Protection des marais et sylviculture
Moorschutz und Forstwirtschaft Protection des marais et sylviculture Tutela delle paludi e economia forestale
GROUPE DE TRAVAIL SYLVICULTURE ET PROTECTION DES MARAIS
Problèmes et ébauches de solutions 4.1 Le marais et la forêt sont des biotopes souvent étroitement liés, qui Manuel peuvent même se superposer. Sous nos conditions climatiques, les Conservation des marais en Suisse 2 hauts-marais, par exemple, sont en majorité couverts de peuplements 2/1994 clairiérés de pins de montagne, sauf dans leur centre, où la forêt n'apparaît généralement pas. De même une grande partie de nos basmarais est susceptible de se boiser. Si l'on excepte les grandes cariçaies, les roselières et les marais de transition (respectivement leurs faciès humides), la majorité des bas-marais est issue d'un défrichement de la forêt, suivi d'une exploitation agricole.
Selon les relevés de l'inventaire des biotopes marécageux d'importance nationale (hauts-marais et marais de transition / bas-marais), 90% des hauts-marais et 80% des bas-marais sont au moins partiellement entourés de forêt. On remarque une imbrication étroite des marais et de la forêt, en particulier dans les sites marécageux des zones de flysch des Préalpes.
Les contributions suivantes résument les principaux conflits d'utilisation surgissant entre la foresterie et la protection des marais. Nous insistons sur le fait que les exposés suivants ne visent ni la mise en accusation des forestiers, ni la dénonciation publique d'individus. Il s'agit bien plutôt de montrer la problématique, d'évaluer les divers 2 MANUEL conflits et de présenter des ébauches de solutions. CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE
310.710.9421 250 6.94 1
GROUPE DE TRAVAIL SYLVICULTURE ET PROTECTION DES MARAIS
Aperçu des principaux conflits entre la sylviculture et la protection des marais 4.1.1 1 INTRODUCTION
L'art. 24sexies al. 5 Cst. place sous protection les marais et les sites marécageux d'importance nationale et exige en outre, dans sa disposition transitoire, le démantèlement et la remise dans l'état d'origine, aux frais du responsable, des installations, constructions ou modifications de terrain contraires au but visé par la protection et entreprises après le 1er juin 1983.
Les groupes de travail "Art. 24sexies al. 5 Cst." et "Exploitations" ont étudié les implications pratiques de cette formulation (ARBEITS- GRUPPE ARTIKEL 24sexies ABSATZ 5 BV, 1988/ GROUPE DE TRAVAIL EXPLOITATIONS, 1990). Ce dernier groupe a défini dans son rapport final provisoire, en accord avec les connaissances du moment et les conditions politico-juridiques, les exploitations et modifications admissibles dans les sites marécageux d'une beauté particulière et d'importance nationale, entre autres dans le domaine forestier. L'issue de la révision de la LPN nécessitera de revoir certains points.
Lors de l'acceptation de l'initiative de Rothenthurm le 6 décembre 1987, l'inventaire des hauts-marais et des marais de transition d'importance nationale était déjà presque achevé, alors que celui des bas- MANUEL marais était en cours d'élaboration. Les atteintes nuisibles portées aux CONSER· marais selon cet article de la constitution ne purent donc être relevées VATION DES MARAIS systématiquement que dans l'inventaire des sites marécageux. Au EN SUISSE total, 1614 exploitations ou modifications qui sont très probablement contraires à l'art. 24sexies al. 5 Cst., puisque désignées comme importantes, furent identifiées et cartographiées. Parmi elles, 76 (= 5%) sont clairement rattachées à des activités forestières; elles concernent principalement de nouvelles routes et chemins forestiers ainsi que le reboisement de surfaces marécageuses.
Le présent document résume les principaux conflits entre la forêt et la conservation des marais. Les aspects relatifs à la protection des biotopes marécageux et à celle des sites marécageux seront traités simultanément. Les premiers seront tout spécialement abordés dans les chapitres 2.1, 3.1, 3.2, 3.4, 4 et 5.1. Les bases juridiques ne seront pas présentées en détail, puisqu'elles font l'objet de plusieurs contributions rédigées par des juristes, publiées dans le premier volume du présent manuel, sous le point 4.1.
2 SYLVICULTURE
2.1 Modification de la composition de la forêt (essences indigènes
adaptées à la station)
Les modifications anthropogènes de la composition des essences (MAYER, 1984, p. 277) dans les stations de forêts marécageuses (ELLENBERG / KLOTZLI, 1972: Nos 44, 45, 71 ainsi que les sousassociations du No 56 pour le domaine humide) et dans les stations de forêts alluviales (souvent également à l'extérieur de la surface du biotope marécageux au sens de l'inventaire des hauts-marais, respectivement des bas-marais) peuvent entraîner une diminution de l'aspect marécageux, de la beauté du site et de la diversité écologique. Le large éventail que recouvre cette catégorie de modifications correspond à des degrés divers d'atteintes du point de vue de la conserva- Fig. 1: Plantation de peupliers de culture non indigènes sur une antion des sites marécageux. Dans cette optique, il faut relever l'impor- cienne station de forêt marécageuse. tance des grandes plantations de peupliers de culture non indigènes Photo: Hintermann & Weber AG
4.1.1 (par exemple sur les berges de cours d'eau ou d'eaux dormantes) ou de mélèzes inadaptés à la station (par exemple dans les Préalpes). De telles atteintes forestières sont contraires à la protection des sites marécageux et ne sont plus admises depuis le 1er juin 1983. Le rajeunissement de tous les peuplements forestiers à l'intérieur des sites marécageux doit se pratiquer par conséquent avec les essences indigènes adaptées à la station et se déroJ.ller si possible naturellement.
Derrière les plantations mentionnées ci-dessus, il faut voir encore aujourd'hui le souci primaire des propriétaires forestiers de valoriser les peuplements en termes de rendement et de sylviculture. S'il s'agit de peuplements forestiers spéciaux au sens de la protection de la nature et du paysage (OFFICE FEDERAL DES FORETS ET DE LA PRO- TECTION DU PAYSAGE, 1987, p. 16 et ss), il faut renoncer à leur transformation et une solution consiste à les classer comme forêts non productrices. Dans les sites marécageux, cette procédure se trouve favorisée par la possibilité de dédommager la renonciation à l'exploitation (projet mis en consultation d'ordonnance pour la protection des sites marécageux d'une beauté particulière et d'importance nationale (ordonnance sur les sites marécageux, OSM) du mois de septembre 1991, art. 11, al. 2). MANUEL Le maintien et l'encouragement d'un mélange d'essences adaptées à la CONSERstation dépendent pour une très large part du forestier et de l'ensei- VATION DES MARAIS gnement en sylviculture. EN SUISSE
2.2 Lisières forestières et surfaces de rajeunissement
Les lisières forestières et les surfaces de rajeunissement géométriques et inadaptées au paysage peuvent nuire à la beauté du site de façon déterminante. Dans les zones de forêts feuillues, l'aspect linéaire inesthétique est encore renforcé par le contraste de couleurs engendré par les peuplements purs de résineux.
Les lisières rectifiées, sans ourlets composés d'arbustes ou d'arbres de hauteur moyenne (p. ex. l'érable champêtre, le charme, l'alisier blanc ou l'alisier torminal, etc.) amènent, de plus, des désavantages écologiques connus (ARBEITSKREIS FORSTLICHE LANDES- PFLEGE, 1984, p. 33 et ss.).
Dans la forêt privée très morcelée des sites marécageux du Plateau, Fig. 2: Reboisements géométriques on observe fréquemment des parcelles entièrement reboisées avec des et inadaptés au paysage en bordure de forêt; les épicéas ne sont pas en épicéas. Parfois, les épicéas alignés au cordeau pénètrent jusque dans station. les marais. L'ordonnance future sur les sites marécageux va fournir les Photo: Hintermann & Weber AG possibilités juridiques d'influencer de manière accrue la gestion des Fig. 3: Peuplement pur de résineux forêts privées (projet d'QSM en consultation, art. 5 al. 2, lit. f). Le avec des essences non en station ou forestier aura ainsi à sa disposition un instrument important pour seulement partiellement adaptées à la encourager une sylviculture proche de la nature. station; contribution à l'appauvrissement de l'espace vital et du paysage. Photo: Hintermann & Weber AG
2.3 Peuplements de vieux bois résineux
Les peuplements purs de vieux bois résineux dans les sites marécageux de l'étage collinéen et montagnard (principalement sur le Plateau) sont probablement issus de transformations, sur des grandes surfaces, de taillis en futaie, au cours de la seconde moitié du siècle passé. Comme ces peuplements ne sont, à l'exception de quelques stations particulières (pineraies, pessières-sapinaies à Bazzania), ni conformes, ni adaptés à la station et qu'ils contribuent à appauvrir le biotope et le site, il faut, également du point de vue forestier, poursuivre l'objectif à long terme de les transformer en peuplements mélangés avec une dominante feuillue. C'est dans cette optique qu'il s'agit d'évaluer et d'adapter, le cas échéant, les planifications sylvicoles existantes. Vapplication de cette stratégie ne sera finalement couronnée de succès que si les interventions sylvicoles sont planifiées et réalisées de manière conséquente.
4.1.1
2.4 Intensité de l'intervention lors de coupes d'éclaircie et de
rajeunissement
Dans les sites marécageux des Préalpes et des Alpes, on observe souvent de fortes interventions sylvicoles lors d'exploitations réalisées à l'aide de câbles-grues. Comme pour les peuplements de vieux bois résineux mentionnés au chapitre 2.3, il ne s'agit pas d'un problème spécifique aux sites marécageux, mais bien plutôt d'un problème général d'esthétique paysagère et d'économie forestière.
Les coupes importantes réalisées à l'aide de câble ont en général des motifs d'ordre technique et/ou économique. LEIBUNDGUT (1990, p. 96) déclare que certaines entreprises forestières se voient contraintes, vu la situation économique actuelle et malgré une meilleure compréhension de la problématique, d'adopter un peu trop fortement un point de vue purement technique pour l'exploitation. Les travaux d'abattage s'en trouvent simplifiés et les frais de débardage peuvent ainsi être réduits, car la part des frais fixes pour le montage et le démontage du câble-grue diminue par mètre cube si la quantité de bois exploitée augmente. D'un autre côté, de fortes interventions sylvicoles réalisées à de longs intervalles risquent de déstabiliser les peuplements et peuvent entraîner des dégâts très importants 2 MANUEL (LEIBUNDGUT, 1984, p. 159, écrit que les interventions tardives, CONSERtrop rares et trop considérables représentent le principal problème de VATION DES MARAIS la sylviculture de montagne): EN SUISSE
Diminution de la fonction protectrice de la forêt.
Utilisation répétée nécessitée par des chablis ou des attaques de bostryches.
Danger que l'on construise de manière précipitée, pour la réparation des dommages, des routes forestières et des pistes à machines, dont le tracé est déterminé avant tout par des objectifs à court et à moyen terme.
Création artificielle de peuplements avec des essences non en station (p. ex. mélèzes dans les Préalpes).
Minéralisation rapide des substances organiques dans les couches supérieures du sol sur les surfaces de chablis et qui sont de ce fait soumises à une augmentation de l'insolation. Les substances nutritives lessivées et la terre fine emportée peuvent entraîner une eutrophisation des biotopes marécageux situés en contrebas.
Il n'existe pas, selon l'inventaire forestier national réalisé à la demande de la Confédération, de corrélation claire entre la période écoulée
depuis la dernière exploitation (de 0 à 50 ans) et la stabilité des peuplements. L'inventaire montre que les exploitations réalisées au cours des années et des décennies passées dans nos forêts de montagne n'ont pas toujours amélioré la stabilité des peuplements (INSTI- TUT FEDERAL DE RECHERCHES FORESTIERES, 1990, p. 241). Il faut cependant replacer ce problème dans le contexte général de la foresterie de montagne:
Aujourd'hui, la majorité des entreprises forestières de montagne sont déficitaires. Les frais de récolte et de transport ont fortement augmenté, tandis que les prix du bois chutaient de manière importante. La surface forestière régulièrement exploitée a diminué à vue d'oeil au cours de ces dernières années (BARRAUD, 1986, p. 689 et ss).
On trouve aujourd'hui en bien des endroits de montagne des peuplements uniformes, créés au tournant de ce siècle lors de l'effort de reboisement entrepris pour améliorer la protection contre les dangers naturels. Dans ces forêts, créées le plus souvent de manière artificielle et insuffisamment entretenues, il faut initier le rajeunissement par des interventions mesurées, pour améliorer la structure des âges et la stabilité (CANDRIAN et al., 1987, p. 13).
2.5 Réserves forestières et "surfaces de vieux bois"
Les objectifs de protection des marais et des sites marécageux d'importance nationale exigent la délimitation de réserves forestières, pour lesquelles une certaine superficie sera réservée. Il faut prévoir par exemple des réserves dans les forêts marécageuses, dans la zone de transition entre les biotopes marécageux et les environs (zone-tampon) ainsi que pour des îlots forestiers entièrement ceinturés de marais (GROUPE DE TRAVAIL EXPLOITATIONS, 1990, p. 45). En outre, il faut tenir compte de manière appropriée des différentes associations forestières présentes dans les sites marécageux.
Les réserves forestières permettent à un peuplement forestier de passer par tous les stades de la succession naturelle et donc aussi par une phase, écologiquement importante, de vieillesse et de déclin (SCHWARZ, 1987, p. 37, écrit que les phases de déclin et de rajeunissement sont les stades forestiers les plus riches en espèces). En plus de leur rôle de conservation d'espèces menacées et d'associations forestières, les réserves forestières servent aussi de réservoirs génétiques et sont utilisées pour la recherche forestière (UENERT, 1991
4.1.1 p. 37) et la recherche fondamentale en écologie (ARBEITSKREIS FORSTLICHE LANDESPFLEGE, 1984, p. 63 et ss). Il faut encore mentionner l'importance considérable que revêtent les réserves forestières comme zones de tranquillité pour les tétraonidés menacés. En effet, les meilleurs territoires à grand tétras de Suisse coïncident avec.nos sites marécageux (RUDMANN, 1992, p. 553).
La forêt productrice et la réserve forestière (ou la surface de vieux bois) sont cependant des objectifs qui ne peuvent être réalisés que séparément dans le temps ou dans l'espace. Dans la forêt de production, le vieillissement de peuplements entiers n'est pas souhaitable pour des raisons financières. En laissant sur pied des peuplements audelà de la limite économique du rajeunissement, la valeur économique du bois s'amenuise (dépréciation du bois par la pourriture, les roulures, la formation éventuelle de coeur coloré, etc ... ). Accepter de telles pertes de qualité ou même laisser pourrir le bois en forêt va en général à l'encontre de notre système de valeur, de celui de la population rurale, du propriétaire forestier et des forestiers en particulier. Renoncer à une exploitation peut aussi se révéler problématique dans des forêts ayant une fonction de protection importante (forêt mise en défends en montagne), parce que la stabilité du peuplement est soumise à des fluctuations qui correspondent à la succession naturelle. MANUEL CON SER- De nos jours, les forêts non exploitées se rencontrent surtout dans des VATION DES MARAIS stations extrêmes ou sur des surfaces mal desservies. D'un point de EN SU ISSE vue écologique, il faudrait aussi pouvoir délimiter des réserves forestières dans des stations de forêts productrices, donc dans des stations à forte croissance (fertilité élevée) et augmenter la proportion de vieux bois biologiquement intéressant (voir aussi SCHWEIZERISCHER FORSTVEREIN, ARBEITSGRUPPE WALDBAU, 1990, p. 37 et ss: L'exploitation forestière entrave la phase de vieillesse et de décrépitude des arbres de la forêt. Ceci a pour conséquence de défavoriser un grand nombre d'animaux et de plantes qui dépendent de gros arbres, vieux ou morts. Parmi eux, on trouve plusieurs espèces menacées comme des chouettes et des pics, mais aussi des papillons diurnes, des coléoptères ou des chauves-souris vivant dans les arbres. Le souhait de garder du vieux bois biologiquement intéressant est donc compréhensible).
La délimitation de réserves forestières, comme le prévoit aussi la nouvelle Loi fédérale sur les forêts (Loi sur les forêts, LFo) du 4 octobre 1991, art. 20, al. 4) apparaît comme le principal moyen pour
garantir l'obtention à long terme de forêts non exploitées. A côté des réserves totales, où les forêts sont entièrement abandonnées à ellesmêmes, certains objectifs de protection de la nature ne peuvent être atteints que par des interventions sylvicoles appropriées. Dans ce cas, on parle de réserves partielles (SCHWEIZERISCHER FORSTVER- EIN, ARBEITSGRUPPE WALDBAU, 1990). Ces réserves permettent d'une part de rétablir des formes d'exploitation historiques comme le taillis-sous-futaie, la selve, etc ... , d'autre part elles sont une condition préalable à la conservation durable de certaines structures forestières comme les pineraies claires à orchidées.
En principe, il appartient aux pouvoirs publics de financer les mesures en faveur de la protection de la nature et du paysage. Lors d'un entretien téléphonique, F.-S. Stulz, de l'OFEFp, a répondu à une demande en déclarant que les interventions actives dans les peuplements (p. ex. les soins culturaux) seraient à l'avenir plutôt dédommagées sur la base de la loi forestière, tandis que pour renoncer à une exploitation, les paiements devraient se faire sur la base de la loi sur la protection de la nature et du paysage. Actuellement, la pratique dans ce domaine n'est pas encore établie.
4.1.1 3 RECOLTE DES BOIS
3.1 Coupe de bois
L'abattage et le façonnage des arbres près des biotopes marécageux peuvent causer certaines atteintes. Lorsque des arbres situés à l'extérieur d'un biotope marécageux sont par exemple abattus vers l'intérieur de ce biotope, les branches et l'écorce restant au sol conduisent à une eutrophisation, en particulier quand les rémanents de coupe sont brülés sur place.
Si le forestier est conscient de ce problème, de tels dégâts peuvent facilement être évités par une organisation appropriée de la coupe et des instructions claires à l'équipe de travail. En général, il n'en résulte pas de coûts supplémentaires importants. Fig. 4: Atteinte dans un biotope de bas-marais à la suite d'une coupe et du débardage des bois.
3.2 Desserte de détail à travers les biotopes de marais Photo: Hintennann & Weber AG
Le débardage du bois à travers un marais peut causer d'importants dégâts à la végétation du marais, sensible au piétinement, de même 2 MANUEL qu'à la tourbe elle-même et au sol minéral. On a ici affaire à un pro- CONSERblème fréquent de protection des marais dans les sites marécageux VATION DES MARAIS (mais aussi en dehors de ceux-ci). Ces dégâts de débardage se rencon- EN SUISSE trent souvent dans les Préalpes. Dans ces endroits, la forêt et les marais sont en général très imbriqués et la récolte se déroule d'habitude durant l'été, donc sur un sol qui n'est pas gelé ou couvert de neige. En raison de la faible portance du sol du marais, il suffit de quelques passages d'engins de débardage pour créer de profondes ornières, dont il faut rapidement s'écarter si l'on veut éviter de rester bloqué. Les éraflures à la végétation et les ornières dans la tourbe forment des points d'attaque pour l'érosion par les eaux superficielles. Cette érosion va ensuite très rapidement progresser, car le sol tourbeux ne lui offre que peu de résistance. La recolonisation végétale des zones dénudées ne se fait que très lentement, lorsqu'elle se fait. Des modifications durables de la végétation subsistent cependant.
L'expérience montre qu'un Erand nombre de forestiers n'est pas conscient de la portée de tels dégâts, ce qui nécessite de manière urgente une meilleure information. TI faut cependant ajouter que déjà autrefois le bois a souvent été débardé à travers les marais aux mêmes endroits,
mais généralement avec d'autres moyens (cheval, luge) et sur la Fig. 5: Végétation de marais déneige. Une deuxième étape pour diminuer de tels dégâts serait d'exa- truite pat la débardage avec un tracteur; la tourbe est attaquée par l'érominer le concept de la récolte des bois et la planification de la des- sion. serte de détail. Photo: Hintermann & Weber AG
3.3 Larges tranchées pour les câbles
Les larges tranchées pour câble, avec un tracé dans le sens de la pente, sont indésirables aussi bien du point de vue forestier (les peuplements sont déstabilisés, le décrochement des avalanches en forêt est favorisé) que de celui de la protection du paysage, ceci également hors des limites des sites marécageux (OFFICE FEDE- RAL DES FORETS ET DE LA PROTECTION DU PAYSAGE, 1987, p. 48). On peut résoudre le problème par une planification et un tracé soigneux de la ligne du câble.
4.1.1
3.4 Stockage du bois
Le stockage de grandes quantités de grumes dans ou en bordure de biotopes marécageux peut altérer la végétation du marais et compacter la couche de tourbe (ornières des engins de débardage, poids du tas de bois). Le problème se pose probablement surtout lors d'événements extraordinaires, comme les tempêtes de février 1990, qui ont amené une quantité énorme de chablis qu'il s'agissait de façonner et de stocker. La planification de la desserte doit prévoir l'installation de places de dépôt appropriées.
Fig. 6: Le stockage de grandes quantités de grumes dans ou en bordure de biotopes marécageux peut entraîner des apports indésirables de substances (eutrophisation) et des dégâts mécaniques à la tourbe et à la végétation; il risque aussi d'entraîner des modifications durables de la végétation. Photo: Hintermann & Weber AG
MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE
4 DESSERTE FORESTIERE
4.1 Aperçu des problèmes
La construction et l'extension d'installations de desserte représentent la catégorie d'atteintes forestières qui revêt la plus grande portée dans les sites marécageux; du seul point de vue quantitatif, elles englobent environ 40% de l'ensemble des modifications importantes dues à la foresterie. Dans la moitié des cas, la construction de chemins a entraîné des atteintes directes aux biotopes marécageux, bien que les autorités forestières de la Confédération insistent explicitement dans leurs directives et recommandations "Protection de la nature et du paysage dans les projets forestiers" (OFFICE FEDERAL DES FORETS ET DE LA PROTECTION DU PAYSAGE, 1987, p. 33) sur l'importance de protéger ces biotopes et exigent que le choix du tracé de la desserte les contourne à bonne distance.
Fig. 7: Nouvelle construction d'une piste à machines consolidée à travers un biotope de haut-marais (ancien chemin en rondins au milieu de la photo). L'apport de calcaire à partir de l'empierrement et des drainages latéraux cause des atteintes au marais des deux côtés du chemin. Photo: Hintermann & Weber AG
Un nouveau réseau de desserte permet une exploitation et un entretien plus fins de la forêt; sa construction entraîne cependant des conséquences directes sur le paysage et les biotopes (atteintes partiellement temporaires). Les divers effets secondaires, en particulier ceux des routes forestières, sont souvent nettement plus graves pour le paysage et l'espace naturel: • Dérangement dans des zones jusque-là difficiles d'accès (par exemple territoire du grand tétras)
4.1.1
Possibilité d'assainir les alpages et d'intensifier les pâturages alpms
Apparition de trafic non-forestier (détente, chasse, agriculture)
Désaffectation de bâtiments agricoles, etc ...
La construction de nouveaux réseaux de desserte forestière porte préjudice à la future exploitation des sites marécageux et ne reste de loin pas confinée à l'exploitation forestière. Il est donc hautement prioritaire de réviser les avant-projets approuvés (projets généraux de desserte) pour les adapter aux nouvelles bases juridiques de la protection des marais. Une telle révision se déroulera de préférence dans le cadre d'une planification intégrale de l'exploitation et de l'entretien, qui doit être élaborée de manière exhaustive pour chaque site marécageux. Une planification bien étayée des fonctions de la forêt semble judicieuse pour planifier à long terme tous les aspects de l'exploitation forestière.
4.2 Les conséquences de l'art. 24sexies al. 5 est. pour la réalisation
des futurs projets de desserte forestière
L'art. 24sexies al. 5 Cst. et l'art. 29 LPN sont, jusqu'à l'achèvement 2 MANUEL de la révision de la LPN et l'entrée en vigueur de l'inventaire des CONSERsites marécageux, respectivement de l'ordonnance sur les sites maré- VATION DES MARAIS cageux, les seules bases juridiques pour la protection des sites maré- EN SUISSE cageux d'une beauté particulière et d'importance nationale. Les limitations fixées à l'exploitation et aux modifications dans ces textes sont aujourd'hui déjà valables (TRIBUNAL ADMINISTRATIF DU CANTON DE ZURICH, décision du tribunal YB 90/0164 du 12 août 1991 relative à la construction Heidacher, commune de Wetzikon); elles sont également déterminantes pour évaluer le caractère admissible de nouvelles routes forestières ou pistes à machines. La nouvelle construction ou l'extension prévue de la desserte n'est admissible que lorsqu'elle apporte une contribution aux objectifs de protection des marais. Ceci peut être le cas lorsque c'est le seul moyen de garantir durablement l'exploitation traditionnelle nécessaire au maintien des biotopes et des sites marécageux. L'efficacité des forêts dans la protection contre les dangers naturels, en particulier dans les sites marécageux des Préalpes et des Alpes, peut revêtir une importance particulière pour le maintien de l'exploitation agricole typique des marais, de l'occupation du territoire, des éléments culturels et des biotopes. Dans des cas justifiés, lorsque le maintien de la stabilité des peuplements
nécessite des interventions sylvicoles, la construction ou l'extension de la desserte forestière peut être utile aux objectifs de protection des sites marécageux. Il est possible que ce principe soit relativisé par la révision de la LPN en ce sens que des mesures seraient également admises lorsqu'elles n'entrent pas en contradiction avec les buts de protection.
(Le maintien de la stabilité nécessaire des peuplements par des interventions sylvicoles et la nécessité de construire des chemins pour garantir cette stabilité ne peuvent pas être justifiés globalement et de manière dogmatique (voir OFo, art. 15, 18, 19). En outre, il semble primordial de posséder des critères d'application uniformes et bien étayés scientifiquement. Ceux-ci doivent permettre d'une part d'évaluer les dangers potentiels et l'aptitude des peuple- .'. ments à remplir leurs fonctions et, d'autre part, d'en déduire dans chaque cas les interventions sylvicoles minimales nécessaires. Voir aussi: DEPARTE- MENT FEDERAL DE L'INTERIEUR (DFI), 1991, p. 7).
Si un réseau de desserte planifié est déjà approuvé au stade d'avantprojet, mais qu'il est très probablement contraire aux objectifs de protection du site marécageux en question, il n'est pas possible d'autoriser de nouveaux projets de base ou de détail qui s'y réfèrent, ou d'admettre l'octroi de subventions (voir ZIMMERMANN, 1991, p. 273 / Ordonnance sur la protection de la nature et du paysage (OPN) du 16 janvier 1991, art. 29 al. 1 lit. c, RS 451.1).
Il est par conséquent judicieux de ne plus octroyer d'autorisations de desserte, aussi longtemps qu'il subsiste des incertitudes importantes sur le plan juridique. Cette retenue est de mise pour les autorités compétentes, d'autant plus qu'elles peuvent éventuellement être tenues d'indemniser en cas d'autorisation de mesures inadmissibles (OFFICE FEDERAL DE L'ENVIRONNEMENT, DES FORETS ET DU PAYSAGE (OFEFP), 1991, p. 12 et ss.).
4.1.1 5 AUTRES PROJETS FORESTIERS
5.1 Reboisements
Le reboisement de marais est, par sa fréquence, la seconde catégorie d'atteintes forestières dans les sites marécageux. Les reboisements • sont en général combinés avec des drainages (fossés à ciel ouvert le plus souvent). Le dessèchement du sol et l'augmentation de l'ombre par la couronne des arbres entraînent une destruction des biotopes marécageux concernés.
5.1.1 Reboisement des hauts-marais
Les hauts-marais intacts (primaires) n'ont le plus souvent pas d'arbres en leur centre. En s'éloignant du centre, on trouve fréquemment un peuplement de pins de montagne (pineraies de haut-marais) très clair voire lacunaire. Plus on s'éloigne du centre, plus la hauteur des arbres et le degré de recouvrement augmentent et plus les pins de montagne sont mélangés à des épicéas et/ou des bouleaux. Cependant, toute incitation de l'homme au reboisement est indésirable du point de vue écologique et contraire à la loi (Ordonnance sur les hauts-marais du 21 janvier 1991, art. 5 al. 1 lit. f, RS 451.32). Le reboisement de hauts-ma- 2 MANUEL rais est de plus difficile à réaliser techniquement et ne trouve aucune CONSERjustification, que ce soit sur le plan de la protection ou de l'économie: VATION DES MARAIS
Ecologie: La diversité des structures et des espèces du biotope EN SUISSE haut-marais diminue; le haut-marais se dégrade peu à peu.
Economie: La dépense engagée pour le drainage et la plantation ne sera jamais compensée par l'accroissement du bois.
Fonction de protection: Les mesures de drainage améliorent l'aération du sol et permettent une meilleure pénétration des racines, ce qui entraîne une destruction de la tourbe et augmente la compacité du sol tourbeux (SCHEFFER / SCHACHTSCHABEL, 1979, p. 352). L'infiltration des précipitations s'en trouve réduite, ce qui augmente le ruissellement superficiel.
"Deux tiers des surfaces de tourbières de Suisse sont secondaires, c'està-dire le plus souvent fortement conditionnées par l'homme. En général, après avoir été asséchées à cette fin, elles sont extensivement exploitées comme terrains agricoles ou sylvicoles, si elles ne sont aujourd'hui laissées en friche et gagnées par les broussailles. Par ailleurs, il peut s'agir de tourbières ou de parcelles résiduelles jadis tourbées, ou encore asséchées en vue d'un tourbage, puis abandon-
nées à elles-mêmes" (GRÜNIG et al., 1986, p. 44). Du point de vue de la protection de la nature, les surfaces de hauts-marais secondaires nécessitent une exploitation extensive ou un entretien régulier (débroussaillement, éclaircie dans les peuplements). Si, pour revitaliser le haut-marais, les fossés de drainage existants sont bouchés ou comblés, le relèvement du niveau de l'eau dans la tourbe entraîne en généralle dépérissement de certains arbres ou de groupes d'arbres entiers. De telles mesures, pour autant qu'il s'agisse d'une forêt sur le plan juridique, peuvent avoir valeur de défrichement et requièrent donc, sur la base de la législation forestière, une procédure de défrichement. Les prescriptions juridiques pour la conservation des forêts et la protection des marais se recoupent dans de tels cas (Ordonnance sur les hauts-marais du 21 janvier 1991, art. 4 et 5, RS 451.32 / voir aussi EGLOFF, 1994 ). Il est possible que l'affaiblissement des arbres par le relèvement du niveau de l'eau s'accompagne d'une pullulation de bostryches. C'est pourquoi il est important d'engager préalablement une discussion entre autorités forestières et autorités chargées de la protection de la nature à propos des mesures à prendre, qu'elles soient de nature forestière ou motivées par la protection de la nature.
5.1.2 Reboisement des bas-marais
Les bas-marais sont en général issus de défrichement et nécessitent une exploitation et un entretien adaptés (fauche régulière) pour ne pas s'embroussailler ou même se voir supplantés à long terme par la forêt. Les reboisements sont contraires aux prescriptions relatives à la
Fig. 8: Drainage et reboisement d'un biotope de bas-marais. Photo: Hintermann & Weber AG
4.1.1 protection des marais et sont également généralement peu rationnels d'un point de vue forestier. L'ancien inspecteur cantonal d'Obwald L. Lienert déclare à ce propos qu'un drainage étendu devrait se limiter au minimum absolu sur les surfaces qui nécessitent vraiment une telle opération et qui laissent entrevoir des chances de succès en considérant la charge induite sur le régime des eaux du tonent. Il faut renoncer à drainer les sols des marais, les marais de pente, etc; il y a assez d'exemples dans le canton d'Obwald qui démontrent l'inutilité d'une entreprise aussi hasardeuse (LIENERT, 1991, p. 39).
5.1.3 Autres reboisements
Dans les bassins-versants de tonents, une augmentation de la surface forestière peut être indiquée pour des raisons de sécurité (diminution du débit des crues, protection contre l'érosion). Il faut clairement donner dans ces cas la préférence au reboisement spontané par rapport à la plantation. Il n'est pas souhaitable de reboiser par plantation des surfaces de rendement marginal et qui sont intéressantes écologiquement. Cette catégorie comprend entre autres, en plus des bas-marais, les prés et les pâturages maigres et secs.
5.2 Correction de torrents 2
MANUEL CONSER- Les cours naturels, non conigés, des tonents sont des éléments mar- VATION DES MARAIS quants d'un site marécageux, qu'il s'agit autant que possible de con- EN SUISSE server. La conection de torrents peut porter atteinte au paysage et à l'espace naturel, en particulier lorsqu'il est réalisé en dur (surtout en béton). Les mesures d'aménagement hydraulique dans les sites marécageux seront limitées aux mesures vitales indispensables et exécutées en veillant à respecter l'état naturel (DFI, 1991, p. 8). Il n'est de ce fait pas possible de justifier la conection et la rectification de rivières qui serpentent librement (lit présentant une faible pente longitudinale et une faible érosion en profondeur) pour protéger et gagner des tenes agricoles ou pour la construction. En revanche, la protection d'habitations existantes contre les inondations peut rendre certaines interventions nécessaires. La conection du lit de torrents caractérisés par une érosion en profondeur, un important chaniage, des glissements de berges à la suite du creusement et une grande capacité de transport, n'est pas contestée, en particulier lorsque des habitations et des axes importants de transport se situent dans la zone du cône de déjection du tonent.
5.3 Cantonnement de la forêt et du pâturage
Le cantonnement de la forêt et du pâturage est un problème d'actualité, en particulier dans les zones de flysch où l'on trouve les grands sites marécageux des Préalpes, dans lesquels la forêt et le pâturage sont encore très imbriqués et où les alpages de génisses dominent. La répartition clairiérée de petits groupes d'arbres dans· des pâturages plus ou moins marécageux, les lisières forestières irrégulières ainsi que les surfaces de prairies à litière font partie de l'image caractéristique de ce genre de site marécageux. .. Le cantonnement de la forêt et du pâturage risque, comme on le sait, '.
de modifier le paysage et d'amoindrir ses valeurs écologiques, surtout lorsqu'il s'accompagne d'une rectification et d'un raccourcissement des lisières ainsi que d'une intensification du pacage. Les pâturages bien desservis, proches des étables, sont fumés et pâturés toujours plus intensément, pour compenser la perte des surfaces clôturées, plus fortement boisées et situées en périphérie. Sur le reste du pâturage, la pression augmente fortement sur les bas-marais, les groupes d'arbres et les arbres isolés, ce qui empêche leur régénération naturelle.
Pour éviter des effets négatifs sur la nature et le paysage, il faut toujours lier le cantonnement de la forêt et du pâturage dans les sites marécageux à des planifications d'économie alpestre de portée obligatoire pour les propriétaires. La limitation de la charge des alpages et une répartition appropriée des pâturages ménagent les marais et garantissent une exploitation durable de l'alpage.
4.1.1 ABREVIATIONS ET LOIS BIBLIOGRAPIDE GRÜNIG, A. / VETTERLI, L. / WILDI, O. (1986): Les hauts-marais et marais de transition de Suisse. Cst. Constitution fédérale de la ARBEITSGRUPPE ARTIKEL Institut fédéral de recherches fores- Confédération suisse (RS 24sexies ABSATZ 5 BV (AG24) tières, Birmensdorf, Rapports No 281. 101) (1988): Vollzugsprobleme von Art. 24sexies, Abs. 5 BV Bundesamt für INSTITUT FEDERAL DE RE- DFI Département fédéral de Umwelt, Wald und Landschaft CHERCHES FORESTIERES (1990): l'Intérieur (BUWAL), Bern, 56 S. Inventaire forestier national suisse - Résultats du premier inventaire LFo Loi fédérale sur les forêts ARBEITSKREIS FORSTLICHE 1982-1986. IFRF Birmensdorf, Rap- (Loi sur les forêts) du 4 LANDESPFLEGE (1984): Biotopports No 305. octobre 1991 pflege im Wald. Kilda Verlag, Greven. LEIBUNDGUT, H. (1984): Die LPN Loi fédérale sur la protec- Waldpflege. Verlag Paul Haupt, tion de la nature et du BARRAUD, P.-A. (1986): Betriebs- Bern/Stuttgart. paysage du 1er juin 1966 wirtschaftliche Lage schweizerischer (RS 451) Forstbetriebe. wald + holz 67 1986 LEIBUNDGUT, H. (1990): Waldbau 12. aIs Naturschutz. Verlag Paul Haupt, OFEFP Office fédéral de l'envi- Bern/Stuttgart. ronnement, des forêts et CANDRIAN, N. / ERNI, V / PFIdu paysage STER, F. / WALTHER, H. (1987): LIENERT, L. (1991): Integrale Berg- Walderhaltung und Schutzaufgaben landplanung - erstmalige Gesamtsa- OFo Ordonnance sur les forêts im Bergebiet. Eidgenossische An- nierung eines Bergebietes. JubiHiumsde novembre 1992 stalt für das forstliche Versuchsweschrift zum 25-jahrigen Bestehen der sen, Birmensdorf, Berichte Nr. 294. Gesamtsanierung Wildbache west- OHM Ordonnance sur la protection des hauts-marais et des marais de transition DEPARTEMENT FEDERAL DE L'INTERIEUR (DFI; 1991): lich des Sarnersees. Kantonsforstamt Obwalden, Sarnen. 2 MANUEL d'importance nationale Ordonnance sur la protection des MAYER, H. (1984): Waldbau auf CONSER· (ordonnance sur les hauts- sites marécageux d'une beauté parti- VATION soziologisch-okologischer Grundlage. DES marais) du 21 janvier 1991 culière et d'importance nationale MARAIS Gustav Fischer Verlag, Stuttgart / EN (RS 451.32) (Ordonnance/inventaire des sites New York. SUISSE marécageux) - Commentaires. OPN Ordonnance sur la protec- OFFICE FEDERAL DE L'ENVItion de la nature et du EGLOFF, T. (1994): Débroussaille- RONNEMENT, DES FORETS ET
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Jean-Daniel Wicky Dr. phil. Il, biologiste OFEFP, Division Protection de la nature Groupe de coordination pour la protection des marais
FELIX BERCHTEN
Débardage des bois et protection des marais - Problématique et ébauches de solutions 4.1.2
MANUEL CONSER-
1 INTRODUCTION Fig. 1: Etroite imbrication des bio- VATION
DES topes marécageux et de la forêt dans MARAIS EN le flysch des Préalpes SUISSE Par débardage, on entend le transport des bois abattus de la forêt (lieu Photo: Hintermann & Weber SA d'abattage) jusqu'à la place de dépôt le long de la prochaine route carrossable. Ce débardage se pratique à l'aide de différents véhicules (tracteurs, tracteurs articulés, porteurs, etc.), de câbles-grues, de chevaux et dans certains cas par hélicoptère. Lors du débardage, on doit fréquemment traverser des terrains découverts. Lorsqu'il s'agit de marais (par ex. dans les régions de flysch où c'est souvent le cas), il peut en résulter des conflits avec leur protection. Le terme "dégâts de débardage" englobe tous les dégâts aux biotopes marécageux résultant du débardage des bois. Cette contribution traite de façon nuancée la problématique "débardage des bois - protection des marais".
2 PROBLEMATIQUE "DEBARDAGE - PROTECTION DES MARAIS" Techniquement, la praticabilité se définit comme la capacité d'un sol à supporter le passage de véhicules (ISTV, 1968). La
2.1 Praticabilité technique des marais résistance au cisaillement représente une caractéristique déterminante du sol pour cette prati-
Une des caractéristiques des marais est la faible portance du sol et par cabilité. Elle détermine princiconséquent leur mauvaise praticabilité (EGGELSMANN, 1990). Cela palement la poussée que le sol entraîne la création de profondes ornières, après quelques passages peut encaisser, la portance du sol déjà, lors de débardage à l'aide de tracteurs agricoles dans des sols et la profondeur des ornières (EHRBAR,1983). marécageux.
La praticabilité des marais dépend souvent principalement de la couche supérieure du sol y compris la couverture végétale. Dès que cette couche est détruite, le sol commence à s'écraser et les véhicules s'enfoncent (RICHARD, 1978; NIPKOW, 1983). Cela s'explique par l'intensité de l'enracinement qui est nettement plus important dans la couche supérieure du sol Qusqu'à 6 cm de profondeur) des stations marécageuses que dans des stations moins extrêmes (SCHWAAR, 1972 et 1973). Le réseau racinaire forme avec la première couche du sol un genre de natte posée, voire nageant sur le sol marécageux gorgé d'eau.
2.2 Genres de dégâts de débardage sur les biotopes marécageux
Les conséquences du débardage des bois sur les biotopes marécageux diffèrent selon la station, la période du débardage et les moyens employés. En gros, on différencie deux types de dégâts:
la formation d'ornières à la suite du passage avec des tracteurs ou des porteurs
les décapages et compactages causés par les bois traînés sur le sol.
Hormis les conséquences directes sur le sol et la végétation, le débardage peut aussi entraîner des modifications durables des caractéristiques de la station et ainsi de la flore et de la faune des biotopes (KUNTZE, comm. écrite 1994).
Le principal problème des décapages provient du fait qu'en arrachant la couche supérieure du sol qui possède un réseau racinaire dense, on met à nu la tourbe située dessous qui est alors soumise à l'érosion. Selon EGGELSMANN (1990), la sensibilité de la tourbe à l'érosion
4.1.2
Fig. 2: Dégâts de débardage dans la zone de contact d'un haut-marais; ornières, couche végétale décapée, érosion de la tourbe Photo: Hintermann & Weber SA
hydrique est telle que des surfaces marécageuses sans végétation enregistrent des pertes substantielles de matière avec une pente de 5 % déjà.
Mis à part les dégâts de décapage, il faut surtout porter attention à la formation d'ornières et à leurs conséquences. Si le débardage se pra- 2 MANUEL tique à travers un haut-marais à l'aide d'un tracteur équipé de pneus CONSERnormaux (cf. chap. 3.3), on peut constater des ornières de 30 à 40 cm VATION DES MARAIS de profondeur après un passage seulement (HAAB, comm. orale EN SUISSE 1993). De telles ornières fonctionnent comme des drainages et peuvent entraîner un abaissement du niveau de l'eau du marais; ceci peut rendre plus difficile la croissance des sphaignes et ralentir la formation de tourbe (GROSSE-BRAUCKMANN, 1990). Dans les cas extrêmes, cela peut même aller jusqu'à une destruction de la tourbe et une dégradation en lande de la végétation originelle.
2.3 Evaluation de la problématique
Dans les biotopes marécageux, les dégâts de débardage font partie, avec la construction de nouvelles routes forestières, des modifications inacceptables fréquemment enregistrées (EDIIBUWAL, 1991).
Dans les hauts-marais primaires, toute intervention humaine est a priori indésirable. Ils appartiennent aux espaces vitaux originels de Suisse et devraient être laissés à eux-mêmes (GRÜNIG et al., 1986). Il faut
ajouter que les hauts-marais réagissent toujours de manière plus sensible que les bas-marais à la circulation et que les ornières et les déca- Sensibilité des hauts et baspages ont des conséquences durables sur la station et la végétation. marais envers le débardage des bois et les effets mécaniques qui RAAB (comm. orale 1993) estime que chaque mise à nu de la tourbe en résultent: des hauts-marais représente un dégât. • Sensibilité des hauts-marais (HM) > sensibilité des basmarais (BM) A l'opposé des associations végétales des hauts-marais primaires, la
Sensibilité BM avec couche majorité des bas-marais situés en dessous de la limite des forêts se de tourbe > sensibilité BM sans sont développés à la suite de défrichements. Ils nécessitent une exploi- ou avec une mince couche de tation agricole adaptée ou un entretien périodique pour ne pas tourbe
Sensibilité BM dans la pente s'embroussailler ou être recolonisés par la forêt. Les interventions > sensibilité BM en station ± sont ainsi expressément nécessaires à leur conservation au contraire plate des hauts-marais primaires. On ne peut cependant exclure l'apparition • Sensibilité BM acide> sensibilité BM basique de petits décapages ou d'ornières, même avec une exploitation adaptée. VON WYL (comm. orale 1993) considère qu'il s'agit de dégâts lorsqu'ils ne sont pas recouverts l'année suivante.
2.4 Aspects juridiques
Les cantons doivent veiller en particulier à empêcher toute construction ou installation et toute modification de terrain contraires à la loi dans les biotopes marécageux d'importance nationale (art. 5, al. 1, lit. b Ordonnances sur les bas-marais et sur les hauts-marais). Par modification de terrain, il faut comprendre selon RAUSCR (cf. volume 1, contribution 4.1.1) également des sentiers battus, des chemins et des traces de débardage et d'autres modifications qualitatives du sol en place dans les biotopes marécageux. Elles sont en général contraires à la conservation intacte des biotopes marécageux; elles obligent par conséquent les cantons à examiner entre autres leur conception de récolte des bois aux alentours des biotopes marécageux pour l'adapter aux objectifs de protection.
4.1.2 3 EBAUCHES DE SOLUTIONS
Hormis la possibilité de renoncer entièrement à l'exploitation forestière des peuplements situés aux environs des biotopes marécageux, il existe trois options pour résoudre la problématique "débardage des bois - protection des marais":
Adaptation de la période de débardage: ne débarder qu'en hiver, sur des sols gelés en profondeur et recouverts d'une couche de neige.
Adaptation du réseau de desserte fine des peuplements forestiers aux exigences de la protection des marais.
Utilisation de moyens et de modes de débardage qui ménagent le sol combinés avec une répartition des charges adaptée et une réalisation soignée des travaux.
3.1 Adaptation de la période de débardage
Si le débardage ne se pratiquait qu'en hiver sur des sols profondément gelés recouverts d'une couche de neige, on pourrait largement éviter les dégâts aux biotopes marécageux. La profondeur de gel nécessaire dépend d'abord du moyen de débardage, du nombre de passages et de la topographie. Pour des tracteurs forestiers lourds (puissance > 60 2 MANUEL kW), équipés de pneus normaux (cf. chap. 3.3), KUNTZE (comm. CONSERécrite 1994) considère qu'une profondeur gelée de 50 cm suffit déjà VATION DES MARAIS pour la protection des hauts-marais si le nombre de passages reste EN SUISSE faible. W ÀSTERLUND (comm. écrite 1994) estime quant à lui qu'une profondeur de 20 cm est déjà suffisante pour des porteurs légers équipés de pneus à basse pression (cf. chap. 3.3).
En raison de leur capacité thermique spécifique élevée, les sols marécageux ne sont cependant souvent pas suffisamment gelés dans les conditions suisses (SCHWEIKLE, 1990). Cela est notamment valable lorsqu'il neige en automne déjà. Pour obtenir quand même une portance suffisante, on dispose des possibilités suivantes:
Il faut tasser la couche de neige avec un tracteur à chenilles, pour que le gel pénètre plus profondément (voire pénètre tout court) dans le sol. En aspergeant en plus avec de l'eau, on obtient des pistes avec une portance très élevée (WÀSTERLUND, comm. écrite 1994).
Au lieu d'asperger, on peut aussi disposer des branchages de sapins ou d'épicéas sur la couche de neige comprimée ("natte de bran-
chages"). ERDAS (1976) a montré qu'avec ce procédé, on peut réduire de 70% la profondeur des ornières sur des sols limoneux même sans couche de neige. Dans les hauts-marais, de telles mesures ne seront toutefois qu'exceptionnellement tolérées (cf. chap. 4).
3.2 Adaptation de la desserte fine des peuplements forestiers
Pour l'entreprise forestière, la manière la plus simple de résoudre la problématique "débardage - protection des marais" réside probablement dans l'adaptation de la desserte fine des peuplements. Dans un terrain praticable, cela correspond à faire passer les lignes de débardage à l'extérieur des biotopes marécageux. Ce détour entraîne toutefois souvent un allongement de la distance de débardage et ainsi une éventuelle augmentation des coüts.
En principe, il est recommandé d'adopter une procédure systématique lors de l'adaptation de la desserte fine, comme le propose WÜTH- RICH (1992) dans son guide. En plus des informations relatives à la technique forestière, on tient compte notamment des périmètres de biotopes marécageux et, le cas échéant, d'autres surfaces naturelles précieuses. Ils sont ensuite reportés sur le plan avec les obstacles topographiques infranchissables comme "points fixes négatifs", surfaces qu'il s'agit de contourner ou de sauter. A l'aide de ce plan de base, on peut choisir la combinaison de moyens de desserte adaptés (layons de débardage, pistes à machines, lignes de câble-grue, etc.) et élaborer les variantes de desserte fine qui correspondent aux exigences de la protection des marais et de la nature.
3.3 Utilisation de moyens et de procédés de débardages adaptés
Parmi les divers procédés et moyens de débardage couramment utilisés dans la foresterie suisse, on constate des différences notables quant aux effets sur le sol et la végétation. Ils sont listés ci-dessous avec une évaluation de leur impact sur les marais.
L'hélicoptère Le débardage par hélicoptère n'est utilisé pour des questions économiques que dans des cas spéciaux. Bien que l'emploi de l'hélicoptère préserve de façon optimale la couche de tourbe et la végétation des
4.1.2 biotopes marécageux, il entraîne d'autres conséquences négatives pour l'environnement (entre autres le bruit et le dérangement de la faune; MOSLER, 1993).
Le cheval Le débardage avec les chevaux se limite pour des questions économiques le plus souvent à de courtes distances « 100 m), comme le débusquage de petits volumes de l'emplacement de l'abattage jusqu'à la prochaine ligne de débardage. L'emploi du cheval combiné avec la luge en hiver ménage le sol et la végétation. Ce mode de débardage et de transport traditionnel s'utilise encore de nos jours par exemple dans la région d'Alptal (SZ; KA.UN/SAURER, 1991). Cependant le débardage par les chevaux durant la période de végétation entraîne des dégâts aux biotopes marécageux qui ne sont en général pas compatibles avec les objectifs de protection.
Le câble-grue Hormis l'hélicoptère, c'est le moyen de débardage le plus respectueux du sol et de la végétation pour les biotopes marécageux, pour autant que le bois soit câblé en l'air au-dessus de la surface des marais. Le procédé où seul l'avant de la charge est soulevé, alors que la partie inférieure est traînée sur le sol, est nettement plus dommageable. Ce MANUEL procédé est employé lorsque l'on câble sur de courtes distances avec CONSERun câble-grue mobile. Pour éviter les dégâts de débardage aux bio- VATION DES MARAIS topes marécageux, il ne faut câbler de cette manière que sur un sol EN SUISSE gelé et avec une couche protectrice de neige. La profondeur nécessaire de sol gelé est toutefois probablement plus faible que lors du débardage avec un tracteur ou un porteur (cf. chap. 3.1). Le débardage au tracteur est le Le tracteur et le porteur moyen le plus répandu en Suisse. Sous la dénomination de trac- On rencontre un large éventail de modèles et exécutions spéciales sur teur (forestier), on englobe les le marché des tracteurs et des porteurs. Les caractéristiques des dif- tracteurs, les transporteurs, les férents véhicules sont donc aussi diverses. On peut faire les remarques tracteurs articulés et les tracteurs à chenilles. Ils sont équipés de suivantes quant à leur impact sur le sol: treuils et/ou de pinces et tirent le
Avec une pression spécifique au sol identique, les véhicules légers bois abattu derrière eux sur le ménagent plus le sol (cf. KRA MER, 1982; NIEDERER, 1991). sol. Le bois est donc traîné au sol. Les porteurs, au contraire,
Un véhicule de débardage ménage d'autant plus le sol que la surtransportent en général le bois face de contact est grande entre le pneu et le sol. Un remplacement de sur un pont respectivement dans pneus traditionnels (largeur 0,3-0,4 m; pression interne 1-1,2 bar) par une hotte de chargement. La des pneus basse pression (largeur 0,6-0,9 m; pression interne 0,4-0,7 charge de bois est donc entièrement portée. bar) améliore sensiblement l'aptitude à l'emploi sur des stations marécageuses (cf. NIPKOW, 1983; WÜTHRICH, 1992).
Fig. 3: Un porteur puissant équipé de chenilles aux essieux arrière Photo: R. Zimmermann
Un véhicule de débardage ménage d'autant plus le sol que la transmission de puissance entre la roue et le sol se fait en douceur. Une Principes pour une utilisation répartition égale du poids et un convertisseur de couple à la place d'un respectueuse des véhicules de débardage: embrayage à sec permettent d'éviter largement que les roues patinent au démarrage et les dégâts particulièrement importants ainsi entraînés • Ne pratiquer le débardage (cf. KORNER, 1988). des bois que par une faible teneur en eau du sol (en général
Sur les stations marécageuses, les porteurs qui sortent les bois charaprès une période sèche persisgés sur un pont ménagent plus le sol et la végétation que les tracteurs tante en fin d'été ou au début (cf. ERDAS, 1976; WASTERLUND, 1992). d'automne).
Sur les stations marécageuses, les porteurs à chenilles des types • Orienter les lignes de débardage selon la ligne de plus TERRI et FARMI TRAC 3000 ont un impact plus faible sur le sol et grande pente. la végétation que tous les autres modèles de véhicules de débardage • Etablir des lignes de débardu marché (cf. LYONS, comm. écrite 1994; SIREN, 1987; WASTER- dage sans modification abrupte de direction et avec des pentes LUND, comm. écrite, 1994). longitudinale et latérale faibles.
Le débardage des bois sur des surfaces de hauts-marais avec des • Petites charges, petits volume, véhicules entraîne toujours des dégâts au sol et à la végétation si la de bois, écorçage (avant le déprofondeur de sol gelé n'est pas suffisante; il est donc considéré bardage),
Faible nombre de passages. comme inacceptable. Il n'est pas possible, indépendamment du type de véhicules, d'éviter complètement les dégâts (cf RAAB, 1991; NIP- KOW, 1983; SIREN, 1987). Le risque et l'étendue des dégâts sur des sols insuffisamment gelés ne dépendent cependant pas seulement des véhicules, mais tout autant de la manière dont ils sont employés (cf. encadré).
En résumé, on peut dire que la circulation sur des surfaces marécageuses pour la vidange des bois pose problème et que les dégâts de débardage ne peuvent être évités, avec les modèles courants de trac-
4.1.2 teurs et de porteurs, que sur un sol suffisamment gelé recouvert d'une couche de neige. La profondeur de gel nécessaire varie cependant fortement vu le large éventail de véhicules et de modèles spéciaux. Les porteurs à chenilles de type TERRI et FARMI TRAC 3000 se révèlent être les moins dommageables pour le sol et la végétation des stations marécageuses. Les deux véhicules conçus pour la récolte de bois de faible dimension (attention, ce n'est pas une formule passepartout !) font meilleure figure que les porteurs habituels équipés de roues, eux-mêmes moins dommageables que les tracteurs forestiers. Dans de bonnes conditions (temps sec, faible pente, layon perpendiculaire à la pente, etc.) et pour un faible nombre de passages (<15 à 20), le TERRI et le FARMI TRAC 3000 sont les seuls types de véhicules permettant même pendant la période de végétation une circulation largement sans dégâts dans les bas-marais. Dans le cas des hautsmarais nettement plus sensibles, il faut renoncer catégoriquement à toute circulation si le sol n'est pas gelé sur une profondeur suffisante. Mais même dans des conditions favorables, les bois ronds ne devraient être débardés à travers des hauts-marais qu'à titre exceptionnel en raison du risque résiduel; vu l'étendue des hauts-marais et le nombre restreint d'objets concernés en Suisse, cela semble raisonnable.
MANUEL
3.4 Abandon de l'exploitation
CONSER- VATION DES MARAIS Lorsque l'accès aux peuplements forestiers est rendu très difficile aux EN SU ISSE alentours de biotopes marécageux, interdisant ainsi une exploitation forestière économique, il faudrait toujours évaluer l'aptitude de la surface forestière concernée comme réserve (art. 20, al. 4 LFo). En plus des considérations économiques, toute une série d'arguments écologiques militent pour un tel choix. Les forêts marécageuses appartiennent aux associations végétales les plus rares de Suisse (ELLEN- BERG/KLOTZLI, 1972). Par ailleurs, les transitions entre les bio- Fig. 4: Porteur à chenilles du type topes marécageux et la forêt représentent l'espace vital (ou une partie TERRI Photo: F. Berchten de cet espace) pour de nombreuses espèces animales et végétales menacées. En général, il est judicieux du point de vue de la protection de Fig. 5: Faible formation d'ornières la nature d'englober dans les objets protégés des surfaces qui dé- après 10 passages chargés dans un bas-marais avec un TERRI bordent le biotope marécageux et les zones-tampon nécessaires. Photo: F. Berchten
4 EVALUATION DES SOLUTIONS
En principe, les quatre solutions proposées sont toutes aptes à résoudre les conflits entre la récolte des bois et la protection des marais. Il est conseillé de combiner les diverses mesures en leur accordant plus ou moins d'importance selon les conditions en présence. Une adaptation de la desserte fine ne pourra en général pas être évitée, tant que l'abandon définitif de l'exploitation forestière n'entre pas en considération. Ces deux mesures sont très bien adaptées pour désamorcer le conflit et se laissent rapidement appliquer.
Tab. 1: Evaluation des solutions E valuation proposées quant à leur aptitude à de l'aptitude résoudre le conflit pour les Solutions HM FM - inadapté ± adapté sous conditions + adapté Adaptation de la période de débardage ± + ++ bien adapté)
Adaptation de la desserte fine des peuplements forestiers ++ ++
Utilisation de moyens de débardage ménageant le sol:
Engins de débardage ±
autres ± ±
Abandon de l'exploitation ++ ++
Le report de la période de débardage au moment où le sol est gelé et couvert de neige n'est adapté que sous conditions. Bien que le risque de dégâts aux biotopes marécageux se trouve ainsi éliminé ou pour le moins fortement diminué, les conditions climatiques et les impératifs de l'entreprise peuvent nettement limiter ce choix.
L'utilisation de moyens de débardage qui ménage le sol n'est adapté en soi que sous conditions. Avec les tracteurs et porteurs répandus actuellement sur le marché, on ne peut vraiment éviter les dégâts de débardage que si le sol est suffisamment gelé et recouvert de neige. L'utilisation de véhicules et autres moyens de débardage qui ménagent le sol constitue cependant un complément très important aux autres solutions proposées (adaptation de la période de débardage et de la desserte fine des peuplements forestiers).
4.1.2 5 BILAN
Débardage et Jll'Ofection des hauts-marais
En principe débardage interdit à traver les HM
Là où l'ace' aux 'forêt e t rendu plus difficile par de -lM envisager 1 abandon cl l'expL itation forestièr ou adapter la desserte fi ne de orle qu II contourne le ' urface ' l11arécagell s.
Lor que I on peut excl ure de' dégât cie débardage (c nditlon ' cumul ée : 01 gelé en profondeur recouvert cie neige et moyen de débardage ménageant le 0.1) on peut exceptionnellemen t tolérer le pa age à t.raver un HM.
Débardage et protection des bas-muJ'ais
Eviter si po sible le débardage à lraver ' les ba -marai
Envi ag r l'abandon de J exploitation foresti re o u adapter la cie - erte fine de sorte qu elle contourne les urfaces mal' cag u
Ol11me autre solution, débru'der les bois en hiver av c des moyen cie clébard age qui ménagent le sol, sur un 01 suffisamm nt gelé etJou ur une couche de neige uEfi ante.
MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE
BIBLIOGRAPHIE GRÜNIG, A. / VETIERLI, L. / SCHWAAR, J. (1973): Wurzelunter- WILDI,o. (1986): Les hauts-marais suchungen auf Moorboden. et marais de transition de Suisse - TELMA, 3, S. 119-136, Hannover. COMMITEE OF THE INTERNArésultats d'un inventaire. Rapports TIONAL SOCIETY FOR TER- IFRF 281, Birmensdorf, 58 p. SCHWEIKLE, V. (1990): Physik des RAIN-VEHICLE SYSTEMS Torfes und der Moorboden. (ISTVS, 1968) Glossary of terrain- HAAB, R. (1991): Moorschutz, vehicle terms. Wald und Forstwirtschaft. Schweize- SIREN, M . (1987): Mobility of forris che Zeitschrift fur Forstwesen, warding vehicles used in thinnings. DEPARTEMENT FEDERAL DE 142 (1991) 12, S. 955-978. Folia Forestalia 692, Institutum L'INTERIEUR/OFFICE Forestale Fenniae, Helsinki. FEDERAL DE L'ENVIRONNE- KORNER, H. (1988): Zur Umset- MENT, DES FORETS ET DU zung waldschonender Holzernte. W ASTERLUND, 1. (1992): Extent PAYSAGE (DFIIOFEFP, 1991): AFZ 19/1988, S. 526-527. and causes of site damage due to Inventaire des sites marécageux forestry traffic. Scandinavian Journal d'une beauté particulière et d'impor- KRAMER, E. (1982): Bodendruck of Forestry Research 7/92, S. 135- tance nationale. Projet mis en con- - Bereifung und Fahrzeuggewicht. 142. sultation en septembre 1991,3 clas- Vervielfaltigung, Eidgenossische seurs. Forschungsanstalt für Landtechnik WÜTHRICH, W. (1992): Die Fein- und Betriebswirtschaft, Tanikon. erschliessung von Waldbestanden - EGGELSMANN, R. (1990): Moor- Planung, Anlage und Benützung. erschliessung - Bauten im Moor. LYONS, J. (1994): Tracked Forwar- Eidgenossische Forschungsanstalt ding - Review/Recommendations. für Wald, Schnee und Landschaft EHRBAR, R. (1983): Tragfahigkeit unveroff. Entwurf eines Aufsatzes, WSL, Berichte Nr. 332, 87 S. , Birvon Waldbôden im nordostlichen Coillte - Irish Forestry Board, Cork, mensdorf. scbweizerischen Mittelland. Diss. Ireland. ETH 7273, Juris Druck + Verlag, Zürich. MOSLER, C. (1993): Stéirungen aus der Luft und Wildtiere. Literatur- ELLENBERG, H. / KLOTZLI, F. übersicht, Informationsdienst Wild- (1972): Waldgesellschaften und biologie und Okologie, Zürich. Waldstandorte der Schweiz. Eidgenossische Anstalt für das forstliche NIEDERER, U. (1991): Druckfort- Versuchswesen (EAFV) , Mitteilunpflanzung unter landwirtschaftlichen gen Band 48 Heft 4, Birmensdorf. Fahrzeugen. Landwirtschaft Schweiz, Band 4 (4), S. 163-167.
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4.1.2 AUTRES SOURCES ADRESSE DE U AUTEUR
HA B R. 1.993: Communication Felix Berchlen orale ' sur 1 expéri nce en relation Hintermann & Weber 0 avec la circulation sur Je haut- Haupt tra e 52 ma rais et les dégats qui cn résultent, 415 Reinach novembre 1.993.
KÀLIN· ". A RER, K. 1991: "H Iz Schlaike mit Ross' , film documentaire cie la Schwyzer InLe- mADUCTION res engemei nschart für volk ·ktmdliche Filmdokumentation E insiedeln. -Pbilippe Pogel Ingénieur r restier EPFZ KUNTZE, H.1994: Ren eigne- Chemin Merdi el 22 ment écrit trao mi par 1 direc- 1242 Saligny teur du Bodentechn logi elles Institut de Brêm Niedersiichsisches Landesamt fU r Bodenforschung, Man uel février 1994. on ervation des marai l R MER . 1982: Bodendruck - 1/1996 Bereifung und Fahrzeuggewicht non publi'.
VO WYL B. 1993: ommunications orales sur les expérience en relation avec la ci rculation UT les MANUEL bas-marai el le dégâ t qui en ré- CONSER. ullent, nov mbre 1993. VATION DES MÀRAIS WÂ TERLU D, r. 1994: Ren eig- EN SUISSE nements écrit tran mi par le péciaJi te en récolte des bois de la Swedish University of Agricullural cience ,mal' 1 94.
FELIX BERCHTEN
Mise en oeuvre de la protection des sites marécageux par les autorités forestières 4.1.3 1 INTRODUCTION
La mise en œuvre de la protection des sites marécageux est d'abord l'affaire des cantons. Selon l'art. 3 et l'art. 6 de l'Ordonnance sur les sites marécageux (OSM), ces derniers doivent, après avoir pris l'avis des intéressés, fixer de manière contraignante les mesures de protection et d'entretien pour les divers sites marécageux jusqu'en 1999, respectivement 2002 (pour les cantons fortement concernés). Au sein de l'administration cantonale, ce sont en général les services de l'aménagement du territoire et/ou de la protection de la nature et des paysages qui sont responsables de la mise en œuvre de la protection des sites marécageux (pour la suite on les désignera simplement comme service cantonal pour la protection des marais). Mais les autorités forestières sont souvent aussi concernées, puisque les 88 sites marécageux d'importance nationale englobent au total 22'600 ha de forêt fermée, souvent à vocation productive. Les 22'600 ha correspondent à 1/4 de la surface de tous les sites marécageux. Si l'on considère en outre les boisements clairsemés (pâturage boisé, forêt proche de la limite altitudinale), la proportion de forêt est même nettement plus élevée.
Les expériences montrent que pour la thématique forêt, il subsiste encore des lacunes d'informations dans la mise en œuvre de l'ordon- 2 MANUEL nance sur les sites marécageux. Le présent article montre les princi- CONSERpales étapes pour la mise en œuvre, nomme les sources d'informations VATION DES MARAIS ainsi que les aides pour cette mise en œuvre et fournit une présenta- EN SUISSE tion des objectifs de protection des sites marécageux pour le domaine forêt. L'objectif visé est une collaboration aussi efficace que possible entre les différentes instances impliquées dans la protection des sites marécageux.
2 DONNEES JURIDIQUES DE REFERENCE Sont considérés comme élé- Il découle du sens de l'art. 23d LPN qu'une exploitation forestière de ments et structures caractéristiques selon l'ordonnance sur les même ampleur reste admissible à l'intérieur des sites marécageux. Le sites marécageux (OSM): législateur a cependant formulé la restriction que les mesures prises dans le cadre de la gestion des forêts ne doivent pas porter atteinte à la • les éléments géomorphologiques, les biotopes, les éléments conservation des éléments caractéristiques des objets inventoriés. Ces culturels, les constructions et les derniers sont décrits pour chaque site marécageux dans l'annexe 2 de structures traditionnelles de l'ordonnance sur les sites marécageux ou dans les listes de référence. l'habitat; Dans le cadre de la mise en œuvre de cette protection, les cantons sont • la présence d'espèces animales ou végétales protégées en tenus, selon l'art. 10 OSM, de fournir chaque année un rapport à vertu de la loi sur la protection l'OFEFP sur l'état de la protection des sites marécageux sur leur terri- de la nature et du paysage toire. Ceci reste valable aussi longtemps que les cantons n'ont pas déli- (LPN) ou qui figurent sur les listes rouges approuvées. mité les objets de manière précise (art. 3 OSM) et qu'ils n'ont pas pris
l'exploitation durable tyles mesures de protection et d'entretien nécessaires pour atteindre les pique des sites marécageux. objectifs visés (art. 5 OSM). Par ailleurs, l'art. 22 al. 2 LPN prévoit que les cantons soumettent à l'OFEFP pour avis leurs mesures de protection et de gestion des sites marécageux. La gestion des forêts dans les sites marécageux doit au minimum suivre les principes d'une sylviculture proche de la nature (art. 20, al. 2 OFo). Ces derniers sont décrits concrètement dans la circulaire n° 7 de la Direction fédérale des forêts (1996) et comprennent en particulier les objectifs suivants:
un choix d'essences adaptées à la station (essences autochtones);
mettre en valeur le rajeunissement naturel;
conserver et favoriser la diversité des espèces et des habitats (biodiversité );
garantir les phases naturelles du développement des forêts, y compris la phase de vieillesse et de décrépitude;
des structures forestières variées et adaptées à la station, y compris des lisières;
favoriser les essences rares et menacées;
• préserver les formes historiques de gestion.
4.1.3 3 TACHES DES AUTORITES FORESTIERES CANTONALES
3.1 Délimitation précise
Là où les limites des sites marécageux passent dans l'aire forestière ou en bordure de la forêt, les autorités forestières cantonales appuient les services de protection des marais pour la délimitation précise des objets de l'inventaire (art. 3 OSM). Il faut considérer les bases de travail suivantes:
plan synoptique, plan cadastral, cadastre forestier, contenus et bases de la planification forestière;
ordonnance sur les sites marécageux (OSM), manuel conservation des marais en Suisse.
3.2 Désignation et protection des biotopes: tâche commune des autorités forestières et de protection de la nature
Là où des biotopes marécageux ou autres selon l'art. 18 al. Ibis LPN (rives, roselières et marais, associations végétales forestières rares, pelouses sèches entre autres) se situent à l'intérieur de l'aire forestière MANUEL ou pourraient être concernés par l'exploitation forestière, les autorités CONSERcantonales forestières et les services de protection des marais éla- VATION DES Aides pour la mise en œuvre: MARAIS borent les mesures de protection et planifient leur mise en œuvre. A EN SUISSE cette occasion, elles désignent en commun notamment les biotopes • "Inventaire fédéral des sites d'importance régionale, établissent une carte des biotopes, décident marécageux: guide d'applicades mesures nécessaires à la protection et, le cas échéant, à la remise tion des dispositions de protection" en état des valeurs biologiques et délimitent des zones-tampon. • "Manuel conservation des marais en Suisse" Il faut considérer les bases de travail suivantes: • "Liste de référence des sites marécageux"
Les inventaires cantonaux des stations forestières dignes de protec- • "Protection des marais Vadetion, d'autres inventaires de biotopes aux plans national, régional ou mecum" local, des informations de base provenant de la planification fores- On trouvera une description tière; détaillée de ces aides dans le
l'ordonnance sur les sites marécageux (OSM), la description des chapitre "pour approfondir". objets selon l'annexe 2 OSM.
... '
3.3 Traitement des conflits
Les autorités forestières cantonales résolvent, avec le concours des services cantonaux de protection des marais, les éventuels conflits survenant entre l'exploitation forestière et les objectifs de protection des sites marécageux. Elles doivent en particulier examiner les points suivants:
Est-ce que le débardage des bois et leur stockage dans et à proximité des biotopes marécageux peuvent créer des atteintes?
Est-ce que des reboisements et/ou des drainages forestiers existent ou sont planifiés à l'intérieur des objets protégés; comment peut-on éviter les atteintes qui en découlent?
Est-ce que des routes forestières ou d'autres projets forestiers sont prévus à l'intérieur des sites marécageux; sont-ils compatibles avec les objectifs de protection des sites marécageux?
Il faut considérer les bases de travail suivantes:
Les planifications forestières (plan directeur forestier (PDF), plans de gestion, projets, concepts de gestion; cf. volume 2, contributions 4.1.1 et 4.1.2);
L'ordonnance sur les sites marécageux (OSM), les descriptions d'objets selon l'annexe 2 OSM, les listes de référence des SM spécifiques aux objets, les plans synoptiques avec les éléments/valeurs caractéristiques pour les divers sites marécageux (art. 23c LPN et art. 4 al. 1 OSM).
3.4 Plan directeur forestier (PD F)
Les autorités forestières cantonales tiennent compte des sites marécageux et de leurs objectifs de protection dans le cadre de la planification directrice forestière. Elles mentionnent dans les documents de planification les objectifs de protection spécifiques aux sites marécageux et déterminent les mesures de protection et d'entretien nécessaires, en collaboration avec les services cantonaux de protection des marais.
Il faut considérer les bases de travail suivantes: • Les planifications forestières (plan directeur forestier PDF, plans de gestion, projets, concepts de gestion), la brochure de l'OFEFP "Manuel: la planification forestière", la brochure de l'OFEFP "Inven-
4.1.3 taire fédéral de ite marécageux: guide d'application de dispositions de 1 rotection ' (S HWARZE et al 1996)' • L'ordonnance lIr les ite marécageux (OSM), les descriptions d objets e lon 1annexe 2 0 Ml ' Ii tes de référence des M spécifique aux objets, le plan yn plique avec le éléments/valeur caracléristiquel pour les divers sites marécageux (arL 2 c LPN el art 4 al. 1 SM).
3.5 Antres mesures de mise en œuvre
Le autorité forestières cantonales prenn nt en collaboration avec l s erVlC canL naux de protecti( n des marai d'autres mesures pour la mise en œuvre, notamment:
Information de propriétaires forestiers'
FOnllation du personnel forestier p ur les objectifs de protection de ites marécageux.
MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE
4 OBJECTIFS DE PROTECTION POUR LES FORETS DANS LES SITES MARECAGEUX
Les sites marécageux revêtent une grande importance pour la protection de la nature et du paysage et représentent, en raison de leur statut légal de protection (constitution fédérale, LPN), des surfaces à priorité écologique. Ceci concerne aussi les forêts. Leur exploitation peut se poursuivre de manière adéquate, mais il faut cependant tenir compte des objectifs de protection des sites marécageux. Pour cela, il importe de différencier les objectifs généraux des objectifs spécifiques (qui se rapportent à un seul objet).
Objectifs généraux de protection:
Garantie du caractère naturel des forêts dans les sites marécageux: lors de la régénération en forêt de production, la composition des essences doit correspondre au boisement naturel potentiel (principe déjà formulé dans la LFo);
Conservation qualitative et quantitative des biotopes forestiers dignes de protection;
Conservation qualitative et quantitative des milieux des espèces habitant en forêt et qui sont protégées et/ou menacées pour l'ensemble de la Suisse (espèces végétales ou animales liées à la forêt comme milieu);
Harmonisation de la planification des infrastructures forestières (desserte forestière, ouvrages de protection) avec les objectifs de la protection des sites marécageux;
Levée des atteintes existantes (pistes de débardage à travers les biotopes marécageux, peuplements de peupliers de culture sur des stations de forêts marécageuses, drainages dans les forêts humides ou marécageuses, changement d'affection de routes forestières, etc.).
Exemples d'objectifs spécifiques: • Sauvegarde de tous les biotopes et éléments de biotopes protégés et/ou dignes de protection dans leur état et qualité. Exemples: les ruisseaux naturels, les petits lacs de marécages avec des gazons flottants, les forêts claires de pins de montagne, parsemées de blocs de molasse, de barres rocheuses, de petits étangs/marais dans la surface x ainsi que les pelouses sèches dans la surface y; les forêts humides, les boisements de pins et de trembles des basmarais présentant un aspect de parc, les cours d'eau (résurgences, ruisseaux, anciens bras, mares et étangs) dans la surface z;
4.1.3 fui 'eaux avec leur boi. ement riverûn les maœ el étang fol' stiers ave leur végétation d'atterri. semenl, le as ociation fore tière riches en e: pèce: el typiques cles marécage
P ur uite de l'exploitation de la fOrêt en tenant parti uLièremenl compte de exigence d'habitat pour le grand tétra (peuplement forestiers riches en stru.cture · t en espèce avec unc fermeture étagée des houppiers, une forte hunière incidente et une trate d'arbuste à baies aussi déveJoppée qu.e po ible Je cas échéant en réant une réserve for tière particlllière avec pour objectif la protection du grand tétra ).
R evitalisation de la zone ~ù1uviale lorsque c est faisable et sen é.
onservation de ' alternances à petite échelle ontr les marais et les stations sèches ain j qu'entre le surfaces boi ée emi-ouvertes et ouverte.
Délim.itation d urfaces adaptées comme réserves fore tières.
MANUEL CONSER. VATION DES MARAIS EN SUISSE
5 LIMITATIONS POUR L'EXPLOITATION FORESTIERE
5.1 Desserte
La prolongation de routes de desserte forestière existantes et la construction de nouvelles routes sont en principe indésirables dans les sites marécageux; là où cela entraîne des conflits avec les objectifs de protection d'un objet de l'inventaire, elles sont même inadmissibles. Dans les sites marécageux, la construction de routes forestières appartient aux interventions forestières qui ont la plus forte incidence. Outre les atteintes éventuelles aux biotopes marécageux ou autres, les effets secondaires sont particulièrement lourds, suite au trafic non forestier ou aux dérangements dans des zones jusque là difficiles d'accès. L'abandon ou la reformulation d'avant-projets déjà acceptés pour les adapter aux nouvelles bases juridiques de la protection des marais revêt une grande priorité. Les éventuelles dessertes indispensables pour le maintien de l'exploitation forestière traditionnelle et conforme aux objectifs de protection doivent être limitées à la desserte de base minimale. Il faut examiner des alternatives aux routes forestières et aux pistes à machines et les préférer lorsque c'est possible. Il faut porter une très grande attention à l'adaptation aux objectifs de protection, en admettant des surcoûts proportionnels.
5.2 Sylviculture
Les principes fondamentaux de la sylviculture proche de la nature au sens de l'art. 20, al. 2 LFo (cf. chiffre 4) sont valables pour toutes les surfaces forestières. La prise en considération de ces principes revêt d'autant plus d'importance dans des périmètres de protection comme les sites marécageux. L'exemple suivant tiré de la pratique de la protection des marais illustrera ce propos. La modification de la composition des essences en station dans les forêts des sites marécageux, par exemple par la plantation d'essences étrangères à la flore, est en contradiction avec les objectifs de protection : la mise en place de peupliers de cultures, en particulier dans les sites marécageux d'atterrissement des lacs du Plateau (SM 260,275,289,416), ou la plantation de mélèzes non en station, dans les sites marécageux des Préalpes, est interdite. TI faut en principe rajeunir les forêts des sites marécageux avec des essences en station.
4.1.3
MANUEL CONSER-
5.3 Débardage des bois Fig. 1: Plantation de peupliers de VATION
DES culture étrangers à la flore sur MARAIS EN d'anciennes stations marécageuses. SUISSE Le débardage de bois à travers les biotopes de hauts-marais est en Photo: Hintermann & Weber SA principe interdit, car un passage avec des véhicules de débardage entraîne en général des dégâts à la végétation sensible, respectivement à la tourbe. Lorsque l'accès aux forêts est rendu plus difficile par la présence de haut-marais, il faut soit envisager de renoncer à leur exploitation, soit planifier, respectivement adapter, la desserte fine de sorte qu'elle ne touche pas aux surfaces des marais. Ce dernier point est en principe aussi valable pour les bas-marais. Comme ces derniers ne sont pas aussi sensibles que les hauts-marais, on peut consentir à un débardage des bois en hiver avec des moyens ménageant le sol, lorsque ce dernier est gelé sur une profondeur suffisante et/ou lorsque la couche de neige est assez épaisse (cf volume 2, contribution 4.1.2).
Fig. 2: Dégâts de débardage en bordure d'un haut-marais; ornières, couche végétale cisaillée, érosion de la tourbe. Photo: Hintermann & Weber SA
Fig. 3: Surfaces reboisées géométriques, inadaptées au paysage, en lisière de forêt. Photo: Hintermann & Weber SA
5.4 Reboisements
Le reboisement de biotopes marécageux se situe au second rang des modifications "forestières" enregistrées dans les sites marécageux. Il est souvent combiné avec des drainages et entraîne une lente destruction des biotopes marécageux concernés. Le reboisement de surfaces écologiquement intéressantes, comme des prés maigres secs ou des pâturages maigres n'est lui aussi pas admissible. Sauf exception, là où une extension de la surface forestière peut être indiquée pour des motifs de sécurité (protection contre l'érosion, etc.), les reboisements dans les sites marécageux ne sont en principe pas admis.
4.1.3
Aulrcs me ures dan 1 cadre de l'expl itati n forestière quj peuv nI nlraîner cles connil avec les objeclif~ cl la protection de site. marécageux (cf. tome 2, article 4.1.. ):
Le stockage des bois dans ou en bordure de biotopes marécageux doit etre évité car il porte atteinte à la végétation et à la tourbe.
Une eulrophi ation de biotop marécageux par des déblai de coupe peLit facilement être évité par un rgani <Ilion adapté de [a c upe el un · Lnstru.cli 11 cl équipe cl travail.
De lar 'es Il'Ilnchées pour le câbles sonl inclésira 1 au 'i bien du point cl vue forestier qn de celui d la prolectionde ' il marécageux.
Le cantonnement: de la forêt et de pâturages re le encore cl actualité surtout dans les grands sites marécageux sur fly ch de Préalp . Il existe un danger d appauvris em el1t du paysage (p. ex. en raccourcis ant lel li. ière f · restière) t de diminution des valeurs écologique' en iJ1teu i- Uanl le pacage sur 1· surfaces de pâlurage bien desservie t en 1abandonnanl ur les zones périphériques.
Les li 'ières et les surraces de régénération géomébiques, inadaptées aux formes du paysage porleut atteinte à J'imag d.u sil el pré eut nt des désavanta cs écologiq ue .
MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE
BIBLIOGRAPHIE Listes de références de sites maré- ADRESSE DE L'AUTEUR cageux Elles rassemblent pour chaque objet SCHWARZE,M.KELLER,V., inventorié les faits marquants à Felix Berchten ZUPPINGER, U. (1996): Inventaire l'aide de mots-clés. Elles énumèrent Hintermann & Weber SA fédéral des sites marécageux: Guide entre autres les valeurs connues à Hautpstrasse 52 d'application des dispositions de l'intérieur des sites marécageux 4153 Reinach protection, série L'environnement (biotopes, objets géomorphologipratique, OFEFp' Berne, 103 p. ques, culturels et historiques, les exploitations traditionnelles à conserver), nomment les objectifs spécifiques de protection, mentionnent l'existence de conflits à résoudre ou potentiels. Les listes de références TRADUCTION POUR APPROFONDIR ne se basent cependant que sur des indications connues de l'OFEFP. Philippe Poget Aides à la mise en œuvre: Ingénieur forestier EPFZ Protection des marais - Vade- Chemin Merdisel22 mecum Inventaire fédéral des sites maréca- 1242 Satigny Il comprend les informations geux: Guide d'appUcation des dispo- essentielles d'ordre général ainsi que sitions de protection les bases juridiques pour la protec- SCHWARZE et al. (1996) ont rédi- Manuel tion des sites et des biotopes marégé cette brochure très utile pour Conservation des marais cageux ; il donne un aperçu des l'application de la protection des en Suisse 2 objets inventoriés, fournit les taux de sites marécageux. Elle donne un 2/1997 contributions de la Confédération aperçu des bases juridiques, des pour des mesures de protection et objectifs de la protection des sites d'entretien et contient une liste avec marécageux, des différentes étapes les adresses importantes des services de travail et des instruments de consultation en matière de propossibles pour une mise en œuvre. tection des marais. Ce vade-mecum Par ailleurs, des exemples pratiques protection des marais est régulièremontrent le déroulement de la mise ment actualisé. Distribution : grouen œuvre, selon l'objet de l'inven- pe de coordination pour la protectaire et le canton. Distribution: servi- tion des marais, OFEFP. ce de documentation de l'OFEFP.
Manuel conservation des marais en Suisse Le manuel conservation des marais est une aide à la mise en œuvre de la protection des marais. Il englobe aussi bien la protection des biotopes marécageux que celle des sites marécageux et se compose de plus de 50 articles spécialisés dont le nombre augmente constamment. Ces articles sont sci~mment orientés vers l'action, partent des conditions régnant en Suisse et montrent des solutions plausibles. Distribution: OCFIM.
REDACTION
Exemples de l'économie forestière 4.2 Les collaborations fructueuses et les synergies sont possibles entre le TRADUCTION service forestier et la protection des marais. Les biotopes marécageux confinent souvent à la forêt. Le service forestier, aussi en raison de ses Philippe Poget ressources en personnel, est ainsi en bien des endroits prédestiné à Ingénieur forestier EPFZ Chemin Merdisel 22 mettre en œuvre les objectifs de la protection des marais. Ces derniers 1242 Satigny devront à l'avenir être davantage pris en compte dans le cadre des projets forestiers. La protection des marais ne sera pas la seule à en pro- Manuel fiter : le service forestier s'ouvre ainsi de nouveaux domaines d'activi- Conservation des marais tés et des possibilités de financement. en Suisse 2 Les exemples suivants, issus des communes de Rechthalten, St. Vrsen 2/1997 et Planfayon dans le canton de Fribourg, montrent la diversité que peuvent revêtir ces activités. Le centre de décision déterminant pour la mise en œuvre des objectifs de la protection des marais dans le cadre de la gestion forestière est ici le préposé à la protection de la nature du service cantonal des forêts. Le service forestier est également compétent pour les mesures de régénération des biotopes marécageux appartenant au canton et se trouve ainsi impliqué dans la mise en œuvre de la protection des marais. Les exemples présentés par la suite forment ainsi un pont entre la théorie et la pratique. Ils offrent un aperçu de la diversité des solutions ébauchées et peuvent constituer une bourse aux idées pour de futures et fructueuses collaborations entre l'économie forestière et la protec- tion des marais. HAND BUCH MOOR- SCHUTZ IN DER SCHWEIZ
FELIX BERCHTEN
Protection des marais et économie forestière: deux exemples (COMMUNES DE RECHTHALTEN ET ST. URSEN , FR) 4.2.1 1 INTRODUCTION
Si l'on prend comme référence les inventaires des biotopes marécageux de la Confédération, Fribourg ne se situe ni dans les cantons particulièrement riches en marais, ni dans ceux qui sont pauvres en la matière. Il présente cependant une grande diversité des types de biotopes marécageux. A titre d'exemple, on citera les marais d'atterrissement de la rive Sud du lac de Neuchâtel, les hauts-marais du Plateau sur des moraines de fond du glacier du Rhône qui se sont formées au cours de la dernière glaciation ou les grandes étendues de marais de pente que l'on rencontre dans la zone de flysch des Préalpes fribourgeoises.
Le canton de Fribourg est propriétaire de toute une série de biotopes marécageux. Il les a en grande partie acquis au tournant de ce siècle, soit à titre d'alpages marécageux sur flysch pour les reboiser et régulariser l'écoulement de l'eau, soit comme tourbière pour en extraire le combustible et chauffer des bâtiments publics. Les surfaces citées relèvent le plus souvent du service cantonal des forêts et sont gérées et entretenues par le service forestier. Au début des années nonante, on a créé un nouveau poste au sein du service cantonal des forêts pour un collaborateur dans le domaine de la protection de la nature en forêt. Ce poste est occupé par un biologiste spécialiste des marais qui travaille MANUEL en étroite collaboration avec le service cantonal de la protection de la CONSER· nature. VATION DES MARAIS EN SUISSE
2 ACTIVITES DU SERVICE FORESTIER
Le service fore ti r rrib urgeoi ' engage de diver manière pour la protection cie marai. Le préposé à la protection de la nature au eill lu ervi.ce cantonal des forêt e t aiu i appelé à c n eilLer et inf l'mer I.e per on.e! 'forestier à tou I.es niveaux en matière de protection des marai . II . oulÏent les forestiers lor d - la réali ati Il de coupes de bois à proximité de. biot pe ' marécageux .l es conseille pour 1 adaptation de la desserte fine et constitue une a si tanc p ur les questions relatives à la protection des marai dans l projets fore tiers. Les a tivlté. du S l'vice cantonal d (orêt ont US i tourné v l'S 1extérieur. La réalisation cl un entier di.dacliqu dans le marai de l'Ent nmoo (commun de Re hthalt n FR) el l'organisation de visite ' guidée doit permettre de ensibiliser de larges couche de la populati n à la prot ction des marais et de la natmc.
Le service forestier pratique aus i une protection active de marai pal' la planification et la mise en œuvre de mesure de régénération de biotope marécageux appartenant au canton. eci comprend ct une part l'élaboration de concepts et de plans de mesures ct autre part la réaü arion des me 'liIe con tructive et d'entretien,
4.2.1 3 L'EXEMPLE DU ROTMOOS (Communes de Rechthalten et St. Ursen, FR) Commission Moser RechthaIten 1 St. Ursen (Extrait du règlement de la commission du 5 juillet 1993)
3.1 Situation initiale et objectifs
Statut légal: La commission Moser est instituée pour une durée Le Rotmoos a été désigné comme l'objet n° 66 dans l'inventaire fédéindéterminée et relève de l'autoral des hauts-marais et des marais de transition. Il s'agit d'un haut- rité des conseils communaux de marais drainé de manière intensive et dont la tourbe a largement été Rechthalten et de St. Ursen, exploitée. Le canton de Fribourg est propriétaire des 8,4 ha de l'objet. ainsi que de la commission cantonale de la protection de la Selon GRÜNIG (1978-84), le Rotmoos était en 1978 boisé sur une nature et du paysage. bonne moitié de sa surface et sur 40% on trouvait des surfaces de tourbe mise à nu. Pour arrêter la destruction de la tourbe ainsi que la Composition 1élection: La commission se compose de deux poursuite de la recolonisation par la forêt, le service cantonal des foreprésentants de chaque comrêts a élaboré en 1990 le projet de régénération du Rotmoos. Ce projet mune (Rechthalten et St. Ursen), prévoit la remise en eau des surfaces de tourbe en trois étapes et la de deux représentants de la commission cantonale de la protecrenaturation de l'ensemble de l'objet (WICKY, 1988). tion de la nature et du paysage, du garde forestier et d'un représentant du service cantonal des
3.2 Mesures prises, participation du service forestier forêts ainsi que d'un représentant du muséum d'histoire
Les mesures prises entre-temps se classent dans les domaines de la sylnaturelle. Chaque organisme représenté élit ses représentants. MANUEL viculture, de l'hydrologie, de l'aménagement du territoire et du con- L'élection des représentants CONSERcommunaux incombe au conseil VATION trôle des résultats. Lors d'une première étape, on a travaillé dans les DES communal des communes con- MARAIS peuplements forestiers du nord et de l'est de l'objet. L'équipe forestière cernées. EN SUISSE régionale a abattu sur 2,5 ha les pins Weymouth (Pinus strobus) non indigènes (originaires d'Amérique du Nord) et a éclairci les boisements Tâches: La commission veille à ce que les objectifs de protection en bordure du marais pour réduire le fort ombrage qui est indésirable. soient atteints, elle contrôle En utilisant les bois ronds exploités, on a dans un deuxième temps l'application des règlements de inondé de nouveau 0,7 ha de surface marécageuse. L'équipe forestière protection et organise la surveillance des objets. Il lui incombe a pour cela fabriqué 80 cloisons de palplanches, les a colmatées avec également l'accompagnement de la tourbe fortement dégradée, raclée sur les surfaces mises à nu et a scientifique (contrôle des résulainsi pu mettre hors usage 710 f i de fossés de drainage. tats) ainsi que la réalisation des mesures d'organisation et d'entretien. En plus des mesures de régénération décrites, le service cantonal des forêts a établi un programme scientifique d'accompagnement avec 15 surfaces permanentes d'observation pour illustrer la réussite de la régénération du marais ou, le cas échéant, pour montrer la nécessité d'agir. La garantie des objectifs de protection stipulés pour le Rotmoos découle tout d'abord du plan d'affectation communal. L'objet est affecté comme zone de protection de la nature et le règlement de zone fixe les dispositions spécifiques de protection en même temps
que l'exploitation des zones-tampon. La "Commission Moser Recht- Fig. 1: Les peuplements de pins halten/St. Vrsen" est une particularité mise en place par les communes Weymouth étrangers à la station ont été soustraits de la zone de contact concernées et le canton. Elle représente l'organe exécutif qui met en du haut-marais. œuvre les dispositions de protection, qui conduit la régénération du Photo: Jean-Daniel Wicky marais et surveille l'évolution de l'objet protégé. Le garde forestier est responsable d'appliquer les mesures sur le terrain; il occupe ainsi une position centrale dans cette affaire.
4.2.1 4 L'EXEMPLE DE L'ENTENMOOS (Commune de Rechthalten, FR)
4.1 Situation initiale et objectifs
L'Entenmoos, comme le Rotmoos, figure avec ses 4,9 ha à l'inventaire des hauts-marais (objet n° 68); le canton de Fribourg en est propriétaire. La forêt occupe 40% de sa surface et les deux étangs résultant d'une exploitation de la tourbe jusqu'au-dessous du niveau de la nappe phréatique occupent 1 ha, soit 20% de l'objet. Comme le tourbage s'est arrêté déjà au milieu des années 40, la végétation marécageuse a pu se réinstaller sur une grande partie de la tourbe subsistant après l'exploitation, contrairement au Rotmoos. Les principaux objectifs poursuivis par le service cantonal des forêts, avec le projet de protection élaboré en 1990, sont de favoriser cette végétation et de protéger le marais contre les apports de nutriments et les effets des activités de loisirs.
4.2 Mesures prises, participation du service forestier
MANUEL Les mesures réalisées depuis 1990 dans l'Entenmoos se concentrent CONSERdans le domaine des infrastructures. Cela comporte d'abord l'installa- VATION DES MARAIS tion d'un sentier didactique du marais sur environ 1'000 m qui, d'une EN SUISSE part, vise à canaliser les personnes à la recherche de loisirs et, d'autre part, veut sensibiliser les personnes à la protection des biotopes marécageux ainsi qu'à la nature en général. Sur les passerelles et les chemins en rondins installés par l'équipe forestière, on peut déambuler confortablement à travers cette portion du paysage. Grâce aux tableaux d'information disposés, le promeneur intéressé peut aussi apprendre à connaître l'historique de la formation, les valeurs naturelles et les besoins de protection de ce marais.
Comme seconde mesure constructive, il faut citer la construction d'un ouvrage de régulation de l'écoulement. La construction choisie vise d'une part à empêcher la manipulation par des personnes non autorisées du niveau d'eau dans le marais; d'autre part, le seuil de débordement ajustable permet un réglage fin du niveau de l'eau, de sorte que lorsque la croissance du marais reprend on puisse relever le niveau d'eau centimètre par centimètre. Hormis l'écoulement, l'apport d'eau a également exigé des mesures constructives. La protection du
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marais contre les eaux de drainage eutrophes du terrain de football Fig. 2: Sentier didactique du marais voisin et contre les eaux de surface des terres agricoles environnantes à travers l'Entenmoos Photo: C. Elenna ont rendu nécessaire le déplacement de tuyaux vers les canalisations d'eau et la création de fossés pour capter l'eau.
Comme dans le cas du Rotmoos, le service cantonal des forêts de Fribourg a établi un programme d'accompagnement scientifique qui mesure le succès des mesures réalisées et surveille la régénération du marais. La commission Moser de Rechthalten / St. Ursen est l'organe exécutif responsable pour la mise en œuvre des mesures de protection, le contrôle des objectifs biologiques et du respect des dispositions de protection.
4.2.1
Mesures et coûts des projets de protection des marais
Rotmoos:
LiminaLion des peuplements de pins Weymouth interventions forestières Fr. 10'000.-
Programme d accompagnement scienlifique ~ r. '400.-
Etablissement d'un r g1ement de ZOJle c nclu ion de conlrats dan ' le z nes-tampon Fr. 5'740.-
Div ' r Fr. -'260.-
Tolal 1ère éta.pe Fr. 50000.-
Entenl1loos:
Intervention fore tières et sentier didacLig ue du ma rais Fr. 21'000,-
Ouvrage de régulalion de l'écoulemenl Fr. 11 '000.-
Dérivalioll de ' eaux de drainage du terrain d football Fr. 13 000.-
Fa és de captage des eaux de surface -fr. 6'000.-
Programme c1'accompagnement cientifiq ue 'r, 12'5 0.-
"'la li ement d'un règlement de zone) ,conclusi 0 de c nt rat · clan ' 1 zones-tampon Fr. 5640,-
Diver Fr. 3860.- --- TOlal ier étape Fr. 73'000.- MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE
5 IlILAN
La collaboration entre Je service fo restier, Je service cantona l de la protection de la nature, la commission pour la proleclion de la nature e t du paysage, les équipes forestières régionales et les communes a condui t dans le canton de Fribourg à d'importantes synergies dans le domaine de la protection cles marais. La protection des marais Cl pu profil er du savoir-faire technique et des ressources du service forestie r: ses expé riences aussi bien c n matière de construction que dans la manière d'approcher la nalUre, son orga nisation décentralisée couvrant le territoire et son équipement en personnel, machines el outils ., onl conféré il la protection des marais lIne efficacité appropriée. La protection des marais est ainsi en mesure d'identifier plus rapidement des in tctventions ct des évohttions indés irables pour prendre des contre-mesures adaptées et les mettre en œuvre. Elle profite en outre indi rectement du soutien dont bénéficie le service fores ti er dans la population rurale, ce qui est fa vorable à sa large acceptation. M'lis les avantnges ne sont pas que d'un côté. Les équipes forestières concernées bénéficient aussi d'un volume de travai l cie plusieurs dizaines de milliers de francs par année, la plupart du temps bienvenu comme travail lors d'intempéries. En outre les autorités forestières cantonales tirent profit de celle image en terme de protecti on de la nature.
J
4.2.1 BmLIOGRAPHIE ADRESSE DE L'AUTEUR
R" NI A. (197 -84): Invenlal" Felix Berchtcl1 der Hocb- und Übergallg mOOT der Hintcrmann & Weber A chweiz (extrait ). on publié, env. Hauptslra e 52 2100 p., polycopié. 489 cartes au 4153 Reihen 1:25'000. Institut fédéral de recherche forest ières (IFRF), Birmen dari.
Wl KY, J.-D. (9 ): Die Torfmoor von Rechthalten und l. UI en / TRADUCTION Kanloll Freiburg, tratigraphi che i:iko.logische und vegelatioIlskwldliche Unlersuchuogen im Schwand- Philippe pog L m 0 Entenmoo und ROlmoo . Ingénieur foresti r EPFZ Di . Université cl Berne, Gnagi' Qlemin Merdi el 22 Druck-Egge, Beme. 1242 Satigny
Manuel li rvati 11 des mara i enSuj e2
MANUEL CONSER- VATiON DES MARAiS .EN SUISSE
ANNEXE KAN TON FREI BURG Fi 3' Esquisse de l'ouvrage de . " GEMEINDE ré!~l~tion de l'écoulement (plamfie RECHTHAlTEN par.D Zuffi , service cantonal des forêts de Fribourg) ENTENMOOS ABFLUSSKONTROLLSCHACHT
Umgebungsplan 1 : 5'000 • LOkallslerung BauobJekt 585745 1 179'350 "\JO i' ,iltlUfiG
Givisiez, im Januar 1992 59
ieurwesen t -: :t spection cantonale des forêts :/ Case postale 100 700 FRIBOURG 6
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4.2.1
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Kantonsforstamt
30 JAN. 1992 D. luffi
FELIX BERCHTEN
La protection des marais dans les proiets forestiers; Il exemple du "Rotebachll (COMMUNE DE PLANFAYON, FR) 4.2.2 1 INTRODUCTION
Le pillage des forêts dans le cadre de l'industrialisation du 19ème siècle n'a pas épargné le canton de Fribourg et a entraîné les catastrophes que l'on connaît (PFISTER et aL, 1987). Le canton a par la suite acquis, entre 1890 et 1950, au total 1'800 ha de terrains en région de montagne dans le district de la Singine; il les a placés sous l'autorité du service cantonal des forêts afin d'y réaliser des reboisements de grandes surfaces (PFISTER et al. 1988). Ces achats de terres comprenaient entre autres les alpages sur flysch dans le bassin versant du Rotebach qui englobent une surface de 140 ha avec des altitudes allant de 1'280 m à 1'628 m au sommet du "Schwyberg".
Selon les objectifs formulés dans le premier projet de drainage des pâturages et de reboisements, la surface forestière, dans le périmètre du Rotebach, devait passer des 10-15% d'origine à 60%. Il était aussi prévu de drainer le terrain et d'assainir les surfaces d'érosion avant d'entamer la plantation. Le service forestier n'a d'abord que lentement entamé les travaux dans le bassin-versant du Rotebach, car ils étaient moins prioritaires que les mesures prévues dans d'autres bassins-versants de torrents. MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE
2 EVOLUTION DU PROJET FORESTIER DANS LE PERIMETRE DU ROTEBACH
L'exemple du Rotebach montre que le service forestier fribourgeois, grâce à un réexamen périodique des projets établis à long terme contribue à résoudre les problèmes de manière opportune. On soulignera les aspects suivants du processus d'évolution parcouru :
2.1 Examen intégral dans le cadre de l'lBS
"lBS" correspond à l'abréviation du projet d'assainissement intégral des terrains de montagne pour la Haute-Singine ("integrale Berglandsanierung Sense-Oberland"); il s'agit d'un projet pilote pour mettre à disposition des bases et des méthodes en vue d'une exploitation ordonnée du sol au sens de l'aménagement du territoire (PFI- STER et al. 1988). L'lBS a d'abord fourni pour la partie supérieure du district de la Singine (Haute-Singine) un vaste aperçu global, à ce jour unique en Suisse, de la situation de départ en ce qui concerne l'espace naturel. Sur cette base, le territoire a été divisé, dans la suite du travail, en "surfaces prioritaires" qui sont particulièrement adaptées à certaines exploitations, en "surfaces conflictuelles" et en "surfaces problématiques et à assainir".
Pour le périmètre du Rotebach, l'lBS a délimité à côté des foyers de dangers connus (bassin-versant du torrent) d'importantes surfaces à priorité écologique. La vision globale a abouti à une nouvelle évaluation de la situation, ce qui a déclenché une refonte des projets de drainage et de reboisement sous la forme du projet forestier intégral "Rotebach" de 1987 (PHILIPONA, 1987). En 1996 d'autres adaptations du projet ont suivi dans le cadre d'une refonte du projet intégral "Rotebach" (SCHWAB, 1996).
4.2.2 Fig. 1: Répartition de urfaces et mesures planifiée dan le p -rim ' trc du Rotebach. Repr duc Lion avec 1autorisation de l'Office fédéral de 171 La topographie du 9.3.99. ~~M.~~~~~~~~~~ mesure de tabili alion et de Il Il Il construction reb isemenl
régénération des surface ' de haut-marais/reprise de la fauche de la litière
170 pâture (alpage)
D 'urface prioritaire pour I.a protection de la nature/soins des collectifs à r intérieur des peuplements Projet intégral 1987/ adaption du proj t
Pr jet de détail 1988 Projet intégral 1996 2 MANUEL CONSER- VATION 171 DES MARAIS EN SUISSE
2.2 Ouverture à des nouvelles connaissances scientifiques
(et forestières)
L'objectif de reboisement pour le périmètre du Rotebach a été réduit au cours des décennies de 60% (à l'origine du projet) à moins de la moitié (SCHWAB, 1996). Différentes connaissances ont amené les autorités forestières à opérer ces adaptations:
Les biotopes marécageux intacts et non pâturés retiennent l'eau des précipitations et, comme les surfaces boisées, ont pour effet d'atténuer l'écoulement des crues.
Dans les zones de flysch, c'est principalement un fort pacage (en .. terme de charge) qui entraîne des effets défavorables sur l'écoulement des crues.
La recolonisation par la forêt, soit par un envahissement naturel ou par une plantation initiale sur des surfaces favorables à la régénération (plantation en petits collectifs) est préférable à un reboisement sur l'ensemble de la surface avec drainage.
L'exploitation des pâturages se concentre aujourd'hui sur les surfaces les plus appropriées. La forêt, les marais et les surfaces d'érosion sont largement protégées par des clôtures.
Tab. 1: Adaptation de l'objectif de Projet / Inten- Projet intégral Etude pour la reboisement pour le périmètre du tion une fois 1987, projet de refonte du projet Rotebach. l'acquisition des détail 1988 intégral 1996 terrains achevée en 1942
Objectif de 60% (83 ha) 32% (45 ha) 28% (39 ha) reboisement
Tab. 2: Economie réalisée par les Coûts budgétisés pour Coûts budgétisés pour Economie réalisée réductions dans les mesures de stabiles mesures selon le les mesures selon lisation et de construction. projet intégral de 1987, l'étude pour la refonte resp. le projet de détail du projet intégral de de 1988 1996
Fr. 268'000.- Fr. 27'400.- Fr. 240'600.- (90%)
4.2.2
MANUEL Comme les objectifs de reboisement, les mesures techniques d'assai- Fig. 2: Prairie à molinie et marais à CONSERnissement des surfaces d'érosion ont plus particulièrement enregistré trichophore à "Biiriswils Schwand". VATI O N DES Photo: Hintermann & Weber SA MARAIS des réductions considérables. Comme principal argument, SCHWAB EN SUIS SE (1996) cite le fait que les surfaces d'érosion sont typiques pour les zones de flysch suite à des dégâts de neige ou des glissements superficiels et que ce n'est qu'à grands frais que l'on peut y remédier. Il n'est par ailleurs pas opportun, comme prévu à l'origine, de les stabiliser et de les refermer complètement. La nouvelle formulation des objectifs (SCHWAB, 1996) pose au premier plan pour le service forestier la volonté d'empêcher l'extension de l'érosion par des mesures de génie biologique et par le reboisement des surfaces directement attenantes.
2.3 Intégration des mesures de protection des marais
Les inventaires de biotopes marécageux de la Confédération établis au cours des années 80 ont délimité pour le périmètre du Rotebach des objets d'importance nationale (IHM n° 576; IBM n° 1502). Les deux objets marécageux se composent d'une multitude de petites surfaces, séparées par des bandes de forêts, des fossés ou des crêtes et
constituent une fine mosaïque. Dans l'lBS, on avait déjà reconnu leur signification pour la nature ce qui avait conduit à leur délimitation comme surfaces à priorité écologique dans le projet forestier intégral de PHILIPONA (1987). Après la sortie de la carte détaillée des marais en fin 1992 (WICKY, 1992), de nouvelles adaptations du projet devenaient nécessaires. L'étude réalisée par SCHWAB en 1996 sur la refonte du projet intégral "Rotebach" prévoit ainsi des réductions dans les mesures de reboisement, de stabilisation et de desserte, mais intègre aussi toute une série de mesures pour la protection et l'entretien des biotopes marécageux dans le projet forestier. Il s'agit de:
Reprise de l'exploitation de la litière sur 5 ha de surface marécageuse en partie en friche dans la zone de la "Chessler Hütte". L'exploitation est garantie par le fermier de la zone qui est indemnisé par le service forestier pour les coûts supplémentaires;
Régénération de la surface du biotope du haut-marais à "Bariswil Schwand" en fermant les anciens fossés de drainage avec des cloisons de palplanches fabriquées en bois ronds et colmatées avec de la tourbe;
Clôture des biotopes marécageux;
Surveillance de la progression des friches dans les bas-marais qui ne sont plus pâturés, pour pouvoir réagir à des modifications indésirables.
Les autorités forestières fribourgeoises ont l'intention de financer les mesures de protection des marais avec les moyens économisés dans les mesures de reboisement et de stabilisation. Elles s'appuient pour cela sur l'élargissement du concept de rendement soutenu inclus dans la nouvelle loi forestière qui englobe la fonction de protection de la nature de l'aire forestière.
4.2.2 3 BILAN
L'exemple du Rotebach montre que les projets forestiers ne doivent pas entraîner de conflit avec la protection de marai mai' qu au .contraire, grâce à un appr cbe intégrale et de amélioration répétée il peut en r rtir d importante. ynergie La protection de · marai profite ct la pré ence locale du ervice f re lier d une mise en œuvre pragmatique et d Ulle plu rapi.de accep ati n de m ures de la part de exploitan ' d'alpages. Lorsqu le mesure de protection de marai C ITIme cet 1intention dans le projet pré enté, e déroulent dan. le cadre d'un projet fore lier on obtient de plu une réduction des frai admini tratif. D autre part, les améliorations répétées du PI jet forestier ont permis de c ncentrer ur 1e sentiel el d'optimi er 1 rapport coOts-avantages des moyens publi engagé tout en con ervant la prot ction contre le dangers naturels. Lécoulement de 1eau à traver la zone n'e t ainsi pas modifié de manière ignificative par les chang ments survenus dans j pr j t.
MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE
BffiUOGRAPIllE ADRESSE DE L'AUTEUR
PH TER, F.I WALTI-IER, H. I Felix B rchlen ~ ~Nr, V.I ANDRIAN, M. (1987): HiJ1lerm aun & Weber G Wald rh allung und SchUlzau[ga ben Hallpt trasse 52 im Berggebiet. ~ rh ôble Sicherheirs- 41 53 Reinach an pt:üche und Wald 'chtidell rf rderc mehr Miltel.fü,r f rstliche Projekte. Eidgeoôssi che Anstalt für das fOJ'stliehe Ver ueh wésell (EAFV). Bericht Nr.294 Binncn cl rL79 p. TRADUCTION PFT T R, F. / HMID, P. 1 GRES H P. (1988): Gesa mlpr . jetkte ml' B l'gland anjerung- Philippe Pog t M eUlOdische GrundJageo. unLer- Ing nieul' for lier PZ 'ueht am Bei. piel des euse -Obcr- hemin Merdi el 22 landes (FR). Eidgenossische Ail. talL L242 aligny für das for tJiche Ver uch wesen ( ~ FV). F. Flück-Wirlh Verlag Teuren 223 p. Manuel C Oll ervaÛon de marai. PHJUPONA B. ( 987): IOle ra1- en ui e 2 projetl<t Rot , bach besreh nd au 2/1997 technischem Berichl, Übersichtplan tilld Ma nahmcnplan. Tentlingen 17 p. non publié.
f-lWAB Po (L996): Projekts(u lie Überarbeilung Inlegralpr ~ ekt Rolebach b leh oel au ' techni- 'chem B richl, Plan zur akluellen ituation und Massnabmenplun. flbourg 26 p. Non publié.
WI 1 Y J -O. (1 92): Moore am cbwyberg. Detailkarûeruog und chutzkonzept fül' die Bochm orolr jekle Nr. 76 und 77 owi. da Fla hm.oorobj kt Nr, 1503 iok. NachLrage. Frib urg, 24 p. Non publié.