04.3177 · Interpellation · 2004-03-19
Département de la défense, de la protection de la population et des sports
Liquidé
Wortlaut
D'un côté, le chef de l'armée, le commandant de corps Keckeis, explique que les combats de chars sont révolus, alors que, de l'autre, il veut organiser des manoeuvres de chars à l'étranger.
1. Quelle conception le DDPS, l'État-major général et la direction de l'armée ont-ils du futur rôle des chars dans l'armée ?
2. Est-il judicieux d'envoyer à grands frais une brigade blindée à l'étranger pour simuler une bataille, alors que, de l'aveu même du chef de l'armée, les combats de chars font partie du passé ?
3. La confusion portant sur le rôle des chars est-elle circonscrite à l'échelon de la communication militaire ou s'étend-elle à l'échelon de la conception militaire ?
Begründung
Le 5 janvier 2004, le commandant de corps Keckeis a déclaré dans des magazines suisses, à propos des 148 chars Léopard qui ont été mis hors service, qu'il était exact que nous n'en avions plus besoin et que les combats de chars étaient révolus. Or, quelques semaines plus tard, on a pu lire dans la presse - notamment dans la "Basler Zeitung" du 24 février 2004 - que des brigades blindées ou certaines de leurs unités allaient participer à de grandes manoeuvres à l'étranger. Ces deux déclarations semblent contradictoires.
L'idée selon laquelle l'époque des grands combats de chars pourrait être révolue dans une large mesure en raison de l'augmentation des moyens de défense disponibles (armes terrestres antichars et Forces aériennes) est toujours plus répandue dans la théorie militaire. Pour que l'engagement d'unités blindées d'une certaine taille ait des chances de succès, il faut que des conditions particulières soient réunies :
a. terrain très favorable aux chars ;
b. supériorité aérienne ; et
c. infériorité manifeste de l'ennemi.
Ces conditions ne seraient guère remplies si l'armée suisse devait assurer la défense du pays, si bien que la première déclaration du commandant de corps Keckeis paraît tout à fait compréhensible. Mais la question se pose aussi de savoir pourquoi des brigades blindées doivent aller s'entraîner à l'étranger dans le cadre de formations compactes, ce qui coûte très cher, comme on le sait.
Précisions concernant mes questions :
1. Après le flou que l'on a créé, une mise au point s'impose.
2. Selon le DDPS, il s'agit d'un projet qui n'en est qu'au stade de la planification. Mais si l'on rend publics de tels projets, il faut aussi informer l'opinion publique de telle sorte que les informations soient sensées et qu'elles puissent être comprises.
3. Le passage à l'"Armée XXI" a de toute façon déjà engendré incertitude et confusion dans l'esprit de très nombreuses personnes. Face à cette situation, il est d'autant plus important de fournir des informations claires, complètes et compréhensibles.
Stellungnahme des Bundesrates
Dans son rapport sur la politique de sécurité de la Suisse 2000 et dans le plan directeur de l'"Armée XXI", le Conseil fédéral a décrit l'environnement stratégique et souligné les conséquences pour l'armée suisse. Les risques et les dangers ont changé. Il semble improbable qu'une guerre puisse éclater en Europe occidentale dans un avenir prévisible. Aujourd'hui, la principale menace qui plane sur la société occidentale est le terrorisme international.
La mission de l'armée comprend plusieurs volets, dont sa contribution au soutien international de la paix et à la gestion des crises, les engagements subsidiaires en vue de prévenir et de maîtriser les dangers menaçant les conditions d'existence, ainsi que la sûreté sectorielle et la défense. La situation qui règne désormais sur le domaine de la menace nous permet - la situation financière de la Confédération nous y contraint d'ailleurs - de réduire la disponibilité de base de l'armée en ce qui concerne la défense. L'armée se limite à préserver et à développer ses compétences de base pour assurer une éventuelle montée en puissance que rendrait nécessaire un changement à moyen ou à long terme de la situation sur le plan de la menace. En raison de l'incertitude qui caractérise notre avenir sur le long terme, nous devons pour le moins préserver ces compétences-cléset les développer.
En ce qui concerne la préservation et le développement de ces compétences, les blindés continuent de jouer un rôle important. La puissance de feu, la mobilité et la protection sont des avantages importants que nous procurent les troupes blindées dans le cadre du combat interarmes. Jusqu'à présent, l'histoire nous a montré que l'efficacité des chars ne se limitait pas seulement à leur terrain de prédilection ; ainsi, ils jouent aussi un rôle important dans les combats urbains ou dans des opérations de stabilisation. Le Conseil fédéral est également d'avis que le succès d'un engagement de formations blindées dépend fondamentalement d'un bouclier aérien solide et de la dominance de l'information. Dans un état de défense, ces capacités-clé doivent être assurées dans le cadre d'une coopération.
Ce qui semble être la norme dans les armées comparables à la nôtre doit aussi faire l'objet d'une instruction dans la nouvelle armée. De la sorte, les capacités-clé de la défense, qui sont une nécessité de base pour une montée en puissance de l'armée en fonction de la situation que caractérise la menace, sont prises en considération. Le plan directeur de l'armée prévoit de donner chaque année, dès 2008, une instruction sur le combat interarmes dans le cadre de grandes manoeuvres où interviendront des éléments de l'armée. Jusqu'en 2011, quelque huit bataillons devront ainsi être instruits. Ceux-ci pourront être constitués en deux brigades dites "task force".
L'instruction au combat interarmes doit s'effectuer sur des places d'instruction modernes disposant d'une infrastructure informatique permettant d'évaluer et d'améliorer, selon des critères professionnels, les performances réalisées. De telles places n'existent pas en Suisse. Cela tient au manque d'équipement constituant l'infrastructure de l'instruction et au manque de place à proprement parler. Les simulateurs des systèmes d'armes utilisés dans l'armée suisse ne peuvent remplacer les grandes manoeuvres, d'où notre obligation de les organiser sur des places d'armes étrangères. Le choix se porte sur des pays dont l'armée, du fait des systèmes d'armes dont elle dispose, présente de fortes similitudes avec l'armée suisse. En règle générale, les formations entraînées sur les places étrangères sont constituées de corps de troupe (bataillons/groupes renforcés).
Le DDPS a un avis clair et unanime sur le rôle des chars de combat. Selon les déclarations du chef du DDPS, il apparaît comme improbable que notre pays doive être confronté à un état de défense - et engager dès lors nos chars dans des missions de guerre - dans un avenir prévisible. Pour que l'armée soit en mesure de remplir son mandat constitutionnel dans un lointain futur également, il est impératif qu'elle conserve, pour le moins, une compétence minimale à assurer la défense. Les manoeuvres des formations blindées sont, dès lors, une nécessité à laquelle on ne peut renoncer.
Réponse du Conseil fédéral.