Glauser-Zufferey Alice · Nationalrat · 2010-12-01
Glauser-Zufferey Alice · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2010-12-01
Wortprotokoll
Je présente ici les arguments de la minorité qui ne désire pas donner suite à cette initiative.
Si dans un premier temps j'ai signé cette initiative, c'est sans avoir connaissance des réalités de cette activité et de cette tradition, ni avoir évalué les risques que cette initiative faisait prendre aux commerces de fourrure. C'est ce qui arrive à la majorité des citoyens qui désirent défendre les plus faibles. C'est compréhensible et normal, mais cette majorité répond souvent trop vite à l'activisme de groupes virulents, d'une sensibilité exacerbée, qui veulent interdire ce commerce. Une tradition qui remonte à nos origines, des métiers ancestraux de tannerie et de fourrure ne doivent pas disparaître dans notre pays.
D'emblée, il faut relever - il est important de le faire, car cela ne se sait pas assez - que les fourreurs de notre pays importent la majorité de leurs fourrures, vison et renard en particulier, des pays européens: Danemark, Finlande, Allemagne, Grèce, Italie, Norvège, Espagne. Ces pays remplissent les critères de respect des animaux et de leurs conditions d'élevage. Ils veillent à l'application des lois et procèdent aux contrôles correspondants. Il est possible de constater cela par le biais du label "Origin Assured", qui assure le consommateur que la fourrure provient en majorité de fermes d'élevage ou de chasse de régulation.
Cette initiative viole les obligations découlant du GATT sur les entraves au commerce. L'interdiction qu'elle préconise obligerait la Suisse à introduire de manière unilatérale des restrictions d'importation. Cette initiative viole le principe de proportionnalité, car pour porter atteinte au respect des animaux, il n'est pas nécessaire d'en arriver à interdire les importations.
De plus, elle méconnaît les lois européennes qui sont elles aussi sévères en matière de traitement des animaux. L'avis de droit du professeur Thomas Cottier est très explicite. Swiss Fur dénonce elle aussi les contradictions et inexactitudes de l'initiative, qui a finalement pour but d'interdire les métiers de la fourrure.
Transparence et qualité sont des termes essentiels dans le débat relatif au commerce de fourrure. Les commerces font de gros efforts dans ce sens, et il serait dommageable pour le consommateur amateur de fourrures que notre législation, devenue trop restrictive, ne lui permette plus de s'adresser à nos spécialistes fourreurs. En effet, les consommateurs ne pourraient plus importer de fourrures provenant de pays respectant les animaux selon d'autres critères que ceux appliqués en Suisse. Ces clients s'adresseraient alors à des pays étrangers, qui n'ont pas les mêmes lois, mais nous ne pourrions pas leur interdire de porter ces fourrures chez nous.
Lorsque certains membres de la majorité déclarent que plus personne ne porte de fourrures, je les encourage simplement à observer la mode de cet hiver: partout des gilets, des petits cols, des bords de manche en fourrure. Ils sont parfois en simili, bien sûr, mais selon certains commerçants, les jeunes prêts à payer pour de la vraie fourrure - plus chaude, plus belle, plus durable et que l'on peut transformer - sont plus nombreux qu'on pense.
Dans notre société, laissons à chacun la liberté de ses choix; la diversité est un atout. Faisons confiance aux labels et aux professionnels qui s'en occupent. On ne peut appeler sauvages des visons élevés dans une ferme, dans une exploitation qui respecte les animaux.
La chasse de régulation doit elle aussi répondre à des critères afin que les animaux soient traités avec respect. En matière de gestion de la faune chez nous, il faut de toute façon réguler et abattre les renards en surnombre. Au Canada aussi, les populations de ratons laveurs et de castors augmentent très sensiblement. Mettre en valeur leur fourrure n'a rien de répréhensible. De plus, ce pays, qui est le plus grand fournisseur mondial de fourrures sauvages, constate que seulement 6 pour cent de visons et de renards sont concernés sur les animaux chassés.
Certains pays extra-européens doivent encore faire des efforts en matière de protection animale, mais, en ne leur achetant plus leurs produits, nous ne les aiderons pas à accéder à un meilleur niveau économique et encore moins à respecter les animaux. Il faut plutôt leur imposer des conditions à l'achat comme le label "Origin Assured" et un certificat d'origine, comme le prévoit la motion Moser 08.3675, "Obligation de déclarer les fourrures". Ces pays sont d'ailleurs eux aussi soumis de plus en plus à la pression de leurs consommateurs quant au traitement envers les animaux.
En définitive, cette initiative n'atteindra pas son but, car il suffira à l'amateur de fourrure de passer la frontière pour être servi. Elle aura juste servi à faire fermer des commerces respectueux des animaux, dotés d'un savoir-faire irremplaçable. Elle restreindra encore la liberté individuelle avec une interdiction draconienne.
Je vous demande de ne pas donner suite à cette initiative excessive et inutile.