FF 2025 3463
Message relatif à la prolongation de la participation suisse à la Force multinationale de l’OTAN au Kosovo (KFOR) (2027 à 2029)
1 Contexte
L’Armée suisse participe à la Force multinationale de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) au Kosovo (KFOR) en fournissant un contingent (Swisscoy) depuis octobre 1999. La KFOR a été instaurée sur la base de la résolution 1244 du 10 juin 1999 du Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU)1. La décision quant à la participation militaire de la Suisse a été prise par le Conseil fédéral le 23 juin 1999. Par l’arrêté fédéral du 12 décembre 20012, l’Assemblée fédérale a approuvé la participation de la Suisse à la KFOR, puis sa prolongation jusqu’à fin 20263.
Depuis l’instauration de la KFOR, l’amélioration et la stabilisation de la situation sécuritaire ont permis d’adapter le concept d’engagement de la mission, dont l’effectif était initialement de 50 000 militaires, et de réduire ses troupes. Actuellement, 33 États mettent environ 5 200 militaires à la disposition de la mission. En vertu de l’arrêté fédéral du 15 juin 2023, relatif à la prolongation de la participation suisse à la Force multinationale de l’OTAN au Kosovo (KFOR)4, le Conseil fédéral peut augmenter temporairement l’effectif pour répondre à des besoins du contingent suisse dans les domaines de la logistique ou de la sécurité, une possibilité qui n’a pas dû être exploitée durant le mandat en cours. Selon le même arrêté fédéral, le Conseil fédéral peut également, en cas de besoin, procéder à une augmentation de 30 militaires, pour une durée indéterminée. Après l’annonce du retrait de deux compagnies autrichiennes de la KFOR, en novembre 2023, le Conseil fédéral a fait usage de cette compétence en décidant d’augmenter l’effectif de la Swisscoy de 20 militaires à partir d’avril 2024. Par le présent message, le Conseil fédéral demande la prolongation de l’engagement de la Swisscoy avec l’effectif actuel de 215 militaires jusqu’au 31 décembre 2029. Le Conseil fédéral propose de conserver la possibilité d’augmenter, en cours de mandat, l’effectif maximal de 30 militaires au plus.
Selon les instances militaires de l’OTAN, durant les dernières années, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée dans les Balkans et les conditions pour une réduction de la présence, voire un retrait de la KFOR ne sont pas remplies. À cet égard, l’OTAN rappelle que le profil de la KFOR est basé sur les conditions sur le terrain et non pas sur un calendrier. Pour les États qui participent à la KFOR, dont la Suisse, la situation sécuritaire globale dans le pays demeure calme mais fragile. Ainsi, l’Italie et les États-Unis, qui sont les principaux contributeurs de troupes, poursuivent leur engagement en déployant respectivement 900 et 690 militaires. D’autres pays poursuivent leur participation, à l’image de l’Allemagne et de l’Autriche avec chacune plus d’une centaine de militaires, alors le Royaume-Uni, la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont intégré la mission dans le courant des deux dernières années.
Conformément à la résolution 1244, la mission de la KFOR consiste à garantir un environnement sûr. Pour l’heure, l’État kosovar, qui est en premier lieu responsable de cette tâche, n’est pas encore en mesure de l’assumer pleinement. Depuis décembre 2018, le Kosovo transforme sa troupe de protection civile, la Kosovo Security Force (KSF), en une force armée régulière. L’OTAN a toujours été en faveur du développement de la composante de protection civile de la KSF dont elle soutient le développement. En revanche, le développement de la composante militaire pose des difficultés croissantes à la KFOR qui, en vertu du mandat onusien, demeure la seule force militaire légitime et impartiale au Kosovo (ch. 2.2.5).
La KFOR agit au Kosovo de concert avec les missions civiles de l’ONU (UN Mission in Kosovo [UNMIK]), de l’OSCE (OSCE Mission in Kosovo [OMIK]) et de l’UE (European Union Rule of Law Mission in Kosovo [EULEX]), lesquelles ont vu leurs rôles respectifs se réduire en raison de l’évolution de l’État kosovar. La police du Kosovo est responsable de la sécurité publique. En cas de trouble, c’est elle qui a le rôle de première intervenante. Dans le nord du pays, peuplé par une majorité de Serbes kosovars, ses interventions peuvent être problématiques en raison de son effectif composé majoritairement d’Albanais kosovars (ch. 2.2.4). Par sa présence, la KFOR, perçue comme garante de sécurité de seconde instance, contribue à rassurer les populations, en particulier dans le nord. Au vu de la détérioration de la situation sécuritaire causée par l’agression militaire russe contre l’Ukraine et des tensions interethniques persistantes, la présence de la KFOR sera vraisemblablement requise pour plusieurs années encore. L’engagement de la KFOR va donc se poursuivre, de concert avec celui de l’ONU, de l’OSCE et de l’UE, qui maintiennent leurs missions civiles dans le pays.
2 Situation dans les Balkans occidentaux et au Kosovo
2.1 Situation régionale
La situation en matière de sécurité dans les Balkans occidentaux est certes considérée comme essentiellement stable, mais elle demeure volatile. Des tensions récurrentes, susceptibles de s’aggraver rapidement, persistent notamment dans le nord du Kosovo et en Bosnie et Herzégovine. Si ces incidents restent généralement limités au niveau local, ils témoignent néanmoins de la fragilité persistante de la stabilité dans la région. Cette fragilité s’explique en grande partie par le travail insuffisant dans le domaine du traitement du passé: les conflits des années 1990 n’ont pas été complètement résolus dans les esprits des populations de nombreuses régions, ce qui continue de favoriser l’instrumentalisation des traumatismes de la guerre par certains politiciens et d’entraver la réconciliation entre les groupes ethniques.
L’UE a toujours accordé une importance stratégique aux Balkans occidentaux. Traditionnellement, elle a fait usage de la politique d’élargissement pour promouvoir la paix, la stabilité politique et l’essor économique dans la région. Cette politique consiste à soutenir les pays des Balkans avec des moyens financiers, des relations commerciales plus étroites et la libéralisation des visas. En contrepartie, l’UE exige des réformes profondes dans les domaines de l’État de droit, de la justice, de la lutte contre la corruption et des droits fondamentaux.
Après avoir connu une certaine perte de vitesse, la perspective européenne des Balkans occidentaux est revenue au premier plan de l’agenda politique dans la foulée de l’agression militaire russe contre l’Ukraine. Comme un vide géopolitique dans le voisinage immédiat entraînerait des risques pour la sécurité de toute l’Europe, l’UE mise de plus en plus sur le modèle de «l’intégration progressive», qui permet entre autres une participation partielle au marché intérieur comme préalable à l’adhésion officielle. Cette approche est complétée par le «Plan de croissance pour les Balkans occidentaux» de 2023, qui prévoit 6 milliards d’euros d’investissements pour soutenir la croissance économique, les infrastructures et les projets énergétiques. Il est encore prématuré d’évaluer les résultats de cette nouvelle approche, mais les perspectives d’adhésion à l’UE des pays de la région restent lointaines. Un constat qui affaiblit la crédibilité de la promesse d’intégration européenne.
En parallèle, des puissances extérieures se disputent l’influence sur la région. La Russie exploite ses liens historiques et religieux, notamment en Serbie et dans l’entité de Bosnie et Herzégovine «Republika Srpska (RS)», pour promouvoir un récit alternatif critique de l’UE. La Chine a étendu son influence moyennant l’octroi de crédits et les investissements dans la construction (initiative Nouvelles routes de la soie), comme l’illustre l’exemple de l’autoroute Bar-Boljare achevée en 2024 au Monténégro. La Turquie entretient son réseau de fondations, d’universités et d’autorités religieuses, notamment au Kosovo, tandis que des investisseurs des États du Golfe financent des projets touristiques et immobiliers en Bosnie et Herzégovine. Malgré ces influences géopolitiques, l’objectif déclaré de tous les États des Balkans occidentaux demeure l’intégration européenne. L’adhésion à l’OTAN de l’Albanie en 2009, du Monténégro en 2017 et, plus récemment, de la Macédoine du Nord en 2020 a renforcé les liens de ces États avec l’architecture de sécurité euro-atlantique.
Outre les influences extérieures, la situation politique intérieure de certains pays de la région constitue également un facteur potentiel d’instabilité. À cela s’ajoutent des problèmes structurels dans l’ensemble des Balkans occidentaux: chômage élevé chez les jeunes, systèmes de santé défaillants, diversification économique insuffisante et corruption généralisée affectent le quotidien des populations. C’est actuellement le cas en Serbie, où des vagues de manifestations ont lieu depuis novembre 2024. Les manifestants réclament notamment une lutte résolue contre la corruption et des élections anticipées. Le manque de perspectives a pour conséquence un taux d’émigration élevé dans toute la région, en particulier parmi les jeunes bien formés en quête de meilleures conditions de vie.
Depuis plusieurs années, la Bosnie et Herzégovine traverse une série de crises politiques, dont la plus récente dure depuis mars 2025. Cette nouvelle détérioration a été déclenchée par la condamnation, le 26 février 2025, par la Cour constitutionnelle de Bosnie et Herzégovine, du président en exercice de la RS, Milorad Dodik, pour avoir refusé de reconnaître la juridiction de la Cour constitutionnelle de la Bosnie et Herzégovine et l’autorité du Haut Représentant des Nations Unies pour la Bosnie et Herzégovine5 en RS. Cette condamnation a servi de prétexte à la RS pour prendre une nouvelle série de mesures à caractère séparatiste, telles que la publication d’un projet de constitution propre et la remise en cause de la légitimité des institutions étatiques bosniennes en RS. De telles mesures remettent en question l’intégrité territoriale du pays et violent les Accords de Dayton de 19956. Malgré cette crise politique aigüe, la situation en matière de sécurité continue d’être jugée comme stable. À cet égard, le renforcement temporaire, en mars 2025, de la mission EUFOR ALTHEA a eu un effet stabilisateur et dissuasif. La Suisse participe à EUFOR ALTHEA depuis 2004 avec 20 militaires armés7.
2.2 Situation au Kosovo
2.2.1 Situation générale
Le Kosovo est de facto détaché de la Serbie depuis 1999. En 2008, le pays a décrété unilatéralement son indépendance, qui a depuis lors été reconnue par 119 États, dont la Suisse. La Serbie continue de considérer le Kosovo comme sa province et ne reconnaît pas son indépendance. Cinq membres de l’UE (Espagne, Slovaquie, Roumanie, Grèce et Chypre) font partie des États qui ne reconnaissent pas le Kosovo. La Russie et la Chine, tous deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, sont les principaux pays à ne pas reconnaître l’indépendance du Kosovo. La question non résolue du statut du Kosovo menace la stabilité dans les Balkans occidentaux, entrave son développement économique et rend difficile son intégration dans les organisations internationales.
En raison notamment de l’absence de progrès dans le processus de dialogue entre Belgrade et Pristina facilité par l’UE, le Kosovo reste le seul pays des Balkans occidentaux à ne pas avoir le statut de candidat officiel à l’adhésion. Le pays attend toujours que la Commission européenne examine sa demande. L’UE conditionne toute avancée en matière d’intégration à la normalisation des relations avec la Serbie.
Le Kosovo se caractérise généralement par des institutions démocratiques qui fonctionnent et par la tenue d’élections libres et équitables. La Constitution du Kosovo garantit en principe les droits de tous les groupes ethniques et religieux. Dans la pratique, malgré un cadre juridique bien développé, la minorité ethnique serbe, en particulier, rencontre des difficultés lorsqu’il s’agit de faire valoir ses droits, notamment après l’arrivée au pouvoir du gouvernement du premier ministre Albin Kurti (ch. 2.2.2). Sur le plan structurel, le Kosovo fait toujours face à d’importants défis en matière d’État de droit, d’économie informelle, de chômage et de formation professionnelle (ch. 2.2.2). L’émigration reste élevée et l’économie continue de dépendre largement des fonds issus de la diaspora.
2.2.2 Contexte politique
Lors des élections législatives de 2021, le parti du premier ministre Albin Kurti, Vetevendosje (LVV, Autodétermination) a remporté une victoire historique. Pour la première fois depuis l’indépendance, une nouvelle génération a évincé les politiciens vétérans de la guerre, qui dominaient jusqu’alors en s’appuyant sur des réseaux clientélistes. Le bilan du premier gouvernement Kurti est mitigé: de modestes succès ont certes été enregistrés dans la lutte contre la corruption et le crime organisé, mais le pays reste confronté à d’importants défis structurels.
Au cours des dernières années, le Kosovo a connu une croissance économique continue. Ainsi, le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 4,4 % en 2024. L’inflation a nettement reculé grâce à la baisse des prix des denrées alimentaires importées et de l’énergie, s’établissant à 1,6 % contre 4,9 % en 2022. En raison de l’introduction volontaire de l’euro comme monnaie nationale, le Kosovo ne dispose pas de politique monétaire indépendante. Néanmoins, le gouvernement Kurti est parvenu, grâce à une politique fiscale prudente et efficace, à ramener le déficit budgétaire sous la barre des 2 % et la dette publique en dessous des 20 % du PIB. Les transferts de fonds venus de la diaspora continuent de représenter une part importante du PIB du Kosovo (env. 12 %). Les investissements directs étrangers restent toutefois à un niveau faible.
Malgré certains progrès, la corruption et l’insécurité juridique continuent de constituer des obstacles structurels aux investissements. La normalisation des relations avec la Serbie, qui n’est toujours pas achevée, est également un facteur d’incertitude important qui dissuade les investisseurs potentiels et freine l’intégration économique régionale du pays.
Bien que le taux de chômage ait nettement reculé, il reste élevé (10,9 %), en particulier chez les femmes et les jeunes. Le manque de perspectives se reflète également dans le niveau toujours élevé de l’émigration: de nombreuses personnes, surtout jeunes et bien formées, continuent de quitter le pays. Selon les données publiées en décembre 2024 par l’Agence kosovare des statistiques, la population actuelle s’élève à 1,6 million d’habitants, soit une baisse de 9 % par rapport au recensement 2011. Ce recul s’explique principalement par une forte émigration et un faible taux de natalité.
Les mesures du gouvernement Kurti visant à affirmer la souveraineté nationale du jeune État, notamment au nord peuplé d’une majorité de Serbes kosovars, ont exacerbé les tensions avec la Serbie et la minorité ethnique serbe. À la suite du boycott par les électeurs serbes kosovars des élections municipales d’avril 2023 tenues dans les municipalités du nord, notamment pour protester contre la non-reconnaissance des plaques d’immatriculation serbes, le gouvernement kosovar a forcé l’investiture de maires albanais kosovars. Cette démarche a généré une augmentation des tensions entre les autorités de Pristina et la minorité serbe qui ont culminé avec les graves incidents sécuritaires survenus en mai 2023 à Zvecan (ch. 2.2.4). En outre, l’élection de politiciens albanais kosovars à la tête des communes du nord, et la mise en place de fonctionnaires albanais kosovars au sein des institutions politiques locales et de la police, ont permis au gouvernement de Pristina d’accélérer la fermeture unilatérale d’institutions parallèles serbes dont dépendent largement les conditions de vie de la population serbe kosovare. De telle mesures viennent compliquer davantage le dialogue entre les deux parties et génèrent de la frustration au sein de l’UE qui est responsable de son encadrement.
Ainsi, malgré les progrès réalisés par le gouvernement sur la base des principes d’une meilleure gouvernance, la situation politique au Kosovo demeure très instable. Les élections législatives de février 2025, auxquelles les électeurs serbes kosovars ont participé après plus de trois années de boycott, ont mis en évidence les profondes divisions entre les principales forces politiques du pays. Le LVV a remporté le plus grand nombre de voix et conservé sa position dominante, mais sans gagner la majorité absolue, ce qui complique la formation d’un gouvernement. Depuis lors, le Kosovo traverse une période de transition de durée indéterminée, sans parlement et sans exécutif. Malgré cette période de latence politique durant laquelle le gouvernement intérimaire dispose de compétences limitées, à l’échelon local, la fermeture unilatérale des institutions parallèles continue (ch. 2.2.4).
2.2.3 Relations avec la Serbie et la minorité serbe kosovare
Les relations entre le Kosovo et la Serbie exercent une influence considérable sur l’ensemble des Balkans occidentaux. Le refus de la Serbie de reconnaître l’indépendance du Kosovo entrave la réconciliation entre les deux États et contribue considérablement à l’instabilité dans la région. Divers aspects non résolus depuis la guerre d’indépendance du Kosovo continuent d’envenimer les relations. Les traumatismes du passé sont délibérément entretenus par les élites nationalistes au pouvoir dans les deux camps. En outre, les différends entre les parties sont instrumentalisés pour se maintenir au pouvoir.
Depuis 2011, dans le cadre de leurs processus d’intégration européenne respectifs, le Kosovo et la Serbie sont engagés dans un «processus de normalisation» de leurs relations, sous la médiation de l’UE qui agit sur mandat de l’ONU. En réponse à l’intensification des tensions et à la guerre en Ukraine, en 2023 l’UE a renforcé ses efforts diplomatiques et est parvenue à obtenir la conclusion par Pristina et Belgrade des accords de Bruxelles et d’Ohrid8. Selon ces accords, qui visent à faciliter l’intégration du Kosovo dans les organisations internationales et à faciliter la coexistence transfrontalière, la Serbie doit reconnaître le Kosovo de facto (mais pas de jure) et ne plus faire obstacle à son intégration dans les organisations internationales. En contrepartie, le Kosovo doit respecter l’engagement pris dans l’accord de Bruxelles de 20139 en regroupant les quatre communes à majorité serbe du nord du pays dans une association administrative autonome. Alors que le premier ministre Albin Kurti a signé l’accord, le président Aleksandar Vučić n’a donné qu’une assurance verbale.
À la suite de l’entrée en fonction d’Albin Kurti en 2021, la dynamique du dialogue s’est encore compliquée en raison de la politique de souveraineté stricte du gouvernement kosovar et du refus de Belgrade de reconnaître officiellement l’indépendance du Kosovo. Belgrade instrumentalise le mécontentement de la population serbe du Kosovo, causé par les mesures de Pristina contre les structures parallèles, afin de légitimer ses interventions politiques au nom de la protection des minorités ethniques.
Au motif de la préservation de l’État de droit et de la lutte contre la corruption et les organisations criminelles, le gouvernement kosovar impose des mesures à l’encontre des communes à majorité serbe, afin de réduire l’influence de Belgrade. Cela se traduit dans les faits par l’interdiction d’utiliser le dinar serbe dans les transactions financières et la fermeture d’institutions financées par Belgrade, telles que les bureaux de poste ou les centres communautaires. Cette politique affecte fortement la minorité serbe, dont les membres se sentent politiquement marginalisés et dont la vie quotidiennement devient toujours plus difficile. La ligne intransigeante d’Albin Kurti a également conduit à une certaine prise de distance des partenaires internationaux. L’UE et les États-Unis critiquent en particulier le manque de coordination de ces mesures: la position générale de la communauté internationale étant que le démantèlement des institutions serbes devrait se faire dans le cadre du dialogue mené par l’UE plutôt que par des décisions unilatérales de Pristina.
La concrétisation du projet d’accord global juridiquement contraignant entre le Kosovo et la Serbie pourrait dès lors nécessiter encore plusieurs années d’efforts diplomatiques. Compte tenu de l’absence de progrès dans le processus de dialogue, l’UE poursuit également des objectifs plus modestes, par exemple en encourageant la conclusion d’accords techniques afin de maintenir le dialogue entre les parties. Ces dernières années, des accords ponctuels ont été conclus en matière de reconnaissance des cartes d’identité et des plaques d’immatriculation, ainsi que dans les domaines de l’électricité et des télécommunications.
2.2.4 Situation en matière de sécurité
En dépit du calme apparent qui règne dans le pays, la sécurité quotidienne au Kosovo est fragile, notamment dans le nord du pays où une détérioration reste possible à tout moment. Cette situation s’explique par les tensions politiques persistantes entre la Serbie et le Kosovo, ainsi que les rapports conflictuels entre la minorité serbe et les autorités kosovares (ch. 2.2.3).
Hormis l’usage des structures parallèles, depuis l’indépendance du Kosovo, la Serbie a cherché à conserver son influence au Kosovo en faisant usage de diverses approches. En fonction de la situation, Belgrade a fait appel à ses services de renseignement, au Corps de protection civile, au crime organisé et à des groupes nationalistes pour lancer des actions de surveillance et d’intimidation à l’encontre des citoyens serbes du Kosovo, organiser des manifestations et des rassemblements, causer des dégradations matérielles et élever des barrages routiers.
C’est en réaction au système mis en place par Belgrade, durant les quatre dernières années, que le gouvernement Kurti a accru la pression sur les municipalités serbes kosovares (ch. 2.2.2). Cette approche s’est traduite par un regain des tensions interethniques, qui ont notamment culminé avec les deux incidents sécuritaires majeurs survenus en 2023. En mai, à Zvecan, la KFOR a été sollicitée afin d’appuyer la police kosovare dans le cadre d’altercations avec des manifestants serbes kosovars qui protestaient contre la nomination de maires albanais dans les communes à majorité serbe. À cette occasion, 93 militaires de la KFOR ont été blessés par les manifestants. En septembre, des échanges de tirs entre une trentaine de paramilitaires serbes d’une organisation proche de Belgrade et la police kosovare ont eu lieu à Banjska, causant la mort d’un policier et de trois assaillants serbes. Dans le sillage de ces incidents, en juin et en septembre, l’OTAN a renforcé la KFOR en déployant au Kosovo une partie des réserves d’intervention stationnées hors des Balkans (ch. 3.2).
Bien qu’en 2024 la situation ait été plus calme, notamment grâce à la présence accrue de la KFOR, un acte de sabotage à l’explosif sans conséquences graves a été perpétré fin novembre au nord du pays contre le canal Ibar-Lepenac dont l’eau sert à refroidir la centrale électrique d’Obilic. Le jour même de l’incident, le gouvernement kosovar s’est empressé d’accuser la Serbie d’être responsable de cet acte. Belgrade a nié toute responsabilité dans cet incident.
L’année 2025 est marquée par une seconde vague plus intensive de fermetures et de réquisitions de locaux des structures parallèles. Dans le courant des derniers mois, de nombreuses institutions ont été fermées au nord et dans les enclaves serbes situées dans le reste du pays. Bien qu’aucun gouvernement n’ait pu être formé depuis les élections législatives de février, la police kosovare poursuit les interventions, désormais à la demande des municipalités qui, elles, ne sont pas soumises à obligation d’annonce à la mission EULEX. Cette nouvelle vague de fermetures n’a pour l’heure pas engendré de détérioration de la situation sécuritaire.
Durant les trois dernières années, la police kosovare a continué de jouer son rôle de première intervenante et de garante de l’ordre public. Néanmoins, en 2023, des policiers albanais kosovars peu expérimentés sont venus remplacer les policiers serbes kosovars démissionnaires. Par ailleurs, la KSF ne peut pas intervenir dans le nord du pays sans autorisation de la KFOR. Dans ce contexte, la mission EULEX et la KFOR, deuxième et troisième instance de sécurité, après la Police du Kosovo, continuent de jouer un rôle clé pour assurer la sécurité.
Le Kosovo n’en est encore qu’à un stade initial dans la lutte contre le crime organisé. Les progrès réalisés en matière d’enquêtes et de poursuites judiciaires sont limités, notamment en raison de la faiblesse des structures étatiques. Ainsi, le pays constitue un lieu de transit idéal et une plaque tournante pour le trafic d’armes, de drogues et de personnes. En outre, compte tenu de la situation socio-économique toujours difficile au Kosovo, les acteurs du crime organisé parviennent aisément à recruter des personnes pour mener leurs activités. Comme les acteurs du crime organisé ont intérêt au maintien d’une certaine stabilité pour la conduite de leurs affaires, ils ne constituent pas une menace directe pour la situation sécuritaire. Toutefois, leur présence dans les secteurs économique, politique et juridique compromet la sécurité du droit, laquelle conditionne les investissements nécessaires au développement économique du pays et à son intégration européenne.
La menace terroriste au Kosovo n’a pas changé de façon significative et n’est pas plus importante que sur le reste du continent européen. Bien que le Kosovo soit concerné par le problème des individus radicalisés et du retour des ressortissants d’origine kosovare partis rejoindre les combattants djihadistes en Syrie et en Iraq, la société kosovare est dépourvue de vision religieuse extrémiste et les structures sociétales contribuent à contrer le développement d’idéologies djihadistes. La KFOR coopère étroitement avec la police kosovare sur le terrain et l’OTAN n’évoque pas l’existence d’une menace dans ce domaine.
Les collaborateurs des organisations internationales engagées au Kosovo sont en mesure d’accomplir leurs tâches sans menaces particulières. D’un point de vue global, ils ne sont pas directement concernés par les problèmes sécuritaires du pays.
2.2.5 Transformation de la Kosovo Security Force (KSF)
En décembre 2018, le Parlement du Kosovo a approuvé la décision du Gouvernement de transformer la KSF en armée régulière (Kosovo Armed Forces [KAF]) d’ici 2028. Jusqu’alors, la KSF était une organisation étatique destinée à la protection civile et dotée d’unités militaires légèrement armées. À ce jour, en poursuivant sa transformation, la KSF continue de s’éloigner de son mandat initial qui consiste à conduire des opérations de recherche et de sauvetage10. Alors qu’à son instauration, la KSF ne disposait que d’armes légères, elle a élargi progressivement l’éventail de son armement en dépit d’un budget modeste (123 millions d’euros en 2023). Dans le cadre du développement des capacités militaires de la KSF, le gouvernement kosovar a fait part de son ambition de développer les capacités aériennes de la KSF. Après l’acquisition de drones de fabrication turque en 2023, le gouvernement a maintenant l’intention de doter la KSF d’hélicoptères.
La transformation de la KSF est particulièrement mal perçue par la Serbie, qui considère cette démarche comme une menace pour la paix avec son ancienne province. Belgrade remet en cause sa légitimité, car l’effectif de la KSF comprend peu de personnes issues de la minorité serbe. Tout déploiement de la KSF dans le nord du Kosovo constituerait pour Belgrade une provocation et un motif d’escalade. De ce fait, depuis 2013, un accord conclu entre le gouvernement du Kosovo et la KFOR prescrit que la KSF ne peut intervenir dans le nord du pays qu’avec l’autorisation de la KFOR. Jusqu’à présent, les autorités kosovares ont respecté cet engagement.
Bien que l’OTAN ne remette pas en question le droit du Kosovo de disposer un jour de sa propre armée, elle rappelle que, selon le mandat onusien, la KFOR est la seule force militaire légitime et impartiale au Kosovo. C’est notamment pour cette raison que l’OTAN limite son soutien au mandat initial de la KSF avec son Équipe de liaison et de conseil (NATO Advisory and Liaison Team [NALT]) créée en 2016. Toutefois, étant donné que le NALT ne conseille la KSF que dans le cadre de son mandat originel de protection civile, il existe une divergence entre les objectifs du NALT et ceux du gouvernement kosovar, qui développe une force militaire. En outre, à plusieurs égards, la transformation de la KSF renferme des défis pour la KFOR. Le commandement de la KFOR, qui selon le mandat onusien est responsable de la sécurité de l’espace aérien du Kosovo, est préoccupé par la volonté de Pristina de continuer de doter la KSF de ses propres capacités aériennes.
En tant qu’État indépendant, le Kosovo a le droit de se doter de sa propre armée. La Suisse considère toutefois qu’il est essentiel que la KFOR puisse continuer à exercer pleinement son mandat pendant la durée de son engagement au Kosovo. Dans cette perspective, la transformation et le développement de la KSF doivent s’effectuer en étroite coordination avec la KFOR. La Suisse reste déterminée à continuer de contribuer aux efforts de la Communauté internationale pour améliorer la stabilité et l’essor des Balkans occidentaux, tout en soulignant qu’il demeure essentiel que chaque État soit, à long terme, en mesure d’assurer lui-même sa propre sécurité.
2.3 Présence et influence de la communauté internationale au Kosovo
La résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU est le fondement de la présence de la KFOR et de plusieurs organisations internationales au Kosovo. Au début de l’engagement international, la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) était responsable de la création d’une administration civile et de la construction de l’État kosovar, notamment de sa police. À ce jour, la MINUK demeure présente au Kosovo, mais sans missions opérationnelles importantes. Elle se concentre désormais sur le conseil, la surveillance et l’établissement de rapports. Le gouvernement kosovar la considère de plus en plus comme étant obsolète, ce qui limite son influence directe sur la politique. De ce fait, la MINUK renforce son soutien aux institutions internationales telles que l’UE, EULEX et l’OSCE en leur fournissant des analyses en matière de politique de sécurité et en coordonnant les questions liées à la sécurité avec la KFOR. À partir de 2008, EULEX a repris progressivement les tâches du mandat exécutif de la MINUK dans les domaines de la mise en place de la justice, de la police, des douanes et de la protection des frontières.
Bien que ces missions soient aujourd’hui encore présentes dans le pays, leurs rôles ont été considérablement réduits avec le développement progressif de l’État kosovar. La MINUK ne dispose aujourd’hui que d’effectifs réduits. En revanche, l’OMIK dispose d’effectifs plus importants, la Russie et la Serbie refusant toute réduction en raison de la situation délicate au Kosovo. L’OMIK poursuit ses activités dans des domaines tels que le développement de la démocratie, les droits des minorités ethniques, la liberté des médias, l’égalité des genres et le soutien électoral. Elle produit des rapports sur les incidents entre les ethnies et observe les élections nationales et municipales au Kosovo.
En 2018, EULEX, qui n’est plus chargée de la poursuite des crimes de guerre, de la corruption, du crime organisé et du terrorisme, a transféré une grande partie de son mandat exécutif dans le domaine judiciaire aux autorités kosovares. Ses compétences exécutives se limitent désormais à la protection des témoins et aux arrestations en lien avec les procédures des chambres spécialisées pour le Kosovo à La Haye. Son effectif ne comptant plus que quelques centaines de policiers, EULEX ne dispose que d’une capacité d’intervention limitée en cas de flambée de violence qui submergerait la police kosovare. De fait, la KFOR a repris ce rôle.
2.4 Engagement civil de la Suisse au Kosovo
La stabilité et la prospérité dans les Balkans occidentaux sont l’une des priorités de la politique extérieure de la Suisse. En tant que troisième donateur bilatéral et partenaire de longue date, la Suisse jouit d’une excellente réputation au Kosovo, aussi bien auprès des autorités que de la société civile et des partenaires internationaux.
En complément du dialogue mené par l’UE, la Suisse soutient d’autres formats de discussion. Le processus dit «de Soleure» réunit régulièrement des représentants de haut rang de tous les principaux partis politiques du Kosovo et de Serbie. Il a pour objectif de renforcer la confiance, d’améliorer les relations et d’approfondir les sujets controversés. Ce processus débouche sur des recommandations concrètes à l’intention des gouvernements des deux pays et des acteurs internationaux.
Depuis l’indépendance du Kosovo en 2008, la Suisse a investi plus de 325 millions de francs dans le pays dans le domaine de la coopération internationale. Dans le cadre du programme de coopération 2022 à 2025 dédié au Kosovo, la Direction du développement et de la coopération (DDC), la Division Paix et droits de l’homme du DFAE et le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) mettent en œuvre des programmes dans les domaines de la gouvernance démocratique, de la sécurité humaine, de l’économie durable et de l’emploi, de l’eau et du changement climatique, ainsi que de la santé.
Une étroite collaboration existe également dans le domaine de la migration: depuis 2010, la Suisse et le Kosovo ont conclu un partenariat migratoire qui comprend notamment le renforcement des autorités chargées des questions migratoires, la prévention de la migration irrégulière, l’aide au retour et la réadmission, ainsi que la lutte contre le trafic humain.
3 Le rôle de la KFOR
3.1 Le mandat de la KFOR
Le mandat portant sur l’engagement de la KFOR, qui découle de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU, a été expressément approuvé par le gouvernement kosovar après la déclaration d’indépendance de 2008. Au sens de la résolution, la KFOR a trois missions:
– mettre en place et maintenir un environnement sûr et stable (y compris garantir la liberté de mouvement sans restriction);
– mettre en œuvre et surveiller l’accord de retrait des forces serbes du Kosovo et le désarmement de l’Armée de libération du Kosovo;
– soutenir la MINUK ainsi que d’autres partenaires civils internationaux.
La KFOR collabore étroitement avec la MINUK, l’OMIK et EULEX.
3.2 Évolution et fonctionnement de la KFOR
L’amélioration et la stabilisation de la situation en matière de sécurité depuis le début de l’engagement de la KFOR ont conduit à adapter le rôle de celle-ci et à réduire progressivement son effectif, qui se montait initialement à environ 50 000 militaires. La KFOR a été régulièrement adaptée aux changements en matière de sécurité, tant en ce qui concerne la composition des troupes que d’effectifs. La mission est passée d’une force robuste omniprésente, essentiellement composée de moyens d’infanterie effectuant des patrouilles et des contrôles, à une force plus modérée, dont la tâche principale est la recherche d’informations et de renseignements (veille situationnelle). Afin de pouvoir agir si la situation se détériore, la KFOR a conservé une capacité d’intervention composée de moyens robustes. Pour effectuer ses tâches, elle s’est dotée d’un triple dispositif (veille situationnelle, intervention et réserve d’intervention) qui lui permet de maintenir une présence légère dans le pays tout en conservant des forces de réserve à haute disponibilité sur place (présence réduite) et hors du pays (présence renforcée). En novembre 2022, environ 3800 militaires de 27 États étaient engagés au sein de la KFOR. Actuellement, 33 États, parmi lesquels figurent cinq États non-membres de l’OTAN, mettent à disposition de la KFOR environ 5 200 militaires. Cette augmentation des effectifs est une conséquence directe de la détérioration de la situation survenue dans le courant de l’année 2023.
Un réseau de 30 équipes de liaison et de surveillance (Liaison and Monitoring Teams [LMT]) constitue l’élément principal de la capacité de veille situationnelle de la KFOR. Il permet de déceler rapidement les éventuelles tendances conflictuelles menant à une détérioration de la situation sécuritaire et, au besoin, de déclencher les éléments d’intervention. Les équipes LMT effectuent également des tâches de médiation au niveau local. Elles font office d’organes d’information pour le commandant de la KFOR. Elles permettent en même temps à la KFOR d’assurer une présence militaire sur l’ensemble du territoire. La KFOR dispose également de formations de reconnaissance qui recherchent des renseignements de manière discrète pour le commandement de la KFOR.
Si la situation se détériore, la KFOR dispose de deux bataillons d’intervention pouvant intervenir dans les secteurs du pays qui leur sont attribués. Un troisième bataillon peut mener une large palette d’interventions sur l’ensemble du Kosovo et en Bosnie et Herzégovine pour la mission EUFOR ALTHEA. Les éléments d’intervention sont appuyés par des éléments de mobilité tactique, tels que des hélicoptères de transport, des éléments du «Joint Logistics Support Group (JLSG)» ou des équipes de déminage d’engins explosifs improvisés.
Si la situation le requiert, la KFOR a par ailleurs la possibilité de faire appel à deux forces de réserve stationnées hors du Kosovo, qui peuvent être engagées dans l’ensemble des Balkans: la Strategic Reserve Force (SRF), forte d’environ 700 militaires, subordonnée au Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE) de l’OTAN et l’Operational Reserve Force (ORF), forte d’environ 1000 militaires, subordonnée à l’Allied Joint Force Command Naples de l’OTAN. Une partie de ces forces réserve ont été déployées en mai (ORF) et septembre (SRF) 2023 après les graves incidents survenus à Zvecan et Bjanska (ch. 2.2.4 et 3.3). Des éléments de l’ORF sont déployés depuis mai 2023 au Kosovo. Les forces de l’ORF fournies tour à tour pas l’Italie et la Turquie sont relevées tous les trois mois.
Les instances militaires de l’OTAN réexaminent tous les six mois, sur la base d’analyses globales de la situation (Comprehensive Security Assessments of the Kosovo Environment), la taille des troupes, ainsi que les tâches et l’orientation de la KFOR, afin d’assurer leur adéquation avec les besoins sécuritaires actuels au Kosovo. Lors de conférences annuelles (Force Generation Conferences), les États contributeurs peuvent soumettre des offres de contribution basées sur les besoins de la KFOR actualisés par l’OTAN. La dernière conférence s’est déroulée en avril 2025.
3.3 Bilan et perspectives pour la KFOR
La KFOR demeure le seul acteur international reconnu et apprécié de toutes les parties au Kosovo; elle jouit d’une grande crédibilité. Elle bénéficie aussi de l’intérêt conjoint des différentes parties à sa présence, même s’il n’existe plus de menace militaire directe au Kosovo. La KFOR, réputée impartiale, couvre l’ensemble du territoire avec ses LMT, sans pour autant donner l’impression de militariser le pays. Elle a la capacité de s’imposer en cas de détérioration de la situation et peut intervenir rapidement dans tout le Kosovo comme ce fut le cas à deux reprises en 2023 (ch. 2.2.4). Cette présence militaire internationale au Kosovo a un effet dissuasif sur les auteurs d’actes de violence et rassure les minorités ethniques qui peuvent se sentir menacées. La Serbie apprécie sa présence, car la KFOR garantit que la KSF ne poursuivra aucune activité dans le nord du Kosovo à population majoritairement serbe qui risquerait de provoquer des incidents interethniques. Le Kosovo apprécie cette présence, car la KFOR, qui surveille la ligne de séparation entre la Serbie et du Kosovo (Administrative Boundary Line, ABL), constitue une force de défense contre une éventuelle agression militaire de la Serbie.
L’OTAN estime que l’engagement de la KFOR devra se poursuivre aussi longtemps que la Serbie et le Kosovo s’avéreront incapables d’établir des relations apaisées entre États souverains. Elle souligne que le manque de volonté politique de Belgrade et Pristina et leurs actions unilatérales sont les principaux obstacles à la réalisation de progrès dans le processus de normalisation des relations entre les parties. La KFOR, dont la mission consiste à garantir de manière impartiale la sécurité au Kosovo, n’a pas pour mandat de résoudre les différends politiques qui subsistent entre les parties. Seules des pressions diplomatiques exhortant Belgrade et Pristina à la mise en œuvre des accords conclus en 2023 et une solution politique permettraient de parvenir à une paix et une stabilité durable au Kosovo. En d’autres termes, la force militaire en elle-même n’est pas suffisante pour créer les conditions permettant de remplir les critères conditionnant une réduction de la présence de la KFOR, voire son retrait. Compte tenu des défis sécuritaires persistants, la KFOR demeure nécessaire en tant que garante militaire d’un environnement sûr, propice au développement du Kosovo et à la stabilité de toute la région. Les États participant à la mission partagent ce point de vue et considèrent que la mise en œuvre de la résolution 1244 reste d’actualité, la situation dans le pays demeurant labile sur les plans politique et sécuritaire. Comme mentionné précédemment (ch. 1), l’Italie et les États-Unis, qui sont les principaux contributeurs de troupes, poursuivent leur engagement. D’autres pays poursuivent leur participation, ou ont réintégré la KFOR à l’image du Royaume-Uni, de la France, de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg.
À l’heure actuelle, les défis sécuritaires sont persistants et le déploiement continu des forces de réserves venues de l’extérieur du secteur d’engagement de la mission n’est pas tenable sur le long terme, en particulier en cas de crise simultanée au Kosovo et en Bosnie et Herzégovine. Compte tenu des nouveaux défis rencontrés sur le terrain, l’OTAN invite les pays contributeurs à fournir des moyens supplémentaires, notamment en réserves d’intervention, capacités anti-drones et veille situationnelle.
3.4 Ancrage dans la posture stratégique de l’OTAN
Après l’agression militaire russe contre l’Ukraine, la stabilité dans les Balkans occidentaux a gagné en importance pour l’OTAN. Selon son concept stratégique de 2022, les Balkans occidentaux font partie de zones stratégiquement importantes pour l’Alliance11. L’OTAN, qui a suivi de près les effets possibles de la guerre en Ukraine sur les Balkans occidentaux, a observé l’augmentation de l’influence de la Russie et de ses activités déstabilisantes. Selon le «Comprehensive Security Assessement of the Kosovo Environment» de février 2025, les activités de désinformation de la Russie qui consistent à répandre des récits hostiles à l’OTAN afin de déstabiliser les communautés locales et compromettre la mission de le la KFOR constituent une préoccupation. Par exemple, les discours russes ont souvent établi des comparaisons entre le Kosovo et ce qu’ils appellent les régions séparatistes d’Ukraine, en particulier la Crimée, créant ainsi de fausses équivalences qui sapent la légitimité du Kosovo sur la scène internationale. Ces informations mensongères sont relayées et amplifiées par les médias serbes et serbes kosovars. Afin de réduire l’impact de tels discours et soutenir le rôle impartial de l’OTAN et de la KFOR au Kosovo, l’Alliance a implémenté des mesures de communication stratégique. Des visites de haut niveau des organes politiques de l’OTAN visant à atténuer les tensions ont eu un impact significatif et positif dans ce domaine.
Selon l’analyse des instances militaires de l’OTAN, la présence militaire de l’Alliance au Kosovo ne peut pas être réduite, au vu de l’importance accrue de la région pour la stabilité en Europe. C’est pourquoi l’OTAN estime que les capacités de la KFOR doivent être maintenues au même niveau.
C’est dans ce contexte que les missions de l’UE et de l’OTAN en Bosnie et Herzégovine et au Kosovo jouent un rôle central. En cas de troubles, elles peuvent appuyer les autorités des États hôtes, si nécessaire au moyen de réserves stationnées hors du pays. De plus, l’Alliance considère que des missions telles que la KFOR peuvent éviter que des régions sensibles soient déstabilisées sous l’effet de l’influence russe.
4 Engagement actuel de la Swisscoy
4.1 Évolution, organisation et tâches
Depuis 1999, la Swisscoy a successivement adapté son organisation et ses tâches aux besoins de la KFOR, eux-mêmes liés à l’évolution de la situation au Kosovo. Au début de son engagement, la Swisscoy était une compagnie logistique d’un effectif maximal de 160 militaires. Cette unité était non armée, à l’exception d’un détachement de sécurité. Une première réorganisation de la KFOR a amené la Suisse à fournir des moyens d’infanterie et un effectif maximal de 220 militaires, désormais armés. Dans le contexte d’une nouvelle adaptation du dispositif de la KFOR, la Swisscoy a aussi adapté son profil. Elle a dès lors fourni à la KFOR des LMT, ainsi que diverses prestations dans les domaines du génie et du transport. Il en a résulté un nouvel effectif maximal de 235 militaires. Entre 2018 et 2020, alors que des moyens de génie lourds utiles à des prestations de transport et de construction n’étaient plus demandés par la KFOR, l’effectif maximal a été réduit à 165 militaires. En 2019, la KFOR a fait part de besoins supplémentaires dans les domaines de la liberté de mouvement, du renseignement et des fonctions d’officiers d’état-major. C’est pourquoi l’effectif maximal est passé à 195 militaires dès 2021, afin de mettre à disposition de la KFOR une section de pionniers et une section de transport et des officiers d’état-major supplémentaires.
En juin 2023, en approuvant la prolongation de la participation suisse à la KFOR jusqu’à fin 2026, avec un effectif maximal de 195 militaires, le Parlement a également donné au Conseil fédéral la compétence d’augmenter, en cours de mandat et jusqu’à la fin de l’engagement, l’effectif du contingent de 30 militaires. Durant l’été 2023, l’Autriche a annoncé à l’OTAN la réduction de sa participation à la KFOR moyennant le retrait de deux compagnies, dont une unité de transport, dès avril 2024. Afin de combler une partie de la lacune occasionnée par le retrait autrichien et en accord avec l’OTAN, en novembre 2023, le Conseil fédéral a décidé d’accroître l’effectif maximal du contingent suisse de 20 militaires dès avril 2024. Le nouvel effectif de 215 militaires a permis à la Suisse de reprendre de l’Autriche la compagnie de transport rattachée au JLSG de la KFOR. Deux tiers de l’effectif nécessaire à cette relève ont été fournis en puisant dans l’effectif suisse déjà présent au Kosovo, notamment des éléments qui effectuent des tâches similaires au profit du contingent. C’est pourquoi la relève était possible en moyennant une augmentation d’effectif de 20 militaires seulement.
Globalement, dans le domaine du transport et de la mobilité, le contingent suisse assure à la KFOR des prestations qualitativement importantes. Le détachement de transport aérien composé de deux hélicoptères de l’armée suisse peut être appelé en permanence à transporter du matériel ou des personnes dans l’ensemble du secteur d’engagement de la KFOR. Pour assurer la liberté de mouvement de la KFOR, la Suisse met à disposition une compagnie qui dispose de moyens permettant de dégager des obstacles improvisés sur les routes. Elle met également à disposition la compagnie de transport qui achemine des marchandises et des personnes pour la KFOR. La compagnie de transport appuie notamment le déploiement des réserves d’intervention de la KFOR. Ces deux compagnies font partie du JLSG. En 2024, la Suisse a fourni pour la première fois le commandant du JLSG qui est un subordonné direct du commandant de la KFOR. Au sein du commandement de la KFOR, la Suisse fournit également plusieurs officiers d’état-major, notamment un officier dans le domaine des opérations d’information, un conseiller politique et un conseiller en matière d’égalité des genres. Cette personne est chargée d’intégrer la perspective de genre dans la conduite des opérations et conseille directement le commandant de la KFOR.
Actuellement, six LMT suisses œuvrent à la recherche d’informations et de renseignements et des officiers d’état-major suisses sont engagés au sein du bataillon de renseignement, surveillance et reconnaissance (Intelligence, Surveillance and Reconnaissance [ISR]) de la KFOR. Un groupe de policiers militaires assument des tâches pour l’ensemble de la KFOR. L’Armée suisse fournit en outre le plus haut responsable de la police militaire de la KFOR (Force Marshal Provost). Une équipe médicale assure, en collaboration avec l’Autriche, le fonctionnement d’un centre médical de type «Role 1». La Swisscoy participe également à la conduite et à l’administration du Camp de la KFOR à Novo Selo.
4.2 Avantages retirés par la Suisse et renforcement de la capacité de défense
Depuis 1999, grâce à sa contribution opérationnelle en faveur de la KFOR, la Suisse, en tant que partenaire de l’OTAN, bénéficie d’avantages non seulement pour le développement opérationnel de l’armée, mais aussi du point de vue de la politique de sécurité et de la politique extérieure.
En ce qui concerne la politique de sécurité et la politique extérieure, l’engagement de la Swisscoy au sein de la KFOR constitue la plus importante contribution opérationnelle dans le cadre du partenariat avec l’OTAN. Comme l’OTAN considère que le statut d’un partenaire dépend également des contributions significatives aux opérations, le fait que la Suisse compte parmi les principaux et plus anciens contributeurs de la KFOR est crucial pour ses relations avec l’OTAN. De ce fait, la participation à la KFOR permet non seulement à la Suisse de prendre part aux évaluations et décisions concernant la mission, mais également de participer aux rencontres ministérielles et de chefs d’état-major d’armée et à d’autres forums de discussion de l’Alliance, auxquels elle n’aurait autrement pas accès. La Suisse peut ainsi accéder à des informations utiles au pilotage de sa politique de sécurité et de sa politique extérieure. La contribution à la KFOR est en outre l’un des atouts qui permet à la Suisse d’obtenir des postes au sein du Secrétariat international et de l’état-major militaire international, où elle peut participer à des projets dans des domaines d’intérêt, tels que la maîtrise des armements et le désarmement, la non-prolifération et l’Agenda femmes, paix et sécurité. La contribution de la Suisse est régulièrement saluée et reconnue par les représentants de l’OTAN lors de rencontres bilatérales et multilatérales de haut niveau.
Sur le plan opérationnel, l’engagement d’officiers au quartier général et dans les états-majors de la KFOR apporte à l’Armée suisse une meilleure compréhension de la conduite opérative de tels engagements et des processus d’état-major qui en découlent, qu’il s’agisse de la récolte d’informations ou de la définition de l’emploi de moyens robustes. Les procédures enseignées en Suisse s’appliquent ainsi dans un engagement international réel.
Dans la perspective de renforcer la capacité de défense, l’entraînement et la mise en œuvre de procédures d’engagement standardisées, en collaboration avec d’autres armées, sont d’une grande utilité. Il est possible de tirer des enseignements pour la disponibilité opérationnelle et le système de disponibilité de l’Armée suisse. Les processus de ravitaillement et d’évacuation sur de grandes distances ont notamment pu être examinés dans un engagement réel. La conduite des deux compagnies du JLSG permet à l’armée de développer sa doctrine de logistique d’engagement en tirant des enseignements en ce qui concerne la liberté de mouvement, les convois, la protection des convois et le dépannage dans le domaine de la logistique de convois exceptionnels. L’engagement des LMT a exposé l’Armée suisse à de nouvelles approches dans le cadre de la coopération avec les acteurs civils.
De plus, l’Armée suisse a pu vérifier l’application de processus d’état-major dans un engagement de longue durée qui se poursuit 24 heures sur 24. Les enseignements tirés ont pu être intégrés directement dans les règlements pertinents. Grâce aux expériences acquises au Kosovo, l’Armée suisse a pu intégrer de nouvelles procédures opérationnelles dans sa doctrine.
S’y ajoute l’expérience de la responsabilité de conduite assumée pendant six mois. L’engagement d’un officier général suisse, entre novembre 2018 et octobre 2019, dans la fonction de DCOM KFOR, a permis à l’Armée suisse d’acquérir sa première expérience dans la conduite d’une mission militaire internationale de maintien de la paix.
Enfin, l’engagement permet également de recueillir des expériences sur une période prolongée, notamment quant aux aptitudes, aux performances ou aux besoins de maintenance du matériel utilisé et de nouveaux systèmes en cours d’évaluation. Quant aux possibilités de test, le secteur d’engagement de la KFOR permet par exemple de conduire des évaluations de drones et de systèmes de défense anti-drones, qui joueront un rôle clé dans la capacité de défense de la Suisse. Compte tenu des restrictions existantes, de telles évaluations ne pourraient pas être conduites en Suisse sur de longues distances, à des altitudes élevées et à toute heure de la journée.
Sur le terrain, la présence de la Swisscoy profite au travail de l’Ambassade de Suisse au Kosovo. Cette collaboration, qui se matérialise par un échange régulier d’informations, a des retombées positives pour le domaine de la coopération au développement dans le pays. Des informations issues des contacts que les équipes LMT entretiennent avec la population ont ainsi permis au Bureau de coopération suisse au Kosovo de mettre en place des projets de développement répondant à de nouveaux besoins identifiés sur le terrain.
4.3 Personnel
4.3.1 Disposition à accomplir un service volontaire
Après 26 ans d’engagement, le service de promotion de la paix au sein de la Swisscoy demeure attrayant, notamment parce qu’il offre la possibilité de travailler dans un contexte international et multiculturel riche en expériences utiles pour le développement personnel et professionnel. Selon l’art. 66, al. 3, de la loi du 3 février 1995 sur l’armée (LAAM)12, la participation à un engagement de promotion de la paix est volontaire. Grâce à un système de recrutement efficace, l’armée parvient toujours à engager suffisamment de personnel qualifié pour un service de promotion de la paix au sein de la Swisscoy, bien que le recrutement de certaines catégories de personnel, telles que les spécialistes des domaines de l’aide au commandement, de la maintenance et de l’infrastructure, ainsi que les policiers militaires, les médecins et les officiers, soit plus ardu.
Entre janvier 2024 et décembre 2024, sur un total d’environ 800 personnes intéressées, environ 450 volontaires ont effectué le premier jour de recrutement et 382 ont été invités pour le second jour de recrutement au centre de compétence SWISSINT à Stans. Finalement, 239 personnes ont pu être engagées dans l’un des deux contingents déployés durant cette période. Parmi les membres d’un contingent Swisscoy, on compte en moyenne une proportion de 15,7 % de collaborateurs civils et militaires (officiers d’état-major, équipages et mécaniciens d’hélicoptères, policiers militaires et démineurs d’engins explosifs improvisés) du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) et 84,3 % de personnes issues de la milice. Par ailleurs, les contingents Swisscoy comprennent en moyenne 34,1 % de militaires prolongeant l’engagement en cours ou ayant déjà effectué un engagement au sein de la Swisscoy.
Cette situation sur le plan du recrutement peut être attribuée à l’attrait du service de promotion de la paix, à un système de rémunération à la fois intéressant et conforme aux standards de la Confédération, ainsi qu’aux mesures prises en matière de communication. Dans ce domaine, l’armée ne s’adresse pas seulement aux personnes incorporées dans ses rangs, mais à l’ensemble de la société.
4.3.2 Les femmes dans la Swisscoy
Au cours des dernières années, la participation des femmes aux missions internationales de maintien de la paix a augmenté de manière constante, car leur rôle particulier dans la promotion de la paix est de plus en plus reconnu. En fonction du contexte culturel ou religieux dans lequel une mission évolue, les femmes parviennent à accomplir des tâches qui sont moins à la portée de leurs collègues masculins. À titre d’exemple, l’ONU, qui a également reconnu l’importance d’une présence féminine, s’est fixé l’objectif de 25 % de personnel féminin parmi les spécialistes, tels que les observateurs militaires engagés au sein de ses missions. Les femmes jouent un rôle clé dans les efforts de promotion de la paix au Kosovo. En fonction de la culture des ethnies avec lesquelles la KFOR interagit, la communication avec la population féminine est plus difficile pour les militaires masculins. Cet aspect est crucial pour les membres des LMT, qui doivent maintenir des contacts réguliers avec la population dans toute sa diversité.
Afin de pallier le fait que les Suissesses ne sont pas soumises à l’obligation de servir et n’ont pas, pour la plupart, suivi de formation militaire, la formation dispensée aux membres féminins du contingent avant l’engagement au sein de la Swisscoy comprend une phase d’instruction militaire de base.
Ce faisant, l’armée parvient à recruter plus de femmes disposées à effectuer un engagement, en particulier au sein des LMT. La proportion moyenne de femmes engagées au sein de la Swisscoy se situe entre 15 % et 20 % selon les contingents. Il s’agit d’un pourcentage bien supérieur à la présence féminine dans l’effectif global de l’armée (1,6 %). Cette différence s’explique notamment par l’attrait, la rémunération, les expériences et les débouchés professionnels que comporte le service de promotion de la paix.
Cette évolution encourageante ne profite pas seulement à la promotion militaire de la paix. Pour l’armée, il s’agit également d’un retour sur investissement. 6 % des femmes qui se sont enrôlées dans l’armée entre 2021 et 2024, l’ont fait après avoir effectué un service de promotion de la paix.
Les efforts visant à accroître la participation féminine dans la Swisscoy et la promotion militaire de la paix seront poursuivis.
5 Avenir de la Swisscoy
5.1 Poursuite de l’engagement: intérêt sous l’angle de la politique de sécurité et de la politique extérieure
Bien que la probabilité de voir un conflit armé éclater au Kosovo demeure faible, l’environnement sécuritaire du Kosovo reste caractérisé par des tensions et provocations permanentes. Les relations entre Belgrade et Pristina sont caractérisées par un antagonisme permanent: le comportement des deux parties va à l’encontre d’une normalisation et empêche tout progrès pour atteindre les critères adoptés par l’OTAN et les pays contributeurs pour réduire la KFOR à une présence minimale, voire pour son retrait. En outre, dans le contexte de la guerre en Ukraine, les activités de désinformation de la Russie qui visent à déstabiliser des communautés locales et à compromettre la mission de la KFOR continuent de préoccuper (ch. 3.4). Dans ce contexte, il est vraisemblable que la présence de la KFOR sera nécessaire pour de nombreuses années encore.
Compte tenu des liens étroits qui existent entre la Suisse et le Kosovo, notamment du point de vue démographique, la stabilité dans les Balkans occidentaux est également dans l’intérêt de la Suisse, qui profite de la présence de la KFOR au Kosovo. La stabilité au Kosovo est essentielle pour la paix et la sécurité dans les Balkans occidentaux et est donc dans l’intérêt de toute l’Europe. Alors que l’OTAN et ses membres continuent de se mobiliser pour renforcer le dispositif de l’Alliance à l’Est, en poursuivant son engagement dans la KFOR et en continuant à se tenir prête à le renforcer comme elle l’a fait en 2024, la Suisse démontre qu’elle est prête à assumer sa part de responsabilité dans le cadre des efforts également consentis par ses partenaires pour la sécurité en Europe.
Considérant que la Swisscoy constitue la plus importante contribution opérationnelle dans le cadre du partenariat de la Suisse avec l’OTAN (ch. 4.2), cette contribution est d’autant plus importante dans la perspective du renforcement de la coopération internationale, notamment avec l’OTAN, présenté par le Conseil fédéral dans son rapport complémentaire au rapport sur la politique de sécurité 202113. La poursuite et le renforcement de la contribution de la Suisse en faveur de la KFOR sont en adéquation avec ses intérêts de politique de sécurité et de politique extérieure. Elle garantit l’accès à des plateformes de discussions et des informations de l’OTAN importantes pour la Suisse. Elle permet d’entraîner des procédures d’engagement réelles, apportant une expérience opérationnelle précieuse pour l’Armée suisse.
5.2 Effectif
Pour le mandat en cours, l’effectif maximal est de 215 militaires. Avec ce contingent, la Suisse met à disposition de la KFOR les moyens décrits précédemment (ch. 4.1), notamment la compagnie de transport du JLSG, qui a été reprise de l’Autriche en avril 2024 moyennant une augmentation de l’effectif maximal de 20 militaires, décidée par le Conseil fédéral en novembre 2023. Afin que la Suisse puisse continuer de mettre la compagnie de transport à disposition de la KFOR, il est nécessaire de maintenir l’effectif maximal au niveau actuel de 215 militaires pour le prochain mandat.
5.2.1 Renforcement du contingent au titre du soutien à la KFOR
En donnant au Conseil fédéral la compétence d’augmenter, en cours de mandat, l’effectif maximal de 30 militaires au plus, le Parlement a permis à la Suisse d’être en mesure de répondre rapidement à des changements opérationnels de la KFOR14. Après l’annonce de la réduction de la participation autrichienne à la KFOR, le Conseil fédéral a pu décider à brève échéance d’augmenter l’effectif maximal de la Swisscoy afin de combler une partie de la lacune occasionnée par ce retrait partiel (ch. 4.1). Sans cette compétence, l’approbation du Parlement moyennant un message complémentaire aurait été nécessaire. La durée de cette procédure n’aurait pas permis de réagir dans des délais raisonnables. En outre, les développements des dernières années ont démontré que la situation sécuritaire au Kosovo peut se dégrader rapidement et à tel point que la KFOR doive augmenter ses effectifs (ch. 2.2). La KFOR pourrait alors nécessiter des contributions supplémentaires que la Suisse serait en mesure de fournir. Dans un tel cas, une telle compétence donnerait au Conseil fédéral la flexibilité nécessaire pour augmenter rapidement l’effectif maximal. Un tel besoin pourrait aussi se manifester dans le contexte de détérioration de la situation à l’est de l’Europe. Les partenaires de la Suisse pourraient être amenés à augmenter leur engagement dans cette région et à réduire leurs prestations au sein de la KFOR. Dans cette perspective, la Suisse pourrait être sollicitée pour augmenter sa participation aux efforts de stabilisation des Balkans occidentaux, en particulier au sein de la KFOR. Cela implique que pour une telle augmentation d’effectif, ce sont les considérations liées à la politique de sécurité qui sont déterminantes. La probabilité que la Suisse soit sollicitée en cours de mandat et puisse augmenter sa contribution est ainsi devenue plus grande.
Le Conseil fédéral propose ainsi de lui déléguer à nouveau la compétence d’augmenter l’effectif de la Swisscoy de 30 militaires au plus en cours de mandat. Au vu de la détérioration de la situation internationale, une telle flexibilité met en évidence que la Suisse souhaite poursuivre son soutien à la KFOR, alors que l’Alliance est confrontée à des défis majeurs en lien avec la guerre en Ukraine. Elle souligne aussi l’intention de la Suisse de s’engager davantage dans le cadre de la promotion militaire de la paix, et de développer ses contributions, conformément au rapport du DDPS du 9 novembre 202015.
5.2.2 Renforcement temporaire du contingent au titre de la logistique et de la sécurité du contingent
Pour parer à des situations qui demandent un renforcement temporaire, pour des raisons logistiques ou pour assurer la sécurité du contingent, les Chambres fédérales ont autorisé le Conseil fédéral, pour la durée du mandat actuel, à augmenter, pour une durée limitée et pour des tâches définies, l’effectif de la Swisscoy16. Concrètement, il s’agit de mettre en œuvre des mesures d’autoprotection en cas de menace accrue (max. 20 militaires) ou d’assurer des travaux de maintenance (max. 50 militaires).
Il n’a pas été nécessaire de renforcer le contingent pour des motifs d’autoprotection au cours des trois dernières années. Tous les événements en rapport avec la sécurité ont pu être gérés sur place avec les moyens de la KFOR. Le Conseil fédéral est toutefois de l’avis qu’en cas d’aggravation majeure de la menace sur place, la Swisscoy pourrait nécessiter davantage de moyens d’autoprotection pour pouvoir poursuivre sa mission. C’est pourquoi il propose de reconduire la possibilité de renforcer le contingent de 20 militaires pour une durée maximale de 4 mois, comme le prévoit le mandat actuel. Ce déploiement supplémentaire concernerait en premier lieu des militaires du commandement des forces spéciales.
Il n’a pas non plus été nécessaire d’augmenter l’effectif de 50 militaires pour une durée maximale de 8 mois au titre des travaux de maintenance. Un changement de dispositif de la KFOR pourrait toutefois créer des besoins à court terme dans le domaine logistique. Le Conseil fédéral propose de maintenir cette possibilité également.
5.3 Durée de l’engagement
La résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU prévoit que l’engagement de la KFOR sera prolongé «tant que le Conseil de sécurité n’en aura pas décidé autrement». Dans son «Comprehensive Security Assessement» de février 2025, l’OTAN fait valoir que la présence de la KFOR au Kosovo reste nécessaire, car les conditions permettant de réduire ses capacités ne sont pas remplies.
Au vu des motifs présentés aux ch. 2, 3.4, 4.2, 5.1 et 5.2, le Conseil fédéral propose de prolonger l’engagement de la Swisscoy de trois années supplémentaires, soit jusqu’au 31 décembre 2029. Il peut décider à tout moment de mettre fin à l’engagement de manière anticipée. L’armée dispose des planifications destinées à répondre à une telle éventualité. En pareil cas, le Conseil fédéral informe les Commissions de politique extérieure et les Commissions de la politique de sécurité des deux conseils, conformément à l’art. 152, al. 2, de la loi du 13 décembre 2002 sur le Parlement17.
Jusqu’à présent, les arrêtés fédéraux autorisant la prolongation de l’engagement de la Swisscoy prévoyaient que, le 31 décembre de chaque année, le DDPS remettent aux CPS et CPE des deux conseils un rapport intermédiaire sur l’engagement. La pratique des dernières années a consisté à demander aux commissions une dispense de rapport les années lors desquelles un message est adopté par le Conseil fédéral et les années lors desquelles la prolongation de l’engagement est débattue au Parlement. Le Parlement étant informé par le message et lors des débats sur l’engagement, les quatre commissions ont toujours accepté cette requête. C’est pourquoi le projet d’arrêté fédéral prévoit que le DDPS fournisse un rapport sur l’engagement le 31 décembre 2027 uniquement.
6 Conséquences
6.1 Conséquences financières
6.1.1 Coûts de l’engagement
En raison des développements qui peuvent affecter l’environnement et les tâches de la Swisscoy, les coûts de l’engagement peuvent varier en cours de mandat sans que l’effectif ne change. Les tâches nécessitant surtout des éléments d’infanterie, par exemple, génèrent des coûts moins élevés que les tâches nécessitant des composantes de génie et une expertise particulière de la part des militaires déployés.
En 2023, l’engagement de la Swisscoy a coûté environ 43,1 millions de francs, pour un effectif maximal de 195 militaires. En 2024, le coût de l’engagement est passé à environ 47,2 millions de francs. Cette hausse des coûts s’explique principalement par l’augmentation de l’effectif maximal du contingent de 195 à 215 militaires mise en œuvre en avril 2024. Toutefois, d’autres facteurs tels que les dépenses dans le domaine de l’infrastructure jouent un rôle central. Les investissements dans la construction de nouveaux logements et espaces de travail, l’infrastructure informatique, la logistique et l’entretien et l’exploitation des installations existantes influencent également les coûts.
En tenant compte du renchérissement (env. 5 %), il est prévu que le budget annuel pour un effectif maximal de 215 militaires passe de 46,5 millions de francs pour le mandat en cours (2024 à 2026) à 48,9 millions de francs pour le prochain mandat (2027 à 2029).
Les dépenses prévues pour l’engagement de la Swisscoy avec un effectif maximal de 215 militaires sont les suivantes:
Rubrique | Effectif max. de 215 | |
|---|---|---|
Mandat | 2027 à 2029 | |
Dépenses matérielles et frais d’exploitation | 9 750 000 | |
Personnel | 39 150 000 | |
Coût total annuel | 48 900 000 |
Les coûts de l’engagement sont couverts par le budget du DDPS.
6.1.2 Coûts de l’engagement en cas de renforcement du contingent au titre du soutien à la KFOR
Si le Conseil fédéral devait décider d’un renforcement du contingent de 30 militaires au plus pour répondre à un besoin supplémentaire de la KFOR (cf. 5.2.1), les dépenses prévues pour une année augmenteraient de 6,81 millions de francs (sans renchérissement) et se présenteraient comme suit:
Rubrique | Effectif max. de 245 | |
|---|---|---|
Mandat | 2027 à 2029 | |
Dépenses matérielles et frais d’exploitation | 11 110 000 | |
Personnel | 44 600 000 | |
Coût total annuel | 55 710 000 |
Les coûts supplémentaires liés à l’augmentation de l’effectif maximal du contingent en cours de mandat seraient couverts par le budget du DDPS.
6.1.3 Coûts supplémentaires en cas de renforcement temporaire du contingent au titre de la logistique et de la sécurité du contingent
Le renforcement éventuel du contingent, pour une durée limitée, au titre de la maintenance et de la gestion de l’infrastructure ou l’augmentation, le cas échéant, du degré de protection, auraient les conséquences financières suivantes:
Rubrique | Augmentation pour assurer | Augmentation pour |
|---|---|---|
Durée supposée de l’engagement sur place | 8 mois au max. | 4 mois au max. |
Effectif supposé du détachement | 50 personnes | 20 personnes |
Dépenses matérielles et frais d’exploitation | 4 870 000 | 220 000 |
Personnel | 5 200 000 | 1 050 000 |
Frais supplémentaires | 10 070 000 | 1 270 000 |
Les coûts indiqués ici ne prennent effet que si le Conseil fédéral décide un renforcement correspondant. Ils seraient également couverts par le budget du DDPS.
6.2 Conséquences sur l’état du personnel
Depuis le début de l’engagement de la Swisscoy, des collaborateurs affectés au projet viennent renforcer le centre de compétence SWISSINT. Ces employés civils ont un contrat de travail établi pour la durée du mandat de la Swisscoy. Les postes concernés sont liés à l’engagement de la Swisscoy et seront supprimés au terme de celui-ci. Les employés affectés au projet sont engagés principalement dans le recrutement, la gestion des finances, la planification, l’aide au commandement, le ravitaillement, la maintenance et l’instruction. Actuellement, leur effectif est de 39 équivalents plein temps (EPT). Une éventuelle augmentation de l’effectif maximal de 30 militaires en cours de mandat nécessiterait cinq EPT supplémentaires, financés par le budget ordinaire de l’armée.
Par ailleurs, trois militaires contractuels soutiennent l’instruction à Stans. C’est une nécessité, parce que chaque contingent doit, dans un premier temps, être amené au niveau d’instruction militaire de l’unité, puis suivre une formation propre à la fonction et, enfin, être familiarisé avec les particularités du secteur d’engagement. La formation des contingents demande d’importants moyens, dans la mesure où les contenus doivent être en permanence adaptés à l’évolution de la situation sur place et à la mission à accomplir.
6.3 Conséquences pour les cantons et les communes, ainsi que pour les centres urbains, les agglomérations et les régions de montagne
La poursuite de l’engagement de la Swisscoy n’implique aucun changement pour le canton de Nidwald, qui abrite le centre de compétence SWISSINT.
7 Relations avec le programme de la législature
Le projet n’a été annoncé ni dans le message du 24 janvier 2024 sur le programme de la législature 2023 à 202718 ni dans l’arrêté fédéral du 6 juin 2024 sur le programme de la législature 2023 à 202719. Le présent arrêté correspond toutefois à l’objectif 15 du message («La Suisse agit de manière cohérente et en partenaire fiable pour le développement et la paix; elle s’engage à l’échelle internationale pour la démocratie et les droits de l’homme ainsi que pour la prévention et la gestion des crises mondiales»), formulé dans les termes suivants: «La Suisse veut s’engager encore davantage dans la prévention ainsi que dans le soutien des processus politiques visant à résoudre les crises et les conflits» et «La Suisse poursuit sa participation à des missions militaires de promotion de la paix à l’étranger»20. Le présent arrêté doit permettre de prolonger jusqu’au 31 décembre 2029 l’engagement de la Swisscoy au sein de la KFOR et permettre à la Suisse de l’interrompre à tout moment.
8 Procédure de consultation
Le projet n’a pas fait l’objet d’une procédure de consultation, car il ne revêt pas une grande portée politique ou financière et ne touche pas particulièrement les cantons, au sens de l’art. 3, al. 1, let. d et e, de la loi du 18 mars 2005 sur la consultation21.
9 Aspects juridiques
9.1 Constitutionnalité et légalité
L’art. 58, al. 2, de la Constitution (Cst.)22 définit la mission de l’armée comme suit: «L’armée contribue à prévenir la guerre et à maintenir la paix; elle assure la défense du pays et de sa population. Elle apporte son soutien aux autorités civiles lorsqu’elles doivent faire face à une grave menace pesant sur la sécurité intérieure ou à d’autres situations d’exception. La loi peut prévoir d’autres tâches». L’art. 1, al. 4, LAAM précise en outre que l’armée contribue à promouvoir la paix sur le plan international dans le cadre de ses tâches.
La constitutionnalité du service de promotion de la paix a déjà été examinée et confirmée à plusieurs reprises, dans la mesure où les engagements reposent sur une base volontaire23. En ce qui concerne les mesures prises pour l’exécution de la mission et la protection de ses membres, notamment la question de l’armement, ces aspects ne sont pas pertinents pour l’évaluation de la constitutionnalité. Le Conseil fédéral est toutefois tenu d’examiner dans chaque cas la compatibilité de l’engagement avec les principes de la politique extérieure et de la politique de sécurité, avec le droit de la neutralité ainsi qu’avec la politique de neutralité.
Les conditions préalables à un engagement de promotion de la paix sont définies à l’art. 66 LAAM: un tel engagement peut être ordonné sur la base d’un mandat de l’ONU ou de l’OSCE et en conformité avec les principes de politique extérieure et de sécurité de la Suisse; il doit être accompli par des personnes formées dans ce but; la participation s’effectue sur une base volontaire. Dans le cas de la Swisscoy, ces conditions sont remplies: la KFOR agit en application de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU et son personnel, qui suit préalablement une instruction spécifique conduite par le centre de compétence SWISSINT, est exclusivement composé de volontaires.
9.2 Compétence
Le Conseil fédéral, qui est responsable de la conduite de la politique extérieure et de la politique de sécurité, peut ordonner des engagements de promotion de la paix et définir l’équipement et l’armement nécessaires ainsi que d’autres mesures. Comme l’engagement de la Swisscoy est armé, que son effectif dépasse 100 militaires et qu’il dure plus de trois semaines, sa prolongation telle qu’elle est proposée par le présent message est soumise à l’approbation de l’Assemblée fédérale (art. 66b, al. 4, LAAM).
9.3 Forme de l’acte à adopter
L’arrêté fédéral constitue un acte particulier de l’Assemblée fédérale, expressément prévu dans une loi fédérale (art. 173, al. 1, let. h, Cst.). L’art. 66b, al. 4, LAAM prévoit que l’approbation de l’Assemblée fédérale est nécessaire pour un engagement armé de plus de 100 militaires ou durant plus de trois semaines. Sont sujets au référendum les arrêtés fédéraux dans la mesure où la Constitution ou la loi le prévoit (art. 141, al. 1, let. c, Cst.). En l’espèce, dans la mesure où ni la Constitution ni la loi ne prévoient de référendum, l’acte revêt la forme d’un arrêté fédéral simple (art. 163, al. 2, Cst.).
9.4 Frein aux dépenses
Le projet ne contient pas de dispositions relatives aux subventions et ne prévoit ni crédits d’engagement ni plafonds de dépenses. Il n’est donc pas soumis au frein aux dépenses (art. 159, al. 3, let. b, Cst.).