Hêche Claude · Ständerat · 2010-12-15
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-12-15
Wortprotokoll
Une politique de sécurité, ce n'est pas un mur des lamentations. Ce n'est pas parce qu'on a additionné l'ensemble des doléances que le tout devient cohérent. Le puzzle formé par le présent rapport n'a pas suffisamment d'unité, cela se voit et cela se lit. Si ce rapport n'indique pas de direction claire, inutile de vous faire un dessin sur les chances de réussite de notre armée!
Personne ici n'ignore le chemin pour le moins cahoteux qui a mené à son élaboration. Annoncé pour l'automne 2009, ce texte a par deux fois été renvoyé à son expéditeur qui, d'une façon ou d'une autre, freinait son élaboration pour prendre en compte les consignes des divers partenaires. Je pense en particulier au Conseil fédéral, aux réponses à la consultation ou encore à différentes interventions parlementaires. Au final, le résultat n'est pas pleinement à la hauteur. Le présent rapport est une addition d'éléments dissociés qu'on essaie de faire tenir ensemble, mais le château de cartes pourrait s'écrouler au moindre souffle. Le document révèle ainsi un manque de perspectives et se contente trop souvent d'énumérer une série de menaces sans en fixer les priorités. C'est un peu comme dans un souk, chacun pourra y trouver ce qu'il veut.
Non seulement le rapport comporte certaines incohérences, mais il reste encore lacunaire sur de nombreux points. Par exemple, depuis 1999 et le dernier rapport sur la politique de sécurité, plusieurs événements - attentats, émeutes dues à la faim, guerres économiques et alimentaires, développements des attaques informatiques, catastrophes naturelles, mouvements migratoires incontrôlés - ont signalé un profond changement du contexte international et mis en évidence une profonde évolution des menaces et des risques pour notre pays. Or le rapport ne traite pas suffisamment de cette révolution. Ainsi, par exemple, comment notre pays entend-il se positionner dans un concept de sécurité internationale? Le président de la commission l'a également abordé tout à l'heure.
Aujourd'hui plus que jamais, nous devons être attentifs à ce qui se passe ailleurs. La sécurité intérieure est toujours plus étroitement liée à la sécurité extérieure. A titre d'exemple, l'engagement de notre pays à l'étranger, placé sous le signe de la promotion de la paix, de la prévention des conflits, de la protection des droits de l'homme, voire de l'aide humanitaire, s'inscrit dans le droit fil d'une politique de sécurité de portée internationale et dont les retombées ne resteront pas sans effets sur le plan national.
Pas pleinement satisfaite de ce rapport, la commission a été obligée d'intervenir pour donner l'impulsion supplémentaire qui manquait. Dans le cadre du prochain rapport sur l'armée, elle a donc donné mandat au ministre de la défense d'élaborer quatre variantes concrètes d'évolution de l'armée, de 60 000 à 120 000 soldats. Pour chaque option, l'équipement, la structure, les missions, l'ordre de priorité des engagements, le rôle de chaque acteur de la sécurité, ainsi que les coûts, devront être précisés.
Le rapport sur la politique de sécurité de la Suisse n'est qu'une première étape. Il doit pourtant être approfondi et développé dans les prochains mois, notamment par [PAGE 1306] l'élaboration d'un rapport sur l'armée, de qualité, qui aborde le futur de l'armée en étudiant un maximum de pistes possibles, sans aucun tabou. Le rapport sur la politique de sécurité a posé beaucoup de questions. Le rapport sur l'armée devra nous apporter des réponses, car jusqu'à présent, les signaux n'ont pas été suffisamment clairs. De ce fait, on assiste à une certaine forme de déstabilisation face à l'armée, pour ne pas dire à une certaine crise de confiance au sein d'une partie de la population, des décideurs politiques, mais également de l'ensemble du corps constitué qu'est notre armée, des officiers, des sous-officiers, jusqu'aux soldats.
La commission ne pourra pas toujours pallier certains manques qui ont marqué l'ensemble de ce dossier. Il faut maintenant que le chef de l'armée dise véritablement dans quelle direction il entend mener notre politique de sécurité. A l'heure actuelle, la fragilité de l'approche politique de la sécurité provient moins de ceux qui remettent en cause, par exemple, les coûts de l'armée que de ceux qui n'ont peut-être pas une vision suffisante de la politique de sécurité de demain.
Monsieur le conseiller fédéral, la balle est dans votre camp et dans celui du Conseil fédéral, et nous attendons avec intérêt les rapports complémentaires demandés par notre commission. Ceux-ci devront, encore une fois, analyser plus précisément l'évolution des menaces, afin de mieux expliciter les missions de l'armée et ses priorités, de manière à définir ses besoins aussi bien en effectifs qu'en compétences. Ce n'est qu'une fois ce travail réalisé que nous pourrons décider, en toute connaissance de cause, des moyens à mettre à disposition de notre armée.