoir servir nières: en rendant l’obstacle franchissable d’éléments guides. D’autres milieux favora- (pose de passages, actions de capture et bles aux déplacements sont les forêts, en transport des animaux, restrictions de trafic); particulier les boisements de feuillus et en interdisant aux batraciens de le franchir mixtes. et en les maintenant soit d’un seul côté soit Les obstacles de tous types, y compris les de chaque côté de la route, en créant des
habitats terrestres et aquatiques adéquats. concerne donc qu’une partie des espèces et Cette deuxième solution est en général à des déplacements. La suppression d’obstacles éviter, car elle entérine et aggrave l’effet de bloquant les batraciens sur la chaussée (trotcoupure et la fragmentation du paysage et toirs, bordures etc.) peut également contrides populations. Cependant, la création de buer à réduire la mortalité, surtout sur des lieux de ponte de substitution du côté des routes à faible trafic. habitats terrestres reste une mesure intéres- Les actions de sauvetage par des volontaisante, permettant d’augmenter les effectifs res, c’est-à-dire la capture des animaux au de batraciens, voire de réduire, dans une me- moyen de barrières et de seaux et leur transsure difficilement quantifiable, la migration port de l’autre côté de la route souffrent gétraversant la chaussée. néralement de la même limitation dans la durée. Il est en outre difficile de poursuivre ces actions au-delà de quelques années. Un intérêt annexe de cette solution est qu’elle fournit des chiffres de captures permettant un suivi des populations concernées.
La pose de systèmes de guidage et de franchissement est en principe valable pour toutes les espèces et tous les déplacements. Il existe diverses solutions, également pour les voies fer- L’installation d’obstacles en dur et de passages à petite faune largement dimensionnés constirées, mais de nomtue une des solutions envisageables pour éviter les hécatombes de batraciens en migration à breux problèmes travers une route. subsistent dans la pratique. On renverra à l’abondante lit- On préférera donc généralement le premier térature sur le thème (cf. chap. 10.2). Les type de mesures, rendant l’obstacle franchis- principes suivants peuvent être énoncés: sable et la mortalité faible, voire nulle dans – On récoltera des informations détaillées et l’idéal. La fermeture de la route durant la nuit nombreuses avant de commencer la planiest une mesure à la fois efficace et peu fication. Elles concerneront les espèces, les coûteuse. Mais elle n’est généralement ap- effectifs, les directions suivies, les concenpliquée que lors de la migration aller des gre- trations observées etc. nouilles rousses et des crapauds communs, – Des spécialistes expérimentés se verront qui est concentrée dans le temps. Elle ne confier la planification, car la moindre er-
reur de conception ou de réalisation peut ches d’égouts. En outre, les amphibiens sont avoir d’importantes répercussions sur fortement attirés par l’humidité, notamment l’efficacité des passages. par temps sec, où ils recherchent des abris – Les passages seront aussi larges et nom- les protégeant de la dessiccation. Bassins, breux que possible, et seront disposés exac- bouches d’égout, caves et autres sites humitement sur les voies de migration. des et frais vont attirer les amphibiens qui y – Le choix du système sera effectué en te- chutent et ne peuvent souvent plus ressortir. nant compte des conditions locales. De ma- Ils trouveront la mort dans une station d’épunière générale, le choix d’un système ne ration, si la faim, la sécheresse ou la noyade contraignant pas les batraciens et d’autres ne les a pas tués plus tôt. Lorsque de telles animaux à emprunter le tuyau (pas de installations se trouvent à proximité d’une sac d’entrée) se révèle préférable, car di- voie de migration ou d’un lieu de ponte, on minuant le risque de mortalité. compte les victimes par centaines ou milliers, – Les obstacles le long de la route doivent et leur accumulation peut même empêcher rester franchissables pour un petit animal le bon fonctionnement des installations. Les provenant de la chaussée. amphibiens tombent également dans des – L’entretien des installations doit être assu- soupiraux, des escaliers et autres pièges semré. blables dont ils ne peuvent plus ressortir. Ils – Un contrôle de fonctionnement, avec pos- peuvent y survivre des semaines, se nourrissibilité de corriger les dysfonctionnements, sant d’insectes ayant suivi le même chemin doit être garanti. qu’eux.
Quand bien même des passages bien con- Les mesures suivantes peuvent être prises face çus évitent une grande partie des pertes, les à de tels problèmes: populations d’amphibiens restent atteintes, – veiller à ce qu’aucun élément guide (rebord, notamment parce qu’un certain pourcenta- muret, caniveau) ne conduise les amphige d’individus rebroussent chemin au niveau biens vers l’installation; biseauter les rede l’installation. Les tritons, qui n’utilisent bords ou les supprimer au moins par tronguère les passages, sont particulièrement çons, pour que les amphibiens puissent les concernés. Tritons et jeunes de toutes les franchir; espèces peuvent en outre être décimés par – disposer des grilles sur les ouvertures (des dessiccation. Les meilleurs passages n’annu- mailles de 3-4 mm ou moins sont nécesleront donc jamais l’effet de coupure d’une saires pour protéger les juvéniles); voie de migration. – rendre l’installation inaccessible aux animaux (surélever l’ouverture de 10-20 cm, En cas de nouveaux projets routiers ou ferdisposer un muret ou un treillis à mailles roviaires passant à proximité d’objets de de 1 mm de 40 cm de hauteur); l’inventaire, on étudiera d’abord les voies de – prévoir des échappatoires (rampes de sormigration, afin de chercher prioritairement tie pour les bassins, couvercles antiodeurs une solution évitant tout conflit grave (choix adaptés pour les bouches d’égout); du tracé). Ce n’est qu’en second lieu que – hors des localités, renoncer à capter l’eau des solutions techniques (pose de passages, de route, mais la laisser s’infiltrer sur les traversées en pont, création de lieux de ponte bas-côtés; de substitution) seront examinées en détail. – contrôler régulièrement les installations PIÈGES dangereuses et sortir les animaux captifs; On constate de plus en plus souvent de gra- – renoncer à la construction de nouvelles insves cas de mortalité d’amphibiens dans des tallations de ce type sur une voie de migrainstallations liées au réseau d’eau. Souvent, tion ou vers un lieu de reproduction imde simples bordures de pierre suffisent à gui- portant. der massivement les animaux vers des bou- Voir aussi la bibliographie au chap. 10.2.
4.8 CONTRÔLE DE SUCCÈS dérables, même si l’on suit régulièrement les
fluctuations des effectifs. En cas de relevés Le but de l’inventaire est de maintenir à long effectués à intervalle de quelques années, il terme des populations viables, en garantisest difficile de différencier une fluctuation sant les habitats les plus importants des amnaturelle d’une tendance négative ou de préphibiens. Les effectifs d’amphibiens sont en dire assez tôt l’effondrement de populations fin de compte le point central du succès de d’espèces à espérance de vie courte comme toutes les mesures. Pour cette raison, et parla rainette verte. ce que les amphibiens réagissent de manière significative à des modifications très peu ap- En plus, en cas de comptages sans estimaparentes (par exemple présence de poissons tion du succès de reproduction, il est possi- ou évolution des milieux humides), il est ble que l’on n’identifie une diminution ou important que les effectifs dans les lieux de une extinction imminente qu’avec un grand retard (par exemple chez les espèces à espérance de vie longue comme le sonneur à ventre jaune) voire trop tardivement.
Il est cependant judicieux d’effectuer périodiquement des relevés (semi) quantitatifs, même si des relevés annuels avec une évaluation du succès de reproduction sont pratiquement impossibles. Ces recensements devraient être combinés avec une éva- L’activité vocale de certains batraciens (photo: rainette verte) facilite l’estimation de leurs luation de la situaeffectifs. tion et des modifications de l’habitat. Ce n’est qu’ainsi reproduction soient suivis et que l’on puisse que l’on pourra identifier à temps les intervenir en cas d’évolution négative. Un menaces et agir en conséquence, et que l’on relevé régulier des effectifs doit donc faire pourra interpréter raisonnablement les mopartie du contrôle de l’application de difications de populations. Si l’on ne dispose l’inventaire, qui prévoit la vérification de l’état que de ressources limitées (temps et argent), du biotope et du respect des prescriptions on se limitera aux espèces menacées et nécesde protection et qui est du ressort du can- sitant des mesures. On pourra en particulier ton. L’OFEFP prévoit de son côté un contrôle laisser de côté les espèces précoces bien de l’efficacité de l’inventaire par sondage. répandues. On pourra aussi s’appuyer par- On ne peut cependant éviter tous les impon- tiellement sur les comptages lors des actions
de sauvetage des batraciens. Les données sur leurs limite, il est nécessaire de revaloriser le les effectifs peuvent être obtenues au KARCH site. Un élargissement du biotope est égale- (Centre de coordination pour la protection ment souhaitable, si des surfaces peuvent des amphibiens et des reptiles de Suisse). être obtenues, pour élever encore les effectifs au-dessus du seuil minimal. Si les effec- Deux situations différentes justifient une intifs sont en baisse, il faut analyser l’habitat, tervention: d’une part des effectifs actuellepour identifier les facteurs négatifs potenment insuffisants, d’autre part une baisse des tiels. Des mesures adéquates permettront effectifs. Il est nécessaire d’atteindre les efd’aller à l’encontre de l’influence néfaste de fectifs minimaux permettant la survie à long ces facteurs. Il ne faut cependant pas oublier terme (voir chap. 5), au moins pour les esque les populations d’amphibiens peuvent pèces prioritaires du site concerné. Pour les aussi baisser en fonction de facteurs qui n’ont espèces à structure de métapopulations (raiaucune relation avec l’état du site de repronette verte, crapaud calamite), il est nécesduction (atteinte aux habitats terrestres, consaire de tenir compte des effectifs régionaux. ditions météorologiques ...). Si les effectifs se trouvent en-dessous des va-
PROCÉDURE LORS DE RECENSEMENTS DES EFFECTIFS
Des contrôles de succès (relevés semi-quantitatifs) permettent d’identifier assez tôt une diminution d’effectifs, une grandeur de population insuffisante, de même qu’une dégradation des habitats. Il est ainsi possible d’intervenir assez tôt en revalorisant les sites de reproduction, de manière à préserver ou à rétablir les populations d’amphibiens visées par la protection.
Le temps qu’exigent les relevés varie considérablement. La démarche ci-dessous peut être considérée comme raisonnable pour une évaluation (semi-)quantitative des amphibiens. Une feuille de protocole pour le relevé des effectifs et la description de l’objet est disponible au KARCH. On notera toujours ce qui a été réellement observé, et non pas une estimation de la population totale de chaque espèce.
– Comptage, resp. évaluation des balles d’oeufs des grenouilles rousse et agile en fin de période de ponte, au printemps. En multipliant ce nombre par 2,5, on obtient approximativement la taille de la population (nombre d’individus matures). Si les deux espèces sont présentes dans le même site, il est nécessaire de combiner ce comptage par des observations directes le soir, la distinction des pontes étant délicate. – Évaluation des crapauds communs sur le site de reproduction à faire en soirée lors de la phase active de la période de reproduction et/ou évaluation grossière de la quantité de pontes à la fin de la période de ponte. Ceci peut nécessiter une ou deux visites, pouvant être combinées avec le relevé des pontes de la grenouille rousse. Les mâles représentent 60-80% de la population de crapauds, les chapelets d’œufs correspondant, eux, au nombre de femelles. – Deux visites en soirée entre mai et mi-juin pour évaluer le nombre de chanteurs de crapauds calamites, de sonneurs, de rainettes vertes, de grenouilles vertes et de crapauds accoucheurs. On choisira une journée chaude avec une soirée pluvieuse. Le nombre de chanteurs recensés sera doublé pour indiquer l’effectif approximatif de mâles effectivement présents. La proportion de femelles varie entre le tiers et la moitié de la population. – Les tritons peuvent être recensés le même soir. On peut éclairer à la lampe de poche le fond des plans d’eau pauvres en végétation, en capturant des individus en cas d’incertitude quant à l’espèce. Dans les étangs envahis par la végétation, on pêchera les tritons, adultes et larves, à l’aide d’une filoche. On peut également les piéger au moyen d’espèces de nasses. Il est extrêmement délicat de déterminer les effectifs de tritons, sauf à procéder à des captures/recaptures.
Un relevé valable du succès de reproduction est difficile et peut prendre beaucoup de temps selon les espèces. Des indications peuvent être fournies par la pêche de larves et par l’observation sur les berges de juvéniles fraîchement métamorphosés.
45 45
4.9 VUE D’ENSEMBLE DE L’UTILI- Les indications sont à comprendre comme
SATION ET DE L’AMÉNAGEMENT des directives générales, à évaluer, adapter DES OBJETS FIXES et compléter en fonction de chaque situa- Le tableau suivant donne une vue d’ensemble tion particulière. Ces directives indiquent ausdes activités souhaitables (mesures), admis- si quelles mesures immédiates sont à même sibles ou proscrites dans les secteurs A et B, d’assurer la protection transitoire (OPN, art. classées selon les différents types de milieux. 29) des objets non encore désignés par le conseil fédéral.
ACTIVITES ADMISES / ACTIVITES ET INTER- REVALORISATION INTERVENTIONS / SOINS VENTIONS NON ADMISES (Sauf mention contraire, les indications valent pour les secteurs A et les secteurs B)
Plan d’eau Approfondir / Creuser les plans d’eau Porter préjudice au régime hydrique Création de nouveaux milieux humien voie d’atterrissement. Pour les des (habitats destinés aux espèces Comblement grands plans d’eau, par secteur; pour prioritaires) les autres, en tournus Utilisation d’engrais et d’herbicides Suivant la situation, revalorisation de dans les secteurs A et aux abords des Réduction / suppression des espèces milieux aquatiques en agrandissant, milieux aquatiques (voir chap. 4.5), de poissons non adaptés à la station en partageant, en aplanissant les au minimum 3 m à partir du milieu et non indigènes rives, en élargissant la végétation aquatique, de la limite des bosquets riveraine, en maintenant des surfaces Réduire le courant et des berges boisées (annexe 4.5 nues le long des berges, en déchiffre 33, OSubst) tournant les promeneurs, en évitant Apport d’eau chargée en éléments des perturbations préjudiciables nutritifs ou même polluée Dans les Alpes: création d’abreuvoirs Nouvelle arrivée d’eau, arrivée d’eau à bétail froide en provenance d’une source
Introduction de poissons et d’autres animaux non-conformes (par exemple tortues, grenouille rieuse)
Accès total à la rive pour le bétail
Elevage de palmipèdes
ACTIVITES ADMISES / ACTIVITES ET INTER- REVALORISATION INTERVENTIONS / SOINS VENTIONS NON ADMISES
Ruisseaux Entretien respectueux de la nature, Mise sous tuyau, consolidation en dur Aplanissement des berges abruptes stabilisation proche de l’état nature (lit, berge) sur de longs tronçons
Utilisation d’engrais et de pesticides le long d’une bande minimale de 3m le long des milieux aquatiques, de la bordure des bosquets et des berges boisées (annexe 4.5 chiffre 33, OSubst)
Végétation riveraine, prairies humides (prairies à grandes et petites laiches, roselières terrestres, prés à litière, mégaphorbiées, prairies humides eutrophes)
Entretien, éclaircie des berges boi- Destruction de la végétation riveraine Création de caches sur les berges et sées (art. 21 de la LPN) dans le boisement riverain Utilisation d’engrais et de pesticides Si nécessaire, coupe annuelle de la dans les secteurs A, dans les prés à li- Elargir la végétation riveraine (mégavégétation riveraine (mégaphor- tière (exception possible: fumure légère phorbiées, boisement) biées) en automne des prairies humides eutrophes), Fauche par tronçons selon un tourhaies, bosquets et à proximité des mi- Fauche des prairies humides en au- nus lieux humides (voir chap. 4.5), mais à tomne / hiver (prairie à grandes lai- partir d’une bande de 3 m à compter Création de dépressions en eau dans ches et mégaphorbiées la plupart du depuis le bord des milieux humides, des les prairies humides temps seulement à quelques années bosquets et des berges boisées (and’intervalles ) nexe 4.5 chiffre 33, OSubst) Pâture, sauf si elle est destinée à l’entre- Lutte contre les plantes exotiques tien Préjudice au régime hydrique (drainages, abaissement de la nappe phréatique) Afforestations Surfaces agricoles Secteur A: Champs Transformation en mégaphorbiées, Prairie extensive (aucun engrais, 1-2 Prairies intensives en prés à litière, en sols nus, par fauches annuelles avec faucheuse à exemple par décapage de l’humus Utilisation de faucheuses à disque et barre) de batteuses Fauche à intervalles de quelques an- Pâturage alpin Utilisation d’engrais et de pesticides nées, fauche par tronçons Pâture extensive comme mesure Pâture intensive d’entretien
Secteur B: Utilisation agricole usuelle, tant qu’il Incitation à la mise en place de prain’y a atteinte ni au secteur A, ni aux ries extensives, de haies et d’autres couloirs de migration ou à des mi- surfaces de compensations écololieux terrestres potentiels. giques servant d’habitats et de relais le long des axes migratoires
ACTIVITES ADMISES / ACTIVITES ET INTER- REVALORISATION INTERVENTIONS / SOINS VENTIONS NON ADMISES
Sols nus Lors d’une succession avancée, dé- Apport d’humus, dépôt de matériel Création de structures interconnecfricher par secteurs, faucher, enlever tées dans les couloirs de migration Afforestations les jeunes arbres au moyen de ma- Création de surfaces imperméables chines Utilisation de substances toxiques, favorisant l’apparition de mares d’engrais Extraction extensive de gravier, sur de petites surfaces
Haies, bosquets, arbres Entretien adéquat des haies (réglé Défrichement et recépage de haies Création de caches (tas de branches, par la loi dans certains cantons), entières de pierres, etc.) éclaircir, recéper par tronçons Utilisation de pesticides et d’engrais, Création d’un ourlet Enlever les bosquets et les arbres y compris dans une bande de 3 m le dont les feuilles mortes et l’ombre long des haies et des bosquets (andégradent les plans d’eau ou qui nexe 4.5 chiffre 33, OSubst) portent atteinte à l’objet par atter- Brûlis rissement (embuissonnement) – tenir compte de la protection légale des haies
Forêt Sylviculture respectueuse de la na- Favoriser les essences arborescentes Transformation en forêts conformes; ture non stationnelles (en particulier les en basse altitude: favoriser les forêts résineux sur le Plateau) de feuillus Enlever les arbres autour des plans d’eau et des zones humides Enlever les possibilités de caches Création de lisières
Drainages Création de caches (souches, tas de branches, etc) Reboisement des clairières Création de nouveaux plans d’eau
Lisière Fauche tardive de l’ourlet Reboisement des lisières sinueuses Création d’une lisière étagée avec manteau buissonnant (périmètre fo- Entretien du boisement Utilisation d’engrais et de pesticides restier) et ourlet herbacé (surface sur une bande de 3 m devant la liagricole) sière boisée (annexe 4.5 chiffre 33, OSubst) Création de lisières sinueuses
Préjudice au manteau buissonnant et à l’ourlet (p.ex. par dépôts divers, stockage de balles de foin etc.)
ACTIVITES ADMISES / ACTIVITES ET INTER- REVALORISATION INTERVENTIONS / SOINS VENTIONS NON ADMISES
Constructions Secteur A: Entretien des constructions actuelles, Nouvelles constructions (chemins Démolition d’installations nuisibles pour autant que celles-ci et leur en- carrossables, installations de déten- au site tretien ne portent pas préjudice à te, bâtiments, etc.), revêtement en Protection des voies de déplacement l’état du biotope et aux amphibiens dur de chemins carrossables exisdes batraciens, par exemple par des tants, places de parcs passages sous-routes, par des mesu- Préjudice direct et indirect du régime res de canalisation des déplacements hydrique , drainages
Pièges à batraciens ( caniveaux, soupiraux) sans échappatoire
Comblements
Secteur B: Entretien des constructions actuelles Construction de nouveaux bâtiments comme secteur A et installations (voies de communi- Supprimer / obstruer les pièges à cations, etc), qui peuvent porter amphibiens ( caniveaux, soupiraux) préjudice aux migrations des amphibiens et aux milieux terrestres
5 Populations minimales
et besoins en surface La question des effectifs minimaux et de la théoriques, qui peuvent fournir des indicasuperficie minimale d’un habitat permettant tions intéressantes pour une protection de la la survie à long terme d’une population est nature efficiente. Il s’agit en aucun cas de les fréquemment posée au moment d’appliquer considérer comme des exigences minimales des mesures pour protéger des amphibiens posées pour les sites IBN. D’une part, les incertitudes en la matière sont encore trop im- RESUME CHAPITRE 5 portantes, d’autre part, les spécificités locales interdisent toute généralisation. Il est possible que des populations d’amphibiens tendent à disparaître suite à des fluctuations et des influences externes et ceci malgré 5.1 POPULATIONS MINIMALES une bonne qualité de l’habitat. Quelle doit être la taille des popula- La répartition des amphibiens dans la nature tions pour réduire cette probabilité au minimum? Les observations n’est pas homogène, mais présente des zode populations éteintes ne fournissent pas d’éléments de réponse nes de concentration autour des lieux de puisque leur disparition est le plus souvent imputable à la dégradaponte, et des lacunes. La fidélité aux lieux de tion de leur habitat. Des études théoriques avec simulations informaponte, variable selon les espèces, accentue tiques ont démontré pour plusieurs groupes de vertébrés que le risencore cette hétérogénéité. Comme les baque d’extinction spontanée devenait faible pour des populations comptraciens colonisent des habitats dynamiques, tant plus de 100 à 250 adultes. Des échanges sporadiques d’individus voire même temporaires, leurs effectifs et leur entre populations sont importants pour assurer la diversité génétique. répartition sont en constante fluctuation, Il est par conséquent important que la distance séparant les lieux de avec des disparitions locales et des appariponte ne dépasse pas 1 à 4 km, selon les espèces. Pour les espèces tions et recolonisations ailleurs. pionnières, l’unité à considérer est la métapopulation. Les valeurs doivent être plus élevées dans ce cas que pour les populations uni- L’isolement croissant des populations, découtaires classiques. lant de leur raréfaction, se traduit par une Avec une densité moyenne de 10-50 animaux pour 100 m2 de sur- baisse des échanges entre elles et par une
face d’eau, le maintien d’une population de 200 individus exige un diminution du potentiel de (re)colonisation plan d’eau de 400 à 2000 m2 d’étendue. Cette surface augmentera de zones où l’espèce est absente. Des étuen cas de présence simultanée d’espèces exigeant des habitats dif- des sur la petite grenouille verte Rana lessoférents. Les amphibiens ont en outre besoin d’habitats terrestres adé- nae et sur la rainette verte Hyla arborea ont quats dans un rayon généralement limité à quelques centaines de démontré que l’isolement augmentait à lui mètres autour du lieu de reproduction. On se basera sur des densités seul le risque d’extinction de populations lode quelques dizaines d’individus par hectare d’habitat terrestre favo- cales, par absence d’immigration d’individus rable. depuis les régions voisines pouvant renforcer Ces valeurs de surfaces et d’effectifs et minimaux fournissent des in- une population temporairement en crise (resdications pour les mesures de protection, mais ne constituent pas des cue effect). exigences concrètes pour les sites IBN. Une stratégie concluante pour assurer le maintien des amphibiens doit viser d’une part la création d’un réseau de populations assez et d’autres organismes. Le présent chapitre denses permettant un échange continu présente quelques réflexions sur ce point, d’individus entre elles, et, d’autre part, le basées notamment sur des connaissances maintien de populations assez abondantes
POPULATION MINIMALE ET BESOINS EN SURFACE
pour que leur survie à long terme soit assu- plans d’eau, d’atterrissement ou d’introducrée. La question se pose dès lors de définir la tion de nouveaux prédateurs, peut souvent taille de population minimale nécessaire à être considérée comme la cause de la dispaune survie à long terme, malgré les fluctua- rition de populations, ce qui ne fournit donc tions naturelles, dans un site favorable. La aucun élément de réponse concernant la podéfinition de populations minimales engen- pulation minimale. dre la question de l’étendue minimale des La recherche s’appuie sur des modèles présites de ponte et de l’ensemble des habitats. dictifs pour déterminer la probabilité Ces questions se posent notamment au mo- d’extinction d’une population (concept de ment de désigner des sites de substitution «minimum viable population»). On peut ainsi ou au moment de l’extension d’un ancien déterminer, pour une espèce, la probabilité site. de survie à long terme de populations de tailles différentes, en tenant compte de paramètres démographiques vraisemblables et d’influences externes diverses sur le milieu. Concernant les amphibiens indigènes, nous ne connaissons qu’un seul travail scientifique, qui traite du crapaud commun Bufo bufo et du triton crêté Triturus cristatus. On peut considérer que la taille minimale des populations dépend notamment des fluctuations Les populations de batraciens doivent atteindre une taille suffisante pour que leur survie à d’effectifs, dépenlong terme soit assurée malgré les fluctuations d’effectifs naturelles. dant elles-mêmes de la longévité moyenne des es- La question de la taille minimale indispen- pèces et de leurs habitats. Les batraciens afsable des populations peut être traitée de fichant une espérance de vie courte (p. ex. la façon empirique et théorique. Les données rainette verte) et les espèces pionnières haconcernant la disparition de populations bitant les milieux dynamiques où la probabid’amphibiens sont nombreuses, mais les ana- lité d’un échec de la reproduction est élevée, lyses des causes permettant de mettre en sont particulièrement exposées à une exrelief les relations avec la taille des popula- tinction par rapport aux espèces colonisant
tions et leurs fluctuations font défaut. La dé- des habitats stables (p. ex. le crapaud comtérioration de la qualité de l’habitat, par mun, la grenouille rousse, les grenouilles verexemple sous la forme de destruction de tes et les tritons) et dont la durée de vie est
POPULATION MINIMALE ET BESOINS EN SURFACE
élevée. La survie des espèces pionnières pas- En résumé, on constate que les études fourse donc par l’existence de plus grandes po- nissant des indications sur la taille de popupulations ou par une meilleure intercon- lation nécessaire à assurer une survie à long nexion de ces populations. Des calculs résul- terme sont encore trop rares. Mais, les maitant de modèles appliqués aux mammifères, gres données à notre disposition et les étuaux oiseaux et aux reptiles ont fourni des in- des réalisées auprès d’autres vertébrés indications de populations minimales. Il faut diquent que l’ordre de grandeur se situe entre de 100 à 200 animaux pour que la survie 100 et 250 individus adultes, dans un habid’une population durant 100 ans soit proba- tat favorable et stable. Ces chiffres ne doivent ble. Des résultats similaires ont été obtenus pas être considérés comme des effectifs mipour les batraciens, mais il est important de nimaux qu’il suffit de préserver. Il est impératif prendre en compte l’influence de l’existence de préserver et de favoriser des populations et de l’ampleur des échanges d’individus plus importantes sur des sites de grande caentre populations voisines. Une bonne qua- pacité, car ces populations représentent des lité de l’habitat constitue une condition de réservoirs de dissémination et de diversité base pour définir les populations minimales. génétique. En cas de population isolée, on Des travaux en génétique des populations ont tendra également vers des valeurs plus éleencore déterminé la taille des populations et vées, parce qu’une extinction a des consél’ampleur des échanges nécessaires entre quences plus graves et que le risque d’appopulations pour que la diversité génétique pauvrissement génétique est réel. D’autre puisse persister dans une population donnée. part, il existe de nombreuses populations Les populations isolées de petite taille af- n’atteignant pas ces valeurs minimales et ne fichent une diversité génétique réduite à cau- pouvant pas espérer les atteindre à cause de se du drift génétique (perte aléatoire conditions défavorables (habitat, climat etc.). d’information génétique) et par manque Le risque d’extinction est alors d’autant plus d’échanges génétiques. Mais l’influence né- grand que les effectifs baissent, ce qui ne sigative sur la survie a été rarement étudiée gnifie toutefois pas que leur disparition sera
chez les amphibiens. Une faible diversité gé- effective dans un laps de temps donné avec nétique réduit la capacité d’adaptation d’une des conditions environnementales stables. Si population à long terme et représente un ces populations sont en contact avec d’autres facteur de risque potentiel important. Des populations proches, les échanges d’individus études théoriques ont démontré qu’il est pos- peuvent permettre la survie à long terme (apsible de maintenir la diversité génétique, à port d’animaux, échanges génétiques, recocourt ou moyen terme, avec une «popula- lonisation possible du site). tion effective» (structure démographique op- Les espèces pionnières telles que le crapaud timale, répartition équilibrée du succès calamite, la rainette verte ou le sonneur ilreproductif, pas de variation des effectifs de lustrent au mieux le concept de métapopula population) de 50 individus. Mais, il faut lations, c’est-à-dire de réseaux de populacompter avec une population de 100 à 250 tions locales, souvent modestes. Des échanindividus adultes, suivant les espèces consiges soutenus surviennent entre les différendérées, pour obtenir une situation équivates populations locales, accompagnés de lente dans les conditions naturelles. Des efphénomènes dynamiques d’extinction et de fectifs beaucoup plus importants sont par recolonisation au sein de cette métapopulaconséquent nécessaires pour assurer à long tion. Ainsi, les immigrations d’individus exterme cette diversité génétique. Quelques cédentaires provenant de sites productifs individus immigrés par génération, se reprosoutiennent la métapopulation. Par contre, duisant avec succès, assurent déjà une variales sites peu appropriés, bien qu’ils puissent bilité génétique salutaire.
POPULATION MINIMALE ET BESOINS EN SURFACE
également attirer des individus, affaiblissent ne peuvent en principe être atteintes que la métapopulation par leur solde reproductif durant les quelques années où l’état du plan négatif. Il est évidemment possible que la d’eau correspond à l’optimum écologique de qualité d’un site de ponte évolue au fil du ses hôtes. Mais d’ordinaire, on rencontre évitemps et qu’un site d’abord peut productif demment des densités beaucoup plus faibles. devienne ensuite important pour la métapo- Il est hasardeux d’avancer des chiffres conpulation. Les effectifs minimaux à considérer crets puisqu’ils dépendent très fortement des concernent ici l’ensemble de la métapopula- conditions locales et peuvent être soumis à tion, et ils doivent être plus élevés que dans des variations considérables. Des données de le cas de populations unitaires typiques. On terrain, concernant de petits étangs ou des peut considérer que les échanges d’individus mares, révèlent souvent des densités de 10- sont fréquents entre des sites distants l’un 50 adultes par 100m2 de surface immergée. de l’autre de 1 à 2 km (en l’absence d’obs- Cette valeur est régulièrement plus élevée tacles au déplacement), alors qu’ils devien- chez la grenouille rousse, ainsi que, mais nent sporadiques ou même rares avec des moins nettement, chez le crapaud et les tridistances de 3 à 4 km. tons, et est sensiblement plus basse chez la rainette verte. Pour permettre le maintien
5.2 BESOINS EN SURFACE d’une population de 200 individus par exem-
Le besoin en surface d’une population est ple, il faudrait donc disposer de plans d’eau tributaire des exigences propres à l’espèce, mesurant entre 400 et 2000 m2. Il faut soude la qualité de l’habitat et de l’importance ligner qu’un plan d’eau ne pourra fournir side la population. multanément des conditions idéales pour L’utilisation de deux milieux très différents plusieurs espèces. Il est donc nécessaire de (terrestre et aquatique) rend l’estimation du disposer de plusieurs sites aquatiques de dibesoin en surface pour les batraciens assez mensions différentes et à différents stades difficile. Les sites aquatiques jouent un rôle de leur développement pour assurer le primordial pour la survie des espèces. Généra- maintien des effectifs des différentes espèces lement, pour nos amphibiens, c’est le succès désignées pour chaque site.. reproductif quantifiable dans les sites de pon- Les habitats terrestres appropriés pour les amte qui détermine la taille d’une population et phibiens doivent être présents en nombre et qui provoque les variations d’effectif. Le suc- en superficie suffisants , à une distance francès reproductif dépend principalement, ou- chissable depuis le plan d’eau (généralement tre les facteurs environnementaux externes, quelques centaines de mètres, jusqu’à 1-2 de facteurs quantitatifs (taille du site de pon- km pour le crapaud commun et la grenouille te) et d’innombrables facteurs qualitatifs rousse), pour ne pas limiter la taille des po- (température de l’eau, offre en nourriture, pulations. concurrence, prédation etc.). Des plans d’eau Une limitation des effectifs peut en effet proidéaux peuvent permettre une production venir d’un déséquilibre entre un plan d’eau élevée. A titre d’exemple, il a été observé une à capacité importante et des habitats terrepopulation de 1000 grenouilles rousses adul- stres appropriés trop rares ou trop difficiletes colonisant un petit étang de 60 m2. Dans ment accessibles. Ce qui précède est partiun autre cas, un total de 5000 individus de culièrement applicable aux espèces exigeansept espèces différentes a été dénombré dans tes du point de vue de la structure et de la
un plan d’eau de 450 m2. Une observation taille des surfaces terrestres sur lesquelles elconcernant les tritons a révélé une densité les évoluent (rainette verte, crapaud accoupouvant atteindre 58 adultes de 3 espèces cheur, crapaud calamite ; voir chap. 4.3). Un différentes par m2. Ces densités maximales effet négatif provient également d’un man-
POPULATION MINIMALE ET BESOINS EN SURFACE
que de structures d’hivernage appropriées. de 2,2 à 16,5 ha de milieux terrestres adé- L’insuffisance, qualitative et quantitative, des quats pour maintenir une (méta)population territoires d’estivage se traduit par une hausse de 100 individus. de la mortalité par prédation, par dessicca- En résumé, la stabilité à long terme d’une tion, par les machines agricoles, etc. Elle se population passe en premier lieu par une répercute également sur la constitution des offre suffisante en plans d’eau de reproducindividus, qui peuvent souffrir du manque de tion appropriés. Suivant l’espèce considérée nourriture et devenir moins fertiles au et la situation particulière, une surface de 400 moment de la reproduction. à 2000 m 2 conviendra généralement. La Le besoin en habitats terrestres par individu présence (potentielle) de plusieurs espèces est souvent modeste, car les besoins éner- aux exigences différentes peut nécessiter de gétiques des batraciens sont réduits. Les multiplier d’autant la surface totale de plans amphibiens sont très fidèles aux lieux d’esti- d’eau des divers types nécessaires. L’augvage (home ranges), qu’ils occupent à con- mentation de l’étendue des plans d’eau et currence de 10-3000 m2 par individu. Des de leur qualité est la première mesure à envidensités importantes peuvent être atteintes sager pour élever des effectifs jugés indans les habitats appropriés. Des observa- suffisants. tions fournissent des densités d’environ 1000 Sur des milieux terrestres adéquats, on peut grenouilles rousses par ha, dans des champs compter avec une densité de quelques dizaihumides, et 250 tritons crêtés par ha. Mais nes d’individus au moins par hectare. Si l’offre dans la plupart des cas, la densité moyenne présente dans un rayon de quelques centaidoit plutôt s’élever à quelques dizaines d’indines de mètres (1-2 km chez la grenouille vidus par ha. L’effet limitant de l’habitat terrousse et le crapaud commun) est jugée inrestre s’observe principalement chez des essuffisante, il sera nécessaire de créer de noupèces très exigeantes comme le crapaud calaveaux éléments appropriés, que ce soit dans mite, qui recherche des secteurs dénudés ou le périmètre de l’objet ou non. De grandes pauvres en végétation pour chasser. Il a été populations de grenouilles rousses ou de cradémontré que cette espèce peut souffrir pauds communs, comptant plus de 10‘000
d’effets de surpopulation se traduisant par individus, devront disposer de 1 à 3 km2 une croissance et une constitution amoind’habitats terrestres (forêt principalement). dries. Des densités de 6 à 44 individus par ha Une population de crapauds calamites a besont couramment observées chez le crapaud soin de 2 à 5 ha de milieux terrestres favoracalamite. Il est donc indispensable de fournir bles à proximité des plans d’eau.
6 Objets de remplacement
L’ordonnance sur les batraciens prévoit deux sans compensation est à envisager en dercas dans lesquels un objet de remplacement nier recours (voir aussi en annexe le Rapport peut reprendre les fonctions d’un autre ob- explicatif de l’OBat). jet de l’inventaire : pour remplacer une gra- Les objets de substitution seront si possible vière en fin d’exploitation (art. 3, 2e al. OBat) situés à portée des batraciens, c’est-à-dire et lorsqu’une atteinte à un objet par un prodans un rayon de 2 km du site à remplacer. jet d’importance nationale jugée supérieure Lors de la planification du remplacement et ou équivalente ne peut être évitée (art. 7, de l’aménagement du nouveau site, on veillera à créer des habitats permettant la Dans le cas de la fermeture d’un site d’extrac- présence des mêmes espèces et effectifs que tion en fin d’exploitation, le transfert du site dans l’ancien site. Les aménagements seront national vers une gravière existante ou nou- planifiés en fonction des espèces de l’objet à velle n’est qu’une des trois possibilités parmi remplacer. Si cela n’est pas envisageable dans lesquelles un choix doit être fait à l’issue de la situation du nouvel objet (p. ex. il est pranégociations avec les partenaires concernés tiquement impossible de créer un habitat et après une pesée d’intérêts. Le remplace- pour le crapaud calamite dans un objet fixe), ment par un nouvel objet itinérant équiva- celui-ci devra protéger d’autres espèces priolent est à considérer tout particulièrement ritaires au niveau régional. On veillera encolorsque le site à remplacer héberge un peu- re à disposer d’assez de milieux terrestres de plement riche en espèces pionnières carac- qualité situés dans un rayon de quelques centéristiques de la région. Dans le cas contrai- taines de mètres autour de l’objet et dont re, on cherchera plutôt à conserver une par- l’accès ne soit pas coupé par une voie de tie de l’ancienne gravière en tant qu’objet communication importante. fixe. La suppression de l’objet de l’inventaire
7 Concepts régionaux
de protection et régions prioritaires Les habitats originels des batraciens étaient L’approche régionale est particulièrement concentrés dans les vallées fluviales, où ils judicieuse dans les secteurs où les habitats étaient souvent soumis à une forte dyna- dynamiques sont nombreux, c’est-à-dire dans mique. Les zones alluviales se modifiaient à les régions alluviales et celles comptant de chaque crue; des plans d’eau étaient remplis nombreuses gravières. Les concepts de pro- ou emportés, alors qu’il en apparaissait de tection doivent définir le réseau de sites de nouveaux. D’autres mares voyaient leurs ca- ponte à maintenir durablement, avec le nomractéristiques se modifier au gré de la suc- bre de sites et la distance maximale pouvant cession naturelle et elles s’atterrissaient. Ces les séparer. La revitalisation des habitats modifications constantes entraînaient un nécessaires et du réseau écologique doit égachangement permanent de la composition lement être définie. Des plans d’action andu peuplement en batraciens des différents nuels, à l’intention des offices compétents plans d’eau, ce qui pouvait parfois se réper- et des communes, doivent ensuite être élacuter sur la répartition régionale de chaque borés, avec la liste des interventions nécesespèce. Les espèces s’adaptaient très bien à saires pour remplis les objectifs du concept ces changements grâce à un comportement régional. Cette démarche peut être appliquée approprié et à la permanence d’un système de manière analogue à des concepts conde méta-populations, c’est-à-dire d’un réseau cernant des régions à moindre dynamique de populations ponctuelles se soutenant en- paysagère. tre elles. De tels processus peuvent encore Lors de la sélection des régions prioritaires, être observés, consécutivement à la succesl’attention se portera à la fois sur les régions sion naturelle principalement. Une évaluaabritant des espèces rares et menacées, ainsi tion exacte de l’évolution des effectifs d’une que d’importantes populations, ou jouant un espèce d’amphibien nécessite donc une aprôle déterminant dans le réseau suprarégioproche régionale, et non seulement locale. nal, et sur des régions appauvries, mais au Une politique de protection cantonale effi- potentiel particulièrement élevé. Ces régions
cace doit donc s’appuyer sur des concepts prioritaires peuvent correspondre à la totalirégionaux de protection, d’où découle la té ou à une partie seulement d’une entité définition de régions prioritaires. Les objets paysagère bien définie. Il est important que IBN constituent les principaux points d’appui la région soit suffisamment perméable du au sein de ces régions, mais la sauvegarde à point de vue des batraciens, c’est-à-dire que long terme passe par la réhabilitation d’un des échanges entre les populations soient réseau complet de sites de ponte et de bio- possibles. topes relais. Cela favorise, outre le maintien Pour la plupart des espèces, on peut compdes espèces sur des surfaces entières, de préter avec des échanges sporadiques entre deux server la structure de méta-populations, et populations distantes de 3-4 km et des par là-même de garantir la variabilité génééchanges réguliers lorsque cette distance tique nécessaire.
CONCEPTS RÉGIONAUX DE PROTECTION ET RÉGIONS PRIORITAIRES
s’abaisse à 2 km, à condition qu’il n’y ait pas déplacement dans la plupart des paysages d’obstacles au déplacement. Chez des es- du Plateau, fortement influencés par l’hompèces pionnières comme la rainette verte ou me, ce qui accroît rapidement le degré le crapaud calamite, des échanges occasion- d’isolation. Les concepts de protection doinels peuvent survenir à bien plus grande vent ainsi plutôt tabler sur des distances distance encore. Par contre, la distance d’un maximales proches de 500 m entre les difkilomètre ne devrait pas être dépassée pour férents lieux de ponte. les espèces peu mobiles comme le crapaud Un concept de protection des amphibiens accoucheur et les tritons. Toutefois, on doit avec définition de régions prioritaires a été régulièrement compter avec la présence déposé pour le canton d’Argovie (Meier & d’obstacles et de conditions défavorables au Schelbert 1999).
8 Subventions fédérales
Selon la LPN, article 18a, 2e alinéa, le conseil tion, la création de sentiers didactiques ou fédéral désigne les biotopes d’importance de postes d’observation ou encore des menationale, après avoir consulté les cantons. Il sures paysagères d’ordre général ne sont en assume les coûts de cette désignation et sub- principe pas subventionnées. De même, ventionne à hauteur de 60% à 90% les coûts l’acquisition d’objets, qui n’est en principe des mesures de protection et d’entretien pas nécessaire à leur protection, n’est a prionécessaires (LPN, art. 18d, 1er al.), qui sont ri pas subventionnée. Cependant, en cas de de la responsabilité des cantons (LPN, art. nécessité, un soutien aux taux réduits selon 18a, 2e al.). Le taux de subventionnement l’art. 13 de la LPN (max. 35%) est possible. dépend de la capacité financière des cantons Les mesures prises dans des couloirs migra- et de l’importance de leur mise à contribu- toires importants peuvent être soutenues au tion globale pour la protection des biotopes taux prévu pour l’objet. Les mesures liées aux (LPN, art. 18d, 3e al.). Aussi longtemps que routes sont considérées comme liées à cette mise à contribution n’est pas évaluée, l’ouvrage routier et doivent donc être supselon trois catégories, la confédération s’en portée prioritairement par le budget routier tient à l’article 17, 2e alinéa de l’OPN, qui (principe de responsabilité). fixe le taux de subventionnement à 60% pour Les subventions fédérales ne se limitent pas les cantons à forte capacité financière, à 75% aux mesures concernant les seuls objets pour ceux à faible capacité financière et end’importance nationale. Les mesures contre 60% et 75% pour les cantons à capacité cernant les biotopes d’importance régionale financière moyenne. L’importance de la char- et locale donnent également droit à des subge représentée par la protection des biotoventions, au taux de 30%-40%, respectivepes peut donner droit à un bonus de 5% à ment 20%-25%, selon la capacité financière 15%. Pour les cantons à capacité financière des cantons. moyenne, il représente un supplément de 5% en cas de forte mise à contribution et de 10% Les demandes de subventions sont à adresen cas de très forte mise à contribution. Pour ser aux services cantonaux compétents, et les cantons à faible capacité financière, ce non pas directement à la confédération. Les
bonus est de 10%, respectivement 15%. indications nécessaires seront fournies (situa- Dans des cas exceptionnels, la confédération tion initiale, objectifs, travaux prévus, exécupeut assumer la totalité des coûts (LPN, tion, coûts etc.). Le service cantonal compéart. 18d,1er al.). tent est en principe l’Office cantonal de Protection de la Nature ou celui de Chasse et Seules des indications grossières peuvent être Pêche (NE) ou encore la Conservation de la fournies ici quant aux mesures donnant droit Faune et de la Nature (VD). Ces offices se à des subventions ou non. Chaque cas partichargeront des démarches suivantes conculier doit faire l’objet d’une évaluation. De cernant le subventionnement et les aides fimanière générale, le subventionnement dénancières fédérales. Il peut s’avérer utile de pend de l’adéquation de la mesure prévue demander au service conseil batraciens par rapport au but de protection. Ainsi, seud’évaluer le projet de mesures. Le subvenles les mesures protégeant et favorisant les tionnement de projets approuvés par ce serpopulations de batraciens peuvent être subvice conseil ou par le KARCH sera en effet ventionnées dans le cas présent. Des mesuobtenu plus aisément. res comme la pose de panneaux d’informa-
9 Bases légales
LPN Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage, du 1er juillet 1966 (RS 451).
OPN Ordonnance sur la protection de la nature, du 16 janvier 1991 (RS 451.1).
LFSP Loi fédérale sur la pêche, du 21 juin 1991 (RS 923.0).
OFLP Ordonnance sur la pêche, du 24 novembre 1994 (RS 923.01).
LAT Loi fédérale sur l’aménagement du territoire, du 22 juin 1979 (RS 700).
OSubst Ordonnance sur les substances, du 9 juin 1986 (RS 814.013).
LFo Loi fédérale sur les forêts, du 4 octobre 1991 (RS 921.0).
OFo Ordonnance sur les forêts, du 30 novembre 1992 (RS 921.01).
OPD Ordonnance sur les paiements directs versés dans l’agriculture, du 8 décembre 1998 (RS 910.13).
OQE Ordonnance sur la promotion régionale de la qualité et de la mise en réseau des surfaces de compensation écologique (ordonnance sur la qualité écologique), du 4 avril 2001 (RS 910.14).
10 Littérature
10.1 OUVRAGES CITÉS – Borgula A., Fallot Ph. & Ryser J. 1994: Inventaire des sites de reproduction de batraciens d’importance nationale -Rapport final. OFEFP. Cahier de l’environnement n° 233 – BVET & BUL 1998: Schutz von Wild- und Nutztieren. Elektrifizierte Weidezäune korrekt installieren. Bezug: Bundesamt für Veterinärwesen, Postfach, 3003 Bern – OFEFP 1996: Environnement et fumure ( Commentaire de la législation et des informations pratiques – Grossenbacher K. 1988: Atlas de distribution des amphibiens de Suisse. Documenta faunistica Helvetiae 7 – Marti K. & Müller R. 1994: Zones-tampon pour les marais. OFEFP, Cahier de l’environnement N° 213 – Marti K., Krüsi B.O., Heeb J. & Theis E. 1994: Clé de détermination des zones-tampon. Guide pour déterminer des zones-tampon suffisantes du point de vue écologique pour les marais. 2e édition 1997. OFEFP, l’environnement pratique – Meier C. & Schelbert B. 1999: Amphibienschutzkonzept Kanton Aargau. Aarg. Naturf.Ges.Mitt. 35: 41-69.
10.2 LITTÉRATURE CHOISIE CONFLITS BATRACIENS - ROUTE, BATRACIENS - SYSTÈMES D’ÉVACUATION DES EAUX – Bally A. 1998: Evacuation des eaux de ruissellement des routes. Grilles et chambres d’évacuation compatibles avec la nature et le paysage. Idée n°75 in OFEFP: Idées spécifiques pour la nature et le paysage, édition CD-Rom – Département des travaux publics du canton d’Argovie & KARCH 1996: Amphibiens dans les systèmes d’évacuation des eaux. Recommandations pour les mesures dans les systèmes d’évacuation des eaux de routes, les bassins de rétention et les installations de pompage – Frey E. & Niederstrasser J. 2000: Baumaterialien für den Amphibienschutz an Strassen. Landesanstalt für Umweltschutz Baden-Württemberg. Bezug: www.amphibienschutz.de – KARCH 1981, 1985, 1989: Amphibien und Verkehr, Teile 1-3. Synthèse par K. Grossenbacher et J. Ryser – KARCH 1990: Amphibien in Kläranlagen. Synthèse par J. Ryser – Kasper H. 1997: Aqueducs. Aqueducs adaptés au besoin de la faune. Idée n° 23 in OFEFP: Idées spécifiques pour la nature et le paysage. Cahier de l’environnement n° 281, 1e série textes intégraux – Keller V. & Koeppel H.-D. 1998: Naturnahe Gestaltung von Abwasseranlagen. Wegleitung. Verband Schweizer Abwasser- und Gewässerschutzfachleute VSA und BSLA, Zürich – Küster F. 2000: Merkblatt zum Amphibienschutz an Strassen. Bundesministerium für Verkehr, Bau- und Wohnungswesen. Bezug: www.amphibienschutz.de – Münch S. 1997: Amphibien in Kläranlagen. Travail de diplôme Uni Bâle – Ratzel M. 1993: Strassenentwässerung - Fallenwirkung und Entschärfung unter besonderer Berücksichtigung der Amphibien. Bezirksstelle für Naturschutz und Landschaftspflege, Karlsruhe
LITTERATURE
– Verkehrsministerium Baden-Württemberg 1991: Amphibienschutz. Leitfaden für Schutzmassnahmen an Strassen. Schriftenreihe der Strassenbauverwaltung, Heft 4 – Weber D. 1997: Bordures inclinées. Idée n° 19 in OFEFP: Idées spécifiques pour la nature et le paysage. Cahier de l’environnement n° 281, 1e série textes intégraux.
PROTECTION DE LA NATURE DANS LES SITES D’EXTRACTION – Bärtschi R. & Voser P. (pas d’année): Les gravières: Milieu de substitution pour une faune et une flore rare. Association suisse des gravières (ASG), Stiftung Landschaft und Kies, Conservation de la faune VD – ASG 1994: Protection de la nature et gravière. Directives pour les travaux de protection de la nature dans les gravières – Krummenacher E. & Spatteneder H. 1996: La nature dans l’exploitation des gravières. Association suisse des gravières (ASG), Arbeitsgemeinschaft Natur und Wirtschaft – Ryser J. & Lötscher R. 2000: Natur in der Kiesgrube – fördern und erhalten. Stiftung Landschaft und Kies, Pro Natura Bern.
DÉTERMINATION, RÉPARTITION ET MŒURS DES AMPHIBIENS – Arnold E.N. & Burton J.A. 1978: Tous les reptiles et amphibiens d’Europe. Elsevier – Blab J. 1986: Biologie, Ökologie und Schutz von Amphibien. Schriftenreihe Landschaftspflege und Naturschutz 18 – Brodmann P. & Grossenbacher K. 1982: Nos amphibiens. Naturhistorisches Museum Basel (mise à jour en allemand en 1994) – Fraefel J. & Fürst S. 1999: Amphibien und ihre Lebensräume. CD-Rom. Schweizer Vogelschutz & KARCH – Grossenbacher K. 1988: Atlas de distribution des amphibiens de Suisse. Documenta faunistica Helvetiae 8.
DIVERS – Grossenbacher K. 1994: Liste Rouge des amphibiens menacés de Suisse. In Duelli P. (Hrsg.): Liste Rouge des espèces animales menacées de Suisse. OFEFP – Gerlach G. & Bally A. 1992: Das Grasfroschsterben in der Nord-Schweiz. OFEFP, Cahier de l’environnement n°192 – Oppermann R. & Classen A. 1998: Naturverträgliche Mähtechnik - Moderne Mähgeräte im Vergleich. Naturschutzbund NABU Landesverband Baden-Württemberg. commande: www.NABU-BW.de.
Les documents ne pouvant plus être obtenus dans le commerce ou auprès de l’éditeur peuvent être obtenus au KARCH sous forme de copies ou y être empruntés.
11 Service conseil, adresses
Dans le cadre de l’inventaire fédéral, l’OFEFP a mis sur pied un service conseil chargé de conceiller et de soutenir les cantons et autres personnes concernés pour la mise au net de l’inventaire et l’application des mesures de protection nécessaires, au sens de l’art. 14, 1er al. de l’ordonnance sur les batraciens. Trois biologistes spécialisés composent le service conseil :
– Adrian Borgula, Brambergstr. 3b, 6004 Lucerne, tél. 041 410 20 71. Responsable pour AI, AR, GL, GR, LU, NW, OW, SG, SH, SZ, TG, TI, UR, ZG; coordination.
– Dr. Jan Ryser, Dorfbergstr. 1, 3550 Langnau, tél. 031 352 66 00. Responsable pour AG, BE all., BL, BS, SO, ZH.
– Philippe Fallot, Le Foyard, rte de Port 20, 2503 Bienne, tél./fax 032 365 16 06/55. Responsable pour BE fr., FR, GE, JU, NE, VD, VS.
Personne responsable de l’IBN à l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage: Dr. Erich Kohli, OFEFP, Div. Protection de la nature, 3003 Berne, tél. 031 322 68 66 (direct), 031 322 80 75 (secrétariat).
Des renseignements divers concernant les amphibiens peuvent être obtenus auprès du Centre de coordination pour la protection des amphibiens et des reptiles de Suisse (KARCH, Silvia Zumbach). Le KARCH est une institution nationale chargée de rassembler les données scientifiques et de transmettre les informations concernant les amphibiens et les reptiles en Suisse.
KARCH, Bernastr. 15, 3005 Berne, tél. 031 350 74 55, www.karch.ch.
ORDONNANCE
ORDONNANCE
ORDONNANCE
ORDONNANCE
RAPPORT EXPLICATIF DE L’OFEFP
Ordonnance sur la protection des sites de reproduction de batraciens d’importance nationale (ordonnance sur les batraciens ; OBat)
I. Situation initiale
Conformément à l’art. 18a, al. 1, de la loi fédérale du 1er juillet 1966 sur la protection de la nature et du paysage (LPN; RS 451), le Conseil fédéral, après avoir pris l’avis des cantons, désigne les biotopes d’importance nationale, détermine leur situation et précise les objectifs de protection qui s’y rapportent.
Les sites de reproduction de batraciens d’importance nationale font l’objet de la présente ordonnance. Les batraciens constituent un groupe d’espèces protégé par la législation fédérale (annexe 3 de l’ordonnance du 16 janvier 1991 sur la protection de la nature et du paysage [OPN; RS 451.1]). Les sites de reproduction de batraciens correspondent à une zone dans laquelle le succès de la reproduction et de la multiplication des batraciens peut être assuré.
Les batraciens - ou amphibiens - sont fortement menacés: 17 des 18 espèces encore présentes en Suisse figurent sur la Liste rouge des espèces rares et menacées. La raison principale de cette situation alarmante réside dans la dégradation et la destruction de leurs milieux naturels, spécialement des plans d’eau dans lesquels ils se reproduisent, et des habitats terrestres importants pour la reproduction et la multiplication. Ces lieux de ponte sont surtout menacés de comblement, d’assèchement et d’apports d’engrais excessifs. En plus de leur importance du point de vue de la protection des batraciens de notre pays, les petits plans d’eau constituent dans l’écosystème d’un paysage de précieux biotopes-relais et des milieux vitaux pour beaucoup d’autres espèces animales et végétales.
En Suisse, les batraciens sont représentés par deux ordres distincts: les urodèles (tritons, salamandres) et les anoures (grenouilles, crapauds: amphibiens adultes sans queue). Ils dépendent de milieux naturels tant bien aquatiques que terrestres. L’accouplement, la ponte des œufs (frai) et le développement de la progéniture ont généralement lieu dans le plan d’eau de reproduction. Au cours de la métamorphose, le têtard ou larve pourvue de branchies se transforme en un adulte à la structure corporelle souvent très différente, doté de respiration pulmonaire et désormais capable de vivre sur la terre ferme. Les batraciens adultes se déplacent donc entre les plans d’eau de reproduction et leurs alentours (= sites de reproduction) et leur habitat terrestre situé plus loin. Chez certaines espèces, ce cycle annuel engendre de spectaculaires migrations.
Pour protéger les batraciens de manière efficace, il est par conséquent nécessaire de conserver à la fois leurs habitats terrestres et leurs sites de reproduction. Or, les uns et les autres sont aujourd’hui menacés, les sites de reproduction - plus exposés aux atteintes de toutes sortes et faciles à détruire - l’étant davantage que les milieux terrestres. Beaucoup de sites de reproduction importants pour les batraciens se trouvent sur le Plateau suisse, où la densité de la population humaine se traduit par une forte pression exercée sur les milieux naturels. Dans une zone-test, 45% des sites de reproduction connus ont, en dix ans, été complètement détruits ou ont subi des atteintes diverses. Par ailleurs, certains batraciens sont des espèces «pionnières», qui se reproduisent notamment dans des mares pratiquement dépourvues de végétation durant une brève période. Autrefois, de tels «milieux pionniers» étaient constamment créés par
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les eaux courantes évoluant librement par-dessus les berges. Mais à l’heure actuelle, la dynamique des cours d’eau est en grande partie entravée, et les milieux pionniers n’apparaissent guère plus que dans des gravières ou en d’autres lieux exploités par l’homme.
La conservation des sites de reproduction a une importance capitale pour la protection des batraciens. Largement disséminées sur les habitats terrestres, les populations se concentrent en revanche fortement dans les sites de reproduction. Elles n’ont guère de possibilités de repli en cas de perturbation, d’autant plus qu’elles marquent souvent une grande fidélité à leur lieu de ponte. Les mesures ciblées sur la conservation des sites de reproduction profitent ainsi à d’importantes populations de batraciens, confinées à des surfaces restreintes à un moment déterminant de leur cycle vital. Les efforts de protection sont donc très efficaces lorsqu’ils portent sur les lieux de ponte.
Entre 1972 et 1985, les cantons ont établi l’inventaire des sites de reproduction de leur territoire, avec le soutien de l’OFEFP. Il en est résulté l’Atlas de distribution des amphibiens de Suisse, publié en 1988. Simultanément, plusieurs cantons placèrent des sites de reproduction sous protection. Malgré cela, la disparition de ces sites - même particulièrement précieux - s’est poursuivie. Le nombre d’espèces figurant dans la Liste rouge susmentionnée montre bien que les efforts de protection étaient insuffisants. Comme les batraciens sont protégés par la législation fédérale, la Confédération se doit de prendre des mesures de protection particulières. C’est pourquoi elle décida en 1989 d’établir une liste des sites de reproduction d’importance nationale sur la base des inventaires cantonaux et de constituer ainsi un inventaire fédéral. Les critères de sélection des objets étaient le nombre et la rareté (au niveau national et régional) des espèces et l’importance des populations en présence.
Avant le début des travaux, l’OFEFP a informé tous les cantons des intentions de la Confédération. Leur réaction a été positive quant au principe d’un inventaire fédéral. Mais leur majorité a demandé que les spécificités cantonales soient prises en compte au niveau de la consultation et de l’application. Elaboré dans cette optique, l’inventaire fédéral des sites de reproduction fut achevé en 1994. Il est apparu que près de 80% des objets sont situés en dehors des périmètres des inventaires fédéraux précédents (zones alluviales, bas-marais, hauts-marais et sites marécageux). La protection des sites à batraciens n’était donc pas assurée au niveau national par les inventaires existants. Dans les cas où l’objet coïncidait avec un site déjà placé sous protection, y compris au niveau cantonal, ses limites ont été adaptées aux périmètres de protection existants, pour autant que cela ait été possible et judicieux.
Les résultats de l’inventaire ont été soumis une première fois aux cantons en juin 1994. La phase de mise au net a alors débuté, avec une démarche adaptée aux différents cantons. Actuellement, quatre cinquièmes des objets, pratiquement, ont été mis au net, ce qui a permis de mener une deuxième consultation devant s’achever avec la promulgation de l’ordonnance et d’une première série d’objets. 701 objets sont proposés dans cette première série, alors que 175 sont reportés à une série ultérieure.
Cette procédure étant étalée sur plusieurs périodes, les cantons ont eu suffisamment de temps pour y faire participer le cas échéant les milieux et les personnes concernées.
II. PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES DES DISPOSITIONS PRÉVUES
La structure de l’ordonnance correspond à celle des précédentes ordonnances sur les biotopes selon l’art. 18a LPN. Son contenu satisfait aux exigences particulières des batraciens.
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Deux catégories d’objets sont à distinguer: D’une part des objets permanents, à périmètre clairement définissable - comme c’était le cas dans les anciens inventaires des biotopes (objets fixes). Ces sites sont énumérés dans l’annexe 1 de l’ordonnance.
D’autre part, l’ordonnance concerne aussi des objets qui ne sont pas stationnaires, mais voient leur périmètre évoluer et se déplacer, et qui sont désignés par le terme d’objets itinérants. Il s’agit exclusivement de sites d’extraction minérale (gravières, etc.) en exploitation. Il a fallu trouver de nouvelles voies pour les définir avec précision et mettre en concordance les exigences de leur conservation et celles de l’exploitation économique. Ces objets sont énumérés dans l’annexe 2 de l’ordonnance. La valeur nationale de tels biotopes artificiels est établie sur la base des populations de batraciens présentes. La protection des batraciens, qui dépend de la poursuite de l’exploitation, doit s’accorder avec elle d’une manière flexible. L’ordonnance (art. 5, al. 2) prévoit en règle générale la conclusion d’accords spécifiques à chaque objet ou de conventions cantonales avec les représentants de la branche. L’ordonnance donne aux cantons une grande liberté dans l’application, et donc aussi de grandes responsabilités. L’Association suisse des sables et graviers (ASG) soutient cette approche. Un autre problème provient de l’écologie variable des différentes espèces de batraciens. Les exigences écologiques d’espèces ayant besoin d’étangs permanents (cas classique) doivent être remplies aussi bien que celles des espèces dites pionnières, liées à des habitats dynamiques comme on les trouve dans les zones alluviales actives. Or, ces dernières ont largement disparu, suite à la rectification, à la canalisation et à la régulation des cours d’eau. Aujourd’hui, ce sont plutôt les gravières et autres marnières qui présentent les conditions dynamiques requises. Aussi certains terrains d’entraînement de l’armée (terrains d’exercice pour les blindés ou pour le génie) font apparaître de tels habitats. Tous ces milieux de substitution présentent la caractéristique commune d’être maintenus en leur état favorable aux batraciens grâce à une utilisation humaine relativement intensive, qui les régénère constamment. L’ordonnance doit donc permettre toutes sortes de mesures d’entretien envisageables, qui va de rares et prudentes interventions ponctuelles à des utilisations constantes et intensives, assurant le renouvellement régulier des habitats pionniers. C’est la raison pour laquelle les mesures de
protection et d’entretien ne sont pas détaillées dans l’ordonnance elle-même, mais dans des recommandations de l’OFEFP, en vertu de l’art. 15. L’ordonnance comprend quatre éléments: – Le texte de l’ordonnance proprement dit (17 articles), qui fixe en particulier les tâches des cantons: délimiter précisément les objets, prendre les mesures de protection et d’entretien appropriées pour leur conservation.* – Deux listes énumérant, pour chaque canton, les objets définitivement protégés. L’annexe 1 comprend les objets fixes (633, dont 6 comptés deux fois et 1 trois fois, car situés dans deux, respectivement trois cantons), l’annexe 2 les objets itinérants (76). – Une publication séparée (annexe 3) situant chaque objet sur une carte, le décrivant et indiquant les priorités spécifiques en matière de protection. – L’annexe 4 énumérant les objets (175) qui ne sont pas encore définitivement protégés (ces objets sont prévus pour la 2e série et doivent encore être mis au net avec les cantons avant d’être inscrits à l’inventaire).
Comme il a déjà été mentionné, l’OFEFP édicte des recommandations détaillées sur la protection, l’entretien et l’exploitation des sites de reproduction de batraciens d’importance nationale (OFEFP, L’environnement pratique, «Inventaire des sites de reproduction de batraciens d’importance nationale: guide d’application»).
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La question du financement des mesures de protection et d’entretien n’est pas abordée dans la présente ordonnance. L’art. 14 de l’ordonnance renvoie à ce sujet à l’art. 17 OPN. Conformément à l’al. 2, la Confédération participe au coût de ces mesures à hauteur de 60% pour les cantons à forte capacité financière, 60 à 75% pour les cantons à capacité financière moyenne et 75% pour les cantons à faible capacité financière. Selon l’importance de la charge représentée par la protection des biotopes, ces pourcentages peuvent être augmentés de 5% pour les cantons à capacité financière moyenne fortement mis à contribution; de 10% pour les cantons à capacité financière moyenne très fortement mis à contribution et pour les cantons à faible capacité financière fortement mis à contribution; de 15% pour les cantons à faible capacité financière très fortement mis à contribution. Les cantons à forte capacité financière n’ont en principe pas droit à un bonus. L’importance de la charge totale que représente pour un canton la protection des biotopes est déterminée pour chaque type de biotope. Elle est calculée au nombre d’objets par habitant. On obtient pour cet inventaire le résultat suivant:
– quatre cantons sont très fortement mis à contribution: AG, TG, JU, OW; – onze cantons sont fortement mis à contribution: BE, LU, TI, SG, GR, FR, SZ, UR, GL, NW, SH; – les autres cantons sont mis normalement à contribution.
La présente ordonnance n’aborde pas non plus la consultation de l’OFEFP par les cantons au moment de régler la protection et l’entretien du site (art. 17, al. 1, OPN). Comme pour les autres inventaires, l’OFEFP doit être consulté avant le règlement de ces questions, c’est-à-dire avant que des tractations décisives ne soient conclues par exemple avec des communes.
III. COMMENTAIRES SUR LES DIFFÉRENTS ARTICLES DE L’ORDONNANCE
L’art. 1, al. 1 et 2, se réfère aux listes des objets des annexes 1 et 2. Sont clairement différenciés les objets qui, indépendamment des formes d’exploitation, peuvent être délimités durablement avec précision (objets fixes) et ceux dont l’emplacement peut varier (objets itinérants).
L’art. 2 définit les objets fixes. Ils comprennent le plan d’eau servant de lieu de ponte et les surfaces attenantes (secteur A) ainsi que d’autres habitats terrestres importants (secteur B). Y sont aussi inclus les principaux couloirs de migration des batraciens. Les secteurs A et B ne sont pas différenciées lorsque cela n’est pas nécessaire pour la définition d’une exploitation graduelle. On trouve aussi dans l’annexe 1 des objets engendrés par les activités humaines, dont la valeur pour les batraciens est liée au maintien de ces activités. Les terrains d’exercice de l’armée sont des exemples typiques de ce genre de milieu. Les mares temporaires qui y apparaissent servent de lieux de ponte aux espèces les plus pionnières (crapaud calamite p. ex.), qui ont l’habitude de disloquer presque chaque année (p. ex. pour pondre dans les nouvelles ornières créées par le passage des blindés).
La protection du secteur A peut être obtenue soit en délimitant une zone protégée soit, en particulier dans le cas de terrains d’exercices militaires, au moyen de conventions ou de contrats. Pour le secteur B, des contrats passés avec les milieux agricoles et forestiers constituent le meilleur moyen de protection. Les surfaces agricoles utiles peuvent être déclarées comme surfaces de compensation écologique (zones de grande valeur sur le plan régional selon l’ordonnance sur la promotion régionale de la qualité et de la mise en réseau des surfaces de compensation écologique dans l’agriculture ; ordonnance sur la qualité écologique, OQE).
L’art. 3 comprend une description des objets itinérants. Ces objets incluent des zones exploitées à des fins économiques. Cette activité est à l’origine de l’apparition de plans d’eau
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susceptibles de changer d’emplacement au gré de l’exploitation. L’utilisation par l’homme est capitale pour conserver ces sites, essentiels pour la protection des plus pionniers de nos batraciens.
Comme l’exploitation des matières premières est limitée dans le temps, il y a lieu de vérifier régulièrement si les objets itinérants peuvent perdurer (élargissement du périmètre de la zone d’extraction). Dans le cas contraire, suite à un abandon de l’exploitation, il s’agit de déterminer si, en vertu de l’al. 2, l’objet
– doit être retiré de l’inventaire et remplacé par un objet équivalent, situé à proximité (let. a); – doit être transféré dans l’annexe 1 (let. b), auquel cas un entretien intensif et approprié peut s’avérer nécessaire pour conserver ses caractéristiques, ou – doit être retiré sans compensation (let. c).
Dans tous les cas, conformément à l’al. 3, on tiendra compte des conditions locales (des points de vue écologique, légal et économique) et on collaborera étroitement avec les cantons, qui pour leur part consultent les personnes concernées. Les décisions préalables importantes doivent être fixées dans un accord entre le canton et l’entreprise ou le secteur d’exploitation (art. 5, al. 2). Du point de vue de la protection des biotopes, on privilégiera, en fonction de la situation, le remplacement par un objet situé à proximité ou le transfert de l’objet dans l’annexe 1. Si aucune de ces deux solutions n’est possible, la plus mauvaise variante sera appliquée, à savoir la suppression de l’objet de l’inventaire. A chaque fois, la solution pour la protection des batraciens sera déterminée à l’issue d’une pesée générale des intérêts. La possibilité de supprimer un objet sans compensation est nouvelle pour les inventaires fédéraux des biotopes et elle n’est applicable qu’à la catégorie des objets itinérants, qui est également une nouveauté en soi. Ces nouveautés nécessitent des explications un peu plus détaillées: Les objets itinérants ont surtout de l’importance dans le cas de l’extraction de matières premières (de gravier en particulier). Leur qualité est tributaire de l’exploitation à des fins économiques. L’extraction génère continuellement de nouveaux plans d’eau dont l’emplacement varie régulièrement au sein du périmètre d’exploitation. Par conséquent, les biotopes des batraciens se déplacent, c’est-à-dire que se forment en permanence de nouveaux milieux pionniers qui simulent une dynamique naturelle. L’extraction des matières premières terminée, l’objet itinérant perd rapidement de sa valeur originelle pour la partie des espèces qui dépend précisément de ces milieux pionniers. Seules des mesures d’entretien appropriées et relativement coûteuses, comme la création de plans d’eau pionniers par excavation à intervalles réguliers, permettent de conserver l’objet en sa qualité de milieu pionnier. Ce faisant, on empêche aussi un embroussaillement naturel du site. Mais dans ce cas, l’objet itinérant est transformé en objet fixe (let. b). Si l’on considère que la protection des espèces doit être la plus efficace possible, l’ouverture d’un nouveau chantier constitue pour les batraciens une solution souhaitable. Le scénario
exposé ci-dessus pourra s’y produire si ce nouveau site remplit les conditions initiales requises pour la protection des batraciens: les animaux pourront coloniser le nouvel objet itinérant et le nouveau biotope deviendra à la fois une compensation (let. a) et un nouveau site d’importance nationale pour la reproduction des batraciens. Cependant, tous les sites d’extraction des matières premières ne se trouvent pas dans des régions où apparaissent naturellement des milieux pionniers dynamiques (p. ex. zones alluviales en tant que principale zone de distribution de nombreux batraciens). De plus, ces sites sont
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parfois isolés, c’est-à-dire éloignés d’autres sites favorables. Dans ces cas, il peut s’avérer peu judicieux d’un point de vue écologique de tenter de conserver à grands frais les populations présentes dans l’ancien site. L’entretien important que cela implique en règle générale comporterait de surcroît le risque que les batraciens à protéger en priorité finissent quand même par disparaître. Si aucun nouveau chantier n’est ouvert à proximité et qu’il n’est pas indiqué de revitaliser à peu de frais un objet fixe, voisin, pour en faire un milieu pionnier («compensation en nature», let. a) ni de transformer l’objet itinérant existant en objet fixe (let. b), alors il peut s’avérer plus intéressant de permettre simplement aux animaux de migrer vers un autre site et de supprimer l’objet d’importance nationale (let. c).
Cette solution ne doit cependant pas être réalisée prématurément. L’al. 3 dispose que les conditions locales doivent être prises en compte. Il s’agit des conditions écologiques et économiques mais aussi, en particulier, de la situation actuelle sur le plan juridique (concessions, autorisations, charges et conditions, accords de droit privé). D’un point de vue écologique, la question notamment de savoir si les espèces de batraciens concernées par l’abandon de l’objet peuvent être conservées en nombre suffisant, sur le plan régional au moins, est déterminante.
Selon l’al. 3, la décision quant au choix de la variante au sens de l’al. 2 doit être discutée en étroite collaboration avec le canton concerné. Ce dernier doit pour sa part consulter les intéressés (art. 5, al. 2), et il faudra s’attendre le plus souvent à un consensus entre tous les intérêts représentés.
Les entreprises qui exploitent les matières premières et les propriétaires fonciers concernés ne doivent subir aucun inconvénient résultant de reconversions conclues de commun accord avant l’entrée en vigueur de la présente ordonnance, même si elles sont contraires aux objectifs de la présente ordonnance. En particulier, ils ne doivent pas supporter les frais de mesures de compensation ordonnées ultérieurement dans le sens de la présente ordonnance. Ces prestations doivent être fournies par les cantons ; la Confédération y participe financièrement (art. 18d, al. 2, LPN). Les entreprises en question peuvent cependant reprendre les engagements découlant de la présente ordonnance en concluant de nouveaux accords ou en acceptant des charges et conditions pour un nouveau site d’exploitation fixées par le canton dans le cadre des plans d’affectation (art. 3, al. 2, let. a). Dans ce contexte, les cantons doivent aussi assumer un rôle de meneur. Par ailleurs, on recommande de prévoir la conservation d’objets itinérants appropriés à relativement long terme, conformément à la présente ordonnance, dans les stratégies cantonales et régionales d’extraction des matières premières déjà.
Comme dans les autres ordonnances sur les biotopes, l’art. 4, al. 1, mentionne une publication séparée décrivant les objets (annexe 3). Cette publication contient les feuilles d’objet. On constate sur celles qui concernent les objets itinérants que la Confédération ne délimite pas de périmètre, mais se contente d’indiquer leur situation géographique, sous forme de coordonnées. Du fait de leurs caractéristiques, une délimitation durable dans l’inventaire des objets itinérants ne serait pas opportune. En même temps, on évite ainsi de trop fréquentes révisions partielles de l’ordonnance, de même que la mention de grandes surfaces qui servent d’abord à l’extraction de matériaux, constituent provisoirement des sites de reproduction des batraciens et sont ensuite réexploitées en tant que surfaces recultivées par l’agriculture par exemple.
L’al. 2 dispose que la publication spéciale peut être consultée auprès de la Chancellerie fédérale, de l’OFEFP et des services désignés par les cantons - habituellement les services de protection de la nature et du paysage.
L’art. 5, al. 1, attribue aux cantons la tâche de délimiter avec précision les objets fixes, après
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avoir pris l’avis des propriétaires fonciers, des exploitants, des concessionnaires, des bénéficiaires d’autorisations, des usufruitiers et des autorités militaires.
L’al. 2 confie aux cantons le soin, pour les objets itinérants, de délimiter par un accord avec les propriétaires fonciers et les exploitants des périmètres appropriés, c’est-à-dire adaptés aux exigences de l’exploitation en matière de rentabilité et de sécurité, et aux dispositions en matière d’aménagement du territoire. En vertu de l’accord, les lieux de ponte doivent pouvoir être déplacés à l’intérieur de ces périmètres sans qu’une révision de l’inventaire ne soit nécessaire.
Les cantons ont en outre la liberté de régler l’application par une convention globale passée avec les représentants de la branche. Normalement, seules les tâches de contrôle ou d’inspection seront ainsi déléguées, mais d’autres délégations de compétence, avec les mandats de prestations correspondants, sont envisageables.
Si, et seulement si, aucun accord ne peut être trouvé entre le canton et le propriétaire foncier ou l’exploitant dans un délai raisonnable - après sept ans au plus tard - le canton définit exceptionnellement le périmètre des objets itinérants dans une décision. Ce faisant, il prend en compte les besoins du propriétaire et de l’exploitant.
Enfin, l’al. 3 prévoit que l’autorité cantonale peut, pour les objets des annexes 1 et 2, prendre, sur demande dûment motivée, une décision de constatation de l’appartenance d’un bienfonds à un objet. Il s’agit alors d’une solution transitoire, valable jusqu’à ce que les limites précises des objets soient fixées.
L’art. 6 définit les objectifs de protection comme suit: la conservation intégrale des objets fixes et la préservation de la fonctionnalité des objets itinérants, ainsi que la conservation et le développement des populations de batraciens qui confèrent leur valeur aux objets. Les batraciens étant mobiles, on ne considérera pas seulement les lieux de ponte en tant que tels, mais aussi leur fonction dans le cadre d’un réseau de biotopes, et comme des points d’appui pour la survie à long terme et une expansion future des espèces (al. 1 et 2).
Les mesures d’entretien et de revitalisation au profit des diverses espèces de batraciens peuvent être divergentes, voire opposées. La fiche descriptive de l’objet précise, au besoin, des objectifs spécifiques et prioritaires (indications), déterminés en fonction de la valeur particulière du site. Ces indications doivent être prises en compte prioritairement lors de la planification des mesures d’entretien. Les interventions nécessaires aux espèces prioritaires devront alors être effectuées, quand bien même elles sont susceptibles de porter atteinte à d’autres caractéristiques du site (al. 3).
L’art. 7 précise dans quels cas il est admissible de s’écarter des objectifs de protection. En ce qui concerne les objets fixes, il s’agit de projets dont l’emplacement s’impose par leur destination et qui servent un autre intérêt public prépondérant, également d’importance nationale. Les responsables sont tenus de prendre les meilleures mesures possibles pour assurer la protection, la restauration ou le remplacement de l’objet (al. 1).
L’al. 2 énumère (let. a à e) toutes les autres interventions autorisées dans les objets fixes. Pour chaque intervention, le principe de la proportionnalité commande de ménager l’objet le plus possible. La portée et le moment de l’intervention doivent être soigneusement évalués de sorte à réduire les dommages au minimum. Quelques objets fixes se trouvent sur des terrains militaires d’exercice et dépendent des activités actuelles. Les besoins de l’armée et ceux de la protection des amphibiens doivent être réglés en collaboration avec les autorités militaires
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compétentes. L’al. 1 s’applique en cas d’atteintes importantes dues à des ouvrages militaires. Ceux-ci sont en général également d’importance nationale. Selon la pratique actuelle, de tels projets font l’objet de tractations avec l’OFEFP. Lorsque l’application de mesures permettant de mieux atteindre les objectifs visés par la protection remet en question le maintien de surfaces d’assolement, le cas doit être étudié en détail. Il est possible de renoncer à la valorisation d’objets lorsqu’elle entraîne la destruction d’importantes surfaces d’assolement. Un exemple typique serait une éventuelle suppression de la couche d’humus.
Les interventions autorisées dans les objets itinérants sont définies par les accords prévus par l’art. 5, al. 2, ou les décisions rendues en vertu de l’al. 3. Ici aussi, il faut tenir compte du peuplement de batraciens, afin de réduire les dommages à un minimum.
L’art. 8, al. 1, définit que les cantons sont chargés de prendre les mesures de protection et d’entretien nécessaires pour atteindre les buts de protection. Pour les objets fixes, l’art. 18c, al. 1, LPN, dispose que ce mandat doit être appliqué notamment par des accords ou par une adaptation de l’exploitation agricole ou sylvicole. Pour les objets itinérants, les mesures de protection et d’entretien font partie de l’accord au sens de l’art. 5, al. 2.
Selon l’al. 2, les cantons sont tenus de veiller à ce que les plans et prescriptions ainsi que les concessions et les autorisations réglant le mode d’utilisation du sol au sens du droit de l’aménagement du territoire soient conformes à la présente ordonnance sur les plans communal et cantonal.
L’art. 9 fixe un délai de sept ans pour la délimitation des objets et la mise en vigueur des mesures de protection et d’entretien. Ce délai paraît approprié, vu les travaux préparatoires entrepris depuis 1994.
L’art. 10 oblige les cantons à prendre des mesures préventives pour préserver les objets tant que les mesures définitives de protection et d’entretien n’auront pas été prises.
L’art. 11 charge les cantons de profiter de chaque occasion qui se présente pour éliminer des entraves apparaissantes, qu’il s’agisse de constructions, d’atteintes chimiques ou de modes d’exploitation inappropriés. On tiendra compte ici du cas particulier des objets itinérants, dont l’utilisation est prévue contractuellement.
L’art. 12 impose aussi à la Confédération, dans le cadre de ses activités, de conserver les objets conformément aux objectifs de protection (al. 1). Il règle les compétences pour la mise en vigueur des mesures nécessaires (al. 2). Pour les sites sur terrains militaires, une réglementation de l’utilisation, favorable aux batraciens, peut s’avérer nécessaire selon la situation.
L’art. 13 oblige les cantons à rendre compte tous les deux ans à la Confédération de l’état de la protection des batraciens sur leur territoire pendant les sept ans qui suivent l’entrée en vigueur de l’ordonnance, c’est-à-dire l’inscription des objets dans les annexes 1 ou 2 (voir art. 9). Les informations livrées doivent notamment permettre de présenter l’avancement des travaux d’application également à des tiers. Elles devraient être assez détaillées pour fournir une image réaliste de la mise en œuvre.
L’art. 14 définit les prestations de la Confédération envers les cantons; l’OFEFP soutient les cantons en les conseillant (al. 1). En ce qui concerne les subventions de la Confédération pour les mesures de protection et d’entretien des biotopes, l’article renvoie aux dispositions de l’OPN (al. 2).
L’art. 15 se réfère aux recommandations de l’OFEFP, publiées sous forme d’un guide
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d’application. Il contient des informations détaillées et concrètes pour une mise en œuvre efficace des objectifs de protection.
L’art. 16 soumet à titre de disposition transitoire les objets de l’annexe 4, qui sont encore à mettre au net et qui seront intégrés à l’inventaire sous forme d’une deuxième série, à une réglementation provisoire concernant leur protection et leur entretien (al. 1) et désigne l’endroit où la description de ces objets peut être consultée (al. 2).
L’art. 17 fixe au 1er août 2001 l’entrée en vigueur de l’ordonnance et la mise sous protection définitive des objets des annexes 1 à 3.
L’annexe 1 énumère par canton les 625 objets fixes (dont six objets se répartissent sur deux et un objet sur trois cantons).
L’annexe 2 énumère par canton les 76 objets itinérants.
L’annexe 3 contient sous forme de publication séparée, qui ne sera pas publiée dans le Recueil officiel, une description de chaque objet et une représentation cartographique de son emplacement.
L’annexe 4 réunit les 175 objets encore pendants. Leur représentation cartographique correspond à celle de la première consultation, sauf pour les objets nouvellement proposés pour l’inventaire mais non encore mis au net. Ces objets provisoires sont déjà présentés avec la forme des fiches définitives. Les feuilles d’objet font partie des documents de la deuxième consultation.