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Les tiques gagnent du terrain. Le Conseil fédéral s'en préoccupe-t-il ?
Texte déposé
Les tiques gagnent du terrain. De nouvelles espèces se propagent, entraînant avec elles de nouvelles maladies. Or la surveillance n’est pas systématique : les données n’apparaissent dans les statistiques officielles qu’une fois que les personnes sont tombées malades. Impossible, pour ceux qui le souhaitent, de lancer une alerte plus tôt.
Dans le même temps, les personnes souffrant de maladies chroniques consécutives à des infections transmises par les tiques passent entre les mailles du filet : celles qui ne correspondent pas au schéma de diagnostic habituel ne bénéficient souvent ni d’un traitement adapté ni d’une couverture d’assurance. Les coûts indirects – prestations de l’AI, séquelles psychiques, litiges d’assurance de longue haleine – devraient dépasser les coûts de traitement officiellement enregistrés.
L’approche One Health (Une seule santé) de l’OSAV offre un cadre prometteur, mais n’en est encore qu’à ses débuts. Il manque une surveillance coordonnée sur le terrain, une collaboration interdisciplinaire et un interlocuteur pour les personnes souffrant de maladies chroniques d’origine indéterminée.
Le Conseil fédéral est prié de répondre aux questions suivantes :
Quels sont les services chargés de la surveillance des espèces de tiques envahissantes, et comment les signalements émanant de la population sont-ils systématiquement enregistrés ?
Le Conseil fédéral envisage-t-il, dans le cadre de One Health (Une seule santé), de mettre en place une surveillance préventive des tiques permettant de collecter des données sur le terrain avant l’apparition de cas d’infection ?
Comment évalue-t-il le risque que représentent les espèces de tiques envahissantes telles que Hyalomma marginatum, et quelles mesures de détection précoce sont prévues ?
Quelles données le Conseil fédéral collecte-t-il concernant les évolutions chroniques liées aux infections transmises par les tiques, et comment évalue-t-il les lacunes existantes dans ces données ?
Quelles mesures prend-il pour que les personnes souffrant de séquelles chroniques par suite d’une infection bénéficient d’une prise en charge médicale et d’une couverture d’assurance, même si leurs symptômes ne correspondent pas aux définitions de cas habituelles ?
Avis du Conseil fédéral
1. Tout comme les espèces de tiques indigènes, les espèces de tiques exotiques envahissantes peuvent causer des problèmes de santé chez les humains et les animaux, ce qui peut aussi engendrer des dommages économiques. La surveillance des espèces de tiques exotiques envahissantes incombe en principe à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). La lutte contre ces espèces incombent aux cantons (art. 50 ss de l’ordonnance sur la dissémination dans l’environnement [ODE ; RS 814.911]).
La fondation Info fauna est le centre de données et d’informations pour la faune sauvage de Suisse (y c. pour les tiques). Elle centralise, analyse et met à disposition les données et informations sur la faune de Suisse (www.infofauna.ch).
2. et 3. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) et d’autres offices fédéraux ont chargé l’université de Zurich d’élaborer une cartographie des espèces de tiques présentes en Suisse et de leurs agents pathogènes selon l’approche « One Health ». Une analyse d’échantillons réalisée en 2025 a révélé que sur les 9500 tiques examinées, seul un spécimen appartenait à l’espèce Hyalomma marginatum, qui n’est pas un organisme exotique envahissant au sens de l’ODE. Les résultats finaux de cette étude sont attendus pour l’été 2027. Le Conseil fédéral pourra ensuite évaluer s’il est pertinent d’organiser une surveillance intégrée des tiques en Suisse.
4. En Suisse, les maladies transmises à l’être humain par les tiques font l’objet d’un monitorage dans le cadre des systèmes de surveillance et de déclaration existants. Le système de déclaration obligatoire consiste à récolter et à analyser notamment des données relatives à la démographie, au diagnostic et à l’exposition en lien avec des maladies soumises à déclaration, comme la méningo-encéphalite verno-estivale (MEVE) et la tularémie. Le système de déclaration volontaire Sentinella pour la surveillance des maladies transmissibles non soumises à déclaration consiste en outre à relever des données sur les débuts d’un traitement contre la borréliose ainsi que sur les séquelles tardives de cette maladie. Toutefois, il est souvent difficile d’attribuer avec certitude des symptômes persistants non spécifiques à une infection antérieure transmise par une tique.
L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) est en contact régulier avec des chercheurs ainsi qu’avec la Ligue suisse des personnes atteintes de maladies à tiques ; il lance et soutient divers projets de recherche et de prévention en Suisse. Par ailleurs, en tant que membre du sous-organe « One Health », l’OFSP élabore un plan d’action (swiss tick action plan) en collaboration avec l’OSAV ; la publication de ce plan d’action est prévue pour cette année.
5. La morsure de tique est considérée comme un accident. Lorsqu’un assuré déclare une atteinte à la santé après une morsure de tique, il revient donc au médecin expert de l’assurance accident d’apprécier si l’événement déclaré constitue bien l’origine des troubles constatés. En l’absence de certitude scientifique, ce médecin expert devra définir s’il existe des preuves prépondérantes permettant d’établir un lien de causalité entre la morsure déclarée et les troubles subis. C’est sur cette base que l’assurance accident entre en matière pour une prise en charge des frais liés au traitement des conséquences d’une morsure de tique. En vertu de la fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal ; RS 832.10), l’assurance obligatoire des soins (AOS) prend en charge l’ensemble des examens et traitements efficaces, appropriés et économiques des fournisseurs de prestations admis, même lorsque les symptômes ne correspondent pas aux définitions de cas habituelles. Les personnes sans activité professionnelle (enfants, retraités, etc.) sont assurées contre les accidents et la maladie via l’AOS. Le Conseil fédéral estime ainsi qu’il n’est pas nécessaire de prendre de mesures supplémentaires.