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Marra Ada · Nationalrat · 2010-09-30

Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-09-30

Wortprotokoll

Après le vote du 29 novembre 2009 sur l'initiative populaire contre la construction de minarets, il n'y a pas eu une semaine où la religion n'a pas occupé le devant de la scène. Ce vote contre les minarets a mis tout à coup le fait religieux au centre des préoccupations de beaucoup de politiciens, de médias et, dans une certaine mesure, du peuple qui n'a pu qu'être spectateur de toutes les problématiques soulevées depuis. Je tiens à en faire le listing: registre pour les prêtres pédophiles; interdiction de porter la burka; les imams doivent faire les sermons dans la langue locale; initiative pour inscrire dans la Constitution les valeurs chrétiennes. Cela n'étant que la liste des objets déposés au Parlement ou en voie de récolte de signatures pour passer devant le peuple. De plus, on ne compte plus les faits qui ont fait la une des médias ou alors des déclarations dans les journaux du dimanche: affaire Nicolas "Abdullah" Blanchot et son association; proposition d'expulser tout musulman, même Suisse converti, qui déclarerait que la charia est au-dessus de la Constitution; interdiction du burkini, etc.

Je crois que ce sujet mérite beaucoup mieux que les avis "endimanchés" d'un Darbellay, d'une Widmer-Schlumpf ou d'une Marra. Ce sujet mérite un débat proportionné, serein et de longue durée, que seul un espace confiné aujourd'hui peut apporter. Cette commission fédérale où l'Etat prendrait la main, où les innombrables propositions seraient étudiées et feraient l'objet d'une vue d'ensemble, où les valeurs de laïcité bien comprises pourraient et devraient être rappelées par l'Etat, a tout son sens. C'est même de notre responsabilité de politicien. On ne peut plus se permettre dans notre pays de faire du show avec ces sujets. Et toutes les formations politiques qui ont pris part à ce débat difficile du rapport entre l'Etat et la religion doivent accepter ce nouvel espace de dialogue et de discussion. Cette proposition, bien que déposée par Monsieur Zisyadis, n'est ni de droite ni de gauche, comme il l'a rappelé.

Si vous consultez la liste des commissions fédérales extraparlementaires, vous y trouverez un peu de tout. Pour [PAGE 1632] certaines, on se demande parfois si le domaine concerné est vraiment un enjeu capital pour notre pays; un exemple - et pardonnez-moi si je heurte certaines sensibilités - la Commission fédérale de design. Alors qu'on se préoccupe de l'esthétique, on estimerait que ce débat sur la place de la religion - débat qui enflamme l'Europe et le monde - ne mérite pas une instance particulière dans notre pays?

J'apporterai un dernier argument décisif pour l'institution d'une telle commission. Entre le traitement de cette initiative parlementaire par la commission et aujourd'hui, des faits nouveaux sont intervenus. En effet, suite au dépôt du postulat Amacker-Amann 10.3162, qui demandait l'élaboration d'un nouvel article constitutionnel sur les religions, le Conseil fédéral s'est déclaré prêt à ouvrir un espace de dialogue là-dessus.

Je crois que tous les acteurs doivent être intégrés, les communautés religieuses, mais aussi les acteurs politiques. A nouveau, le débat sur cette question de liberté religieuse risque d'être complexe, d'un immense intérêt. C'est pourquoi il faut un lieu de dialogue. L'initiative parlementaire Zisyadis tombe à point nommé. Peut-être que si la commission avait eu en son temps ce nouvel élément, la majorité aurait été différente aujourd'hui.

C'est pourquoi je vous demande de donner suite à cette initiative et de ne surtout pas prendre à la légère un thème qui a été traité de manière trop désinvolte, pour ne pas dire dangereuse, tous ces derniers mois.