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93.3232 · Interpellation · 1993-04-29

Département de justice et police

Liquidé

Wortlaut

Le Conseil fédéral est-il prêt à donner suite au rapport de sa commission consultative, publié le 31 mars 1993, et en particulier à appliquer le chapitre 5 ? Dans les meilleurs délais, nous souhaitons que, d'entente avec les cantons de Berne et du Jura, le conseil interrégional de coopération soit désigné sous la responsabilité de la Confédération et que démarre la première étape de concertation, telle qu'elle est préconisée par la commission consultative fédérale.

Begründung

Les interventions de nos collègues Aubry (postulat 93.3201) et Schmied Walter (interpellation 93.3202), qui s'inscrivent dans une campagne dont je reparlerai tout à l'heure, m'obligent à sortir d'une réserve que je jugeais souhaitable. Mais la vérité, comme la nature, réclame parfois ses droits ! Et la vérité, dans le conflit compliqué qui divise le sud du Jura, c'est pour une fois que la raison mérite de se faire entendre.

Soyons clairs ! Le rapport de la commission Widmer a été ressenti par certains comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Mais, une fois passées les réactions épidermiques, il a fait naître un espoir nouveau. Oui, un immense espoir est né. Non pas tant chez ceux qui souhaitent la réunification du Jura que chez ceux qui, ne l'ayant pas voulue au moment des plébiscites de 1974 à 1975, y voient aujourd'hui l'occasion d'engager une négociation honnête, raisonnable, loyale, calme, sereine. C'est l'espoir d'un dialogue nouveau entre citoyens de sensibilités différentes, l'espoir de régler les problèmes non à coup de slogans et de manifestations, mais autour d'une table ronde l'occasion de surmonter nos rancunes.

Citoyen du Jura-Sud, confronté chaque jour à des gens qui ne partagent pas toutes mes idées, j'ai pu constater de manière éclatante que la majorité de mes concitoyens souhaitent l'apaisement par le dialogue. Ils désirent que les couteaux et les bombes soient rangés au vestiaire, que les plus sages d'entre nous négocient des solutions acceptables par le plus grand nombre, sous l'égide de la Confédération suisse. Beaucoup de citoyens ayant voté contre la réunification en 1975 sont néanmoins de bons Suisses et veulent ardemment que les autorités fédérales résolvent à l'amiable le problème de cette portion de Suisse romande si souvent oubliée et contestée entre Berne et le Jura.

Un immense espoir est né, mais comme Hérode, certains veulent le tuer aussitôt. Les laisserons-nous faire ? Nous laisserons-nous intimider par quelques ultras, criant plus fort que les citoyens raisonnables, au risque de laisser la Question jurassienne empoisonner la vie confédérale durant des décennies ? Je voudrais invoquer ici la clairvoyance du général de Gaulle dans l'affaire algérienne, mais aussi celle des Suisses à Kappel, qui ont privilégié la négociation au détriment du conflit.

Le Conseil fédéral, et le Parlement avec lui, ont choisi de confier à des experts, connus pour leur sagesse et leur culture, le soin de formuler des propositions. Que leur rapport puisse choquer certains, il fallait s'y attendre et nous nous y attendions. Mais l'essentiel de ce document ne réside pas tant dans les conclusions ultimes auxquelles il aboutit - et auxquelles je souscris évidemment - que dans la procédure, dont le maître mot, le mot clé, s'appelle dialogue et négociation.

Allons-nous gâcher cette chance unique ? Allons-nous suivre Dame Aubry, dont le souci de modération n'est pas la vertu majeure ? Allons-nous laisser échapper, pour complaire aux plus extrémistes, la chance de permettre aux citoyens raisonnables de son champ d'exprimer enfin leur opinion ? Allons-nous laisser le champ libre aux Hérode du Jura-Sud demeuré bernois ? C'est notre crédit envers l'opinion publique suisse qui est en jeu. Comment expliquerons-nous aux Confédérés qu'un document pensé, pesé, soupesé par des experts désignés également par le gouvernement bernois lui-même doit être ignoré, parce qu'il excite quelques excités ? De quoi aurions-nous l'air ?

La vérité, c'est que la raison a enfin une occasion de se faire entendre et qu'une grande partie des électeurs du Jura méridional y aspire. Si une fraction s'y oppose, c'est qu'elle en sent le danger pour elle. Les interventions de nos deux collègues visent un but, un seul : c'est à vous cacher, à vous qui recherchez la paix, qu'une moitié au moins des citoyens ayant voté pour Berne en 1975 sont désireux d'une solution négociée. Les interventions Aubry et Schmied Walter visent à désavouer le Conseil fédéral, à prolonger un conflit inutile, à vous déconsidérer, en fin de compte, devant l'opinion publique.

Pour ma part, je vous demande de ne pas suivre cette voie, mais au contraire d'entretenir, de raviver cette flamme d'espoir qui doit réunir, autour de la même table, des gens qui se sont combattus et souhaitent maintenant conclure une paix des braves, tant il est vrai que les Jurassiens de tous horizons ne sont pas fondamentalement divisés et qu'ils ont en commun un même destin.

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